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Colombie : Rapport préliminaire de la Mission de Solidarité Internationale et de droits de l'Homme

5 Juin 2021, 17:40pm

Publié par Bolivar Infos

Violations des droits de l'Homme en Colombie dans le cadre de la grève nationale 2021

3 juin 2021

 

Table des matières

 

1. Présentation

  1. Déploiement de la répression de l'Etat colombien

  2. Les victimes

  3. Le rôle des institutions

  4. A propos des délits commis

  5. Violations des droits de l'Homme dans les territoires parcourus par la mission internationale de solidarité et d'observation des droits de l'Homme

a. Département de Cauca-Popayan

b. Bogota

c. Pereira

d.Cali

e. Medellin

 

7. Conclusions

 

  1. Présentation

 

La mission internationale de solidarité et d'observation des droits de l'Homme est arrivée en Colombie le 25 mai de cette année.

 

Face aux dénonciations récurrentes de violations des droits de l'Homme, elle a été réclamée par diverses organisations sociales, plateformes de défense des droits de l'Homme, organisations syndicales et ecclésiastiques entre autres pour constater sur place la grave situation décrite.

 

En réponse à ces dénonciations, pour faire un état des lieux et rendre visible la situation sur ce territoire, c'est un ensemble d'organisations de défense des droits de l'Homme comme SERPAJ, APDH LA MATANZA, CORREPI et XUMEC, diverses organisations sociales et populaires comme le Front Grande Patrie, le Front des Organisations en Lutte, le Front Populaire Darío Santillán, le Mouvement Evita, NOUS SOMMES des quartiers debout, le Mouvement de Participation des Etudiants, des organisations syndicales et de la société civile comme ATE, CTA- Autonome, l’Association Américaine des Juristes et le Centre Latino-américain d'Analyse Stratégique et la fédération Universitaire Argentine. On a conclu qu'il était impératif de contribuer à la protection de la vie et de la dignité humaine, de garantir la justice, la vérité et la respect des règlements, des lois et des traités internationaux en matière de défense des droits de l'Homme.

 

Nos objectifs en tant que mission

 

  • Faire un relevé des situations de violations des droits de l'Homme en Colombie dans le cadre de la grève nationale.

  • Elaborer un rapport minutieux destiné à les rendre visible et à les dénoncer en Colombie et à l'étranger.

  • Contribuer à une coordination internationale destinée à défendre les droits de l'Homme dans toute la région.

Pour cela, la mission s'est déplacée dans les villes suivantes : Cali, Medellin, Pereira, Siloe, Yumbo, Timbío, Popayán, Santander de Quilichao et Bogotá (Usme, Ciudad Bolívar,Portal de las Américas, Barrio Kennedy, Engativá, Suba, Soacha, Facatativá et Madrid (Cundinamarca), Teusaquillo, La Caldera, et Portail Nord à Usaquén. Cela a permis d'accéder à la réalité que traverse le peuple colombien et de le connaître de première main. La voix des victimes et/ou de leur famille, des organisations et des organismes des différentes régions de la Colombie a été la source principale de notre rapport.

 

La souffrance du peuple colombien exigeait que nous fassions nos plus gros efforts et notre plus grand engagement et notre plus grande rigueur dans la visibilisation et la dénaturation des pratiques aberrantes qu'en tout temps et en tout lieu entraînent les violations des droits de l'Homme.

 

  1. Le déploiement de la répression de l'Etat colombien

 

Les témoignages recueillis ont été accablants. Tous reprochent une violence importante de la répression sur la population civile sans défense. On avertit qu'une logique de guerre impropre des forces de sécurité d'un l'Etat qui se prétend démocratique, inclusif et respectueux des droits de l'Homme prédomine.

 

Ainsi, aussi bien la Police Nationale en général et en particulier l'Escadsron Mobile anti-émeutes (ESMAD) de concert avec l'Armée déchargent sur les manifestants et leur voisinage une combinaison de conduites et un arsenal sophistiqué qui ont de sévères conséquences sur le corps et l'esprit de leurs victimes. Une authentique scène qui combine feu, fumée, gaz et détonation (parmi d'autres ressources létales) est décrite dans les nombreux témoignages recueillis. Installé sur de petits blindés et parfois même directement sur l'asphalte ( ce qui aggrave le risque pour la population), ce qu'on appelle vulgairement « les bombes assourdissantes » ont provoqué de graves lésions à des centaines de personnes et même fait plusieurs morts (par exemple, celle de Sebastián Quintero Munera, Popayán 14 mai).

