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Cuba : Soberana 02, un exemple de l'alliance stratégique université-entreprise 

2 Avril 2021, 16:53pm

Publié par Bolivar Infos

« On est bon parce qu'on l'est ; et parce que l’on ressent en dedans comme un plaisir quand on a fait du bien, ou dit quelque chose d'utile aux autres. C'est mieux que d'être un prince : être utile. »

 

Auteur: Walkiria Juanes Sanchez | informacion@granmai.cu

31 mars 2021 09:03:07

 

Le docteur en sciences chimiques Daniel Garcia Rivera, membre de l'équipe multidisciplinaire de scientifiques qui, en collaboration avec le l’Institut Finlay des vaccins, a mis au point le candidat vaccin Soberana 02. Photo : Naturaleza Secreta

Fragment de la dernière page, de L'Âge d'or, de José Marti

 

Daniel, un Cubain amoureux de la science, père, mari, frère, fils, originaire et fier de sa Villa Clara natale, Havanais d'adoption, a éprouvé, au milieu de la pandémie causée par la COVID-19, ce sentiment que Marti a décrit il y a plus de cent ans dans L'âge d'Or : être utile.

 

Le docteur en sciences chimiques, Daniel Garcia Rivera, directeur du Laboratoire de synthèse chimique moléculaire de l'Université de La Havane (UH) pour des projets conjoints avec le Groupe d'entreprises BioCubaFarma, et codirigé par le Centre de recherche et de développement des médicaments (Cidem), a fait partie de l'équipe multidisciplinaire de scientifiques qui, avec l’Institut Finlay des vaccins (IFV), a développé le candidat-vaccin cubain contre la COVID-19 : Soberana 02.

 

« J’étais en train d’effectuer un séjour de recherche en Belgique, sans pouvoir retourner à Cuba. J'ai dû rester là-bas à cause de la pandémie. Comme nous collaborons depuis des années avec l'IFV et BioCubaFarma, ils m'appellent par WhatsApp et me disent : "Daniel, il nous faut conjuguer cette molécule, cette protéine virale, à l'autre", à un endroit très spécifique, où la partie de la molécule, qui est reconnue par notre système immunitaire, n'est pas affectée. J’utilise ces termes pour l'expliquer de manière simple. Tel était le défi scientifique », a déclaré le Dr Daniel Garcia dans une interview accordée à la série documentaire Naturaleza Secreta.

 

Le groupe de spécialistes dirigé par le scientifique, « est spécialisé dans la modification des peptides protéiques, des molécules et des biomolécules pour des applications dans les vaccins et les agents thérapeutiques ».

 

Mon équipe, ajoute l'interviewé, a tout laissé de côté pour tenter d’apporter une solution technique au problème scientifique qui se posait : « Provoquer une réaction d'union chimique de deux protéines, dans laquelle une protéine d'origine virale doit être conjuguée de manière covalente : une union physique à une autre protéine d'origine bactérienne afin que le conjugué protéique soit capable de déclencher une réponse immunitaire très puissante, et que nous soyons protégés contre ce conjugué. »

 

« Une protéine est une molécule très complexe. C'est comme une forêt de palmiers royaux, où il y a des millions d'arbres, et où il faut en couper un sans toucher les autres, sans affecter la forêt, ce qui était très important pour que notre organisme puisse la reconnaître et déclencher une réponse immunitaire protectrice. »

 

« Au début, cela a demandé beaucoup de travail, de temps et d’énergie, jusqu'à ce que nous puissions proposer à la direction de l'IFV une méthode permettant d'activer et unir la protéine. Cette forêt ne pouvait être modifiée que là où nous en avions besoin et pas ailleurs. Je suis convaincu que tous les sacrifices de ces mois n'ont pas été vains », a indiqué le scientifique.

 

Le Dr Daniel Garcia a expliqué que Soberana 02 est un vaccin très innovant, qui doit beaucoup à la chimie. Le développement d'un vaccin, comme chacun peut l'imaginer, a besoin du recours de la microbiologie, de la biochimie, etc., et la partie chimique est la caractérisation moléculaire de ce que l'on comprend de cette molécule, comment elle se comporte, comment la modifier, comment l'associer de manière covalente à une autre molécule, ce qui a représenté l'un des défis de ce vaccin. « C'est une technologie merveilleuse, et la principale contribution de notre groupe a été la connaissance et la collaboration université-entreprise », a-t-il souligné.

 

L'UNIVERSITÉ CUBAINE AU CŒUR D'UN VACCIN

 

Grâce à la collaboration scientifique, à l'union avec l'université, Soberana 02 a trouvé la voie du succès. Le président de la République, Miguel Diaz-Canel Bermudez, a insisté sur l'intégration des établissements d'enseignement supérieur dans tous les processus du pays, une voie correcte qui, dans les efforts de contre la COVID-19, a confirmé sa pertinence et sa valeur.

 

« Ce qui est merveilleux dans ce projet de vaccin, c'est que, pour la première fois, nous avons eu le sentiment que toutes les connaissances que nous avions accumulées ont été appliquées à quelque chose de réel et de pratique. Je remercie l'IFV d'avoir donné au Laboratoire de synthèse chimique moléculaire de l'UH, et plus particulièrement à mon groupe, l'occasion de collaborer à ce défi consistant à fabriquer un vaccin qui sauvera notre pays, notre société, et les gens partout où il sera appliqué », a affirmé le docteur.

