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Venezuela: Le double jeu du rapport de la mission d’observation de l’Union européenne

29 Novembre 2021, 17:05pm

Publié par Bolivar Infos

Les chercheurs de l’institut Samuel Robinson (ISR), Franco Vielma y William Serafino, ont analysé le rapport préliminaire de la mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOEUE) qui s’est déployée dans le cadre des élections du 21 novembre.

 

Comme on le sait, cette mission n’a pas été la seule à accompagner ces élections : il y en a eu 10 en tout constituées par 300 personnes venues de 55 pays. Mais les corporations de médias et certains partis antichavistes ont donné plus d’importance à la présence de cette mission qui avait prévenu qu’elle serait partiale. Si cela n’était pas apparu avant son arrivée, son rapport donne des pistes pour le confirmer.

 

Alors que les médias et les politiciens qui avaient intérêt à déformer ces élections laissaient entendre que ce serait la mission d’observation électorale de l’Union européenne qui déterminerait la « légitimité » ou « l’illégitimité »’ du processus, avant son arrivée, sa chef, Isabel Santos, avait précisé que cela ne faisait pas partie de ses compétences. Mais cela ne l’a pas empêchée de faire des affirmations et des omissions qui démontrent une intention sous-jacente ou la méconnaissance de la dynamique politique et sociale du Venezuela.

 

Méconnaissance du système légal et électoral vénézuélien

 

La façon dont la MOEUE aborde les processus de déclaration d’incapacité précoce des personnes sujettes ou qui devraient être sujettes plus tard à interdiction d’assumer des charges d’élus pour faute administrative ou pour ne pas avoir fait les démarches requises devant l’Inspection est l’une des choses qui mettent en évidence la méconnaissance de la façon de fonctionner du Venezuela par celle-ci.

 

Vielma et Serafino précisent dans leur analyse que « ces mesures administratives ont été prises, dans la plupart des cas, parce que ceux qui ont été sanctionnés n’avaient pas dûment présenté de façon opportune leur déclaration de patrimoine personnel devant l’Inspection Générale dans les temps. » Et ils ajoutent: « Le rapport donne à l’action des institutions vénézuéliennes une tonalité sélective qui n’existe pas dans les faits . »

 

Le rapport de la MOEUE considère négativement l’Inspection Générale de la République

 

On sait que notre système de lois précise que le non respect des procédures concernant la «déclaration de patrimoine sous serment » autorise l’Inspection Générale à interdire à un fonctionnaire de se présenter pour occuper une charge d’élu. Cela fait partie de la lutte contre la corruption qui a été mise en place. Ce n’est pas la première fois que les médias et les ONG critiquent cet aspect de la législation vénézuélienne tout en l’accusant de corruption.

 

Les chercheurs signalent que ce qu’on appelle dans ce rapport « suspension des droits politiques » ne s’applique pas car « les personnes qui sont touchées par la non admission de leur candidature sur instruction de l’Inspection Générale ont le droit de vote et de participer ouvertement à al vie politique. Il ne leur est interdit que de se présenter pour être élu à des charges publiques. »

 

Le rapport tente de fabriquer un récit disant que ces interdictions font partie d’un modèle sélectif dans lequel on n’accueille pas les acteurs politiques alors qu’en réalité, l’Inspection Générale de la République, une instance du Pouvoir Moral, ne dépend pas d’interdictions pénales ou de sentences judiciaires pour déterminer si un candidat à une élection respecte les conditions pour se présenter à des charges publiques. »

 

A propos du Tribunal Suprême de Justice (TSJ), le rapport affirme que « l’absence d’indépendance de la Justice et le non respect de l’Etat de Droit ont malheureusement affecté l’égalité de conditions, l’impartialité et la transparence des élections. »

 

Bien que la MOEUE reconnaisse que le système légal et électoral vénézuélien est conforme aux standards internationaux, elle parle négativement du plus haut tribunal à cause de l’intervention de partis avant l’élection. Les chercheurs indiquent que le rapport « ne mentionne pas le fait que les partis politiques sujets à des diatribes judiciaires internes à cause de leur immobilité et dans certains cas de leurs dilemmes concernant l’abstention soumettent la démocratie vénézuélienne à une situation hostile en privant les électeurs de certaines de leurs cartes et de leurs offres politiques préférées. »

 

Les omissions du rapport de la MOEUE 

 

Ce que le rapport en dit pas ou ce qu’il dit à demi est peut-être ce qui attire le plus l’attention des chercheurs de l’ISR, par exemple le fait que la MOEUE « ne signale pas que les différends internes à l’opposition ont été cruciaux et ont mis en danger le bon respect du calendrier électoral. » Un d’opposition dispersée et sans stratégie politique claire a été cachée derrière l’insinuation de l’application de schémas arbitraires par le CNE pour l’inscription des candidats. En outre, le rapport oublie de signaler que certaines candidatures ont été changées, inscrites de façon incomplète et même que certains « candidats » n’avaient même pas été consultés et que ces faits n’étaient pas connus de l’entité électorale.

