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Colombie : Vers des élections présidentielles sans paix ni légalité

15 Avril 2022, 17:26pm

Publié par Bolivar Infos

Le président de la Colombie, Ivan Duque , se trouve aux États-Unis. Il a parlé hier mardi 12 avril pour la première fois devant le Conseil de Sécurité de l’ONU pour présenter « un bilan détaillé des grandes avancées de la mise en place de la politique de paix et de légalité, » selon la présidence colombienne.

 

Le président sortant aura aussi une réunion avec le secrétaire général de l’organisme, Antonio Gutierrez, une autre avec le président du Conseil de Sécurité, le Britannique Tariq Mahmood Ahmad et une autre avec le directeur mondial du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Achim Steiner. Des sources médiatiques affirment qu’il serait en train de se placer dans des organismes internationaux pour le moment où s’achèverait son travail critiqué au palais de Nariño.

 

Ni paix ni légalité : l’étoile mortelle de Duque 

 

L’homme politique, qui interviendra lors d’une session de la commission de renforcement de la paix et lors du forum « paix et légalité : la feuille de route pour la mise en place » traverse un autre scandale sur les droits de l’homme étant donné qu’une enquête conjointe entre trois médias colombiens (le Spectateur, Changement et Tourbillon) a révélé qu’une opération militaire que celui-ci a présentée comme un succès a été une autre affaire présumée de faux positifs.

 

Six journalistes ont recueilli plus de 30 témoignages à Port Leguizamo, au sud-est du pays, près de la frontière avec l’Équateur. Aussi bien les versions que les preuves sont très différentes du récit officiel. Les preuves recueillies indiquent qu’il y a eu abus de la force par l’armée, des dizaines d’illégalités et semble-t-il, des exécutions extrajudiciaires de civils qui étaient juste en train de se divertir dans un bazar communautaire.

 

Son ministre de la défense va devoir rendre des comptes face à une opposition renforcée après les élections du 13 mars dernier au Congrès. Des députés de ce qu’on appelle le Pacte Historique exigent une motion de censure pour le chasser de sa charge à cause de sa responsabilité politique dans la mort des 11 civils de cette opération militaire qui a vraisemblablement violé le droit humanitaire international.

 

L’influence des États-Unis dans la structure et le fonctionnement de la machinerie militaire (et paramilitaire) colombienne est évidente et c’est un risque pour la région. Il semble n’y avoir ni paix ni légalité dans la gestion de l’avocat diplômé de l’université Sergio Arboleda de Bogotá discutable, certains chiffres l’expliquent :

 

En Colombie, dans les 4 premiers mois de 2022, 31 dirigeants sociaux, anciens combattants et civils ont été assassinés et un peu plus de 30 massacres ont eu lieu, selon l’institut d’études pour le développement de la paix (INDEPAZ).

 

La coordination des affaires humanitaires de l’ONU a fait savoir que dans les deux premiers mois de 2022, plus de 274 000 personnes ont été affectées par des problèmes associés à la violence armée, ce qui représente une augmentation de 621 % par rapport à la même période de 2021 et a alerté sur le fait qu’au moins 13 000 Colombiens ont dû se déplacer cette année.

 

INDEPAZ a comptabilisé 114 massacres en 2021 et signale qu’au moins 193 dirigeants sociaux ont été assassinés sur un total de 1 284 dirigeants tués après la signature des accords de paix en 2016.

 

Pendant le mois de mars dernier, 15 nouveaux dirigeants sociaux ont été assassiné dans les départements de Bolivar, Boyaca, Choco, Caqueta, Cauca, Putumayo, nord de Santander, San Andres, Isla et Tolima.

Depuis 2013, INDEPAZ a enregistré 310 assassinats de signataires de la paix et 11 de ces faits se sont présentés pendant cette année 2022.

 

L’O.N.G. Global Witness a déclaré que, pour la troisième année consécutive, la Colombie est le pays le plus dangereux au monde pour défendre les droits environnementaux et pour combattre les causes du changement climatique alors que son Gouvernement refuse de ratifier l’accord de Escazu destiné à protéger la vie de ceux qui défendent l’environnement.

 

Selon l’ACNUR, la Colombie continue à être le pays du monde où il y a le plus de déplacements forcés avec 9 000 000 de personnes.

 

Selon le comité international de la Croix-Rouge, la Colombie et le pays où il y a le plus de victimes de mines anti-personnelles au monde après l’Afghanistan.

