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Venezuela : La migration comme arme publicitaire

3 Juin 2021, 17:14pm

Publié par Bolivar Infos

Venezuela : La migration comme arme publicitaire

Sous le gouvernement de Donald Trump a été montrée au grand jour une réalité qui existait depuis longtemps : des caravanes de migrants de divers pays d’Amérique Centrale qui se dirigeaient vers le nord par les routes du Mexique, conséquence directe des plans que des fonctionnaires de la Maison Blanche comme Joe Biden mettaient en place dans les pays de la région pour résoudre grâce à des politiques néolibérales les problèmes causés par le fonctionnement même du capitalisme, à savoir, la violence illégale, le trafic de drogues et l'augmentation de la pauvreté.

 

Ces informations ont perduré un certain temps et ont été utilisées pour attaquer la gestion de l'ex-président Trump en oubliant les raisons structurelles de ce phénomène.

 

Le quotidien des migrants d’Amérique Centrale a également fait les gros titres des médias et des réseaux sociaux quand les corps sans vie des Salvadoriens Óscar Alberto Martínez, 25 ans, et de sa file Angie Valeria, 23 mois, ont été découverts flottant sur le Río Bravo.

 

Cette tragique image a fait connaître les risques que doivent affronter les gens qui décident de quitter leur pays d'origine pour un endroit où leur destin est incertain.

 

Le Mexique et les Etats-Unis partagent une frontière d'environ 3 100 kilomètres dont presque le tiers a été bloqué par des murs et des grilles métalliques. L'ouest est une zone désertique et semi-désertique qui sépare les états nord-américains du Nouveau Mexique, de l'Arizona et de la Californie de Chihuahua, Sonora et la Basse Californie. A l'est, el Río Bravo (Río Grande aux Etats-Unis), sépare le Texas de Chihuahua, Coahuila, Nuevo León et Tamaulipas.

 

(carte)

 

7 511 migrants sont morts sur cette frontière entre 1998 et 2018, selon les autorités des douanes et de la protection de la frontière (CBP) étasuniennes. Bien que les chiffres qu'elles rapportent aient diminué ces dernières années à cause d'un déplacement du foyer principal auparavant occupé par la région désertique de l' Arizona qui aujourd'hui retombe dans la région par laquelle passe le Río Bravo.

 

Dans la zone de McAllen, par exemple, on a enregistré 850 mrts pendant les 7 dernières années de la période 1998-2018.

 

Apparemment, les migrants d’Amérique Centrale optent pour cette route pour éviter les contrôles migratoires qui se font ailleurs malgré les conditions dangereuses de traversée du fleuve à la nage ou en petits bateaux. Pour traverser, il faut parcourir entre 5 et 15 mètres et les crues causées par les pluies aggravent le danger.

 

Cette description des dangers que courent les hommes, les femmes et les enfants du Mexique, du Salvador, du Honduras et du Guatemala au moment de traverser le Río Bravo est nécessaire pour pouvoir mettre en doute le cirque monté récemment avec les migrants vénézuéliens soi-disant obligés de passer par cette route pour aller aux Etats-Unis.

 

Le rapport de SURES

 

Le simple fait que les histoires qui occupent les sites des médias occidentaux concernent des citoyens du pays qu'ils harcèlent à cause de sa position politique contraire aux intérêts des Etats-Unis en Amérique Latine les rend déjà suspectes, sachant par ailleurs que les chiffres de la migration vénézuélienne en Amérique du Sud sont toujours gonflés et qu'on finit par organiser des spectacles pour collecter de l'argent dont rien ou pas grand chose n'arrive aux Vénézuéliens dans leurs pays d'accueil.

 

En approfondissant ce qui se dit sur les migrants vénézuéliens qui traversent le Río Bravo, on trouve des bizarreries qui renforcent l'incrédulité au point de suggérer que cet événement était une mise en scène réalisée dans un but nettement politique, ce qui n'est pas inhabituel de la part des ennemis du Venezuela.

 

C'est pourquoi nous mettons sur le tapis le rapport de l’organisation vénézuélienne SURES intitulé « Montage et utilisation de schémas concernant la migration vénézuélienne. L'affaire du Río Grande des Etats-Unis. »

 

L'organisation spécialisée dans les migrations décrit les actions des médias dans les jours pendant lesquels l'information et le récit qu'ils ont diffusé sur le trajet qu'ils disent que font les migrants vénézuéliens a tourné en boucle pour ensuite les démonter avec d'autres données.

