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L'idéologie des droits de l'homme, un piège

8 Mai 2021, 17:11pm

Publié par Bolivar Infos

Interview de Gregorio J. Pérez Almeida, philosophe, auteur du livre « Impensar los derechos humanos. »

 

  • Comment les Etats-Unis ont-ils réussi à convaincre toutes les nations avec cette Déclaration Universelle ?

 

Non.

 

  • L'histoire qu'ils nous ont racontée...

 

C'est un mensonge !

 

  • … c'est que tout le monde était d'accord.

 

Quand la Déclaration a fêté ses 66 ans, la façon dont ils ont réussi à ce qu'elle soit universelle a attiré mon attention et j'ai trouvé le livre « Un monde nouveau » de Mary Ann Glendon, une apologie d'Eleanor Roosevelt pour avoir réalisé cette déclaration. Les Etats-Unis ont désigné la veuve de l'ex-président Franklin Delano Roosevelt pour qu'elle les représente à la Commission des droits de l'homme créée à l'Organisation des Nations Unies et elle, elle a trié sur le volet ceux qui allaient l'accompagner. Finalement, cette déclaration a été écrite par un seul homme, un monsieur du nom de Charles Malik.

 

  • Une seule personne ?

 

Ils étaient plusieurs. Lui, soi-disant Egyptien, Peng-chun Chang, soi-disant Chinois, le français René Cassin, qui fut le secrétaire de Charles de Gaulle et le créateur de la Constitution de la République Française et le canadien John P. Humphrey. Tous avaient été formés dans des universités étasuniennes ou dans des universités libérales dans leurs pays. C'est à dire qu'ils étaient ses agents. Mais la discussion de cette déclaration avait commencé en 44, ce qui coïncide avec la création de Bretton Woods. En conclusion, les Etats-Unis ont pensé à long terme.

 

  • Universelle mais pas tant que ça

 

Quand la Déclaration Universelle a été approuvée, l'Amérique Latine était pleine de dictateurs parmi lesquels Anastasio “Tacho” Somoza au Nicaragua dont Roosevelt disait : « c'est un fils de pute mais c'est notre fils de pute. » Pérez Almeida ne rejette pas les intérêts des Etats-Unis.

 

  • Une déclaration comme celle-ci semblait être contraire au soutien aux dictature ?

 

Les dictatures, c'est eux qui les mettent en place mais ils les chassent avec les « droits de l'homme. » La Commission Interaméricaine des droits de l'homme qui s'est rendue en Argentine sous la dernière dictature a joué le rôle du bon policier et du mauvais policier parce qu'elle était composée de libéraux et de conservateurs. Quand ces dictatures ne les servent pas, ils les chassent pour violations des droits de l'homme et les remplacent par des démocraties soumises à leurs intérêts. Ils donnent le ton et maintenant, nous sommes enfermés dans la même discussion pour laquelle ils veulent nous condamner comme ces dictatures criminelles.

 

  • En 2019, ils n'ont pas condamné les violations perpétrées par les auteurs du coup d'Etat en Bolivie.

 

Là, ce thème n'existait pas. Après la chute du mur de Berlin la structure officielle du pouvoir est tombée et ils n'ont rien besoin de cacher. Simplement, ils agissent comme ils sont. Dans quelques temps, ils vont éliminer les documents déclassifiés parce que peu leur importe qu'on apprenne les conspirations. Tout ce qu'ils ont fait contre nous, ils le disent ouvertement. Ils n'ont pas évoqué les droits de l'homme quand madame Jeanine Áñez les violait parce que, pour eux, celui qui les violait, c'était Evo Morales qui, comme nous, donnait au pauvre la possibilité de vivre des rares avantages que lui donne le système capitaliste.

 

  • Evo était un dictateur, pour eux.

