Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Amérique latine : La loi NOPEC, Un autre instrument de l’ingérence des États-Unis

25 Mai 2022, 18:42pm

Publié par Bolivar Infos

Par Betzabeth Aldana Vivas

 

L’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) depuis sa fondation a été un casse-tête pour les Gouvernements des États-Unis, en particulier à cause de la cohésion obtenue par les pays qui possèdent de grandes réserves de cette précieuse ressource et le fait qu’ils puissent mettre sous le tapis le prix réel de celui-ci qui pendant les années antérieures était pratiquement donné en cadeau.

 

« Le but est de créer un groupe de consommateurs qui améliore le pouvoir de négociation des consommateurs. […] La seule façon pour les consommateurs de pouvoir se protéger contre ce qui est une révolution dans les finances internationales, dans l’économie internationale, c’est de partager une perception commune et organisée. » (Henry Kissinger dans les réunions de 1974 destinées à créer l’Agence Internationale de l’Energie)

 

Avant d’aborder les artifices des États-Unis pour en finir avec l’OPEP, il faut revenir sur l’histoire des origines de cette politique d’ingérence envers l’organisation.

 

En décembre 1973, quand le secrétaire d’État Henry Kissinger a prononcé un discours à Londres devant la société des Pèlerins de Grande-Bretagne au milieu de l’inquiétude pour le contrôle des ressources énergétiques et de l’augmentation des prix du pétrole, il a proposé la création d’un groupe d’action énergétique (EAG) International composé par les acheteurs du pétrole qui ferait office d’OPEP dans le style occidental.

 

Cette proposition est née de l’inquiétude de Kissinger en voyant l’absence de coordination dans l’action des pays occidentaux car cette même année, la Communauté Européenne (CE) faisait une déclaration conjointe avec le Moyen-Orient dans laquelle on tenait compte des préoccupations des pays arabes et parallèlement, le Japon et les pays européens accéléraient la marche pour établir des accords bilatéraux avec les mêmes pays producteurs de pétrole.

 

Un an plus tard, en réponse à la création de l’OPEP et à l’embargo pétrolier de ces années-là, le Gouvernement de Richard Nixon a invité les parties intéressées (des pays européens pour la plupart) à une conférence des pays consommateurs de pétrole à Washington et a fait pression sur eux. Là ont été établis les statuts et la feuille de route pour la création de l’agence internationale de l’énergie (A.I.E).

 

Une telle réunion n’était pas simple, les Étasuniens avaient besoin d’attacher les Européens à leurs relations avec les pays producteurs de pétrole, en particulier les pays arabes.

 

« Nous affrontions de sérieux problèmes dans la gestion de la conférence. Nous pouvions nous voir obligés de prendre une position dans laquelle les Européens fassent des affaires pour leur propre compte ou qui semblerait être un affrontement avec les producteurs… Les Européens, en particulier les Français, jouaient un très mauvais jeu. »

 

En novembre 1974, l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE) a établi officiellement l’AIE et les Français se sont abstenus de voter.

 

Diviser pour régner

Dans les transcriptions des appels téléphoniques de Kissinger, connus comme « telcons », les considérations de ce secrétaire d’État et de Nixon sur les Européens pendant le travail de la réunion sur l’énergie apparaissent.

 

Dans l’un des appels, Nixon est satisfait parce qu’on avait atteint l’objectif de la réunion malgré la résistance des Français, exprimée par le ministre des affaires étrangères de la France, Michel Joubert. Nixon disait à Kissinger : « J’ai reçu ton message ce soir sur la conférence et je pense que c’est la façon de gérer les Français : les isoler . Ils ne veulent pas être isolés. Mais, ce qui est intéressant, c’est que tous les autres pays seraient prêts, tu le sais déjà, à l’accepter. »

 

D’autres appels sur le même sujet montrent ce que dit Kissinger au conseiller à la sécurité nationale de l’époque, Brent Scowcroft:

 

« Les Européens ont décidé de partir seuls, pas en tant que communauté. Comme résultat, maintenant, ils travaillent à notre communiqué … Nous avons brisé la communauté. Comme toujours, j’ai pensé qu’il voulait… Je pense que ça va être une bonne leçon pour les Français, de ne pas jouer avec nous. »

 

L’objectif de rompre la cohésion européenne a été atteint et il s’exprime dans les écrits triomphalistes de Kissinger.