 

Des journalistes de Fox News, Daily Caller, LMTonline, Reuters, Border Report et Bill Melugin avaient fait des opérations de propagande plusieurs jours avant le jour où les photos, les vidéos et les témoignages ont été recueillis par le reporter de droite Jorge Ventura, de Daily Caller, et le photographe Go Nakamura, de Reuters. 

 

Cela a été diffusé par les médias de l'aile républicaine des Etats-Unis et par des médias de l'opposition vénézuélienne extrémiste comme El Pitazo, El Nacional, Efecto Cocuyo, entre autres.

 

A partir du 27 mai, des agences de presse comme Reuters se sont fait l'écho de cette information en cherchent à faire tourner en boucle le thème des « migrants vénézuéliens » sur un ton très dramatique, sensationnaliste et de manipulation politique.

 

La route qu'étaient censé prendre les Vénézuéliens pour arriver à la frontière du Río Bravo, selon les témoignages de personnes non identifiées consultées par les médias passerait par l'état de Zulia et La Guaira pour arriver à México en avion (dans le cas de l'état de Zulia, en allant par la terre jusqu'à Bogotá) après un autre vol pour Monterrey pour continuer vers Ciudad de Acuña par la terre. Le prix de ces transports, ajoutés à d'autres paiements aux coyotes (passeurs de migrants illégaux vers les Etats-Unis) vénézuéliens atteindrait environ 3 000 $ par personne.

 

Dans le cas de la personne qui a témoigné, elle aurait payé 6 fois ce prix étant donné qu'elle voyageait avec 5 membres de sa famille. Elle allègue que sa situation financière l'a obligée à émigrer, une chose que SURES considère comme « contradictoire si on considère le prix considérable qu'elle a payé pour faire ce parcours. »

 

Les corporations de l'information ont dit que 6 159 Vénézuéliens ont fait ce trajet. SURES oppose cette donnée avec celle donnée par les autorités en matière de migration aux Etats-Unis.

 

Le 29 mai 2021, la Patrouille Frontalière du sud du Texas n'a fait aucune déclaration sur la soi-disant entrée de centaines de Vénézuéliens les jours précédents ni sur son réseau social Twitter ni sur sa page officielle. Cet élément est important car l'autorité actualise 2 fenêtres de communication sur ses activités d'arrestation de migrants illégaux dans la ville de Del Río, Texas.

 

Le foyer de la sœur Norma Pimentel, très connu pour avoir reçu des migrants illégaux du Mexique dans la Vallée du Río Grande pendant des décennies, n'a pas non plus communiqué sur la soi-disant arrivée de migrants vénézéuliens dans la région. On ne connaît pas non plus de rapport officiel qui rende compte de l'identité ou du nombre de Vénézuéliens sous surveillance.

 

A la suite, l'organisation vénézuélienne détaille les contradictions contenues dans les scènes diffusées qui divergent des conditions caractéristiques qui entourent le passage des migrants d'Amérique Centrale, les plus assidus sur cette route.

 

Les videos et les photos diffusées largement en RRSS montrent que ces personnes sont passées en plein jour alors qu'on sait que cette sorte de traversées, considérées comme illégales, se font habituellement de nuit et clandestinement.

 

Les soi-disant migrants vénézuéliens semblent en bonne santé avec des bagages (mallettes et grands sacs) et des vêtements en bon état. Il semblerait que leurs vêtements soient des marques Tommy Hilfiger, Hollister, FILA et Ralph Lauren.

 

Ces personnes ne sont pas mouillées et ne semblent pas avoir été affectées physiquement par la traversée. Elles ne semblent pas avoir parcouru de longues distances sur terre comme le reste des migrants qui passent de longues journées exposés aux intempéries dans des conditions qui portent atteinte à leurs droits de l'Homme qui ne sont pas rapportées par ces chaînes de médias.

 

Le fait que les caméras de Fox News et d'autres médias soient exactement là où ces entrées illégales ont eu lieu et à l'heure exacte à laquelle elles se sont produites attire l'attention ainsi que la grande quantité de photographes présents sur place.