 

Comme Nicolás Maduro, un dictateur horrible qui viole les droits de l'homme à droite et à gauche selon les institutions et les porte-parole qu'ils contrôlent, la structure médiatique internationale dominée par l'hégémonie politique et las pays satellites qui ont en Espagne leur meilleur allié en Europe, une colonie étasunienne grâce à Francisco Franco. C'est pour cela qu'ils nous combattent tant.

 

  • En Espagne, le franquisme n'est pas dépassé ?

 

Cela fait peine. Il n'est pas dépassé parce que la monarchie est toujours là. Le franquisme n'est rien de plus que l'expression pratique d'un Gouvernement monarchique qui agit à l'ancienne mode.

 

  • Les rois actuels semblent être les réseaux internet, mal nommés « sociaux » dont les maîtres décident qui peut s'exprimer et censurent même le président des Etats-Unis.

 

Quand j'étudiais la philosophie, j'avais des professeurs qui étaient marxistes mais qui admiraient les Etats-Unis parce que c'était le modèle d'une société cultivée, une société « autocritique. » Alors, quand ils censurent Donald Trump, ça semble être quelque chose de grandiose, « des défenseurs » de la démocratie, des « ennemis » du fascisme, de la violence et isl ont pris cette décision « au risque ». « Au risque » de quoi ? C'est une comédie ! Mais il y a des gens qui en sont heureux.

 

  • Il semblerait que le système ne soit pas si pourri.

 

Avec « de l'éthique, » de la « morale » mais quelle est la première chose qu'a fait le président Joe Biden: signer la décret Obama contre le Venezuela sous la pression du Pentagone. 

 

  • Il l'a prorogé longtemps avant qu'il expire.

 

Aux Etats-Unis, il y a une dictature militaire parce que ceux qui commandent, ce sont les patrons de l'industrie militaire qui avec la communication forme les grandes corporations. Le véritable pouvoir est au Pentagone. La Maison Blanche est seulement le bureau où ils donnent les conférences et soi-disant prennent les décisions qui, avec les fondations et les organismes qu'ils financent, sont ceux qui décident vraiment du destin du monde. 

 

  • Certains disent que ces théories sont des théories de la conspiration.

 

Le philosophe et politologue étasunien Sheldon Wolin qui n'a rien à voir avec la gauche, dans son livre « Démocratie S.A. » dit, dans un langage académique, très répandu parmi les diplômés de des universités « prestigieuses » quelque chose comme ça : « Ce n'est pas que nous disions qu'Adolf Hitler est à la Maison Blanche ni que le nazisme se soit reproduit aux Etats-Unis mais la fonctionnement de nombreuses institutions me fait penser qu'il existe des pratiques nazis dans la politique étasunienne. » Et ensuite, il alerte sur le fait que plusieurs présidents de son pays, dont Bush, père et fils, font partie de sectes secrètes. La plupart sont républicains bien que les 2 candidats à l'élection au cours de laquelle George W. Bush, George W. Bush et John Kerry, le candidat démocrate, tous 2 diplômés de l'université de Yale aient fait partie de la même secte secrète. 

 

  • Ils ne sont pas du même parti mais de la même secte !

 

Ils partagent quelque chose de plus fondamental qui est leur vision du pouvoir et leur conception des Etats-Unis en tant que nation élue. Ils ont commencé l'euthanasie, le contrôle génétique avant Hitler.

 

  • Et le Destin Manifeste

 

Le nazisme est né aux Etats-Unis.

 

  • Ils ont été leurs alliés.

 

Et ils sont une puissance hégémonique depuis ce qu'on appelle la Première Guerre Mondiale. Ce n'est pas depuis 1945 parce que depuis les années 20, ils ont découvert le pouvoir économique imparable... et culturellement aussi. De là vient tout ce courant historique, social, fasciste, qui s'exprime de diverses façons dans le monde occidental. Il a eu son moment particulier avec Hitler et ils ont dû l'arrêter parce qu'il tuait des Blancs. Les Européens ont tué des Noirs, des Indiens, pendant plus de 400 ans et il n'y a eu aucun problème mais comme cette fois, il tuait des Juifs, ils devaient l'arrêter : « Hitler  nous a échappé, » dirait Carlos Ortega et de plus, il n'a pas fait ce qu'il devait faire, qui était d'arrêter les Soviétiques. Pire, ceux-ci l'ont battu mais cela, ils ne le disent pas, que ce sont les Soviétiques qui ont battu Hitler.

