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Bolivie : Interview d’Evo Morales par Randy Alonso 

15 Mai 2022, 17:18pm

Publié par Bolivar Infos

Randy Alonzo : Bonsoir chers téléspectateurs, chers auditeurs et chers internautes. C’est un plaisir pour la Table Ronde d’avoir de nouveau avec nous, pendant sa visite à cuba, Evo morales qui fut président de la Bolivie, dirigeant latino-américain et que nous avons eu le plaisir d’avoir ici, sur notre plateau, chaque fois qu’il est venu à Cuba. 

 

Je pense que Chavez et lui ont été les dirigeants latino-américains qui nous ont le plus accompagnés sur ce plateau.

 

Bonsoir, Evo Morales

 

Evo Morales : Merci beaucoup, cher Randy. C’est une grande joie et une émotion de revenir parler avec toi. Nous avons tant de souvenirs de cette émission de Table Ronde , des anecdotes, en partageant des moments de lutte, en étant d’accord sur les luttes politiques, sociales, économiques, programmatiques, toujours pour la famille la plus humble.

 

Randy Alonso : Eh bien, c’est un plaisir pour nous que vous soyez de nouveau ici, sur ce plateau, pour pouvoir parler, évidemment, de votre pays, du nôtre, de l’Amérique latine, des événements qui se produisent dans le monde, du dirigeant politique que vous avez été et continuez d’être avec beaucoup de force, Evo Morales, de retour, après le coup d’Etat contre votre Gouvernement.

 

Evo, Quelle valeur a pour vous le fait d’être ici, à La Havane, à la foire du livre, d’avoir pu présenter ce livre qui est lié à un documentaire qui a aussi été présenté en Argentine sur cette année après le coup d’Etat, quelle valeur ont ces documents que vous avez présentés ici, à La Havane , et en Argentine ?

 

Evo Morales : Mon frère Randy, venir à Cuba, discuter avec les autorités, avec le président Miguel, avec les nouveaux ministres, avec les anciens ministres, avec les anciens ambassadeurs de Cuba en Bolivie, renforce toujours cet esprit révolutionnaire. Vous le savez très bien, j’ai beaucoup d’admiration, beaucoup de respect pour Cuba.

 

Récemment, nous avons accompagné la présentation d’un livre « Révolution », l’œuvre maîtresse, je pense que c’est le titre du livre, de Raùl.

 

Entendre le résumé de ce livre est un document de plus pour que les nouvelles générations suivent le chemin de ce grand héritage que nous laissent Fidel, Hugo. Pour moi, ils continuent à être des dirigeants des forces libertaires qui luttent pour la vie, pour l’humanité, pas seulement en Amérique latine mais dans le monde entier.

 

Et on sait que, je ne sais pas si en 2019, nous avons eu beaucoup de confiance parce que jusque-là, nous avions vaincu trois coup d’Etat au moins.

 

La droite, l’empire ne dort pas, enfin la police se soulève.

 

Les forces armées, le 7 août 2019, ont déclaré qu’elles étaient anti-impérialistes : le commandement militaire, le commandement en chef. Et août s’est écoulé, septembre, octobre, novembre et cela change et le coup d’Etat arrive. Mais nous étions convaincus que nous allions revenir rapidement, c’est pourquoi, à ce moment-là, au moment de nous retirer, de partir pour sauver notre vie, à l’aéroport de Chimoré, j’ai dit « Nous reviendrons et nous serons des millions, » et exactement une année s’est écoulée, le coup d’Etat a duré une année.

 

Randy Alonzo : Que racontent aussi bien le livre que le documentaire?

 

Evo Morales : C’est ainsi : c’est dans le livre, c’est dans le documentaire et nous continuerons à écrire plus de livres, plus de documentaires, à faire des films. Par exemple, j’ai entendu dire que le ministre de la culture d’Argentine projette de faire un beau film, je suis venu présenter le brouillon, le dernier brouillon, nous avons fait certaines observations.

 

Randy Alonzo : Tristan Bauer.

 

Evo Morales : C’est ainsi. Ces documents, les livres, c’est essentiellement pour qu’il n’y ait plus de coup d’Etat ni en Bolivie ni en Amérique latine.

 

Randy Alonzo : Quelle expérience tirez-vous en tant que dirigeant politique de ces événements, du coup d’Etat dans votre pays ?

 

Evo Morales : Regarde, je me suis convaincu que le coup d’Etat n’est pas seulement un coup d’Etat du Yankee contre l’Indien mais que c’est aussi une lutte des classes. Le capitalisme n’accepte pas qu’il y a un autre modèle économique meilleur que le modèle économique mis en place par le néolibéralisme.

 

D’abord, depuis ce mouvement indigène originaire, nous sommes déjà dans un grand mouvement politique de libération mais c’est un programme du peuple. Ce programme est essentiellement basé sur la nationalisation des ressources naturelles et des services de base : l’électricité, l’eau, le téléphone. Ils étaient au mains des étrangers avant notre révolution démocratique et culturelle.

 

Alors, avec notre modèle qui vient des luttes des mouvements sociaux, le mouvement minier, paysan, indigène, pétrolier, de tous les secteurs, nous nous sommes unis. Et je dirais toujours que notre mouvement politique est quelque chose d’unique.

 

Pour l’impérialisme, nous, les mouvements sociaux, sommes des terroristes et depuis la lutte des communes, la lutte sociale, nous avons décidé d’aller vers la lutte électorale, politique, pour une révolution démocratique. Je n’ai vu aucune partie du monde dans laquelle, à partir de la lutte syndicale, de la lutte des communes, on aille vers une lutte électorale.