 

Il est habituel que les membres de la police tirent au visage avec des balles de caoutchouc, provoquant des lésions oculaires à de nombreux manifestants et passants, de même que l'utilisation de « caoutchoutiers, » de harpons et même la main pour lancer des pierres de grande portée sur la foule repliée. La bousculade de manifestants avec des chars légers provocant de graves blessures est de notoriété publique. C'est le cas de Juan Diego Ortega Garzón (24) Popayán, le 14 mai. La Police Nationale, après la dispersion de la manifestation, est entrée illégalement dans les domiciles, a arrêté des voisins étrangers aux incidents, perquisitionné illégament leurs maisons et ensuite provoqué des dégâts dans leurs maisons et est entrée violemment dans des lieux autonomes de la société civile.

 

Le caractère pacifique des manifestations est constamment troublé quand ce n'est pas par des provocations du personnel civil infiltré dans les rangs de al protestation, par le harcèlement, l'apparition subreptice ou la prise en tenailles des manifestants et des passants en général.

 

La critère abusif et arbitraire de la capacité d'arrêter, le traitement cruel appliqué aux détenus qui comprend des tortures, en particulier l'abus sexuel de femmes et de personnes sexuellement différentes arrêtées constituent des violations particulières et condamnables non seulement des droits de l'Homme mais aussi de la condition humaine. « L'affaire ALISON » dont le suicide à Popayán, le lendemain de son arrestation, a déchaîné l'indignation populaire qui a provoqué les événements de la URI locale le 14 mai, a été un exemple symbolique de ces abus.

 

Les actes arbitraires enregistrés sur les lieux de détention et l'absence de toute infoirmation et de toute collaboration avec les familles et les assistants légaux constituent une violation flagrante de l'exercice légitime de droit à se défendre.

 

Les nombreuses dénonciations des volontaires de l'assistance médicale et des plateformes de défense des droits de l'Homme qui, même officielles et correctement identifiées ont été attaquées par les forces de la répression en violation des règles les plus élémentaires de la protection et de la non obstruction à leurs tâches indispensables ont attiré l'attention de cette Mission. Une façon de procéder illégale a également été dénoncée par des journalistes, des communicants sociaux et des groupes multiculturels qui intègrent traditionnellement les colonnes de manifestants.

 

Les CAI (Centres de soins d'urgence) et les URI (unité de réaction d'urgence), tous 2 à la charge de la Police Nationale, loin de jouer le rôle pour lequel ils ont été conçus, font fonction de prison improvisées dans lesquelles l'entassement, la corruption et les traitements inhumains sont le dénominateur commun.

 

A leur tour, des conseillers de la ville de Bogotá ont dénoncé devant cette Mission le fait que dans les quartiers humbles de la périphérie, « il ne se passe pas de jour sans que l'ESMAD n'agisse en emmenant des goss des des quartiers, en les transférant très loin de leur logement et de leur famille pour ensuite les enfermer pourplus de 36 heures respecter les dispositions et les règlements au secret, les gazer dans leurs cellules et enfin leur imputer divers délits (obstruction de voie publique, terrorisme, sédition, etc...) »

 

Ils soulignent les dénonciations d’organisations de la société civile pour abus sexuels commis par les forces de l'ordre aussi bien que la voie publique que dans des lieux fermés. Ainsi, ils ont révélé que 79% des abus sexuels commis le 26 mai l'ont été sur des femmes et 8% sur des personnes à la sexualité différente.

 

On a reçu des dénonciations (qui ensuite ont été confirmées par cette Mission) sur l'existence d'entreprises privées (supermarchés et ateliers) dans lesquels auraient été transférées des personnes arrêtées dans les manifestations par les policiers en uniforme et en civil, auraient eu lieu des entrées et des sorties de mobiles et même de franc-tireurs sans qu'ils soient identifiés. Le supermarché Éxito de la localité de Calipso (Cali) et l'atelier

de mécanique LA Playa (périphérie de Bogotá) sont ceux qui ont été dénoncés.

 

On a prouvé que des civils armés ont participé à ces faits soit des rangs mêmes des forces de sécurité soit avec leur assentiment. Le cas de la représentante indigène Daniela Soto Pito blessée par balle à Cali le 9 mai de cette façon se détache parmi d'autres.