 

  • Qui a gagné la guerre ?

 

Hitler.

 

  • Phillip K. Dick, dans son roman « L'homme dans le château » dit que le nazisme n'a pas perdu la guerre et occupe les Etats-Unis.

 

Dans le documentaire « Le diable d'à côté, » on voit comment des milliers de nazis sont entrés aux Etats-Unis. Les agents de l'immigration des Etats-Unis allaient les voir une fois qu'ils s'étaient établis pour leur demander seulement : « Avez-vous fait bon voyage ? » et « Comment allez-vous ? » Ils répondaient « Bien. » Les agents enregistraient sur une fiche les questions et les réponses et leurs « merci beaucoup » et « au revoir. » C'est ce que la représentante du Congrès Elizabeth Holtzman a trouvé dans les archives de l’immigration en 1973. « c'était l'immigration, pas le service de santé publique des Etats-Unis, » dit-elle, surprise, dans le documentaire sur l'affaire de John Demjanjuk surnommé “Iván le Terrible”. Les nazis étaient des éléments qui servaient contre le communisme et leurs intérêts, peu importe si c'étaient des criminels.

 

  • Pendant qu'ils discutaient des « droits de l'homme », ils récupéraient les criminels nazis.

 

Ils ont construit l'idéologie des droits de l'homme au sens strict du terme « idéologie, » comme l'utilise Ludovico Silva qui s'appuie sur les textes de Kar Marx: « L'idéologie est un ensemble d'idées qui occulte l'exploitation, qui la dissimule, qui la déguise. » Après, c'est devenu un mot bouche-trou grâce à Lenine qui a commencé à parler « d'idéologie prolétaire » « d'idéologie bourgeoise » et a ouvert l'éventail de ce concept. Mais l'idéologie des droits de l'homme est devenue naturelle.

 

  • Les soldats de l'Empire

 

« Quand le plus pauvre et le plus exploité par le capital dit qu'il a des « droits de l'homme », cette personne est un soldat, » déclare Pérez Almeida à propos des réussites des Etats-Unis. Parce que les premiers droits, de ce côté du monde colonisé par les Espagnols, « ce n'est ni la liberté d'expression ni la liberté individuelle ni la propriété privée. Ça a été l'indépendance nationale, la souveraineté. » C'est notre histoire des droits et ils sont nés avec Simón Bolívar et les Libérateurs de l'Amérique Latine.

 

  • Parler de « droits de l'homme » est monnaie courante.

 

Ça a été la grave erreur politique d'Hugo Chávez.

 

  • Quelle a été son erreur ?

 

Quand il leur donnait un logement, la possibilité d'acheter un médicament, un avantage social, les gens rendaient grâce au Président : « A vous et à Dieu, » ils lui disaient et Chávez répondait : « Ne me rends pas grâce, ceci est ton droit. » Non, cela tue la possibilité de faire de la politique parce que si le droit est naturel, il n'y a pas besoin de sa battre. Si l'Etat me le donne, je dois demander qu'ils me le reconnaissent. 

 

  • On ne se bat déjà plus pour les droits.

 

C'est une bataille formelle et l'idée de construire une société anticapitaliste s'est estompée parce que les droits de l'homme sont la monnaie du capitalisme. C'est une invention et un renforcement de ce système. Même les chinois ont créé une commission des droits de l'homme qui, lorsque les Etats-Unis produisent leur rapport annuel le reproduit dans un autre dans les mêmes termes. Dans notre Constitution, les droits civils et politiques ne sont pas des droits fondamentaux bien qu'on continue à utiliser ce terme, ce qui est aussi une erreur politique parce qu'avoir le droit à la liberté d'expression, à la vie, n'est pas essentiel.