 

Deuxièmement, le monde sait que nous, le mouvement indigène, pendant la colonie en Abya Yala, qu’on appelle maintenant l’Amérique, avions été menacés d’extermination. A l’époque de la république, les plus détestés et ce mouvement indigène génère un mouvement politique. Nous nous demandons : nous, nous avons aussi des droits politiques.

 

Parce que dans la doctrine nord-américaine, nous, les mouvements sociaux, ne pouvons pas faire de politique, la dépolitisation, la « départidisation, » l’indépendance politique. On pouvait faire du syndicalisme mais sans faire de politique, non, le pluralisme idéologique. Les dirigeants syndicaux pourrait être de n’importe quel parti, en particulier de droite.

 

Nous avons brisé cela parce que notre mouvement a des principes, a une doctrine, a des valeurs. Cela vient de la lutte de nos ancêtres. Oui, avant ils ont ôté la terre, la vie à mes ancêtres mais pas notre histoire. Et c’est l’héritage de lutte pour la libération de nos peuples. Cette héritage est unique.

 

Et il y a encore certaines personnes qui n’accepte pas que ce que nous, qu’on appelle les Indiens, puissions commencer à changer la Bolivie. Elles n’acceptent pas que le mouvement paysan indigène et tous les secteurs sociaux puissions démontrer qu’une autre Bolivie est possible.

 

Quand j’étais dirigeant syndical, je me souviens d’avoir été invité à participer à plusieurs événements, des forums internationaux, à venir à Cuba pour exprimer ma solidarité, l’autodétermination des peuples. Au forum de Sao Paulo, au forum de Porto Alegre, ils disaient : « un autre monde est possible. »

 

Et quand nous sommes arrivés au gouvernement, c’était possible, une autre Bolivie était possible. C’est avec un nouveau modèle économique et le capitalisme n’accepte pas qu’il y ait une concurrence, il n’accepte pas que notre modèle économique soit meilleur que le modèle économique mis en place par le Fonds Monétaire International, c’est notre péché, c’est notre petit grain de sel.

 

Et le troisième aspect de notre coup d’Etat , c’est le coup d’Etat contre le lithium.

 

Randy Alonzo : J’allais vous poser la question parce qu’il y a un élément politico-idéologique important que vous avez signalé mais beaucoup de gens ont qualifié le coup d’Etat aussi de coup d’Etat contre le lithium. Qu’en pensez-vous ?

 

Evo Morales : Tout à fait. Voyez, frère, Randy, je commente mon expérience vécue.

En 2010, j’ai été invité en Corée-du-Sud et bon, c’est le rôle du président de faire des affaires, de bonnes affaires, des accords, des conventions d’investissement, de marché. Et il nous demandaient : le lithium, le lithium, le lithium, en Corée-du-Sud et comme par hasard à ce moment-là, ils avaient inauguré une usine de batteries au lithium qu’ils m’ont fait voir. Bien, Beau. Et j’ai demandé : combien coûte toute cette usine ? : 300 000 000 de dollars.

 

Regarde, le frère Randy, car nous sommes arrivés au gouvernement, les réserves internationales étaient de 1 700 000 000 de dollars.

 

Entre 2016 et 2017, nous avons atteint plus de 15 000 000 000 de dollars de réserves internationales.

 

En 2010, je pense que nous étions aux environs de 10 000,11 000,12 000. À ce moment-là, je pense, je dis, comment n’a-t-on pas pu garantir 300 000 000 de dollars pour avoir une usine comme celle-là ? Une usine, une industrie de batteries au lithium.

 

Et je l’ai dit aux autorités coréennes : faisons sa jumelle en Bolivie. Je garantis l’investissement. Je ne demande pas de crédit extérieur, d’apport.

 

-Non, non, nous le ferons.

 

Je garantis l’investissement. 300 000 000 contre 10,12 ou 13 000 000, ce n’était rien, une dette intérieure.

-Non, non, non.

 

Mais ils nous demandaient le lithium en tant que matière première. J’ai parlé avec le Japon, avec le président du Japon deux fois mais une fois, j’ai dit au président du Japon, voyez, la Toyota japonaise est bien recherchée, bien reconnue dans le monde entier. Je dis, « frère président, nous assemblons la Toyota japonaise en Bolivie mais avec le lithium bolivien. »

 

–Non, il m’a dit non. Il a dit seulement, on étudie, on étudie.

 

Pour ne pas dire non, il disait : on étude.

 

Dans le fond, je me suis dit que nous ne ferions pas cela.

 

J’ai salué ainsi mon frère Alvaro qui était mon vice-président, notre vice-président et nous avons décidé de la même façon : nous commencerons, nous commencerons, nous, avec, comment cela s’appelle-t-il, ce qui est basique, non ?

 

Randy Alonzo : Le traitement de base du lithium ?

 

Evo Morales : Oui, les laboratoires. Dans les laboratoires où nous engagions des étrangers avec de jeunes professionnels de nos universités. Au début, des experts sont venus enseigner peu à peu. Et déjà, du laboratoire nous sommes passés à l’usine pilote. Dehors, les étrangers.

 

Et nos gens, que je suis allé voir, non ?, comment dans les laboratoires les jeunes travaillaient. C’était comme pour pleurer parce que je ne savais pas cela. Il n’y avait pas cela avant. Bon, content. De là nous sommes passés à l’industrie.