 

Un porte-avions néolibérale sanglant

 

Le système économique et politique qui prédomine dans le pays voisin est un système nécrophile à l’extrême, il s’agit d’une machinerie néolibérale qui boit le sang de ceux qui s’opposent à la privatisation des entreprises de l’État rentables et au démantèlement de la réforme agraire. Pour se soutenir, il réprime avec une violence organisée et la stratégie paramilitaires qui persécute le syndicalisme et le mouvement paysans et indigène a été également utilisé pour cela dans le plan Colombie en 2000.

 

Bien qu’il soit né comme une stratégie anti trafic de drogue et de paix qui devait profiter à l’économie, en réalité ce plan a été une campagne d’extermination de la population civile, des dirigeants des mouvements sociaux et des guérilla par la guerre asymétrique mise en place sur les conseils de milliers de militaires et de mercenaires payés par des agences des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël.

 

Le plan Colombie n’a pas détruit le trafic de drogue mais a installé un porte-avions néolibéral en détruisant l’opposition sociale aux mesures de privatisation, d’assouplissement du travail et d’austérité dont la symbiose avec les traités de libre commerce a renforcé les corporations du nord du monde.

 

En 2021, la CEPAL a rapporté que, l’économie a eu une croissance de 9,5 % en 2021 tandis que l’O.N.G. Oxfam faisait savoir que 2 personnes concentraient plus de richesse que 50 % de la population, ce qui se traduit par une inégalité qui met 42 % de la population colombienne dans la pauvreté et par des brèches de plus en plus larges dans la société. Les entreprises étrangères jouissent d’une sécurité juridique et matérielle qui se traduit par le faible coût du travail et des impôts pour « stimuler l’investissement. »

 

La Colombie est l’un des pays d’Amérique latine qui a les plus fortes inégalités de revenus et de légalité dans le marché du travail. Plus de 10 millions de travailleurs vivent mal avec moins d’un salaire minimum et n’ont pas accès à la sécurité sociale.

 

D’autre part, une partie substantielle des revenus de l’État est destinée à la défense et au paiement des 170 000 000 000 de dollars de dette extérieure qui fait que chaque Colombien qui naît doit à la banque international quelques 14 mois de travail au salaire minimum.

Le chômage est plus important de 14 % alors que le salaire ne couvre que 30 % des revenus d’un foyer, ce qui force la population à rejoindre l’économie informelle, également réprimée.

 

À cause d’une réforme fiscale proposée par Duque, une protestation sociale a éclaté en 2021. Elle a duré plus de 100 jours sans canaux de dialogue, seulement avec de la persécution, de la mort et du para militarisme urbain qui a produit l’assassinat de 80 jeunes par la police, des centaines de prisonniers et d’innombrables actes d’abus d’autorité.

 

« Du plomb , c’est ce qu’il y a »

 

Les liens des États-Unis avec l’oligarchie colombienne que représente Duque sont actuellement de plus en plus étroits et il ne s’agit pas seulement d’une coïncidence doctrinaire mais d’un intérêt économique et géostratégique. Cela se reflète dans la façon dont le patrimoine étasunien lié à la défense et à la sécurité en Colombie augmente. De plus, Duque a insisté devant le Gouvernement États-Unis sur des positions disant que la Colombie appartenait à l’OTAN, bien que ce soit dans un rôle secondaire.

 

Pour donner des ailes à cette aspiration, le ministre Molano en personne a accusé la Russie, quelques semaines avant la visite de Duque à Washington, de soutenir militairement le Venezuela, ce qui a causé des tensions avec le pays euro-asiatique. Il a aussi accusé la Russie de « cyber-attaque destinée à raviver la violence » lors des protestations de 2021 et pendant une visite en Israël, il a prévenu que le Hezbolá finançait des criminels en Colombie en déclarant que « l’Iran et le Hezbolá, opèrent contre Israël mais aussi soutiennent le régime du Venezuela. »

 

Conformément aux aspirations belliqueuse de l’OTAN, le pays voisin expérimente la contradiction d’avoir des milliers de personnes souffrant de malnutrition et d’un accès limité aux soins de santé alors qu’elle alimente, paye, soigne, arme et donne des pensions à la seconde force publique plus importante d’Amérique latine après le Brésil. Mais si le Plan Colombie était destiné à éliminer les groupes illégaux, cela n’a pas été la tâche respectée par Duque. Un document intitulé « Du Plomb, C’est ce qu’il y a : violence et sécurité à l’époque de Duque » rapporte que dans 420 municipalités colombiennes, , c’est-à-dire sur 37 % du territoire national, des groupes armés organisés comme la guérilla armée de libération nationale (E. L. N.), le Clan du Golfe et des dissidences des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) sont présents.

