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Venezuela : Le Royaume Uni pousse en secret ses intérêts énergétiques dans le pays 

4 Février 2022, 19:17pm

Publié par Bolivar Infos

Par John McEvoy

 

Le chef d’une unité secrète de « reconstruction » du Gouvernement britannique a eu des réunions dans la capitale du Venezuela, Caracas, pour planifier la participation du Royaume Uni au secteur énergétique vénézuélien.

 

Un enregistrement de ces réunions est inclus dans les documents révélés sour la loi Liberté de l’Information (FOI) du Royaume Uni mais qui ont été très publiés et ont été donnés après qu’on en ait fait la demande 1 an plus tôt.

 

Ces documents concernent l’Unité de Reconstruction du Venezuela (VRU), une équipe du ministère des Affaires Etrangères britannique dont on a déjà parlé en mai 2020 et qui a été dirigée par John Saville, ancien ambassadeur du Royaume Uni au Venezuela.

 

Cette unité a été crée à l’automne 2019, peu après que la Grande Bretagne ait soutenu la tentative de coup d’État dirigée par les Etats-Unis contre le Gouvernement de Maduro en reconnaissant l’opposant Juan Guaidó. Le Royaume Uni a aussi gelé environ 2 000 000 000 de $ d’or vénézuélien, bloqués à la Banque d’Angleterre.

 

Le Gouvernement vénézuélien a protesté contre la création de la VRU en alléguant qu’il n’avait pas été informé de son existence.

 

Il a fait convoquer le chargé d’affaires britannique pour qu’il explique ce qu’est cette unité et comment la Grande Bretagne envisageait la« reconstruction » du Venezuela, un pays souverain.

 

Réunions à Caracas

 

Les nouveaux documents vus par Declassified UK révèlent des détails sur les récentes visites à Caracas et donnent une idée des plans de « reconstruction » du Royaume Uni.

 

En janvier 2020, Juan Guaidó s’est rendu au Royaume Uni pour essayer de renforcer son soutien international et de rencontrer des fonctionnaires du Royaume Uni dont Saville et le secrétaire aux affaires étrangères de l’époque, Dominic Raab.

 

Le mois suivant, Saville, en tant que chef de la VRU, est allé au Venezuela. Alors, il a organisé un « événement de la VRU » auquel ont assisté l’ambassadeur britannique Andrew Soper et 8 fonctionnaires dont on ignore le nom dont 1 de l’Organisation du Renseignement conjoint (JIO) du Royaume Uni.

 

La JIO « est près du coeur de la communauté du renseignement national du Royaume Uni, » dit le Gouvernement. Et il ajouté : « Nous fournissons des évaluations accréditées et de diverses sources au Premier Ministre, au Conseil de Sécurité Nationale (NSC) et aux hauts décideurs des politiques pour soutenir leurs prises de décision dans les priorités de la sécurité nationale et de la politique étrangère. »

 

Le ministère des Affaires Etrangères dit qu’il n’a « aucun écrit officiel ou note sur cet événement. »

 

Mais les réunions postérieures ont été organisées le 11 et le 12 février « pour informer sur la prestation de l’Analyse conjointe du Conflit et de la Stabilité (JACS) pour le Venezuela. » Le Gouvernement britannique décrit la JACS comme « une évaluation stratégique utilisée pour mettre en place les stratégies du Conseil de Sécurité Nationale du Royaume Uni. »

 

La liste des participants comprend Saville et Soper, Adam Forbes (par téléphone) et 15 autres fonctionnaires dont on ne connaît pas le nom.

 

Forbes travaillait en Colombie avec le Fonds de Conflit, de Stabilité et de Sécurité du Gouvernement britannique, un corps qui a financé une coalition anti-gouvernementale au Venezuela et des organisations de médias.

 

Le premier jour des réunions de la JACS, ils ont identifié « le pire cas et les scénarios les plus probables (politiques, humanitaires, sécuritaires et régionaux) » pour atteindre « un consensus sur les implications probables pour le Gouvernement de Sa Majesté (HMG) concernant des scénarios particuliers. »

 

Le deuxième jour des réunions était consacré à la « participation du Royaume Uni au secteur énergétique » du Venezuela mais l’ordre du jour complet reste classé secret défense pour des raisons de « sécurité nationale. »

 

Un courrier électronique de Saville dit : « Nous sommes entrain de nous impliquer en tant qu’éléments extérieurs comme membres du processus. » Ces «éléments extérieurs » ne sont pas spécifiés mais il s’agit probablement de multinationales britanniques.

 

En trompant le Parlement ?

 

Après que l’Unité de Reconstruction du Venezuela ait été connue, la ministre des affaires étrangères Wendy Morton a dit au Parlement que la VRU était « une petite équipe » d’un chef et de 3 membres à mi-temps, comprenant un conseiller étranger.

 

Elle a affirmé : « L’Unité s’est rendue au Venezuela pour comprendre les défis et déterminer comment le Royaume Uni pourrait aider. L’ambassadeur britannique a affirmé que le régime était au courant de cette visite et a parlé en public de l’Unité et de son personnel. »

 

Le chargé d’affaires du Royaume Uni aux Nations Unies, Jonathan Allen, a déclaré en mai 2020 que l’unité s’était rendue au Venezuela 2 fois « et avait obtenu des visas grâce à l’ambassade du régime de Maduro à Londres. » 

 

Il a dit que l’Unité avait des « engagements diplomatiques avec le ministre des affaires étrangères du régime de Maduro. Lors de ces 2 visites, l’ambassadeur du Royaume Uni, Andrew Soper, a parlé en public de l’Unité et de son personnel. »

 

Le Gouvernement vénézuélien réfute cette version. Il a protesté à l’ONU en disant que le Gouvernement britannique « n’a reconnu l’existence de cette unité qu’après que les informations sur cette unité soient sorties alors qu’il tente, sans succès, d’inventer des excuses et de justifier l’injustifiable. »

 

Les déclarations de Morton et Allen ont été formulées avec soin. Il est certain que « l’ambassadeur du Royaume Uni a affirmé que le régime était au courant de cette visite » dans le sens où Saville a dû présenter un visa à l’ambassade du Venezuela à Londres.