 

L'organisation souligne aussi que tous les enregistrements audiovisuels diffusés en RRSS ont été réalisés en territoire étasunien. Le 29 mai, on ne connaît aucune vidéo ou photo qui ait été prise par ces gens en territoire mexicain ou en pleine traversée.

 

On ne voit entrer que des groupes de Vénézuéliens, il n'y a aucune présence d'autres nationalités (mexicains, salvadoriens, guatémaltèques ou honduriens), que ce soit en groupes ou individuellement.

 

Les garde-frontières se montrent réceptifs et ne s'opposent pas vraiment à l'entrée de ces migrants contrairement à ce qu'ils font habituellement quand des migrants illégaux d'autres nationalités se présentent.

 

L'image qui, à force de propagande, est devenue le symbole de la traversée du Río Bravo par les migrants vénézuéliens est celle d'un homme qui porte une vieille dans ses bras. Les reportages se sont étendus sur la charge dramatique de cette image mais ont oublié le profil de cette personne qui affaiblit complètement ce récit : Cesar Padrón est allé plusieurs fois aux Etats-Unis, très probablement par les voies légales d'entrée dans le pays et il a même tenté de jouer au beisbol en professionnel en Floride.

 

Comment un jeune qui jusqu'à il y a 3 mois travaillait dans un gymnase privé, qui, comme sa famille, avait une bonne qualité de vie dans son pays, selon ce qu'on peut voir en RRSS et qui, entre 2016 et 2017 était aux Etats-Unis légalement selon toute apparence (passeport+visa américain) pourrait-il petre, en mai 2021, en train de traverser (les images ne le montrent qu'en train de se diriger vers la berge étasunienne) le Río Grande ? Cela attire l'attention.

 

Le rapport de SURES s'achève sur l'énumération de certaines lignes concernant les fausses informations que nous reproduisons intégralement :

 

L'apparition de fausses informations sur la migration vénézuélienne se développe dans le contexte de la Conférence Internationale des Donateurs solidaires des réfugiés et des migrants vénézuéliens qui se déroulera au Canada le 17 juin prochain, ce qui met aussi dans la ligne de mire les rapprochements du Gouvernement vénézuélien et du Gouvernement Biden dans le cadre de ce qu'on appelle le dialogue national organisé par le président Nicolás Maduro.

 

C'est une stratégie destinée à réorienter l'ordre du jour de la « crise des migrants » avec de nouveaux éléments et de nouvelles routes car l'acteur principal qui l’organise (le Gouvernement de Colombie) traverse une crise de légitimité et se trouve incapable de gouverner sur son territoire et pourrait difficilement jouer un rôle actif dans la Conférence des Donateurs.

 

Il y a une apologie du délit de trafic illégal de migrants destinée à montrer qu'au Venezuela , on ne fait rein contre ce délit, contre les réseaux de trafic ni contre les “coyotes”.

 

La migrants vénézuéliens qu'on voit sur ces vidéos semblent correspondre à une classe sociale moyenne. Les raisons pour lesquelles ils émigrent sont à peine esquissées dans des pleurnicheries peu développés. En général, c'est le reporter qui écrit : « Ils viennent de fuir le régime. » Mais ce qu'on voit dans le récit qui est fait, c'est que la personne a payé environ 18 000 $ étasuniens car elle n'appartient pas aux classes les plus défavorisées économiquement au Venezuela.

 

La dispute interne entre républicains et démocrates s'est centrée sur la migration et sur ce qu'on appelle la crise migratoire sur la frontière sud des Etats-Unis. L'importance accordée à ce sujet par la chaîne de tendance républicaine Fox News est destinée à saper la crédibilité de la politique migratoire du Gouvernement Biden qui a contrecarré plusieurs des mesures migratoires les plus extrêmes de Trump. Elle sepropose aussi de placer la « crise humanitaire au Venezuela » alibi pour boycotter les éventuels rapprochements entre les 2 Gouvernements.

 

La gestion de la situation pas étrangère au contexte régional et il faut signaler que la promotion des informations s'accompagne du récit relatif au vécu du migrant illégal qui, après son arrivée aux Etats-Unis, partage son soi)disant tragique parcours pour réussir sa mission d'entrée illégale dans ce pays.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/06/02/venezuela-la-migracion-como-arma-publicitaria/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/06/venezuela-la-migration-comme-arme-publicitaire.html