 

Le Clan du Golfe, une structure paramilitaires liée au trafic de drogue, reste le groupe armé le plus fort, présent dans 241 municipalités. À la deuxième place se trouve l’ELN, présente dans 183 municipalités alors que les dissidence gagnent du terrain, en particulier dans le sud-ouest de la Colombie. Le rapport signale qu’à partir de 2018, année où Duque est arrivé au pouvoir, les massacres ont augmenté de façon exponentielle : « l’augmentation la plus dramatique est survenue entre 2019 et 2020 avec plus de 300 %. »

 

L’exportation de mercenaires colombien, diplômés de la machinerie (para) militaire que les États-Unis affinent continuellement, montre que la façon dont état de guerre permanent est mis en place n’est pas dû au hasard. La privatisation de la guerre fait partie du plan que le nord mondial utilise pour augmenter la déstabilisation dans diverses régions comme l’Amérique latine. Ainsi, des mercenaires ont participé à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse et le public assiste, imperturbable, à la campagne du média Semana qui, comme dirait Renan Vega Cantor :

«… s’est consacré à interviewer les membres de la famille, leurs femmes et leurs petites amies principalement et à donner comme certaines ces informations, on ne sait pas s’il parle naïvement ou cyniquement quand il dit que ces individus étaient de blanches colombes et ne feraient pas de mal à une mouche. »

 

Élections ou route de la fraude ?

 

Entre-temps, les élections approchent à grands pas et la première phase s’est déroulée le 13 mars dernier quand on a élu 107 sénateurs et 165 députés. En outre, pour la première fois, les sièges destinés aux victimes du conflit armé ont été mis en place. Parallèlement, on a célébré des primaires pour déterminer qui sera le candidat à la présidence de l’alliance de Centre droite Centre Espoir, de l’Equipe pour la Colombie de droite et de la coalition Pacte Historique.

 

Plus de 18 000 000 d’électeurs (47 % du corps électorale) se sont rendus aux urnes. Le pacte historique a obtenu 25 sièges, autant que le Parti Conservateur Colombien. Les résultats des primaire ont été ceci : 

 

Gustavo Petro, du Pacte Historique, est devenu le candidat à la présidence avec 4 487 551 voix, au-dessus de Francia Marquez qui a obtenu 783 000 160 voix.

 

Du côté de la coalition de droite Equipe pour la Colombie, le gagnant a été Fédérico « Fico» Gutiérrez, l’ancien maire de Medellín, qui a obtenu 2 160 329 voix et à la seconde place se trouve Alejandro Char qui a obtenu 706 587 voix .

 

A la coalition Centre Espoir, le candidat vainqueur a été Sergio Fajardo qui a obtenu 723 084 voix alors que les candidats Juan Manuel Galan et Carlos Amya ont eu 486 808 voix et 451 122 voix respectivement.

 

Mais certains ont qualifié cet événement électoral de « plus grosse illégalité historique dans une procédure électorale » et cela pourrait provoquer divers changements dans la composition du Congrès pour la période 2022 2026. Alejandra Barrios, directrice de la mission d’observation des élections en Colombie a rapporté qu’on a trouvé « de multiples erreurs dans le remplissage des formulaires E–14 de la part des jurés qui les ont traités et qui ont été diffusés à travers le système de décompte préalable. » Mais on refuse de parler de fraude électorale.

 

Le parti de l’ancien président Alvaro Uribe Vélez, Le Centre Démocratique, a publié un communiqué dans lequel il a critiqué fortement le travail du bureau national de l’État civil et a qualifié « d’inacceptable la situation d’incertitude que provoque l’inexactitude des résultats publiés (…) qui, en plus de modifier la composition du Congrès, met en cause la rigueur avec laquelle les données ont été traitées. »

 

Pour sa part, Petro a dénoncé sur les réseaux sociaux le fait que « dans 1 bureau de vote sur 4 dans tout le pays, les votes pour le Pacte (historique) au Congrès ne sont pas apparus » alors qu’un autre porte-parole de sa coalition, Alexander Lopez, affirmait : « Je crois que nous vivons l’un des pires scandales de l’histoire électorale du pays. »

 

Le panorama de la route vers les élections présidentielles m’est rien moins que complexe, les conditions sociales et politiques ne sont pas précisément celles que Duque cherche à vendre lors de sa visite dans les organismes multilatéraux mais tout le contraire. C’est un pays en guerre et dans l’illégalité avec des qualités d’exportation et ces élections qui pourraient être un tournant dans l’histoire ne le seront probablement pas à cause du risque latent de fraude électorale.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol : 

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/04/13/colombia-hacia-las-elecciones-presidenciales-sin-paz-ni-legalidad/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/04/colombie-vers-des-elections-presidentielles-sans-paix-ni-legalite.html