 

Ils n’avaient plus qu’à concrétiser un accord sur les mesures à prendre pour « réduire » la dépendance au pétrole et ainsi tenter de faire baisser les prix. Mais il a été difficile de réduire cette dépendance alors que l’Occident avait désigné le pétrole comme le moteur de sa stimulation économique et de sa croissance.

 

La loi NOPEC

 

Il y a quelques semaines, le membre du comité judiciaire du Sénat étasunien Chuck Grassley a affirmé au Sénat des États-Unis qu’ils avaient prévu d’approuver le projet de loi bipartite intitulé No Oil Producer and Exporting Cartels (NOPEC).

 

Le républicain a déclaré :

 

« Étant donné les politiques de ce Gouvernement, d’un exportateur net d’énergie nous sommes devenus une nation à la merci de l’OPEP et de ses partenaires qui, régulièrement, complotent pour fixer les prix… Mais si ce Gouvernement continue à nous rendre dépendants du pétrole étranger, nous devrions au moins rendre les producteurs étrangers responsables de la fixation de prix qui nous sont préjudiciables. »

 

Cela se produit au milieu de la crise ukrainienne et de la ronde de mesures coercitives unilatérales contre la Russie qui, évidemment, ont un impact sur l’augmentation des prix de l’essence, des aliments, des services et autres. Que ce projet de loi ait été ressuscité et amené aux médias semble indiquer que c’est un nouveau rideau de fumée face à la situation géopolitique actuelle.

 

Ce projet de loi tourne depuis 1999 et a été présenté plus de 15 fois au Sénat. Cette loi a été prorogée aussi bien à cause des conséquences qu’elle pourrait avoir sur les États-Unis que parce qu’elle imposerait sa propre politique de saisie.

 

Et aussi que des actions de réponse pourraient être réalisées par l’ensemble des pays membres, actions qui porteraient atteinte aux relations entre l’Arabie Saoudite et les États-Unis, par exemple, et affecteraient considérablement le soutien militaire et énergétique. Sans parler de l’investissement étranger direct car ces pays pourraient prendre des précautions et retirer leurs actifs des États-Unis.

 

Ces politiques de blocus financier et de saisie d’actifs, en général, sont appliquées pour des périodes modérées et destinées à un seul pays ou à une certaine sélection de pays pendant qu’ils font baisser la pression. Jusqu’à présent, ils ne les ont pas appliquées d’un seul coup à une organisation et à ses membres. C’est pourquoi, toute décision d’un tribunal étasunien contre l’OPEP aurait de profondes répercussions sur les relations diplomatiques des États-Unis avec ses États membres.

 

D’un autre point de vue, si cette loi était approuvée, nous verrions un énorme bond frontal dans les plans d’ingérence des États-Unis parce que les tribunaux étasuniens en théorie ne peuvent ou ne devraient pas juger la légalité des actes d’un État étranger souverain. De plus, ces tribunaux n’ont pas de juridiction sur les questions de production de pétrole. Mais comme tout ce qui est géré à la marge du droit international par cet acteur international a été particulier, une telle escalade ne serait pas une surprise.

 

Cette semaine, à la réunion du G7, la secrétaire au trésor des États-Unis, Janet Yellen, a rendu plus agressives ses conversations avec l’Union européenne sur une éventuelle augmentation des prix ou sur des droits de douane sur le pétrole et le gaz russes. Ainsi, Mario Draghi, le premier ministre de l’Italie, envisage l’idée de créer un groupe d’acheteurs d’énergie russe à la suite des conversations avec Joe Biden à la Maison-Blanche pour limiter les revenus de la Russie. Cette proposition a été rejetée par l’Allemagne car elle la considère peu réalisable parce qu’ elle ne fonctionnerait que si on l’appliquait de façon universelle.

 

Si l’AEI n’a pas été suffisante et loi NOPEC freinée, il y aura-t-il une autre organisation de style européen pour faire face à l’OPEP ?

 

Ce qu’ils ont pu concrétiser de mieux–rien d’extraordinaire–dans la liste des mesures désespérées de l’Union Européenne pour ne pas dépendre du gaz russe et suivre les ordres des États-Unis a été la présentation du plan REPowerEU de 200 000 000 000 d’euros pour essayer de s’éloigner des combustibles fossiles russes pour 2027.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/05/24/pensamiento-critico-ley-nopec-otro-instrumento-de-injerencia-estadounidense/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/05/amerique-latine-la-loi-nopec-un-autre-instrument-de-l-ingerence-des-etats-unis.html