 

Décembre, non, septembre 2018, nous livrons la première industrie. Du chlorure de potassium pour produire 350 000 tonnes par an.

 

De septembre à décembre 2018, nous avons exporté 15 000 tonnes pour commencer. Oui à la fin, je ne me souviens pas, il y avait un marché. En particulier le Brésil mais aussi le Chili.

 

La semaine dernière les médias m’ont informé qu’ils font un suivi des prix des ressources naturelles : avant ce problème entre la Russie et l’Ukraine provoquée par l’OTAN, par les États-Unis, la tonne était à 210 $ et elle est arrivée à 570 $ maintenant.

 

Mais avec le coup d’Etat, ils ont paralysé l’industrie. Tellement... combien d’usine avons-nous perdues !

 

Nous avions déjà une usine pilote pour produire 1000 tonnes par an de carbonate de lithium. Et avant ce problème international, il était à 7000 $ la tonne.

 

Selon certaines données, je veux confirmer, maintenant, il coûte plus de 70 000 $ la tonne, Avec les problèmes du combustible qui a assez augmenté car les gens ont commencer à acheter des voitures électriques.

 

Randy Alonzo : la technologie du futur.

Evo Morales : Alors, nous, nous avons commencé à développer. Et nous avons un projet, frère Randy, installer 42 usines de 2000 à 2029, 15 ou 17 seulement pour le lithium, l’hydroxyde de lithium, le carbonate de lithium, les batteries au lithium.

 

D’autres seront destinées aux sous-produits mais aussi aux matières premières. Nous allons importer des matières premières pour que l’industrie se maintienne et nous estimons également qu’en moyenne, cette usine rapportera 5000 000 000 de dollars de bénéfices.

 

Et tu peux voir là, dans les différents médias, que les États-Unis planifient le coup d’Etat pour le problème du lithium. Le patron de TESLA, Monsieur Musk, dit publiquement : « non, où on veut, nous allons avoir un coup d’Etat, ils se battent pour cela. Tout pour le lithium. »

 

Et l’année dernière, dans une enquête, on a appris aussi que l’Angleterre a participé au coup d’État, en plus de certains présidents soumis aux États-Unis comme celui de l’Argentine, l’ancien président de l’Argentine, l’ancien président de l’Équateur, je suis presque convaincu que le Brésil a aussi participé au coup d’Etat.

 

Randy Alonzo : Il y a des documents, on a beaucoup discuté en Argentine sur cette participation de Macri et des membres du Gouvernement argentin de cette époque au coup d’Etat contre vous, le coup d’Etat contre le Gouvernement de Bolivie.

 

Sans aucun doute, ils veulent que nous, nous continuons à leur fournir des matières premières, pas que nous nous industrialisions.

 

Evo Morales : Il faut qu’ils comprennent les nouvelles générations, je dirais en Bolivie, grâce a la lutte des différents secteurs sociaux, que des professionnels patriotes ont rejoint, des militaires, même des policiers, en particulier des militaires, nous avons déjà commencé et démontré que la Bolivie a beaucoup d’avenir, beaucoup d’espoir.

 

Nous garantissons la liberté politique, sociale, non ? Et avec les nouvelles nationalisations la liberté économique, ce qui manquait, c’était la liberté dans les sciences et la technologie.

 

Malheureusement, les pays industrialisés nous veulent seulement pour que nous, en tant que Latino-américains, nous garantissions la matière première et ils ne veulent pas que nous ayons de la valeur ajoutée à nos ressources naturelles. C’est notre responsabilité en Amérique du Sud, en Amérique latine, ça va prendre du temps mais il faut que nous nous libérions dans le secteur de la science, de la technologie.

 

 

 

Randy Alonzo : Hélas, les intérêts de l’empire rejoignent ceux de l’oligarchie de la droite national, non ? Qui ne veut pas que cet exemple de développement, de changement, de transformation dans les nations latino-américaine se répande.

 

Et dans le cas de la Bolivie, bon, il y a eu des forces intérieures, évidemment, qui ont agi dans ce coup d’Etat.

 

Ces forces, certaines sont en train d’être jugées, ont été traduites devant les tribunaux pour le coup d’Etat mais il y a encore des forces putschistes en Bolivie et il y a des tentatives pour créer une opposition au Gouvernement. Surtout, j’ai vu ces derniers temps, même en lisant vos déclarations, des tentatives pour diviser le MAS et pour séparer le MAS du Gouvernement du président Lucho Arce. Face à cela, que faire, quelle forces sont derrière ces tentatives ?

 

Evo Morales: C’est à voir, je reviendrai un peu sur cette histoire. Dans les années 60,70, et une partie des années 80, le plan Condor, un coup d’Etat militaire, des coups d’Etat permanents, des Gouvernements de gauche, des Gouvernements anti impérialiste qui apparaissent... un coup d’Etat, un coup d’Etat, moins à Cuba. Une belle histoire.

 

Et combien l’ont retenté ! Et combien n’ont pas pu Un blocus économique, et c’est ce qui existe, encore aujourd’hui et se poursuit dans le processus de libération, Venezuela, Nicaragua.

 

Ils disent qu’il va y avoir un sommet des Amériques aux États-Unis mais sans Cuba, sans le Venezuela, sans leNicaragua, ce n’est déjà plus un sommet des Amériques, quel genre de sommet est-ce que ce sera ? Bon, nous serons présents pour voir.

