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Nicaragua : De quel droit, Madame la ministre ? 

30 Juin 2021, 17:07pm

Publié par Bolivar Infos

Par Iñaki Gil De San Vicente

 

En lisant les plus récentes déclarations sur le Nicaragua faites à Rome par la ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement espagnol, il est important d'analyser et de préciser certains termes et certaines expressions qu'elle a employés pour parler de ce pays d’Amérique Centrale, des expressions qui, par leur contenu, frappent aussi en Europe.

 

La première chose qui a attiré mon attention, c'est l'endroit choisi pour faire ces déclarations : Rome. Il m'est immédiatement revenu en mémoire le triste spectacle du pape Wojtyla en 1983 conspuant cette héroïque Théologie de la Libération à laquelle la liberté au Nicaragua doit tant. La ministre cherche-t-elle à faire croire au Nicaragua que maintenant comme en 1983, l'église catholique est contre le sandinisme, précisément au moment où s'approchent d'importantes élections très inquiétantes pour les intérêts de l'Occident ?

 

De telles déclarations font, de toute évidence, partie d'un discours colonial traditionnel qui, en Occident, est non seulement présent dans des secteurs de droite mais aussi dans tous les clans politiques, économiques et culturels qui continuent à vouloir faire croire que ces pays (l'occident) sont le reflet le plus fidèle de la « démocratie ». Ils ont même créé un catalogue de types de démocraties : pleine, parfaite, imparfaite, défectueuse, hybride dont, comme dans un casse-tête chinois, ils essaient d'encastrer les pièces comme il faut. Il me vient à l'esprit les hilarantes classifications d'animaux utilisées par Jorge Luis Borges, pour compléter ses univers fictifs, à savoir : « ceux qui finissent par briser le vase, » « ceux qui sont inclus dans cette classification, » « ceux qui s'agitent comme des fous, » entre autres.

 

Mais l'occidentalisme attaque aussi et cherche à discréditer les forces internationalistes qui, en Europe, avons aidé à libérer Notre Amérique, le Nicaragua et à y instaurer la démocratie concrète, dans toutes ses parties. L'arrogance de la ministre nous blesse aussi, nous, les internationalistes, parce que nous soutenons le Nicaragua et nous continuerons à la faire. Les gauches et les autres forces démocratiques devons savoir que l'occidentalisme est aussi un instrument de domination de ce qu'ils appellent « le nord » pour ne pas dire « l'impérialisme. »

 

Les expressions de la ministre sont une sorte d'ode au rôle soi-disant « émancipateur, démocratisant » de l'occident. Il y a là, au moins, 2 supercheries profondes qui, dites de cette façon, cherchent à passer pour des vérités alors qu'en réalité, elles en sont loin.

 

Nous affirmons cela parce qu'une expression aussi rebattue que « communauté internationale » qu'elle utilise pour montrer qu'elle n'est pas seule à vouloir exiger d'un gouvernement légitime comme celui du Nicaragua qu'il ne juge pas ceux qui ont commis des délits, ceux se sont mis hors-la-loi nicaraguayenne, une loi qui, soit dit en passant, a ses sources dans une réforme de 1995 et dans une nécessité morale historique du pays de couper l'herbe sous le pied des ignobles collabos internes. Les expressions utilisées par madame la ministre tombent à plat car elle cherche à donner la sensation que la dite « communauté internationale » contient tous les pays de la planète alors qu'en vérité, elle ne représente que le Gouvernement des Etats-Unis et certains Gouvernements qui le suivent dont beaucoup sont contraints ou entraînés par des groupes de pression.

 

Il y a plusieurs « communautés internationales » : l'une d'elle est celle qui exprime les intérêts de l'impérialisme occidental dirigé par les Etats-Unis, celle des Etats et des peuples qui cherchent d'autres voies de développement qui ne sont pas acceptées par l'impérialisme en est une autre. Une troisième est celle d'une infinité de groupes, de collectifs, d'organisations, etc... qui sont des forces internationalistes et s'expriment en défendant les peuples agressés et appauvris en théorie et dans la pratique... Nous sommes des milliers de personnes de cultures différentes qui nous identifions fièrement avec les Etats et les peuples écrasés et avec les mouvements internationalistes.

 

Ainsi, il n'y a pas une seule communauté internationale : en Occident, il y a des hyperboles destinées à nous faire prendre « la partie pour le tout » pour recouvrir son ingérence au Nicaragua avec du multilatéralisme. Cela a été une stratégie très utilisée ces derniers temps en Irak, en Libye, en Afghanistan ou au Venezuela. 