 

Le médecin et modèle Leslie Vegas s’est plainte que le PCV l’avait inscrite sans son consentement comme candidate au poste de gouverneur de l’état d’Aragua.

 

Mais peut-être l’omission la plus notoire de ce rapport est-elle le fait « que beaucoup de candidats ont réussi à s’inscrire après avoir été blanchis par la justice, que les mandats d’arrêt et les interdictions politiques pour des faits dolosifs administratifs et pénaux aient été levés. »

 

On élude aussi la participation des partis politiques aux audits du CNE en laissant penser que c’est pendant « la plupart » d’entre eux alors que c’est pendant la totalité des audits et que « cela inclut les partis des différentes oppositions au chavisme, » qui n’oublie pas que ce rapport leur est favorable à ce sujet.

 

Le rapport oublie aussi le contrôle des ressources, la mission identifie 3 spots institutionnels d’éducation électorale du CNE alors qu’en réalité, il y a eu, comme lors des autres élections, un large volume de matériel informatif déployé par le CNE .

 

Les chercheurs montrent aussi que le rapport omet le processus d’épuration des données des électeurs qui consiste à exclure les morts et ils ajoutent que « cette donnée est très importante lors d’élections n’importe où dans le monde, en particulier en Amérique Latine. »

 

Le rapport parle d’un « sous-enregistrement » de 3,4% du corps électoral (ou Registre Electoral Permanent, REP) et l’attribue à l’émigration sans préciser que celui-ci est volontaire au Venezuela et que ce chiffre est influencé par le pouvoir discrétionnaire de toute personne en âge de voter, et les analystes précisent qu’on « ne peut pas qualifier de « sous-enregistrement » le fait qu’un vénézuélien de 18 ans quitte le pays et ne régularise pas sa situation à l’endroit où il s’établit. »

 

Il passe aussi sous silence le fait que, le jour des élections, le CNE a contrôlé les bulletins un par un, les procès verbaux un par un, les machines une par une, 54% des bureaux de vote. Cette sorte de contrôle de masse est prévue « sans que soit nécessaire une contestation, une plainte judiciaire ou une réclamation d’une des parties. »

 

« Contrainte » et « pression »: le récit de l’opportunisme

 

Le chavisme, en tant que secteur au gouvernement, mais aussi en tant que cible d’une stratégie de changement de régime est qualifié négativement tout au long de ce rapport. La récit de l’opportunisme, né dans les secteurs d’opposition, est aussi plein d’imprécisions que le récit de l’opposition dont le document élaboré par la mission d’observation cherche à se faire l’écho.

 

Son rapport affirme qu’on exerce des contraintes sur les électeurs mais les analystes de l’ISR soupçonnent qu’il est question de mécanismes utilisés par le chavisme pour déployer sa machinerie de recherche et de convocation d’électeurs préalablement contactés, le jour de l’élection. Il parle aussi d’un « avis des votes assistés » et oublient d’indiquer quelle sorte « d’irrégularités » ont été détectées dans ce domaine. Il actualise aussi les plaintes déjà entendues concernant les « points rouges » en oubliant de préciser que ceux-ci ont été interdits par le CNE. 

 

Il affirme aussi sans preuves ou sans que cela ait été constaté que « dans 23% des actes du PSUV, on a fait pression sur les citoyens pour qu’ils y assistent alors que ça n’a été le cas que dans 2,5% des actes de l’opposition. » C’est pourquoi, dans l’analyse de l’ISR, on évoque le fait que « les mobilisations du chavisme ont été effectuées grâce à un seul bloc unitaire de partis. Par contre, les oppositions sont venus à l’élection dispersées et finalement, leur convocation à des actes a été naturellement moindre. »

 

Le rapport oublie aussi la période abstentionniste de laquelle provient une bonne partie de l’antichavisme, ce qui a fait diminuer l’enthousiasme de ses partisans. Mais l’ISR décrit comme « dangereux » le fait de signaler des « pressions, » surtout quand il n’y en a pas de preuves fiables étant donné que cela ne fait que renforcer l’idée d’une « dictature » comme récit destiné à mettre en marche des mécanismes de pression contre le Venezuela.