 

Parce qu’en ce moment il y a une autre, une autre sorte de coup d’Etat. Si ce n’est pas un coup d’Etat judiciaire, c’est un coup d’Etat au Congrès. Regardons le Paraguay, regardons la Brésil avec Dilma. Et quand certains présidents comme Lula, comme Correa, comme Christina, ne terminent pas leur mandat parce qu’on les attaque pour corruption.

 

Je le sens dans ma façon de penser et d’évaluer, la guerre froide a échoué, la guerre contre le terrorisme a échoué, nous, les mouvements sociaux, sommes des terroristes pour l’impérialisme, regardez, combien de dirigeants syndicaux sont présidents ?

 

Quelqu’un m’a demandé, je pense que c’était à propos de Pedro Castillo, c’était quelqu’un de la presse de droite, que pensez-vous de la victoire de Pedro Castillo ? Un dirigeant ouvrier, paysan, enseignant, c’est un terroriste de plus. Président en Amérique latine.

 

Il ne reste plus à la droite qu’a s’en aller.

 

Alors, comment vont-ils croître ? Si je dis cela, c’est un gros échec de l’impérialisme, que ses prétextes, la guerre froide, ne puissent empêcher que des pays socialistes, communistes, aient des gouvernements qui changent, que des dirigeants syndicalistes soient présidents.

 

Là, ils ont inventé la lutte contre le trafic de drogue. Un gros échec, la lutte contre le trafic de drogue.

 

Maintenant, les corrompus. La corruption.

 

J’ai lu un petit peu la plainte de Lula. Le ministre de Bolsonaro qui a été juge ou procureur, qui a dit textuellement : « Je n’ai pas de preuves contre Lula mais des convictions. » Ils l’ont emprisonné pour des convictions. Qu’est-ce que c’est, d’accuser de corruption et de ne rien prouver ?

 

Ça s’est passé avec Correa, avec Christina, ça se passe quand on accuse n’importe quel président.

 

Mais pour d’anciens présidents de droite, des alliés notoires du trafic de drogue, on ne dit rien, tout est occulté, c’est l’autre bataille qu’il faut livrer.

Je pense que le prochain argument de l’impérialisme va être la corruption. Corruption, corruption. Je le pense.

 

Alors, dans ce cadre, le coup d’Etat nous enseigne comment nous unir mieux encore.

 

Dans mon expérience syndicale, social et aussi mon expérience de président, pas seulement de dirigeant, l’empire, en permanence, comment planifie-t-il? À court, moyen et long terme, en utilisant ces arguments : terroriste, trafiquants de drogue ou corrompus.

 

Maintenant, ils n’attaquent plus le communisme, ils attaquent, ils font des campagnes de discrédit envers le dirigeant et enfin, souvent, en trompant la population grâce aux médias, ils vont organiser des coup d’Etat, mobiliser les gens.

 

Et dans le cadre de la Bolivie, évidemment, le coup d’Etat n’a pas beaucoup duré. Un an exactement en partant du moment du départ de l’aéroport de Chimoré. Nous avons dit : « nous reviendrons nous serons des millions » et nous l’avons fait, nous sommes revenus avec des millions de personnes. Et ça, c’est la conscience du peuple bolivien, ça signifie que nous ne nous étions pas trompés. Je regrette beaucoup que certains camarades se soit trompés, il faut le comprendre.

 

Et maintenant ils essaient à nouveau.

 

L’année dernière, qu’a dit la droite bolivienne de notre frère Lucho Arce , président ?

 

D’abord, ils ont dit : Lucho, prends soin de te séparer d’Evo.C’est dans les médias. 

 

Deuxièmement, du comité civique de Santa Cuz ils ont pris un avion pour le Mexique. Et certains, de là, ont dit, Lucho, démissionne, David Choquehuanca, deviens président. Je ne sais pas s’ils veulent nous affronter, non ?

 

Le dernier cas ne me plaît pas beaucoup. Pour le rapport de l’année de gestion de notre frère Lucho, le président, le 7 novembre de l’année dernière, ils ont dit : c’est la dernière rupture.Et ils ont commencé une grève.

 

Et là, se produit la marche pour la paix.

 

Randy Alonzo : Ils ont fait une grande marche 

 

Evo Morales : Une marche que nous avons organisée avec les différents secteurs sociaux. L’état-major du peuple, il y a eu plusieurs secteurs sociaux dans la rue.

 

Nous, le siège principal des 6 fédérations, avons décidé de la marche, nous nous sommes coordonnés avec notre frère le président, nous démarrons et je dirais que plus d’un million et demi de personnes sont allées à La Paz. Impressionnant, ils nous ont rejoints volontairement.

 

Et à partir de ce moment, ils étaient un peu échauffés mais en dérangeant, maintenant il y a un consensus. Mais là se trouve la force, dans l’espoir. Cette force, c’est l’unité du peuple. Maintenant il ne manque pas de camarades qui veulent créer des troubles. Et ils doivent savoir que l’empire prévoit d’abord de nous diviser.

 

Pourquoi nous diviser ? Pour nous dominer. Pouquoi nous dominer ? Pour piller à nouveau nos ressources naturelles.

 

Dans mon expérience personnelle vécue de président, la lutte de l’humanité est une lutte pour le contrôle des ressources naturelles en particulier. Dans certains pays comme un Bolivie, les ressources naturelles sont au peuple sous l’administration de son Gouvernement, de son Etat.

