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Equateur : Comprendre la victoire de Guillermo Lasso

13 Avril 2021, 18:59pm

Publié par Bolivar Infos

Par Marco Teruggi

 

Du côté du vainqueur, c'est la stratégie de communication de la droite qui a été choisie : campagne sale et soutien des médias, du côté du progressisme, il a manqué une structure organisationnelle et relier la figure d'Arauz à celle de Correa a été compliqué.

 

L'Equateur, en s'éveillant, a appris que Guillermo Lasso sera le nouveau président. Il n'y a eu aucune crise ni aucune dispute concernant les résultats : le candidat de droite s'est imposé avec 52.48% des voix, soit 4 599 003 voix, 435.366 voix de plus qu'Andrés Arauz (47,60 %). Celui-ci a accepté sa défaite et a appelé Lasso, comme plusieurs présidents d' Amérique Latine et du monde, pour le féliciter.

 

Le futur président a remercié sur ses réseaux ceux qui lui ont écrit comme Arauz lui-même et le candidat à la vice-présidence Carlos Rabascall, en construisant l'une de ses principales idées de campagne : l'Equateur de la rencontre dans lequel tout le monde gagne : « Nous devons être unis et respecter nos différences pour faire avancer l'Equateur. C'est le travail de tous et il commence dès aujourd'hui, » a-t-il écrit sur Twitter. Il a passé la journée à Guayaquil où il s'est rendu sur la tombe de ses parents.

 

Andrés Arauz, pour sa part, a appelé lundi « à la paix et à la réconciliation sur la base du respect absolu des droits de l'homme. La persécution politique doit s'achever, nous devons nous traiter comme des adversaires, pas comme des ennemis. »

 

Le résultat de dimanche est en contradiction avec la plupart des sondages, une chose qui n'est pas étonnante lors d'élections. Le candidat de la Révolution Citoyenne avait des chiffres favorables après sa victoire au premier tour avec presque 13 points d'avance sur Lasso, un écart qui s'est réduit à mesure que se déroulait la campagne pour le second tour. Les courbes montrent une ascension de Lasso, un fort pourcentage de votes blancs ou nuls et une lente croissance d'Arauz qui restait premier. Ce que peu ont anticipé, c'est le résultat final.

 

On peut imaginer plusieurs fraisons pour expliquer la victoire de Lasso qui avait été battu en 2017 par Lenín Moreno et en 2013 par Rafael Correa. Des raisons qui évoquent les stratégies de chaque campagne, les caractéristiques des forces politiques en présence et la situation dans laquelle s'est déroulée cette élections. Chaque partie, indépendante, est cependant en relation avec l'autre.

 

Premièrement, la candidature d'Arauz a été le produit de la situation à laquelle le corréisme était confronté : une persécution politique avec son principal dirigeant en exil en Belgique. Le mouvement politique dirigé par Correa est arrivé aux élections après avoir affronté pendant plusieurs années des affaires judiciaires dans un lourd processus de judiciarisation de la politique avec des dirigeants à l'étranger, d'autres sous la menace de condamnations, en prison ou retirés de la politique suite à la charge politique, judiciaire et médiatique contre la Révolution Citoyenne.

 

Deuxièmement, le corréisme a affronté une campagne avec une pénurie de structures organisationnelles. L'absence, dans la Révolution Citoyenne, d'un parti politique qui ne soit pas uniquement un parti électoral, comme dans une grande mesure, de mouvements sociaux, territoriaux, de travailleurs, féministes ou indigènes est peut-être l'une de ses caractéristiques centrales, en particulier si on le met en perspective avec d'autres processus progressistes du continent. Cette situation peut s'expliquer par des conceptions politiques et par la trahison de Moreno et son impact.

 

Troisièmement, la campagne proprement dite a présenté des difficultés avec un mouvement persécuté, peu de structure politique et la complexité de la construction de l'image d'Arauz en particulier dans sa relation, en termes de campagne, avec Correa. Comment obtenir le vote dur de la Révolution Citoyenne et en même temps, la majorité ? Cela a été l'une des principales questions dans une situaion politique marquée par le clivage corréisme/anti-corréisme et la difficulté de la transfomer en clivage néolibéralisme/anti-néolibéralisme ou banque/pays.

 

Le clivage corréisme/anti-corréisme a été l'un des points autour desquels Lasso a réussi à élargir son capital électoral jusqu'à obtenir la majorité. L'anti-corréisme, présent dans la société pour plusieurs raisons parmi lesquelles la campagne systématique d'accusation de corruption, a permis à Lasso de se rapprocher de ceux qui ne voteraient pas pour la Révolution Citoyenne. Ca a aussi été un élément déterminant pour comprendre la position desq forces politiques, en particulier celle de Yaku Pérez et de Xavier Hervas, troisième et quatrième au premier tour. 

 

Arauz a lancé un appel à former un bloc progressiste plurinational et social-démocrate, c'est à dire composé de la Révolution Citoyenne, la Confédération des Nationalités Indigènes de l'Equateur (CONAIE) et de la Gauche Démocratique. Mais l'anti-corrésime n'a pas donné cette possibilité et aussi bien Pérez que la CONAIE et Hervas ont opté pour ne pas prendre directement parti pour un candidat. Dans le cas du mouvement indigène, divisé par des disputes internes concernant les alliances, la décision a été d'appeler « au vote nul idéologique. » Le soutien de dernière minute d'Arauz par Vargas, président de la CONAIE, ne semble pas avoir modifié cette situation. 1 739 870 électeurs ont voté nul sur un total de 10 675 362. 

 

Lasso a eu, en plus, pour sa campagne, 2 éléments déterminants : le soutien des principaux médias du pays et une stratégie de communication qui délivrait un message avec un important financement et un déploiement de ressources de campagne sale. Il a ainsi construit un discours et une esthétique, uen fiction de son histoire et uneproposition politico-économique pour le pays qui se découvrira progeressivement à mesure qu'il gouvernera.

 

L'horizon qui s'ouvre avec sa victoire est le renforement du néolibéralisme, en particulier la domination du capital financier dont il fait partie. La dynamique de la résistance à cet ordre du jour sera marquée en partie par la position de la CONAIE en fonction de ses divisions internes (elle élira ses autorités en mai) et par la façon dont le corréisme pense sa stratégie et la projette dans cette nouvelle étape.

 

L'Amérique Latine conservera, pour l'instant, le même échiquier de forces. La victoire de Lasso indique que le continent est divisé entre des projets sans hégémonies claires. Les prochaines élections présidentielles, au Pérou, au Chili et au Brésil, révéleront plsu d'éléments pour comprendre ce moment actuel complexe, ouvert, avec des retournements, des particularités nationales déterminantes.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/04/12/ecuador-claves-para-entender-la-victoria-de-guillermo-lasso/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/04/equateur-comprendre-la-victoire-de-guillermo-lasso.html