 

La mise en place de manœuvres de persécution des dirigeants sociaux et des membres de communautés indigènes grâce à de fausses accusations destinées à empêcher le libre exercice de la protestation n'est pas moins importante. Les photos placées sur les affiches dans les rues qui portent la signature et le tampon de la Police Nationale donnent au minimum un soutien illégal à des affaires postérieures (informations criminelles). Le processus de criminalisation ainsi engagé avec du harcèlement, des intimidations et des menaces indique clairement que la Police Nationale participe aux montages judiciaires et aux faux positifs conçus aux plus hauts niveaux de l’administration politique de l'Etat.

 

Les diverses organisations sociales que la Mission a rencontrées ont dénoncé l'existence de centaines de disparus dont on ignore toujours où ils se trouvent. Dans beaucoup de ces disparitions, la Police Nationale a joué un rôle actif puisque beaucoup de victimes ont été vues pour la dernière fois au moment où elles ont été arrêtées et transférées par des membres de celle-ci. L'apparition postérieure du corps (dans certains cas mutilé) ajoute un aberration au caractère systématique de cette pratique de l'Etat en en faisant un crime contre l'humanité. Dans le cadre de la Grève Nationale, Brahian Gabriel Rojas López de la ville de Pereira dont la disparition avait été signalée par des membres de leur famille le 28 avril et dont le corps a été découvert dans le lit du du rio Cauca le 3 mai avaient inaugiré la triste liste des disparus.

 

Selon l'article 218 de la Constitution Politique de Colombie, la Police Nationale est considérée comme un corps armé permanent dont la finalité est de garantir les conditions de l'exercice des droits et des libertés publics. A la lumière des dénonciations faites par le Peuple de Colombie et constatées par la Mission, on peut affirmer sans craindre de se tromper que les Forces de Sécurité ont violé leur promesse de maintien de l'ordre intérieur au-dessus de tout. Promesse qui s'achève en stipulant aussi que la Police Nationale doit «assurer le coexistence dans la paix des habitants de la Colombie. »

 

  1. Les victimes 

 

Dans tout le pays, la majorité du peuple colombien est sorti dans la rue avec un slogan qui l'unissait : « Arrêter pour avancer. » Les mesures contre le peuple n'ont pas seulement aiguisé la crise, elles sont retombées sur les secteurs qui souffraient le plus de la pandémie. L'Etat colombien a réprimé la protestation sans distinction et brutalement d'une façon instructive qui évidemment, lui est retombé dessus. Non seulement la grève s'est accentuée mais les marches se sont nourries chaque jour de citoyens désireux d'exprimer leur mécontentement et leur résistance.

Le parcours de la Mission a permis de prouver l'adhésion massive aux raisons qui ont motivé les protestations.

 

L'Etat a insisté avec des mesures qui restreignaient de plus en plus les droits et a augmenté le nombre de membres de la sécurité dans un exercice de militarisation du paysage social et de transformation du quotidien en un quotidien policier qui dérivé vers l'ensemble de violations dénoncé dans ce rapport.

 

  • La jeunesse a été en première ligne dans la protestation. Des quartiers populaires, des écoles et des universités, à l'épicentre des protestations. La Mission a parcouru les faubourgs du sud-est de Bogotá et a pu vérifier la décision inébranlable des gamis prêts à forger un avenir différent de ce qu'on leur propose. C'est aussi l'un des secteurs sociaux qui a le plus souffert des attaques acharnées de l'ESMAD, de la Police Nationale et de l'Armée.

  • Les femmes ont aussi soutenu la protestation. Les plus jeunes en première ligne et énormément de mères en seconde ligne. Toutes ont été la cible des forces de sécurité qui ont fait de l'abus une constante. La Mission a été le témoin d'une exposition d’organisations sociales, à Bogotá, qui résumait la situation : « Nos corps ont été un butin de guerre. » Et la lecture du dernier message d'Alison après qu'elle ait été insultée à l'URI de Popayán émeut toujours : « Ils m'ont tripotée jusqu'à l'âme, » a-t-elle écrit avant de se suicider. Mais les femmes ont aussi subi les coups de la répression à cause de leur double condition de dirigeantes. A Santander de Quilinchao, dans le Cauca, la Mission a reçu des dénonciations de violence machiste de la part des membres de la police et de civils qui agissaient avec elle qui a abouti à la tentative d'homicide de la dirigeante indigène Daniela Soto Pinto à Cali le 9 mai.