 

Mais on ne sait pas vraiment si on a dit au Gouvernement de Caracas que Saville était en visite en tant que chef d’une unité destinée à la reconstruction de l’économie vénézuélienne et qu’il organisait des réunions de haut niveau sur la participation du Royaume Uni au secteur énergétique du pays.

 

Le ministère des affaires étrangères britannique n’a pas encore donné de preuves qu’il avait informé le Gouvernement vénézuélien de ses activités. En effet, aucun membre du Gouvernement vénézuélien n’était présent aux réunions de Saville dans le pays en février 2020.

 

De plus, en planifiant sa visite, Saville avait déclaré en privé : « Je pense avec regrets qu’on doit renoncer à la commodité de la résidence [de l’ambassade du Royaume Uni], » dit la réponse obtenue par la loi sur la liberté de l’information. Cela suppose qu’il ne voulait pas attirer l’attention sur ses activités.

 

A la lumière des efforts du Royaume Uni pour renverser le Gouvernement de Maduro, il est improbable que le Gouvernement vénézuélien aurait permis que ces discussions aient lieu.

 

Gros investissements

 

Des archives déclassifiées récemment montrent que les Britanniques s’intéressent au pétrole vénézuélien depuis des décennies.

 

Quand la Seconde Guerre Mondiale a éclaté, le pétrole d’origine vénézuélienne représentait 40% des importations totales de pétrole. En 1942, après la fermeture de la Méditerranée, il représentait environ 80%.

 

Pendant la guerre, la Grande Bretagne a placé des troupes à Aruba et à Curazao, des îles proches des côtes vénézuéliennes car elle voyait les raffineries qui se trouvaient là comme une source essentielle de combustible aérien.

 

En 1969, le ministère des affaires étrangères britannique établit que le Venezuela était l’un des 4 principaux marchés de la Grande Bretagne en Amérique Latine et le troisième plus gros producteur de pétrole au monde. Il a dit que les corporations britanniques « ont plusieurs investissements considérables … en particulier celles de Shell dont les seules installations fixes ont été évaluées de façon conservatoire à 200 000 000 de £. »

 

Un autre rapport établi en 1976 par le ministère des affaires étrangères britannique dit : « Shell est encore notre grand et unique intérêt » au Venezuela et ajoute : « Bien qu’elle ne produise plus de pétrole ici depuis la nationalisation, elle fait des bénéfices de millions de $ à cause de ses contrats de services et de marketing.

 

Un projet économique et commercial prometteur 

 

Entre 1989 et 1993, le président vénézuélien Carlos Andrés Pérez s’est engagé dans une restructuration néolibérale de l’économie pour la rendre plus attractive pour les investisseurs étrangers.

 

Les archives montrent qu’en novembre 1991, Simon Gass, le secrétaire privé du ministre des affaires étrangères Douglas Hurd, déclarait que « le Venezuela est devenu récemment comme un projet économique et commercial prometteur. »

 

C’est « parce que le président Pérez, en 1989, a reconnu le fait que la libéralisation et la dérégulation étaient la voie à suivre et qu’il a eu le courage politique de respecter les difficiles ajustements que ces politiques exigent. »

 

La Grande Bretagne a lancé l’Initiative Venezuela « installée pour pénétrer dans l’économie vénézuélienne en expansion, en particulier dans les secteurs du pétrole, du gaz et de la pétrochimie. »

 

Gass a ajouté que « les participations pour lesquelles les compagnies jouent sont élevées : quelques 45 000 000 000 de $ doivent être investis seulement dans l’industrie pétrolière. »

 

Après l’élection d’Hugo Chávez en 1998, ces intérêts se sont vus menacés une fois de plus, en particulier après l’annonce des plans de nationalisation de la production pétrolière qui était sous contrôle étranger.

 

Ces dernières années, les fonctionnaires britanniques ont continué à insister ouvertement sur les intérêts du Royaume Uni pour l’industrie pétrolière vénézuélienne.

 

En 2018, le ministre d’État pour les Amériques, Alan Duncan, a dit au parlement : « La renaissance de l’industrie pétrolière [ au Venezuela ] sera un élément essentiel de toute récupération et je peux imaginer que des compagnies britanniques comme Shell et BP voudront en faire partie. »

 

On a demandé au ministère des affaires étrangères britannique s’il a avisé le Gouvernement vénézuélien des discussions qui ont eu lieu à Caracas en février 2020 sur la participation du Royaume Uni au secteur énergétique du Venezuela et si la VRU existait déjà.

 

Son porte-parole a répondu : « Le Royaume Uni ne reconnaît pas le régime de Maduro et ne le consulte pas sur les réunions qu’il réalise. L’Unité de Reconstruction du Venezuela n’existe toujours pas. »

 

L ministère des affaires étrangères britannique n’a pas répondu non plus auw demandes séparées de la FOI sur toutes les visites de Saville au Venezuela présentées en janvier 2021.

 

Article publié à l’origine sur Declassifed UK le 20 de janvier 2022, la traduction en espagnol pour Misión Verdad a été réalisée par Ernesto Cazal.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/01/21/venezuela-el-reino-unido-promueve-en-secreto-sus-intereses-energeticos-en-la-nacion-bolivariana/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/02/venezuela-le-royaume-uni-pousse-en-sec-ret-ses-interets-energetiques-dans-le-pays.html