 

  • Pourquoi le droit à la vie n'est-il pas essentiel ?

 

Ce qui existe, c'est la vie et la lutte pour la vie. Enrique Dussel dit que la vie est la source des droits. Si nous ne nous organisons pas pour lutter pour vivre, nous n'avons rien. Et dans cette lutte, nous créons les droits.

 

  • Le premier article de la Déclaration Universelle des droits de l'homme dit que nous naissons « libres et égaux en dignité et en droits » et que nous devons nous comporter fraternellement. L'armée israélienne est loin de se comporter comme un frère des Palestiniens.

 

C'est purement formel et ils ont tous les instruments médiatiques et rhétoriques pour que ça reste à ce niveau. Ils ont réussi de telle manière que nos partisans pensent que le Président Maduro viole des droits. 

 

  • Quel droit a-t-il violé ?

 

L'une des choses qu'ils répètent leplus, c'est qu'il « en a fini avec le syndicalisme. »

 

  • Venant de lui, le syndicaliste, ça semblerait grave.

 

Tout le monde croit cette expression : « Il en a fini avec le mouvement syndical » parce qu'avant, il y avait des milliers de syndicats mais ils appartenaient tous au capital. L'etat les conservait mais quand Chávez est arrivé, tout ce système s'est brisé. Il a dit : « Moi,je ne suis pas venu pour FEDECÁMARAS, ni pour CONSECOMERCIO, mais pour le peuple. »

 

  • Et pour refonder la Patrie.

 

Et pour refonder la Patrie, nous devons avoir un autre syndicat qui cherche à ce que les exigences et les politiques sortent de la vie même des ouvriers. Que les choses ne sont pas sorties comme nous voulons. Qui pensait qu'il allait en être ainsi ?

 

  • Comment doit-on faire une révolution ?

 

Comme on peut, sans perdre de vue l'utopie. Quand il existe une possibilité parce qu'elle est réelle, pas avec l'ampleur que nous voulons, alors cela perdure, la lutte va continuer. Qu'elle soit pour le socialisme ou pour autre chose, cela peut varier, peu importe. Nous pouvons mettre le socialisme avec d'autres choses.

 

  • Certains pensent que le socialisme n'a qu'une seule expression. 

 

Les Africains ont dit que le socialisme européen n'a rien à voir avec eux et ils affirment qu'ils sont socialistes par tradition, qu'ils vivent une démocratie participative depuis toujours. Même l'idée de l'amour romantique, l'Occident l'a volé à l'Afrique comme le montre l'anthropologue britannique Jack Goody dans son livre « Le vol de l'histoire. »

 

  • Continuer à rêver d'un monde nouveau vaut-il la peine ?

 

Si tu cesses de rêver, je ne sais pas ce que tu deviens. Ce n'est pas que tu ne cesses d'être humain et que nous, les rêveurs, soyons supérieurs, en rien. Bien que nous soyons une minorité, je peux te dire qu'un gros pourcentage ne rêve pas d'un autre monde mais mais qu'il rêve de celui-ci un, peu meilleur. Le libéralisme les a convaincus qu'il était individuel et maintenant, l'Etat est perçu comme ennemi de ce droit. C'est pour cela qu'ils se sont opposés à Chávez, parce qu'il a réussi à ce qu'une grande majorité de ces gens qui pensait à un monde meilleur individuellement pense à un monde meilleur pour tous. Cela, seuls les grands dirigeants y arrivent et il nous a laissé cette idée qu'il avait semée, que chercher un monde meilleur n'est pas un droit mais une nécessité. 

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://albaciudad.org/2021/03/gregorio-perez-almeida-eeuu-invento-los-derechos-humanos-como-una-trampa/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/05/l-ideologie-des-droits-de-l-homme-un-piege.html