  • La paysannerie et sa lutte récurrente pour la distribution de la terre a été un autre secteur social qui a agi dans la protestation et a aussi subi les coups de l'ESMAD, les survols d'intimidation par des hélicoptères, l'intimidation par des signaux lumineux qui ont été intenses dans la zone proche de la route vers Cali dans le Cauca.

  • L'organisation indigène, un exemple d'organisation à vocation de progrès et d'aspirations au bien-vivre, est une autre participante incontournable de ces protestations. Leur défense ferme de leurs traditions combinés avec leur participation active à la vie sociale, politique et économique du pays a été une autre cible des forces de répression officielles et de nombreux civils qui agissaient sous leur protection et exprimaient leur racisme et leur suprématisme. A Santander de Quilinchao la Mission a reçu un long rapport sur les diverses situations de violence qu'elles ont subi dans le cadre de la Grève Nationale. Ce rapport fera partie du rapport définitif de cette Mission.

  • La communauté afro-descendante a reçu la Mission à Puerto Tejada. Plus de la moitié des victimes de la répression là-bas est noire. Ils ont aussi dénoncé la discirmination qu'ils subissent de lapart de la police tous les jours qui s'ajoute à l'exploitation au travail qui nous ramène à des temps qu'on croyait révolus.

  • Les dirigeants sociaux incarnent une autre cible persécutée par la répression. Ainsi, le montage judiciaire et les faux positifs sont 2 instruments clairement destinés à persécuter. La Mission l'a vu à Popayán avec des représentants des sans logis arbitrairement accusés par le Ministre de la Défense. A Bogotá, ils l'ont fait avec la conseillère Eli Sánchez Barreto contre qui ilsont monté une affaire pour soi-disant agression d’une ambulance.

  • Les organisation de la société civile, les activistes des droits de l'Homme, les groupes solidaires d'assistance sanitaire dans les manifestations, les journalistes indépendants, les acteurs multiculturels et une multitude de passants et de personnes qui allaient et venaient pour leurs besoins quotidiens. Nous amenons l'affaire du gamin Harold Conejo, un « cotero » de la communauté Totoró qui a perdu son œil gauche à cause d'une volée de plomb de la police alors qu'il rentrait de son travail et qui a fait un récit saisissant à la Mission qui lui a rendu visite à l'hôpital San José de Popayán. Non seulement la Mission a interrogé les vicitmes survivantes chez elles, dans les centres communautaires, les écoles et même les hôpitaux mais elle a interrogé les membres des familles des disparus et des personnes assassinées et a recueilli l'immense douleur transmise avec une grande dignité et une immense intégrité comme, entre autres, ça a été le cas de Fabián Quintero dans le quartier Bello Horizonte de Popayán, le père de Sebastián, assassiné pendant les événements du 14 mai.

    Toutes des victimes d'une violence d'Etat indéfendable.

    On souligne que dans l'immense majorité des cas dénoncés, et que la Mission a enregistrés, on a enregistré l'existence d'une preuve concluante, en particulier celles apportées par un support audiovisuel ainsi que celles apportées par les témoins.


Le rôle des institutions

 

Les droits de l'Homme ont été violés en Colombie et la communauté comprend que – sauf exceptions – les diverses institutions du Gouvernement n'assument pas l'engagement destiné à faire cesser ces violations, à faire les investigations pertinentes et à mettre ces droits en vigueur.

La Mission a reçu de nombreuses dénonciations concernant l'inactivité des différentes agences de l'Etat destinées à éclaircir ces violations.

Les victimes et leurs proches ont l'habitude de s'adresser plusieurs fois à l'agence intervenante pour obtenir des nouvelles de leur affaire sans obtenir aucune réponse.

Les cas de re-criminalisation sont de notoriété publique : ils ont l'habitude d'enquêter et de criminaliser la victime plutôt que celui qui l'a attaquée.

Le personnel du bureau du procureur va dans les hôpitaux non pour faire connaître leurs droits aux victimes mais pour la criminaliser dans les incidents lors desquels elle a été blessée.

La Mission a reçu des dénonciations des plateformes de défenseurs des droits de l'Homme qui ont révélé la dangereuse indifférence des organismes destinés à stimuler les investigations.

Particulièrement au sujet de la disparition de personnes, on a dénoncé le fait que les affaires ont été sous-estimées par les bureaux des procureurs en sous-estimant l'ampleur et la gravité du délit en question.