 

Le rapport de la mission qualifie d’opportunisme le fait que les électeurs n’ont pas été présents aux actes de campagne des candidats qui avaient boycotté les élections précédentes comme Tomás Guanipa, candidat à la mairie de Caracas.

 

Parler négativement du fait que des fonctionnaires publics aient participé à la campagne est destinée à contribuer, de façon voilée, au récit de l’opportunisme mais ils oublient que les « fonctionnaires ne perdent pas leurs droits politiques de participer activement à des campagnes électorales », notent les chercheurs.

 

La mission d’observation signale que même les opposants utilisent les ressources de l’Etat depuis les institutions dans lesquelles ils sont placés pour faire campagne et en arrive à affirmer que même les vaccinations ont été utilisées pour la campagne dans 3 états » mais les analystes de l’ISR se demandent jusque’à quel point il s’agit de la vaccination comme véhicule de campagne ou s’il s’agit de profiter de la campagne électorale pour promouvoir la vaccination. Ceci prenant en compte le fait que depuis quelques semaines, la vaccination qui était réalisée dans des centres de soins, est réalisée dans les pharmacies, les centres commerciaux, les places publiques et sur la voie publique pour profiter de l’affluence et de la concentration de la population pour l’aborder.

 

A propos des sanctions contre les fonctionnaires qui enfreignent les règlements et les règles électorales, le rapport affirme que le CNE « ne sanctionne pas les violations des règles de campagne et l’utilisation des ressources de l’Etat » sans prendre en compte le fait que le processus électoral demande de minimiser les situations conflictuelles, ce pourquoi le CNE applique une politique de correction et de dialogue pour que ceux qui sont admonestés corrigent leurs fautes.

 

Le CNE a été cohérent en cherchant à « intervenir et à corriger les irrégularités sans prendre les sanctions comme fer de lance de sa politique » mais Vielma et Serafino rappellent qu’aussi bien le président Chávez que le président Maduro ont été sanctionnés à certains moments. Ils ajoutent que, dans les élections que la mission a observées, « toute sanction envers des candidats d’opposition n’aurait fait que favoriser la non reconnaissance de la légitimité  des élections, l’abstentionnisme et le discrédit politique général des institutions. » Ils évoquent la façon dont les médias vénézuélien s et mondialisés maltraitent toute sanction en cherchent à ne pas reconnaître l’arbitre électoral et la démocratie et ils ajoutent que « le contexte politique précédent a fait du CNE le gardien des nouvelles garanties, c’est pourquoi il est intervenu avec des remontrances et des discussions. »

 

Le rapport qualifie aussi de « déséquilibré » le fait d une pas avoir enregistré une bonne présence de dirigeants de la MUD Unité dans les médias d’Etat, ce qui est une preuve de plus de la méconnaissance de la réalité politique et médiatique vénézuélienne. L’analyse explique que beaucoup de dirigeants de la MUD ne sont pas allés dans les médias d’Etat ou n’ont pas eu de relations avec le chavisme pour des « raisons discrétionnaires politiques » pour éviter d’être considérés comme « cohabitant » ou « collaborant » avec « la dictature » par les secteurs extrémistes. A cela s’ajoute le fait qu’ils préfèrent ne pas s’adresser à certaines audiences et focaliser leur campagne dans d’autres espaces de communication qui ont une portée parmi les opposants comme la plupart des médias au Venezuela, dans tous les spectres qui sont privés et de tendance d’opposition.

 

Mais la mission d’observation montre la gestion des médias d’Etat comme disproportionnée lors de l’élection, sans doute pour fa briquer une soi-disant hégémonie du chavisme dans la communication. L’ISR souligne les multiples plaintes du président Maduro concernant l’impossibilité pour le PSUV de placer de la publicité sur les réseaux sociaux sous prétexte du blocus et l’impossibilité de conclure des accords avec les plateformes de réseaux.