 

Comment était-ce auparavant ? Les ressources naturelles était aux étrangers, par conséquent pillées par le système capitaliste.

 

Et ils ne nous pardonnent pas, à nous, que nous, les Indiens dirigions cette révolution démocratique et culturelle, ils ne nous pardonnent pas de fermer la base militaire, d’expulser la DEA et l’USAID. Et quand l’ambassadeur des États-Unis finançait mes opposants, en 2008, avec des préfets de droite comme à Santa Cruz et dans d’autres départements, nous avons dit : Dehors ! Cela, ils l’ont accepté.

 

Et deuxièmement comment nous libérons-nous de ce pillage ? En nationalisant les ressources naturelles.

 

Nous avons nationalisé, du 1er mai 2006 au 22 janvier 2019, Jour de l’Etat Plurinational, 38 000 000 000 de dollars de rente pétrolière.

 

Se rend-on compte de combien d’argent ils nous ont volé ? Combien d’argent nous ont-ils pillé, frère Randy ?

 

De 1825 à 2005, ce sont 180 ans de vie républicaine, de vie de cet État colonial. Ils nous ont laissé avec 9 000 000 000 de dollars de PIB, Produit Intérieur Brut.

 

De 2006 au 22 janvier 2019, nous sommes arrivés à 42 000 000 000 de dollars de Produit Intérieur Brut.

 

Pour le bicentenaire, nous avions planifié d’arriver au 60 000 000 000. Nous avions de la croissance et le coup d’Etat est arrivé.

 

La raison, mes frères, mes sœurs de la campagne et de la ville ? Je vous ai dit, la droite, ce sont les anti patrie, ce qui vendent les Patries.

 

Mais maintenant que je descends parler avec beaucoup de secteurs sociaux, que veut la base des nouvelles générations, le peuple, le peuple ?

 

Veulent-ils de nouveaux dirigeants politiques ou des dirigeants syndicaux avec une grande vocation démocratique, avec une grande conviction révolutionnaire mais fondamentalement amoureux de la patrie et non de l’argent ?

 

Et notre différence avec certains, c’est que malheureusement, certains ont de l’ambition et pas de convictions. C’est un problème, un problème que nous avons mais nous allons le surmonter parce que nous discutons déjà d’un programme pour la seconde révolution démocratique et culturelle.

 

Là, nous sommes d’accord. Hier, j’ai entendu une expression, une vielle expression. Nous, nous envisageons déjà une révolution à l’intérieur de la révolution mais une révolution essentiellement de caractère éthique, moral, de valeurs, pour commencer à renforcer notre révolution démocratique et culturelle.

Randy Alonzo : Bon, nous avons vu des images de vous parcourant le centre Fidel Castro, des images que nous avons prises sur votre propre compte Twitter et qui, en plus évidemment, de montrer cette tendresse, cette admiration que vous avez toujours ressenties pour Fidel et que vous nous avez racontée ici, à la Table Ronde, en 2016, cela nous est très proche aujourd’hui parce que cette chanson (qui accompagnait les images), précisément, nous l’avons entendue pour la première fois ici, à cette Table Ronde, quand Fidel a eu 90 ans.

 

À propos de Fidel, et en regardant vers la région dans laquelle aujourd’hui nous livrons la bataille, Evo, vous parliez tout à l’heure du sommet des Amériques dont on dit qu’il pourrait se faire sans la présence de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua.

 

Comment voyez-vous la politique actuelle des États-Unis envers l’Amérique latine ? Et quel sens peut avoir le fait dénoncé par le chancelier cubain, que dans les documents qu’on prépare pour le sommet, on parle même d’une condition préalable pour la certification des processus électoraux en Amérique latine : qu’il soit contrôlés et approuvés par l’OEA ? Que pensez-vous de cela ?

 

Evo Morales : Hier, nous avons visité le centre Fidel Castro, un centre qui suscite beaucoup de réflexion, Là se trouve la vie, l’œuvre de Fidel, là se trouve sa lutte. Je l’ai vu enfant, jeune, étudiant, en prison, en prison à Mexico. Ils s’organisent, se soulèvent avec une centaine de révolutionnaires, avec leur peuple, et ils vainquent l’impérialisme nord-américain. Impressionnant. Ce centre est incroyable, beau, je pense que le monde entier devrait le visiter pour savoir qui est Fidel et ce qu’est Cuba.

 

Je ne comprends pas que certains pays d’Amérique latine et des Caraïbes soient encore soumis à l’empire, je ne partage pas cette idée. Nous aurons des problèmes économiques, sociaux, certainement. Mais au-delà de tout problème, nous avons notre dignité. Nous avons notre identité. Nous luttons pour notre souveraineté, pour notre indépendance.

 

Cela montre une profonde différence avec certains pays. Malgré ces différences, je pense que nous allons bien. Je pense que l’époque de Fidel , d’Hugo Chavez, de Lula, de Correa, de Kirchner, va revenir.

 

Pourquoi est-ce que je dis cela ? Il y a 2 ou 3 ans, il y avait le Groupe de Lima. Dans le Groupe de Lima, il y avait le Mexique, l’Argentine, le Pérou, le Chili. Il ne reste que la Colombie dans le groupe de Lima. Un groupe de Lima pour attaquer, en particulier le Venezuela, Maduro, Cuba.

 

Les présidents des États-Unis, depuis Obama, Donald Trump, organisent, utilisent, et le peuple se rend compte et son président, la droite la chasse du Gouvernement.