Alors que les organisations ont dénoncé, le 26 mai, 52 homicides dans le cadre de la Grève Nationale (7 jours après, il y en avait plus de 70), le bureau du procureur n'en a reconnu que 17 et seulement 3 liés directement à la protestation.

La défense du peuple et le bureau du procureur ont été signalés par les organisations dénonciatrices pour leur inaction et pour avoir refusé de reconnaître l'existence de plus de 3 000 dénonciations concernant les abus policiers en question.

Ainsi, on a appris que dans ces départements gouvernés par des partis d'opposition, la Police Nationale ne respecte pas les directives des maires (chef politique de la force dans chaque département). Ces circonstances ne sont pas sans importance puisqu'il y a une relation directe entre « la désobéissance » de la police et la répression démesurée, disproportionnée et offensante. On ignore si cette omission a été dénoncée – au-delà des déclarations à la presse – et quel a été le résultat de cette investigation et les conséquences qui auraient dû retomber sur les responsables.

Un défenseur du Peuple de la ville de Popayán a déclaré qu'il n'a enregistré que 25 plaintes pour abus policiers dans le cadre de la Grève. La méfiance envers les institutions est totale.

La perte de légitimité des institutions est la conséquence immédiate du fait qu'elle s'est efforcée de plus en plus de garantir l'impunité au lieu de faire justice pour le Peuple.

 

  1. A propos des délits commis

 

On peut conclure que les conduites attribuées aux forces de sécurité dénoncées et qui devront faire l'objet d'une enquête répondent à différentes sortes de délits pénaux dont la description factuelle et la conformité au type seront évaluées quand nous réaliseront le rapport définitif.

Même avec cette réserve et sans préjudice d'autres cadres légaux qui devront être appliqués, on peut affirmer que la violation des droits de l'Homme peut être définiue par les délits suivants :

 

  • disparition forcée de personnes

  • délits contre la vie (homicides)

  • délits contre l'intégrité physique (lésions oculaires, blessures variées)

  • délits contre l'intégrité sexuelle (abus sexuels)

  • délits contre la liberté (privation illégale de liberté, arrestations arbitraires, torture)

  • délits contre la liberté de réunion et contre le libre exercice de la protestation

  • délits contre la propriété (dégâts)

 

Il n'y a aucun doute sur le caractère de crime contre l'humanité de ces délits étant donné leur caractère systématique, généralisé et dirigé contre la population civile et il n'y a aucun doute non plus sur la pertinence de l'ouverture d'instances juridictionnelles universelles.

 

  1. Les violations des droits de l'Homme dans les territoires parcourus par la Mission Internationale de solidarité et d'Observation des droits de l'Homme

 

Nous devons dire en premier lieu que dans le parcours de notre visite, nous avons reçu l'appel de différents départements et de diverses villes que nous n'avons pas pu parcourir faute de temps pour réaliser certaines dénonciations. Ce qui prouve l'étendue et l'ampleur de la répression.

 

6.a) Le département du Cauca-Popayán

 

La délégation a parcouru le département du Cauca et a pu recevoir les dénonciations suivantes :

 

  • 146 blessés dans le cadre des manifestations.

  • 32 arrestations arbitraires de manifestants dont 4 de mineurs.

  • 9 disparus.

  • 2 délits sexuels (harcèlement sexuel et tentative de relation sexuelle violente/harcèlement sexuel et acte sexuel abusif contre un mineur et une jeune).

  • 13 mai : suicide d'Alison Lizeth Salazar Miranda après qu'elle ait été victime d'abus sexuel de la part de membres de la police.

  • 9 attaques contre des défenseurs des droits de l'Homme.

  • 1 attaque conter la liberté d'expression : un journaliste agressé par 6 agents de la Police Nationale en tentant de les asphyxier et de les frapper.

  • 1 attaque contre des volontaires de la santé.

  • 1 disparition forcée et ensuite l'assassinat de Cristian Torres Cifuentes dirigeant paysan de Mercaderes, Cauca.

  • 3 assassinats: 1-Sebastián Quintero Munera 2 Jordany Rosero Estrella dans la zone de Putumayo. 3-Geovanny Cabezas Cruz, appartenant à la communauté Nasa, par arme à feu.

  • 1 perquisition arbitraire.

  • 12 menaces contre des dirigeants indigènes.

  • 2 actes de discrimination contre la garde indigène.

