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Brésil : Bolsonaro laisse échapper qu’il connaissait Añez

20 Janvier 2022, 19:30pm

Publié par Bolivar Infos

Jair Bolsonaro a reconnu avoir rencontré l’ancienne présidente de fait bolivienne Jeanine Añez, ce qui confirme les soupçons qu’on avait sur le soutien du Brésil au coup d’État qui a renversé Evo Morales. Cette rencontre pourrait être la pointe d’un écheveau dans lequel s’enroulent conspirations, vols clandestins, fuite de ministres et peut-être livraison d’armes. Apparemment de façon involontaire, le président a affirmé : « L’ancienne présidente de la Bolivie, Jeanine… j’ai é&té avec elle, une fois, c’est une personne sympathique qui est en prison. » Et il a ajouté avec colère: « Savez-vous de quoi elle est accusée ? D’actes antidémocratiques ! » Comme jusqu’à présent, il n’y a eu aucun sommet officiel entre eux 2, cette conversation a eu lieu secrètement.

 

Ce qui apparaît dans cette déclaration,, c’est que pour Bolsonaro, porter atteinte aux institutions est quelque chose qui n’aurait pas dû entraîner l’arrestation de l’ancienne présidente de fait qui s’apprête à affronter un nouveau procès. Ce que ne dit pas Bolsonaro, c’est quand et où a eu lieu cette rencontre avec la femme qui a gouverné de fait de novembre 2019 à décembre de 2020, date de l’élection de Luis Arce. Pendant cette période d’un peu plus d’un an, l’avion présidentiel bolivien qui ne peut décoller qu’avec l’autorisation du chef de l’État ou avec celui-ci à son bord, a effectué des vols fréquents et clandestins au Brésil.

 

La confession 

 

Sur certaines chaînes de Youtube bolsonaristes, il semblerait qu’on se soit rendu compte de la gravité des déclarations du président concernant sa rencontre avec Añez car on les a retirés de la toile. Le commentaire du président ou pour mieux dire, la confession, pourrait être porté à la connaissance du tribunal qui commencera à juger Añez et les anciens chefs de l’armée et de la police cette semaine dans l’affaire « Coup d’État II. »

 

Une ancienne diplomate, fonctionnaire de Morales qui se trouve actuellement à l’étranger a analysé, dans une interview accordée à Página 12 et à condition de garder l’anonymat, les relations Brasilia-La Paz et les éléments que celles-ci peuvent apporter à ce procès : « Je considère que les déclarations du président Bolsonaro sont importantes pour c procès parce que c’est une preuve de plus que le Gouvernement d’Evo Morales a été attaqué par une organisation internationale, ce qui veut dire qu’on a apporté de l’aide de l’étranger à un coup d’État. » Il faut attendre de voir l’évolution du procès oral, ajoute-t-elle, mais « si Añez reconnaît avoir eu cette réunion, elle va devoir expliquer pourquoi elle n’en a pas parlé. »

 

« Madame Añez est accusée de ne pas être arrivée au pouvoir de façon constitutionnelle , en utilisant la voie de la violence. Le peuple bolivien veut qu’elle soit l’objet d’uen enquête pour les morts qui sont survenues pour qu’elle arrive au pouvoir. »

 

Añez, bienvenue

 

Le rendez-vous secret entre Bolsonaro et Añez est conforme au soutien public apporté par Brasilia au mouvement qui a déposé Morales. Le matin du 13 novembre 2019, quelques heures après la prestation de serment d’Añez, le Brésil a été le premier pays à féliciter le nouveau Gouvernement installé « constitutionnellement. » Añez est arrivé au Palais Quemado avec le caudillo de Santa Cruz de la Sierra, Fernando Camacho, surnommé « le Bolsonaro de la Bolivie » qui, à la mi-2019, avait été reçu par le chancelier brésilien de l’époque Ernesto Araújo. Après leur rencontre, Camacho et Araújo se sont fait photographier avec la députée Carla Zambelli, une ardente bolsonnariste.

 

Il faut dire que le coup d’État en Bolivie n’a pas été un coup d’État « doux », que ce soit un coup d’État parlementaire ou un coup d’État par persécution judiciaire comme ceux qui ont renversé Dilma Rousseff en 2016 et l’ancien président du Paraguay Fernando Lugo en 2012. Le coup d’État en Bolivie a été un coup d’État classique auquel ont participé la police et l’armée. Il ressemble assez à ceux qui ont débouché sur les dictatures des années 60 et 70 que défend le président brésilien.