 

Pourtant, je pense que ce qu’on appelle l’alliance du Pacifique est en train d’agoniser.. Après qu’aient été vaincues les politiques du consensus de Washington, est arrivée l’ALCA. Très bien, le camarade Chavez disait : « ALCA va te faire foutre ». A Mar del Plata, l’ALCA a été vaincue et ils organisent cette alliance du Pacifique.

 

Randy Alonzo : Je vous le rappelle, c’était à quelques jours de vos élections. Là, nous nous sommes vus, à Mar del Plata.

 

Evo Morales : Oui, nous étions là en tant que dirigeant syndical. Et je ne pouvais pas comprendre que je n’étais avec Hugo, avec Kirchner que pour peu de temps.

 

Un bon regard, entre parenthèses, au sommet ibéro-américain de 2003 en Bolivie, à Santa Cruz . Il y avait Chávez, il y avait Lula, il y avait Kirchner. Je ne sais plus qui il y avait de Cuba, je ne m’en souviens pas. Mon frère Hugo Chavez m’a invité au sommet, je suis allé au sommet, j’étais député mais dans une grande manifestation, je l’ai aussi entendu au stade mais je suis arrivé en plein sommet. 

 

J’y suis allé et Chávez : « salut Evo, comment vas-tu ? »

 

Lula entre, Kirchner entre, des présidents. Et je ne comprenais pas ce qui se passait là.

 

Maintenant, je me rends compte réellement qu’avec son intelligence, avec sa sagesse, il était en train de promouvoir, il était en train de soutenir, il était en train de renforcer un dirigeant pour qu’il devienne président, Evo Morales. Cela m’a surpris, je n’y étais pas préparé.

 

Et le lendemain, en première page Evo président a même terni le sommet Carlos Mésa était président. Après, on m’a organisé une réunion avec la BID, un certain Moreno, Je crois qu’il était colombien. Une autre réunion, une autre bombe.

 

Je n’y étais pas préparé, je le répète, mais ça a été réellement avec beaucoup d’initiative, avec beaucoup de succès.

 

Je me souviens aussi de 2005, j’avais pour la première fois des problèmes de genou. J’étais là au CIMEC, ils m’ont opéré. Après deux semaines, Chávez est venu ici, à Cuba, avec Fidel, et ils ont organisé un événement. Ils m’ont dit appeler pour la troisième fois,, en mai ou avril. Je peux me tromper, oui, mai.

 

Randy Alonzo : Oui, au palais des conventions

 

Evo Morales : Au palais des conventions. Je pense qu’ils ont fait le forcing pour lancer Evo. Ils m’ont sorti de la clinique, ils m’ont emmenée là, c’étais la troisième fois, encore avec les béquilles, les béquilles étaient là. Et Fidel finit de parler et dit : « Evo, viens ici. L’axe du mal. Chavez, ici. J’ai oublié la béquille et j’ai fait un vol plané jusque-là.

 

Le docteur Gil, qui me soignait, effrayé derrière moi, avec les béquilles. Il y a une photo. J’ai eu réellement beaucoup d’admiration pour la façon dont ils mettent en avant les nouveaux dirigeants. C’était ces jours là, je te le dis.

 

Alors, en revenant à ce sujet, nous avons vaincu l’ALCA et ils organisent l’alliance du Pacifique pour poursuivre leurs politiques de libre échange qui continue à proclamer que l’État doit être réduit au minimum comme dit le Fonds Monétaire International. Pourquoi l’État réduit au minimum ? Que l’État, un etat nain et un Etat qui n’investit pas, un Etat qui peut seulement réguler. C’est la profonde différence des peuples. 

 

Tandis que dans les pays à tendance socialiste, l’État dirige l’investissement. Et il est déjà important en Bolivie d’accompagner le secteur privé, plus reconnu par la Constitution, celle-ci garantie de la propriété privée et pas comme certains disent : ah, quand on parle contre le capitalisme on veut nous enlever tout ce qu’on a. C’est totalement faux.

 

Alors ce projet a des résultats et je dirais même encore en ce moment, car ils cherchent comment en finir avec ces projets. Il y a deux choses : unité, unité, unité. Dans notre expérience vécue, les gens de droite chercheront à en finir avec nos processus révolutionnaires. Et par conséquent, le plus important c’est la conscience et parfois faute d’information, éventuellement, nous ne pourrons pas terminer nos processus et les accompagner.

 

Je veux un peu expliquer quelque chose, ce qui s’est passé après le rétablissement de la démocratie en 82. Elle a gagné les élections en 80 mais il y a eu un coup d’Etat. En 82, ils ont repris la poursuite du triomphe de 80 mais trois partis se sont unis : le MNRI, le parti communiste de Bolivie et le MIR de Jaime Paz Zamora.

 

Parce que le coup d’Etat avait débuté en 1964. 64 : coup d’Etat, coup d’Etat, coup d’Etat jusqu’en 82. 

 

Nos frères les mineurs allaient accueillir triomphalement Hernán Siles Suazo, surnommé « le lapin ». Ils sont descendus à l’aéroport, ils en ont pris possession. Ça commençait très bien.

 

Regarde, à cette époque, la Bolivie vivait de l’étain et le jeunot du tropique de Cochabamba entendait dans les médias que les Etats-Unis allaient sortir leurs réserves d’étain sur le marché international. Rien qu’avec cette annonce, le prix de l’étain s’est effondré en Bolivie.

