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Mexique : Zapata, le guérillero indigène

21 Avril 2021, 16:59pm

Publié par Bolivar Infos

par Pável Uliánov Guzmán

 

« Là, nous ne t'enterrons pas, là, nous te semons, mon général ! »

 

Emiliano Zapata Salazar (8 août 1879-10 avril 1919), un indigène náhuatl, commandant en chef de l'Armée de Libération du Sud, le 9 ème de 10 enfants, orphelin à l'adolescence, paysan et muletier, écuyer dompteur, chef des sans terre, honnête homme surnommé par ses ennemis « l' Attila de Morelos, » « l'orang-outang, » « celui qui mange de la chair crue et ronge les os, » « le chef du sud. » Néanmoins, les paysans ont exprimé grâce à son projet politique la revendication agraire remettant en cause le système de la propriété, une autre fierté du Mexique de Porfirio.

 

Les zapatistes ont constitué dans l'état Morelos, une organisation communale avec un profond enracinement populaire, indépendante de l'Etat et opposée à celui-ci. Ils prenaient leurs décisions en assemblées. Grâce à cette organisation, ils ont liquidé les grandes propriétés terriennes, nationalisé sans indemnisation les raffineries de sucre , rendu aux communautés les terres volées impunément pendant des siècles, restitué l'usage des eaux, changé les autorités locales, imposé des prêts forcés aux commerçants et aux grands propriétaires terriens et pris en mains la production des grandes propriétés terriennes.

 

Le Plan de Ayala, en apparence simple, dans ses points essentiels, garde un caractère profondément révolutionnaire car d'un côté, il « nationalise tous les biens des ennemis de la Révolution, » c'est à dire des grands propriétaires terriens capitalistes et de l'autre, il fait entrer les villages paysans immédiatement en possession de leurs terres et dit qu'ils « les conserveront par les armes. »

 

Dans cette logique, ceux qui éventuellement pourraient aller devant les tribunaux « pour en finir avec la Révolution » sont les grands propriétaires terriens, alors que les paysans gardent la proriété de la terre. La juridiction en vigueur est renversée, ce sont les communautés elles-mêmes qui décident de la question de la terre avec les armes en mains grâce à leurs propres organes et à leurs propres méthodes sans attendre de lois futures ni déléguer à d'autres leur pouvoir de décision. Au contraire de toutes les lois agraires bourgeoises, y compris les lois postérieures de Carranza, les mêmes qui obligent les paysans à aller devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits à la terre et à attendre des années le verdict.

 

La forme de lutte des zapatistes est la guerre de guérilla. Ils n'avaient pas pour habitude d'occuper des villes, ils harcelaient l'ennemi constamment par des incursions et des embuscades, attaquaient des trains et des lignes d'approvisionnement, « étaient partout mais les fédéraux ne pouvaient les trouver nulle part. » Les soldats paysans se regroupaient pour les actions et ensuite se dissolvaient parmi la population dont ils faisaient partie et qui les protégeait, cachaient le fusil et prenaient la charrue. Leurs succès se situaient essentiellement dans leur puissante base de soutien car dans leur zone d'influence, la grande majorité des paysans était zapatiste et accomplissait une tâche précise : soldats, informateurs, messagers ou ravitailleurs.

 

En contrepartie, le Gouvernement fédéral répondait par des exécutions de masse, des incendies de villages, des vols, des tortures, des enrôlements forcés et la déportation de populations entières par l'intermédiaire du sanguinaire général Juvencio Robles.

 

Zapata le guérillero a résisté avec ténacité pendant 10 ans à tous les assauts militaires, a combattu Díaz, León de la Barra, Madero, Huerta et Carranza e tn'a pu être vaincu que par la trahison . Les frères Flores Magón, Zapata et Villa morts, la révolution n'a pas pu arriver à son terme, le Groupe Sonora s'est incrusté au pouvoir et a dirigé l'énergie sociale vers ses objectifs politiques en ne reprenant que de façon aléatoire certaines réformes sociales.

 

Zapata figure emblématique de notre histoire, apparaît comme un référent empirique du rôle de l'individu dans l'histoire. Il est mort en défendant ses principes politiques et finalement est devenu un symbole et un exemple de combat et de résistance despaysans, des indigènes et des pauvres.

 

Zapata ne doit pas être qualifié de “caudillo” ou de “chef de bande” d'un groupe ou d'une zone. Ce discours est le discours traditionnel de l'élite porfiriste élaboré dès la première décennie du siècle dernier et qui perdure aujourd'hui. Zapata n'est pas être un “caudillo, » c'est un symbole universel de la lutte pour la terre, il représente la lutte historique de centaines de peuples et de communautés pour la terre, l'eau et les forêts, d'où la forte validité de sa pensée et de ses actions. 

 

Zapata n'est pas un petit chef de bande, c'est un général et c'est ainsi qu'il signait ses lettres et ses documents : général Emiliano Zapata. Historiquement, il est plus qu'un “caudillo, » il est la liquidation des grandes propriétés terriennes, la défense du territoire par les armes, l'icône de la résistance des peuples originaires, la cohérence entre la parole donnée et l'action, il est la communauté.

 

« J'appariens, monsieur, à une race traditionnelle qui n'a jamais dégénéré et n'a jamais pu trahir les convictions d'une collectivité ni celles de sa propre conscience. » (Zapata Emiliano, Lettre à Pascual Orozco)

 

Enfin, il est inéluctable que l'un des grands enseignements de la révolution mexicaine a été de comprendre que le sujet de l'histoire est le peuple organisé, de voir la capacité des gens à s’organiser à partir de la base et de changer leur situation et c'est ce qu'il a fait pendant la commune de Morelos.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/04/12/mexico-zapata-el-guerrillero-indigena/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/04/mexique-zapata-le-guerillero-indigene.html