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Cuba : Peter Pan et le pouvoir des fictions politiques

20 Février 2022, 17:47pm

Publié par Bolivar Infos

Lundi 7 février, le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, le vice-gouverneur, Jeanette Nuñez et le procureur général ont assisté à une table ronde au Musée américain de la diaspora cubaine de Miami. Dans son discours, le gouverneur a affirmé que comparer la souffrance des enfants cubains exilés par l’Opération Peter Pan dans les années 60 à celle des enfants migrants d’Amérique Centrale est “répugnant” parce que les premiers fuyaient le communisme.

 

Les autres fuient le capitalisme depuis le XIX ème siècle.

 

Monsieur le gouverneur candidat à la Maison Blanche, je suis au regret de vous informer qu’au-delà des applaudissements de vos frères de sang, vous avez répété encore une fois un vieux mensonge qui tombé en morceaux il y a longtemps bien que les fanatiques continuent à le vénérer comme parole d’Evangile. Les agents de la CIA eux-mêmes l’ont reconnu. Je sais que passerez cela aux oubliettes mais d’un côté ou de l’autre, la vérité doit entrer.

 

Le 26 décembre 1960, le nouveau Gouvernement de Cuba avait mis en place un programme de réformes de l’éducation. Peut-être pour ne pas répéter l’histoire du coup d’État au Guatemala 6 ans plus tôt (organisé par la CIA grâce à l’ouverture démocratique du président finalement renversé), on a voulu apprendre aux jeunes à utiliser les armes. Aux Etats-Unis, les conservateurs font la même chose avec leurs enfants mais ce n’est pas un « endoctrinement » mais « pour lutter pour la liberté. »

 

Comme le font les conservateurs aux Etats-Unis quand ils apprennent à leurs enfants à appeler « communiste » toute personne qui, dans les pays pauvres, luttent pour ses droits ou contre les interventions de Washington, le gouvernement révolutionnaire de l’époque a voulu apprendre aux enfants des chansons contre l’impérialisme, ce qui, sur l’île, également au nom de la liberté, avait commencé avant 1898. Le pire, c’est que beaucoup de parents cubains se sont inquiétés de l’extrémisme du programme d’alphabétisation généralisée mis en place par le nouveau Gouvernement.

 

Pendant des décennies, les livres et les journaux du « monde libre » ont rapporté que les enfants, dans les écoles primaires de la révolution cubaine, « étaient obligés d’apprendre les valeurs de la Révolution. » On affirme que dans le reste des pays, les enfants, dans les écoles et dans les églises, sont libres de penser par eux-mêmes (sauf quand ils deviennent de jeunes adultes et arrivent dans les universités : alors, ils sont « endoctrinés » par les professeurs).

 

En 1960, dans les Iles du Cisne, réclamées par le Honduras et occupées par la CIA, on a installé une radio sans autorisation destinée à diffuser de la propagande vers Cuba avec des speakers cubains venus de Miami. Radio Américas (présentée plsu tard comme « la première voix démocratique de l’Amérique Latine ») a commencé à diffuser al rumeur que les communistes allaient envoyer les enfants cubains en Russie par la force.

 

Comme dans l’émission de radio d’ Orson Welles sur une invasion des extra-terrestres (mise en pratique dans le coup d’État réussi au Guatemala), immédiatement, ça a été la panique. 47 ans plus tard, dans ses mémoires, Trained to Kill (entraîné pour tuer) l’agent cubain de la CIA, Antonio Veciana, reconnaissait fièrement :

 

« “Maurice Bishop [David Atlee Phillips] savait que j’étais responsable de l’incendie de l’une des boutiques les plus fameuses de La Havane qui avait coûté la vie à une jeune innocente, mère de 2 enfants. Il savait aussi que j’étais responsable de la diffusion de la rumeur qui avait provoqué l’exode de milliers d’enfants cubains lors de l’Opération Peter Pan, avec l’aide de l’église catholique en affirmant qu’ils étaient orphelins. Il savait que j’étais celui qui avait presque fait s’effondrer l’économie de Cuba avec cette campagne de rumeurs destinée à semer la panique dans la population. »

 

