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Mexique : López Obrador et Biden, entre les lignes d'un premier contact amical 

7 Mars 2021, 19:13pm

Publié par Bolivar Infos

Par Javier Buenrostro

 

Le 1er mars a eu lieu la première conversation téléphonique entre le président du Mexique Andrés Manuel López Obrador, et celui des Etats-Unis Joe Biden qui n'a pas encore été investi. Selon ce qu'en a dit López Obrador lors de sa conférence de presse matinale, cette rencontre s'est déroulée dans une ambiance de respect, d'amitié et de collaboration.

 

Dans un communiqué conjoint, les 2 présidents ont déclaré qu'ils se sont engagés à travailler ensemble pour combattre le coronavirus, revitaliser la coopération économique et explorer des domaines de collaboration concernant le changement climatique. Ils ont également souligné l'importance du combat contre la corruption et de al coopération en matière de sécurité. Lors de cette première rencontre, il n'au a pas eu un seul désaccord.

 

Ça a été un appel de premier contact, destiné à briser la glace et arrêter la spéculation sur la date à laquelle pourrait avoir lieu ce premier contact et dans quels termes. Il n'y a aucun doute qu'il s'est agi d'une rencontre contenant tous les ingrédients de la diplomatie internationale : beaucoup de protocole et peu de contenu.

 

Cela convient aux 2 présidents dans un premier temps. Biden s'installe à peine et est en train d'évaluer le désastre administratif que lui a laissé en héritage Donald Trump. Son attention et sa préoccupation, comme celles de López Obrador, sont d'établir un programme de vaccination massive qui permette de remettre l'économie en marche. 

 

D'autre part, le mot que López Obrador a répété sans arrêt est « souveraineté. » Dans les relations entre les Etats-Unis et le Mexique, comme dans n'importe quelles autres relations asymétriques entre pays, on dit toujours qu'elles se déroulent dans le respect et la dignité mais c'est rarement le cas.

 

Cette fois, cela semble différent. López Obrador parle de « souveraineté » mais ce n'est pas seulement une clause de style. Il la met en pratique. Ces derniers jours, une réforme très importante de l'industrie électrique qui rend au pays la souveraineté qu'il avait perdue face aux entreprises privées, principalement étasuniennes et espagnoles, a été faite au Mexique.

 

Comme on s'y attendait, cela a été vu d'un mauvais œil par les entreprises privées qui voient leur échapper un négoce dont elles ont profité pendant des années et qui pensent que cela durera beaucoup plus longtemps. Mais comme le dit López Obrador, le Mexique ne doit pas être une terre de conquête ou de pillage et encore moisn au prix de sa souveraineté énergétique.

 

Et bien que des patrons, des lobbyistes et des fonctionnaires étasuniens aient manifesté leur désaccord concernant ces changements, ce qui est sûr, c'est que Joe Biden n'a pas évoqué ce sujet lors de cette rencontre et est resté dans les limites d'une conversation sans risques ni points de désaccord. L'industrie électrique n'est pas le seul problème, au niveau international, à propos duquel le Gouvernement de López Obrador doit défendre sa souveraineté.

 

Il y a quelques jours, Pemex, la compagnie d'Etat, et Braskem, une filiale d'Odebrecht, ont signé un accord destiné à modifier le contrat de fourniture de gaz stipulant que l'entreprise paiera à présent le prix international de référence et non le prix préférentiel qui lui avait été accordé en 2010, sous le Gouvernement de Felipe Calderón. Cette renégociation du contrat représente une économie de presque 700 000 000 de $ pour l'Etat mexicain. 

 

Pemex a annoncé qu'elle ne renouvellerait pas le contrat avec l'agence de notation Fitch qui évaluait, entre autres choses, la dette de la compagnie pétrolière d'Etat. Ces agences de notation qui ont été incapables d'anticiper la crise financière de 2008, que ce soit par incapacité ou par corruption, ont l’habitude de faire pression sur les pays émergents qu'elles obligent souvent à contracter des dettes internationales à des taux d'intérêt élevés.

 

Biden n'a rien dit de tout cela pour l'instant. La conversation qui a duré presque une demi-heure a été centrée sur le problème migratoire, les tactiques de chaque pays pour combattre la pandémie et la façon dont se profile la reprise économique. Bien que cela puisse sembler sans importance, le fait que Biden ait conservé à cette réunion une ambiance amicale et diplomatique et n'ait pas voulu effrayer son interlocuteur est très important et très significatif pour la nouvelle étape de relations entre le Mexique et les Etats-Unis.

 

Nous nous souvenons tous de l'arrogance et de l'intimidation que pratiquait Donald Trump. Ces poignées de mains, la même chose pour ses rivaux internes que pour les présidents d'autres pays y compris Emmanuel Macron, le président de la France. Nous n’avons pas oublié son langage corporel contre les femmes, la même chose avec Hillary Clinton pendant sa campagne qu'avec Angela Merkel, la puissante chancelière allemande. Trump était un type sans manières et cela créait beaucoup de tensions avec ses interlocuteurs.

 

Joe Biden n'est pas ainsi. Il n'a pas la vulgarité et l'absence de tact qui caractérisaient Trump mais dans le fond, ce n'est pas un galant homme, comme les gens le croient mais simplement un autre président étasunien qui exercera une présidence impériale. Une preuve en est le bombardement qu'il a réalisé contre la Syrie il y a à peine quelques jours, juste pour montrer que les Etats-Unis sont de retour au Moyen Orient, avec les mêmes assassinats et les mêmes abus que d'habitude.

 

Nous verrons ce qui se passera dans les prochains mois chaque fois que le Mexique cherchera à faire valir sa souveraineté que les derniers présidents néolibéraux ont hypothéquée pour obtenir des contrats avec des entreprises internationales, contrats qui ne profitent qu'aux privés et aux fonctionnaires de service mais jamais au Mexique.

 

Bien que tout le monde s'écrie que cette défense de la souveraineté ouvrira plusieurs fronts au Gouvernement de López Obrador, personnellement, je pense qu'il se passera la même chose que pour la renégociation des contrats entre Pemex et la filial d'Odebrecht : les nouveaux accords continueront à profiter aux privés mais il ne s'agit plus des contrats léonins et des bénéfices fabuleux du passé. Dans mon village, on dit : Il faut être vache mais pas tellement en colère.

 

Les relations entre le Mexique et les Etats-Unis continueront à être accaparées par les problèmes habituels : la migration, la trafic de drogues, le blanchiment d'argent, le trafic d'armes, les problèmes frontaliers, etc... Mais il est claire qu'un vieux concept qui n'a jamais été inclus par les Gouvernements antérieurs du Mexique aura à présent un rôle essentiel : le respect de la souveraineté nationale. Et pas seulement dans les mots.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/03/06/estados-unidos-lopez-obrador-y-biden-la-lectura-entre-lineas-de-un-primer-round-de-sombra/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/03/mexique-lopez-obrador-et-biden-entre-les-lignes-d-un-premier-contact-amical.html