 

Le soutien du Brésil au régime civique et militaire de La Paz s’est poursuivi en 2020 dans le but de construire une hégémonie de droite dans la région, ce qui comprenait le soutien aux candidats Keiko Fujimori au Pérou et Antonio Kast au Chili. Pour cela, il fallait empêcher le retour du Mouvement Vers le Socialisme de Morales grâce à la candidature de Luis Arce qui s’est finalement imposé avec une large avance en octobre 2020. Alors, le Brésil a été le dernier pays important à féliciter Arce, un ancien ministre de l’Economie et des Finances de Morales, pour sa victoire.

 

Les vols

 

Pagina 12 a publié en juin 2020, alors qu’Añez était au Palais Quemado depuis 6 mois, un article de Felipe Yapur sur les « vols suspects et réitérés » de l’avion présidentiel Force Aérienne Bolivienne 001, le FAB001, à destination du Brésil. L’enquête est basé sur des informations de l’entreprise étasunienne de suivi des vols FlightAware.

 

Sur la liste des voyages au Brésil, il s’en trouve plusieurs à Brasilia, où pourrait avoir eu lieu la rencontre entre Bolsonaro et Añez que Bolsonaro évoquait lors d’une émission en direct sur les réseaux sociaux qui a eu lieu il y a quelques mois et lors de laquelle il accusait son rival, Luiz Inácio Lula da Silva, du Parti des Travailleurs, de « soutenir le retour des gens d’Evo Morales en Bolivie. »

 

Le premier vol du FAB001 a eu lieu le 11 novembre 2019, « après la chute du président Morales et avant la prise de pouvoir d’Añez » dit la source bolivienne consultée par ce journal : « Mon sentiment est que le déplacement de l’avion du 11 novembre est très étrange. Nous ne savons pas s’il a amené quelque chose au Brésil ou s’il a ramené quelque chose du Brésil . Je suis diplomate de carrière. Quand un président sort du pays, il doit le faire savoir et y laisser le vice-président et cela n’est pas arrivé. »

 

Le sénateur Carvalho

 

Le sénateur brésilien Rogelio Carvalho, du PT, n’a aucun doute sur la participation du Brésil à la conjuration contre Morales. « Sur une échelle de zéro à dix, les chances que Bolsonaro ait soutenu le coup d’État sont de 10. » Et il pense que « Bolsonaro donne tout son soutien à n’importe quel Gouvernement antidémocratique ou aux forces politiques antidémocratiques. »

 

Selon Carvalho, le Congrès pourrait prendre les choses en mains et enquêter sur les relations de Bolsonaro avec Añez et sur d’autres éventuelles relations.

 

La frontière de 3 400 kilomètres de long entre les 2 pays par laquelle seraient passées les ressources destinées au mouvement séditieux de 2019 et qui pourrait avoir servi en 2020 à des fonctionnaires d’Añez comme son ministre de la Défense Luis Fernando López et son ministre de l’Intérieur Arturo Murillo à s’échapper est une zone qui pose encore beaucoup de questions non résolues.

 

Armes ?

 

La diplomate ancienne fonctionnaire de Morales rappelle que Murillo, après être passé par le Brésil, a été arrêté aux Etats-Unis pour blanchiment d’argent et pour d’autres délits liés à l’achat d’armes. Et elle soupçonne l’ancien ministre de la Défense, López, de s’être caché au Brésil. Notre source, que nous avons interrogée en août et sommes revenus consulter brièvement dimanche, évoque à nouveau les voyages clandestins du FAB001 et insiste sur celui qui a eu lieu fin décembre 2020.

 

La date de cette visite coïncide avec celle d’un document du ministère de la Défense qui dit que, le 30 décembre, on doit retirer un chargement d’armes. « En tant que simple citoyen, je me demande : l’avion présidentiel était-il au Brésil en décembre ? Oui. » « Y a-t-il un document à en-tête du ministère de la Défense de l’État Plurinational de Bolivie qui dit qu’il va y avoir une livraison d’armes au Brésil ? Oui. Est-il possible que dans un aéroport, au Brésil, on remette des armes à un autre pays ? Est-ce normal ? »

 

Et elle conclut en proposant qu’on enquête sur les points de « contact » qui relient «  Bolsonaro disant qu’il a rencontré Añez » à l’éventuel « départ du pays de l’ancienne présidente » et à la supposée « livraison d’armes à Rio. »

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2022/01/18/a-bolsonaro-se-le-escapo-que-conocio-a-anez-se-confirman-sospechas-de-su-apoyo-al-golpe-de-estado-contra-evo-morales/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/01/bresil-bolsonaro-laisse-echapper-qu-il-connaissait-anez.html