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Chili : Propositions pour la nouvelle Constitution

19 Janvier 2022, 20:12pm

Publié par Bolivar Infos

par Federica García

 

L’individualisme est si important au Chili que plus de 60 000 « initiatives populaires de norme constitutionnelle », c’est à dire de propositions thématiques de personnes naturelles qui pensent que leur idée doit être garantie dans la nouvelle Constitution ont été déposées. 

 

Mais ce qui est le plus impressionnant, ce n’est pas l’individualisme qui se cache derrière l‘abondance anarchique de propositions mais l’ignorance de ce qu’est une Constitution et le peu d’envie de ne pas se rendre ridicule et de lire au moins quelques lignes concernant le contenu que doit avoir une Constitution.

 

Les Chiliens peuvent proposer des idées de règles pour cette nouvelle Constitution par internet, avec une clef spéciale que donne le Gouvernement et n’ont besoin de personne d’autre qu’eux-mêmes.

 

Ensuite, pour que cette proposition soit revue et discutée à la Convention Constitutionnelle, il faut 15 000 signatures digitales.

 

C’est la participation qui a été obtenue sans que les Chiliens n’aient d’éducation civique au collège (cette matière n’existe plus depuis plus de 10 ans et on le remarque aujourd’hui plus que jamais).

 

Alors, c’est presque une mode de proposer des règles pour la Constitution. Les réseaux sont saturés de messages disant : « Salut, je propose une règle constitutionnelle pour garantir que… aide-moi avec ta signature. »

 

Il ya déjà près de 65 000 propositions mais le plus dramatique, ce n’est pas la fragmentation et la compétition pour proposer la meilleure idée mais les thèmes qui sont proposés et qui ont déjà obtenu les signatures requises en un temps record.

 

On trouve parmi elles la défense d’un parc en particulier (que j’aime ou où je vis), le droit d’être fan d’une équipe sportive (oui, tel quel!) ou que le Constitution garantisse l’accès au cannabis. Et le pire, c’est que cette anarchie tellement narcissique se développe contre les thèmes qui sont vitaux pour le Chili comme la détermination de la propriété de l’eau, aujourd’hui privatisée sous toutes ses formes.

 

Plus d’une dizaine d’initiatives cherchent à ce qu’elle soit nationalisée ou déclarée « droit de l’homme mais les jours passent et aucune n’a obtenu les 15 000 signatures nécessaires.

 

La dispersion est une conséquence du narcissisme néolibéral et de l’impossibilité chronique de travailler dans des assemblées efficaces qui ne se brisent pas ou ne se divisent pas à la moindre occasion (justement à cause du narcissisme élevé dans la compétition néolibérale). Finalement, ce mécanisme pourrait même opérer en faveur des intérêts des grandes entreprises.

 

Aucune proposition ne demandait d’en finir avec les AFP (les entreprises qui font du profit sur les retraites des Chiliens)… mais certaines demandaient que les pensions ne dépendent plus de l’État et que la propriété individuelle soit garantie, que toute personne puisse choisir si elle veut être administrée par une AFP ou par un modèle mixte, excluant ainsi toute possibilité d’un fond de pension solidaire. 

 

Cette proposition s’intitule « Pas avec mon argent » et il y a aussi « pas avec mes enfants », « pas avec mon éducation, » etc.. mais le « non » est toujours destiné à l’État.

 

Le Chili a oublié le bien commun il y a bien longtemps…

 

Les plaintes douloureuses des étrangers qui voient qu’on ne donne pas de siège aux femmes enceintes et qu’on les traite comme une charge pour la société que personne ne veut payer ou que les enfants sont une gêne permanente dans les lieux publics ou que les vieux sont méprisés et ridiculisés comme un obstacle pour la société, aujourd’hui plus que jamais sont mises en évidence au Chili.

 

Parce que ce réveil de la révolte lors duquel les gens ont commencé à se regarder dans les rues, à s’aider à marcher, à se protéger dans la manifestation, a été rapidement démantelé par une stratégie de contrôle social dans laquelle de nombreux infiltrés ont été chargés de stimuler la division, la méfiance et la compétition parmi les bases qui protestaient.

 

Une chose qui, ensuite, pendant la pandémie, s’est renforcée. Aujourd’hui, les Chiliens sont à nouveau tous ennemis les uns des autres. Ils se haïssent à nouveau parce que pour survivre ici, tu dois savoir que n’importe qui pourrait te trahir pour atteindre sa propre réussite ou son propre bien-être et cela t’oblige à être toujours en alerte et être toujours en alerte rend fou n’importe qui.

 

L’idée que n’importe quel Chilien pourrait te tuer avec le virus a réactivé ce qui est essentiel dans le néolibéralisme.

 

Et le changement apporté par la révolution sanguinaire de Pinochet a presque été génétique. Et quand les Chiliens commencent à se retrouver en un seul peuple, il suffit d’un claquement de fouet pour réactiver l’individualisme, la méfiance et la compétition.

 

Il n’y a plus de mémoire collective assez forte pour créer une communauté.

 

Au contraire, la communauté continue à faire peur et les fameux retraits de l’argent des AFP n’ont fait que démontrer à chaque Chilien que son argent « est à lui » et qu’un éventuel fonds commun, comme on l’entend dans les rues, « va financer la vieillesse d’un paresseux qui n’a pas autant travaillé que moi. Mon argent est à moi. »

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.telesurtv.net/opinion/Propuestas-para-la-nueva-Constitucion-de-Chile-20220117-0013.html

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/01/chili-propositions-pour-la-nouvelle-constitution.html