 

Dans cette ville où le mouvement indigène, paysan et le mouvement des transporteurs sont très présents, il y a la plus forte concentration de terres de toute la Colombie. Dans le cadre de la grève nationale, la répression s'est concentrée sur le casque urbain avec une présence démesurée des agents de la Police Nationale, des membres de l'ESMAD et de l'Armée. Laplupart des victimes sont des jeunes, des lycéens et des étudiants ainsi que des jeunes des quartiers populaires.

 

Bien que le Gouvernement ait ordonné qu'il y ait plus de présence militaire et un couvre-feu, la réponse de la communauté et des organisations membres de la ming sociale,populaire et communautaire a été qu'ils étaient prêts au dialogue. Ce dialogue a consisté à débloquer progressivement les voies en attendant la réponse aux revendications qui avaient été faites.

De plus, l'agression envers la population en général avec diffusion de gaz sur les logements des habitants se détache. Enfin, les accusations publiques de fonctionnaires de l'Etat comme le major Arguello qui a qualifié de « vandales » et de « terroristes » les défenseurs des droits de l'Homme de l'Université et le ministre de la Défense Diego Molano Aponte qui a signalé comme responsables de l'attaque de 4 dirigeants sociaux et de défenseurs des droits de l'Homme de la part de l'URI le 14 mai sont très graves.

 

6.b) Bogotá

 

La Mission Internationale de solidarité et d'Observation des droits de l'Homme a été présente dans différentes localités de Bogotá : Usme, Ciudad Bolívar y Portal de las Américas (Barrio Kennedy), Engativá et Suba, Soacha, Facatativá et Madrid (Cundinamarca), Teusaquillo, La Caldera et Portal Norte en Usaquén. On peut constater, à travers différents relevés, témoignages et dénonciations et de rapports des plateformes des droits de l'Homme, la façon d'opérer des forces de sécurité dans la situation de répression de l'exercice du droit à la protestation sociale.

 

  • 97 blessés.

  • 21 arrestations arbitraires.

  • 4 disparitions.

  • 4 délits sexuels.

  • 2 cas de violence politique.

  • 9 attaques contre des activistes des droits de l'Homme.

  • 5 attaques contre des volontaires de la santé.

  • 5 attaques contre la liberté d'expression : attaques cybernétiques et manipulation des comptes sur les réseaux sociaux. Selon la fondation pour la liberté de la presse, on a décompté plus de 50 dénonciations de ces mécanismes de cybersécurité et de censure.

  • 6 assassinats.

  • 18 menaces envers des dirigeants sociaux.

  • 3 cas de discrimination contre des communautés indigènes.

  • 15 dommages à des tiers (maisons, autos, passants).

  • 12 dénonciations d'infiltration de la force publique dans le cadre des mobilisations.

     

6.c)Pereira

 

La Mission Internationale de solidarité et d'Observation des droits de l'Homme a pu constater sur ce territoire :

 

  • 103 blessés.

  • 95 arrestations arbitraires.

  • 9 blessés par balles.

  • 5 morts : o Lucas Villa (par arme à feu)

o Héctor Morales (par arme à feu)

o Evelio Flórez (asphyxié par gaz)

o Walter Buitrago (écrasé)

o Brahian Rojas, disparu -et retrouvé dans le lit du Río Cauca après avoir été arrêté par la Police.

  • 45 dénonciations officielles pour usage excessif de la force.

  • 4 disparus.

  • 2 défenseurs des droits de l'Homme agressés.

  • 2 membres de la mission médicale agressés.

 

Un enfant de 15 ans qui a refusé de donner son identité à cause de la persécution politique, habitant le quartier Cuba, a dénoncé le fait que l'ESMAD lui a tiré dessus dans le dos à courte distance.

On a aussi identifié des composantes patriarcales évidentes dans la répression envers les enfants, les adolescents, les femmes et les personnes à la sexualité différente.

 

Ils ont dénoncé le fait que l'ESMAD lance des gaz lacrymogènes sur les maisons des personnes qui donnent refuge aux jeunes poursuivis par les forces de l'ordre après qu'elles aient réprimé une manifestation pacifique. Dans ce cadre, isl ont frappé des enfants, ne les ont pas laissé sortir de la maison, ont menacé les familles et les ont empêchés d'aller à l'hôpital.

 

L'ESMAD ne tient pas compte des accréditations des organismes non étatiques qui défendent les droits de l'Homme et les enlève même aux organismes de l'Etat qui défendent les droits de l'Homme.