 

Le pauvre président Lapin, sans argent, commence à avoir de l’inflation et la COB marche contre le Gouvernement. Beaucoup de secteurs sociaux. Dehors ! Dehors, Lapin ! Dehors l’UDP! Finalement, les élections sont avancées à 85.

 

Et en 85, dans les villes, l’ADN, que vient de 7 ans de dictature, gagne. Dans les campagnes, c’est le MNR, l’un avec 30%, l’autre avec 32% . Aucun n’a plus de 50 %. Les 2 s’unissent : un pacte. Un pacte pour la démocratie, là commence la démocratie avec le Pacte. Tout est pacte, pacte.

 

Et avec le vote du peuple bolivien de 85 commencent les privatisations. Et cette politique dure 20 ans, à partir de 85. C’est à dire que ça s’arrête en 2005. Mon grand désir, puisse cela n’arriver en aucun pays et moins encore en Bolivie. J’ai parlé avec les dirigeants, les nouveaux dirigeants, ça s’est passé.

 

Maintenant, la Bolivie dépend du gaz et nous avons des problèmes de combustible liquide qu’il faut résoudre. Il faut accompagner notre révolution, même notre frère, le président Lucho Arce a suggéré qu’en tout cas, en tant qu’ex président, en tant que dirigeant du MAS–IPSP, c’est notre obligation et celle d’autres secteurs sociaux. Et j’ai déclaré : Nous ne nous tromperons pas parce que la COB s’est trompée.

 

Tous les secteurs sociaux luttant contre un Gouvernement de gauche et ensuite, la droite revient par la faute du peuple, pour privatiser.

Randy Alonzo : Vous me disiez en 2017, quand nous étions ici, que l’un des grands défis qui était devant nous était précisément le travail politique, c’est-à-dire que vous étiez concentré, en tant que président, sur le défi économique terrible qu’avait la Bolivie et que vous avez réussi à surmonter.

 

Vous parliez à ce moment-là des réserves et de la Bolivie, de la façon dont son économie a changé pendant toutes ces années, vous parliez de la nécessité de reprendre avec plus de force le travail politique pour pouvoir mobiliser tous ces secteurs qui ont amené le MAS au pouvoir et le changement dans votre pays.

 

Maintenant que vous êtes à la tête du MAS, à nouveau dans l’activité politique plus que dans l’activité gouvernementale, comment aller de l’avant ? Comment transformer cette nécessité pour que cela précisément ne se passe pas à nouveau, que les masses soient hors du Gouvernement qu’elles ont amené au pouvoir ou qu’on s’oppose à un processus qui cherche réellement à transformer la Bolivie en faveur de ce peuple ?

 

Evo Morales : Avec le coup d’Etat et en plus la pandémie, pendant la dictature de 2020, les investissements ont baissé.

 

Quand je suis arrivé à la présidence en 2006, en 2005, l’investissement public pour toute la Bolivie était de 600 000 000 de dollars. Pendant les 4 dernières années de mon gouvernement, nous avons programmé plus de 8 000 000 000 de dollars d’investissement public et l’année dernière, à peine 4 000 000 000 de dollars. C’est le coup d’Etat. Et maintenant, nous remontons à 5 000 000 000 de dollars.

 

Avec Lucho Arce, il y a bon espoir qu’il puisse continuer à monter mais ça nous a tellement porté préjudice. Alors, il peut y avoir des secteurs sociaux... l’investissement n’est pas comme avant et c’est mon obligation d’expliquer avec des données et les gens comprennent parfaitement.

 

La première tâche est de voir comment élargir le militantisme en respectant les normes du tribunal suprême électoral. Nous allons commencer, nous allons mettre en marche l’information des militants, nous sommes tous prêts, d’abord.

 

Et deuxièmement, il y a le problème de la réflexion : moi, qu’est-ce que j’ai compris ? Il ne s’agit pas de dire Randy va être socialiste, va être anti impérialiste, va être anticapitaliste, non. Cela, on le laisse à l’histoire. Comment a-t-on vécu pendant la colonie ? Comment avons-nous vécu en particulier nous, les Indigènes, les femmes, pendant la République, cet État colonial, cet Etat sans classes, un imposteur ? Comme je disais, l’État en déliquescence.

 

Quand nous sommes arrivés au gouvernement, la Bolivie était le dernier pays d’Amérique du Sud et l’avant-dernier pays de toute l’Amérique parce que Haïti, a beaucoup de problèmes.

 

Randy Alonzo : Haïti après la Bolivie.

 

Evo Morales : Alors, regarde, pendant les 13 années pendant lesquelles j’étais président, presque 14 ans, pendant ces 13 ans, pendant 6 ans, la Bolivie a été le premier pays en ce qui concerne la croissance économique en Amérique du Sud.

 

Je ne suis pas économiste mais cette donnée nous a surpris grâce aux nationalisations des ressources naturelles mais aussi aux entreprises stratégiques. C’est mon obligation en tant que dirigeant du MAS de partager cette expérience de lutte, de gestion publique, avec les nouvelles générations.

 

Mon grand souhait est qu’il y ait de nouvelles générations, des hommes, des femmes, dignes avec beaucoup de principes mais en plus, engagés envers la Patrie. C’est ce qu’on appelle l’idéologisation.

 

Et un autre : nous pouvons dire : avec qui sommes-nous ? Sommes-nous avec le peuple ou avec l’empire ? Et là arrive le débat et c’est ma tâche et nous sommes dans le débat permanent dans certaines régions. Le temps n’est pas venu. Nous avons beaucoup de réunions, de petites concentrations mais en se préparant, en se préparant.