 

La grande invisible: la guerre contre le Venezuela

 

Dans le même style de narration que l’antichavisme, le rapport rend directement responsables les institutions vénézuéliennes des soi-disant failles du processus électoral, oubliant « la situation politique difficile du pays jusqu’à il y a peu, poussée vers le début d'une guerre civile au milieu d’une polarisation politique combiné à une siège extérieur et à des positions insurrectionnelles dont beaucoup sont criminelles, dirigées par certaines organisations d’opposition. »

 

Le mécanisme pour y arriver a consisté à passer sous silence toute mention du processus de paix politique qui est en train d’être mené à bien dont la manifestation lapsus notoire est le processus de dialogue qui se déroule entre le Gouvernement constitutionnel du président Maduro et l’opposition, au Mexique. La mission d’observation laisse de côté « l’empressions internes et extérieures, les cycles insurrectionnels de violence armée qu’a subis le pays ces dernières années » comme al tentative de coup d’Etat ratée du 30 avril de 2019, à laquelle plusieurs candidats ont participé ouvertement et de façon notoire.

 

Alors que l’Union européenne elle-même promeut les mesures coercitives unilatérales qui rendent difficiles plusieurs aspects de la vie du pays, dans le rapport, on évoque la distribution de combustibles, une chose qui n’affecte pas seulement les candidats antichavistes mais est une crise « transversale et nationale » au dire des chercheurs de l‘ISR. La détérioration de l’économie nationale a été largement traitée sans nommer les mesures, ce que Vielma et Serafino qualifient de « blanchiment tacite de la politique de pression du bloc européen. »

 

Plus de contradictions, d’inepties et quelque chose du colonialisme

 

Même si le rapport affirme à un moment que « les observateurs nationaux n ‘ont exprimé aucune limite à leur liberté de mouvement ou d’expression, » à un autre moment, il dit que « les observateurs nationaux se sont vus limités dans leur fonctionnement et dans leur déploiement. » A ce sujet, l’analyse précise qu’il s’agit du fait que leurs activités aient été circonscrites dans le cadre des règles du CNE, comme c’es tel cas dans tous les systèmes électoraux du monde.

 

Le rapport affirmé que la parité et l’accès des femmes à la représentation politique « n’est respectée que partiellement » bien qu’il reconnaisse que l’inscription de candidates ait atteint 49,44%, ce qui entre dans les marges de 40% à 50% fixées par le CNE pour garantir la parité mais la mission félicite le parti Un Nouveau Temps avant de reconnaître au CNE le mérite d’avoir réglementé cet aspect et d’avoir réussi à ce que cette règle soit respectée. Cela rend évidente ses sympathies politiques et c’est ce que montre l’analyse de l’ISR.

 

En plus, le rapport fait allusion au fait que « des représentants des personnes handicapées » ont critiqué le vote assisté parce qu’il ne garantit pas le secret mais sans évoquer directement quelque organisation que ce soit. C’est une autre vision partiale et politiquement motivée qui n’a pas de fondement dans des faits qu’on ait pu constater.

 

C’est la même chose avec leur estimation des élections des peuples indigènes qu’il appelle « minorités ethniques. » Il rapporte de façon négative la situation socio-économique générale de la population indigène concernant l’exercice de son droit de vote et affirme que la méthode utilisée (choisie par ces peuples) manque de légitimité et […] compromet le droit constitutionnel au vote direct et secret » alors même qu’en même temps, il reconnaît que cette élection correspond à la cosmogonie des populations indigènes.

 

On se demande si cette exhibition de méconnaissance de l’environnement dans lequel sont appliquées les lois du pays est intentionnelle, plus encore quand peu de preuves, peu de chiffres contrôlables et des témoignages non dignes de foi soutiennent les « appréciations négatives, tendancieuses ou incomplètes » qu’on trouve dans ce rapport.

 

A ce sujet, l’analyse de l’ISR souligne que la plupart des appréciations négatives concernent des situations extérieures à l’élection et que le rapport de la mission d’observation « est, dans une bonne mesure, pondéré mais déséquilibré. » Ce qui est évident, c’est que, bien qu’Isabel Santos ait dit que le rapport ne doit pas être instrumentalisé à des fins partisanes, les cartels médiatiques sont déjà en train de travailler à discréditer tout le processus électoral, de son début à ses résultats.

 

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol:

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/11/26/venezuela-el-juego-a-dos-bandas-del-informe-preliminar-de-la-mision-de-observacion-de-la-union-europea/

URL de cet article:

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/11/venezuela-le-double-jeu-du-rapport-de-la-mission-d-observation-de-l-union-europeenne.html