Ils dénoncent aussi le vol de gilets permettant de les identifier.

Nous avosn enregistré 2 témoignages dans lesquels d'une part, une camionnette de la défense du peuple amenait des individus cagoulées à une protestation à Pereira. D'autre part, nous avons pu enregistrer le fait qu'un camion de viande transportait des membres de la police dans son habitacle.

 

Des avocats et des travailleurs de la presse ont dénoncé une persécution politique, une intervention dans les dispositifs de communication, le fait qu'ils ont été suivis dans la rue par du personnel en civil, ont reçu des menaces à la porte de leur maison et des intimidations anonymes.

Un étudiant a dénoncé le fait qu'alors qu'il se rendait à son travail, l'ESMAD l'a enlevé, l'a frappé, l'a déshabillé, l'a mouillé avec de l'eau et ensuite l'a torturé avec un taser. Quelques heures plus tard, il l'a libéré. Par peur des représailles, il a refusé de donner son identité.

Evelio de Jesús Florez, un adulte de 86 ans a reçu une grosse quantité de gaz et des pierres lancées par l'ESMAD alors qu'il dormait avec sa femme et il en est mort.

 

Lucas Villa (37 ans) un étudiant, a été blessé le 5 ma 2021,par 8 balles tirées par des inconnus sur le viaduc Cesar Gaviria de Risaralda. Un peu avant son assassinat, l'électricité avait été coupée et les caméras de surveillance n'ont rien pu enregistrer. Des témoins disent avoir vu des drones dans la zone et un laser sur le corps Lucas avant les coups de feu.

Brahian Gabriel Rojas López (26 ans), marchand de sable, a été agressé avec ses frères par des membres de l'ESMAD, le 28 avril, sur le pont Francisco Jaramillo. C'est la dernière fois qu'on l'a vu en vie. 5 jours plus tard, son corps a été retrouvé sans vie à Sabana Larga, Antioquia.

 

6.d)Cali

 

Les membres de la Mission Internationale de solidarité et d'Observation des droits de l'Homme, après avoir parcouru la ville de Cali, Puerto Tejada, Yumbo, le point de résistance Ecopetrol, Siloe et Calipso ont pu constater à travers différents témoignages de victimes et des rapports des plateformes de défense des droits de l'Homme l'existence de :

 

  • 93 disparus.

  • 46 assassinats dans le cadre de la mobilisation.

  • 240 arrestations.

  • 149 blessés par armes à feu.

 

La situation de la ville de Cali a provoqué des dégâts irréparables à la vie, à l'intégrité physique et psychologique de la population, aggravés à partir de la promulgation du décret 575 du Gouvernement qui instaure le couvre-feu et la militarisation de la ville. Un autre caractéristique de ce qui s'est passé à Cali est l'action de civils armés qui tiraient en même temps et en coordination avec les forces publiques.

 

La répression dans cette zone a des caractéristiques particulières comme la connivence des patrons avec le structure de répression qui a amené les forces de sécurité à utiliser des installations commerciales comme centres de détention et de torture et comme point de ravitaillement et comme casernes. La punition envers la population a dépassé des bornes de la répression qui vont des fusillades sans distinction avec des armes à longue portée aux assassinats atroces de personnes auparavant disparues.

 

On a reçu des dénonciations de représentants des jeunes, des représentants sociaux, syndicaux, indigènes, afro-descendants, religieux ainsi que de journalistes et d'activistes des droits de l'Homme qui sont fortement persécutés, judiciarisés et soumis à des enquêtes sous prétexte d'espionnage.

La mission a recueilli des dénonciations provenant des communautés noires dans lesquelles on met en avant la dynamique de nettoyage social, la spoliation du territoire par la force et le racisme structurel.

 

Il faut également mentionner un aspect qui distingue cette zone : la connivence des patrons avec la répression, les cas les plus symboliques sont ceux de l'entreprise Huevos Kike et de l'entreprise Integral de Empaques.

Du point de vue de la résistance Yumbo, on peut constater plusieurs assassinats commis par les forces de sécurité parmi lesquels celui de Maicol López Cano. Plusieurs témoins racontent l'entrée des forces de sécurité dans le quartier, tirant des balles de plomb, lançant des gaz et des bombes assourdissantes au cri de « Duque vous salue ! » Suite à cette action, 2 jeunes ont perdu la vie.