 

Une autre expression vide de sens mais malintentionnée est celle qui fait allusion aux « citoyens nicaraguayens. » Elle utilise la même tactique, parle des « citoyens nicaraguayens » en cherchant à y englober le peuple du pays alors qu'en vérité, c'est un petit groupe de personnes qui ont accès aux haut-parleurs des médias internationaux qui ont propagé ces mensonges. Lesquels font aussi partie du choeur occidental.

 

Des médias qui, actuellement, selon certaines enquêtes, sont entraînés à ce qu'on appelle « les nouvelles guerres, la nouvelle communication, le nouveau journalisme » qui conjuguent parfaitement l'espionnage, le journalisme et les études que la guerre. L'expression « citoyens nicaraguayens » cherche à donner une sensation de totalité alors qu'en réalité, leur représentativité est infime. Sa manœuvre, là, est l'application de ce que Michel Foucault appelait « la vérité illusoire » faite pour créer ce qu'on appelle « effet de vérité,"  un « effet » destiné à cacher la rigueur brillamment analysée par Bertolt Brecht à propos des 5 difficultés pour dire la vérité.

 

Et qui parle de « citoyens nicaraguayens » parle de « citoyens espagnols, » y compris les 2 rois et cette énorme masse de corrompus : qu'ont de commun les dizaines de milliers de Catalans, de Galiciens, d'Andalous, de Basques, de Castillans... pauvres, frappés par la répression et le machisme, précarisés, soumis au racisme, avec les « citoyens espagnols » ? Un tiers des enfants espagnols vit mal dans la pauvret »é, à qui appartient la « citoyenneté » ?

 

Il y a d'autres expressions qui montrent l'arrogance de l'Occident. La ministre parle du Président du Nicaragua comme s'il s'agissait d'un gouverneur d'un territoire d'outre-mer. Rien de plus colonialiste. Elle interroge en affirmant : « La question est : « Que va faire le président Ortega ? » et à un autre moment, elle dit : « C'est la question et la réponse est à Managua… Nous l'attendons... »

 

Cette expression est destinée à discréditer l'Etat de Droit du Nicaragua. Peut-être les investigations n'ont-elles pas été menées à bien par les instances compétentes sous des critères et des mécanismes juridiques adéquats ? Pourquoi la ministre parle-t-elle du Président sur un sujet pénal, délictueux, en évitant l'appareil de justice nicaraguayen qui est l'organe compétent ? Ces expressions pourraient-elles être en rapport, peut-être inconsciemment, avec la coutume traditionnelle de l'élite espagnole de se croire au-dessus de toute justice qu'elle utilise comme un véritable instrument dans ses différends internes et pour mieux soumettre les « citoyens espagnols » ? 

 

Je pense que son intention peut être de politiser selon les critères dominants les délits de blanchiment d'argent, de biens, d'actifs et de trahison envers la Patrie (cette dernière étant punie aux Etats-unis par la peine de mort) commis par ces individus soumis à des enquêtes avec toutes les garanties que la loi nicaraguayenne leur accorde et ainsi, ce que fait la ministre, c'est de suivre le scénario créé par les médias internationaux. De sorte que toutes les institutions nicaraguayennes, présentées comme peu ou pas démocratiques, sont attaquées en bloc.

 

Une autre partie de cette phrase est la plus impertinente, comme le dit la lettre que la chancellerie nicaraguayenne a adressée à la ministre dans laquelle elle a traité de la question à la conférence de Rome et dont nous avons analysé les réponses. La ministre dit au Président du Nicaragua : « Nous l'attendons » à propos d'une réponse à quelque chose qui a été demandé sans aucun droit ou sans aucun sens.

 

Cette expression englobe ce que, en paraphrasant Kant, nous pourrions appeler « la charge de l'impératif atavique » par lequel on l'interpelle du côté du discours centré sur l'Europe qui continue à supposer qu'on peut l'appliquer à n'importe quelle situation ou à n'importe quel territoire en discréditant ainsi toute idée, tout modèle ou tout exemple d’organisation qu'il soit sandiniste, tupakariste, bolivarien, chaviste, que l'occident ne peut faire entrer dans ses classifications et recourt, mais sans le talent et l'humour de Borges, à des catégories négatives en utilisant des prétextes sans fondement pour interférer dans les affaires intérieures d'un autre pays. Une seule question suffirait comme celle que posait Giulio Girardi, pour mettre à bas une telle prétention : « De quel droit ? »

 

En paraphrasant Hegel, nous pourrions dire que la contradiction interne de l'impératif atavique nie, dans son premier mouvment, la raison de l'impérialisme occidental et dans son second mouvement, celui de la négation de la négation, montre que les peuples qui rompent avec l’impérialisme ouvrent des espaces de liberté inimaginables dans la civilisation du capital.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/06/29/nicaragua-senora-ministra-con-que-derecho/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/06/nicaragua-de-quel-droit-madame-la-ministre.html