 

L'IFV aurait pu le faire seul, j'en suis persuadé, en raison de la capacité de ses chercheurs. Peut-être que cela aurait pris un peu plus de temps, mais avec un partenariat avec l'université, avec un groupe doté des capacités spécifiques utiles pour la mise au point de ce produit vaccinal, cela a vraiment permis d’accélérer le processus et, en quelques mois, nous avons obtenu un candidat-vaccin, en l’occurrence Soberana 02, qui présente des propriétés immunologiques très fortes, a-t-il dit.

 

À BioCubaFarma, a ajouté notre interlocuteur, il est très évident que la coopération avec l'université est nécessaire. Dans la dynamique réelle d'une entreprise, pour des questions réelles ou stratégiques, la collaboration est parfois considérée comme quelque chose de lointain, qui porte ses fruits lorsqu'il s'agit de former des médecins, du personnel, mais pas pour un projet de recherche conjoint sur un produit.

 

La COVID-19 a mis en évidence la nécessité d'une collaboration accrue et, par conséquent, nous établissons des lignes directrices au niveau national, mais pas avec la planification, qui cherche à ce que l'université fasse partie de l'équipe qui développe le produit, en tant que scientifiques qui un jour vous donnent des conseils ou forment des médecins, mais que les chercheurs participent, dès le début, aux projets, pour que nous ayons des bénéfices sur la vente des produits et la reconnaissance sociale qui implique leur mise au point, a-t-il souligné.

 

« Mes ambitions scientifiques ont changé. L'université vous évalue par les articles scientifiques que vous publiez, par les connaissances que vous apportez, par les médecins que vous formez, par les bons cours que vous dispensez ; cependant, mon ambition personnelle d'être un grand scientifique a changé, passant de l'envie de faire quelque chose qui apparaît dans un article, à l'envie de faire quelque chose que l'on retrouve dans l’ampoule d’un produit final, dans un vaccin, par exemple », a affirmé le chercheur.

 

Nous travaillons sur plusieurs projets, a ajouté le Dr Daniel Garcia, avec le Cidem, avec l'IFV et avec d'autres centres, certains à court terme et d'autres à plus long terme, comme la création de vaccins thérapeutiques contre le cancer, dans le cas du Centre d'immunologie moléculaire (cim), et d'agents anticancéreux et antimicrobiens, etc. Le groupe est conscient de l'importance de la recherche que nous devons encore mener, visant à trouver des solutions technologiques pour les produits pharmaceutiques. C'est ainsi que nous garantirons que le pays pourra nous soutenir financièrement et nous construire un laboratoire. Un laboratoire que BioCubaFarma reconnaîtra en lui accordant une validité technologique. Nos aspirations seront ainsi financées et les collaborations naissantes se développeront et aboutiront à des projets.

 

« Ma famille affirme que je suis un fruit de l'université de La Havane. C’est vrai. Je lui dois beaucoup, et j’aimerais consacrer ma vie scientifique à cette institution. »

 

« UN VACCIN CUBAIN 100% CUBAIN »

 

Cuba, du point de vue médico-scientifique, s'est préparée à une pandémie comme celle-ci, le système de santé cubain, la prévention, mais aussi les industries biotechnologiques et pharmaceutiques. Cuba a démontré que, face à un défi comme la COVID-19, où un nouveau vaccin devait être fabriqué en un an, le pays disposait du personnel scientifique formé pour développer des technologies et fabriquer son propre vaccin, a-t-il rappelé.

 

« Le vaccin cubain est unique au monde, conçu avec sa propre technologie. Soyons scientifiquement clairs : le vaccin cubain est purement cubain. Cuba s'est appuyé sur ce qu'elle possédait déjà et a fait appel à la coopération internationale. Notre pays a de nombreux amis qui nous soutiennent. Quiconque croit que Cuba est scientifiquement isolée et qu'elle n'a que des critiques et des ennemis extérieurs se trompe lourdement », a-t-il signalé.

 

Selon lui, après Soberana 02 et la COVID-19, le pays ressortira mieux armé. L'Île, une fois de plus, a montré qu'elle dispose d'un système de santé puissant, organisé et responsable, et d'un système de recherche d'excellence, capable de répondre à tous les défis scientifiques à venir. « Je peux vous garantir que Cuba possède la technologie et les connaissances pour y faire face, et pour créer un vaccin contre n'importe quoi, et elle fabriquera ses propres agents thérapeutiques contre le cancer, ses propres antibiotiques, etc. », a-t-il ajouté.

 

LA FAMILLE : UN NOYAU CRÉATIF DE L'AMOUR DE LA SCIENCE

 

Le Dr Daniel García est le frère de la Dr Dagmar Garcia Rivera, directrice de la recherche à l'IFV. Ils ne seraient pas les scientifiques éminents qu'ils sont aujourd’hui sans l'exemple de leurs parents, en particulier du Dr José Luis Garcia Cuevas, qui a récemment reçu le titre de docteur honoris causa de l'Université centrale de Las Villas.

 

« Et concernant ma sœur, je pense que c’est vrai, que c'est un risque qu'elle veuille encore faire valoir son droit d’ainesse, c'est un gros risque, surtout parce qu'elle est directrice de recherche d'un institut plus grand que ce laboratoire, c'est un institut avec lequel nous collaborerons toujours. Mais, eh bien, je sais comment m’y prendre face à cette manie qui dure depuis 40 ans, c’est mon affaire… », a plaisanté le Dr Daniel Garcia Rivera.

 

http://fr.granma.cu/cuba/2021-03-31/pourquoi-soberana-02-est-il-un-exemple-eloquent-de-lalliance-strategique-universite-entreprise