 

Le point de résistance Ecopetrol a été connu du monde entier pour avoir été l'endroit où un technicien du bureau du procureur a tiré sur 3 manifestants. Dans cette zone, les organismes de défense des droits de l'Homme ont dénoncé l'existence de 149 blessés par balles et au moins 6 assassinats.

 

Point de résistance de Siloe, de la commune 20

 

Sur ce point, il y a eu une concentration de mécaniques de répression qui vont de la disparition forcée d'une personne frappée par des membres de l'ESMAD et par la police nationale dont on a retrouvé le corps calciné le lendemain à Dólar City. Les personnes suivantes ont été assassinées à ce jour par les forces de sécurité sur ce point de résistance :José Emilson Ambuila; Kevin Antonio Agudelo Jimenez; Harold Antonio;

Rodríguez Mellizo; Daniel Andrés Forero Olave; Nicolás García; Cristhian Arturo Hinojosa Murillo, Nelson González, Andrés Antonio Mejía, Daniel Stiven Sánchez et Michael Andrés Aranda. Il faut leur ajouter 2 victimes trouvées à Palmira: Gregorio Angelvis Bello Pérez et Carlos Sierra.

Enfin, dans la zone Calipso, on a reçu des dénonciations concernant le local commercial “Éxito” utilisé comme centre de détention et de torture. A ce jour, il fonctionne comme centre de ravitaillement et cantonnement de la police. Les manifestants dénoncent le fait que le transport des armes et de l'attirail se faisait dans une ambulance.

 

6.e) Medellín

 

Les membres de la Mission Internationale de solidarité et d'Observation des droits de l'Homme, étaient présents à Medellín 1 mois après e début de la grève nationale. Là, on a accompagné la Commission des droits de l'Homme pendant la mobilisation. Ce jour-là, il y a eu des arrestations arbitraires et un usage disproportionné de la force. On apu constater, pour la période du 28 avril au 30 mai, sur la base de rapports des plateformes de défense des droits de l'Homme l'existence des violations suivantes :

 

  • 2 assassinats.

  • 699 arrestations.

  • 133 cas de torture et de traitements cruels.

  • 71 disparitions de personnes.

  • 51 tentatives de judiciarisation.

  • 43 blessés.

  • 20 cas de menaces.

  • 3 mutilations oculaires.

 

En plus, on a reçu des dénonciations concernant le refus et la dissimulation d'informations sur les personnes privées de liberté et le harcèlement des manifestants. Dans le cadre de l’anniversaire de la grève, un ensemble de commerçants a sorti une déclaration publique intitulée « Mort à la première ligne' et incitant à la violence sans que les autorités locales ne la condamne ni ne fasse d'enquête à son sujet.

 

1.Conclusions

 

Ce rapport préliminaire permet à la Mission de conclure que :

 

  • L'Etat colombien doit être l'objet d'une enquête parce que,d ans le cadre de la grève nationale et par l'intermédiaire de ses forces de sécurité officielles et non officielles, il aurait fait disparaître, assassiné, torturé, abusé, persécuté, menacé, intimidé de larges secteurs du peuple colombien. La répression qui s'est déchaînée a empêché, limité et cadré la participation politique, le droit de réunion et le droit à la protestation.

  • L'Etat colombien doit être l'objet d'une enquête pour avoir déployé sur la population civile sans défense des pratiques appartenant à la logique de la guerre grâce à des armes sophistiquées et létales et des conduites brutales et inhumaines de lapart de ses membres.

  • L'Etat colombien doit être l'objet d'une enquête pour avoir considéré comme ennemi intérieur la majorité de son peuple représenté par des jeunes des quartiers populaires, des étudiants, des femmes et des membres de la communauté LGBT, des travailleurs des champs et de la ville, des indigènes, des paysans, des afro-descendants, des dirigeants sociaux, des défenseurs des droits de l'Homme, des membres de la presse indépendante et d’organisations de la société civile.

  • L'Etat colombien devra être l'objet d'une enquête à cause des crimes contre l'humanité qui ont été dénoncés. Les pratiques impropres à un Etat de droit doivent cesser.

  • Le peuple colombien a le droit de faire appel à toutes les instances juridictionnelles nationales et internationales pour obtenir une réparation totale grâce à la vérité et à la justice.

 

Bogotá, 3 juin 2021

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

source en espagnol :

Mission Internationale de solidarité et d'Observation des droits de l'Homme

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/06/colombie-rapport-preliminaire-de-la-mission-de-solidarite-internationale-et-de-droits-de-l-homme.html