Mais Veciana avait appris de Phillips. Dans ses mémoires de 2017, il reconnaît que, selon l’agent de la CIA qui l’avait recruté à La Havane, « les guerres modernes sont, surtout, des guerres psychologiques. L’objectif est de transformer l’opinion publique. » Les stratégies, évidemment, sont particulières : « on ne doit jamais laisser de traces de nos actions… si ce n’est pas possible, on doit toujours nier et en toutes circonstances notre participation aux faits. Toujours, même quand c’est le plus évident… Si les intérêts des autres sont alignés sur les nôtres, alors, ce sont des alliés, s’ils n’ont aucun intérêt, ce sont des instruments, s’ils s’opposent à nos intérêts, ce sont des ennemis. »

 

Antonio Veciana, en tant qu’employé de la banque de l’homme le plus riche de Cuba, le Roi du sucre Julio Lobo, avait rencontré 2 fois le nouveau président de la Banque Nationale de Cuba, Ernesto Guevara et après avoir eu certains doutes, n’avait pas accédé à sa demande de recrutement de comptables et d’employés d’administration pour le nouveau système financier de Cuba qui serait peut-être nationalisé. Depuis sa retraite de Miami, Veciana décrit le Che comme un fanatique qui dit la vérité à tout prix.

 

Mais Veciana a été fier toute sa vie d’avoir mis en marche ce plan historique même sans l’approbation initiale de la CIA. Il a même réussi à imprimer des milliers de tracts dans lequel il parlait d’une loi qui n’a jamais existé. L’effet a été le même que celui de la découverte du propagandiste et manipulateur social Edward Bernays (faire dire à une autorité en la matière ce qu’on veut que tous pensent) : à Miami, le prêtre Bryan Walsh annonçait que le Gouvernement cubain envisageait de séparer les enfants de 3 à 10 ans de leurs parents pour les envoyer en Russie. La CIA en a pris note et, sur sa radio clandestine des Iles du Cisne, au Honduras, a commencé à répéter la fausse histoire. Jusqu’à ce qu’elle devienne un dogme.

 

Le prêtre Walsh, grâce à son bureau catholique du bien-être, a engagé officiellement l’Opération Peter Pan grâce à laquelle les parents cubains, désespérés par la rumeur, ont envoyé leurs enfants aux Etats-Unis. Du 26 décembre 1960 à l’invasion de la Baie des Cochons en avril 1961, chaque jour, des centaines d’enfants se sont envolés, sans problèmes et sans être accompagnés par un adulte, sur la Pan Am vers Miami pour être sauvés.

 

Quand le programme a été interrompu à cause de la défaite de la super-puissance à la Baie des Cochons, 14 048 enfants étaient entrés aux Etats-Unis. Certains, 9 ou 10, ont été des réussites pour les médias et pour le rêve collectif, selon le concept de succès immédiat. L’un sera le beau-père de l’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos. Un autre deviendra le sénateur Mel Martínez, héros des propositions « uniquement l’anglais, pour les enfants) et « pas de pardon pour les émigrants illégaux »), une preuve irréfutable du rêve américain et de la liberté du vainqueur.

 

En 2007, Robert Rodríguez, l’un des enfants « qui n’ont pas réussi » dénoncera devant l’archidiocèse de Miami monseigneur Bryan Walsh pour abus sexuels répétés sur lui et sur d’autres mineurs réfugiés à Opa-locka, Florida. Le prêtre Mary Ross Agosta accusera le plaignant de « diffamer un religieux respectable qui a sauvé la vies de 14 000 enfants. » La plainte de Rodríguez et d’autres contre celle-ci sera rejetée à cause de techniques légales qui ne s’appliquent pas dans d’autres Etats. En Floride, plusieurs monuments sont encore fleuris en souvenir de monseigneur Walsh.

 

Beaucoup d’enfants sauvés par l’Opération Peter Pan qui les a séparés de leurs parents parce qu’ils étaient communistes, ont mis des années, des décennies, pour les retrouver. Certains ne les ont jamais revus. Par la faute du communisme, évidemment ! 

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2022/02/20/peter-pan-y-el-poder-de-las-ficciones-politicas/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/02/cuba-peter-pan-et-le-pouvoir-des-fictions-politiques.html