 

Cela se produit aussi pour la défense de Lucho président. Défendre Lucho président, c’est défendre l’État Plurinational, Défendre Lucho président, c’est défendre la Révolution démocratique et culturelle, toute une tâche, toute une responsabilité en tant que dirigeant du MAS–IPSP.

 

Randy Alonzo : Je reviens à une question que je vous ai posée tout à l’heure : que pensez-vous du fait que ce soit l’OEA qui certifie les élections en Amérique latine ?

 

Evo Morales : Oui, oui, c’est une honte. Je ne comprends pas. Alors, l’Amérique latine, l’UNASUR, si nous rétablissons l’UNASUR, si nous reprenons l’UNASUR, ce sera aussi elle qui qualifiera les États-Unis, ce qui se passe aux États-Unis. Cela ne va pas être, évidemment.

 

Et c’est une honte que l’OEA doive contrôler les élections. Je pense que ce n’est pas toute l’OEA mais certains pays. Et il serait important qu’il y ait une réflexion profonde de caractère idéologique, politique, programmatique. La dépendance, la dépendance, ce n’est pas bien. C’est notre histoire et la Bolivie a beaucoup d’expérience.

 

Car nous étions soumis aux États-Unis, comment était la Bolivie ? Après que nous nous soyons libérés, comment est la Bolivie ? Elle a des défauts, évidemment, mais elle continue la lutte pour finir le travail, c’est la responsabilité de tous les secteurs sociaux à la tête de notre Gouvernement national.

 

Randy Alonzo : Nous vivons une époque très complexe, très difficile. Vous parliez tout à l’heure de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, de tout ce qui est derrière cette guerre. Pensez-vous que ce que nous sommes en train de vivre marquera la fin de l’unipolarité ? Y aura-t-il un changement stratégique dans le monde ? Ces événements difficiles, tragiques pour la politique mondiale auront-ils un impact concret ?

 

Evo Morales : J’ai beaucoup d’espoir dans cette révolution ou rébellion démocratique en Amérique latine. Nous avons gagné les élections au Honduras. Cette année, nous espérons qu’il ne se passe rien en Colombie, qu’on gagne avec Pétro et on en prend soin. Gagner au Brésil. À cela, je dis révolution ou rébellion démocratique. Nous allons bien malgré les politiques des États-Unis, le chantage, les exigences.

 

Tout à l’heure, nous nous demandions où était le groupe de Lima, où est l’alliance du Pacifique et ceci sur cela, sur ces problèmes, ils ont une bonne fin, le monde peut changer, ce grand soleil que nous avons.

 

Les alliances stratégiques comme avec la Chine sont importantes et qui sait si certains pays d’Europe, la Russie... Mais, unité, surtout à la base, dans les pays libérés d’Amérique latine comme Cuba, le Venezuela, le Nicaragua et d’autres pays qui sont en train de se libérer, l’unité va être tellement importante bien que nous ayons aussi certaines différences.

 

En nous connaissant, souvent, certaines sont ceux qu’on sait, des dirigeants, ou sont des opposants à leur Gouvernement de droite dans des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, alors, ils sont bolcheviques et quand ils arrivent au Gouvernement, ils deviennent menchevik. C’est celui qui sait, une différence mais finalement nous sommes un groupe de frères et sœurs et nous respectons nos particularités en tant que peuple, en tant que nation. Nous sommes dans cette dure lutte. 

 

Randy Alonzo : Raùl parlait toujours à la CELAC de la nécessité de l’unité dans la diversité.

 

Evo Morales : La CELAC, c’est l’unité de la diversité et cela, nous l’appelons Amérique Plurinationale, Amérique du peuple, pour les peuples. Nous sommes tellement différents mais cette unité dans la diversité est destinée à affronter l’adversité.

 

L’adversité, les problèmes, d’où viennent-t-il ? Du capitalisme, des problèmes de la crise énergétique, de la crise alimentaire. Tous les problèmes que tu as viennent du capitalisme. Alors, comment nous unir tous ? En Bolivie, nous, que voyons-nous ? Unité dans la diversité. L’unité des origines millénaires et des origines contemporaines mais en garantissant la dignité, la liberté, le bien-être de nos peuples, en garantissant la souveraineté et l’indépendance de l’État.

 

Si nous sommes d’accord là-dessus, cela garantit la libération de notre chère Bolivie et cela se produit une nouvelle fois. Non ? En garantissant cette liberté dans le domaine économique. Il n’y a pas pour moi de liberté politique sans liberté économique. Ce qu’il faut accompagner maintenant, c’est la libération en sciences et en technologie, c’est la responsabilité de ces générations et des nouvelles générations.

 

Randy Alonzo : Ce retour à Cuba en ces temps difficiles, complexes également pour Cuba, qu’est-ce que ça a apporté à Evo ? Comment a-t-il vu cette relation avec nos dirigeants et avec le peuple ?

 

Evo Morales : Bon, beaucoup de force, beaucoup d’unité. Je suis venu en 1991 en tant qu’invité, j’ai une belle histoire à raconter. Je voulais connaître Fidel mais il était au palais des conventions un peu plus tôt. Ils m’ont donné trois minutes d’intervention, j’ai parlé… Je ne me rappelle pas de ce que j’ai dit mais j’ai parlé, Fidel était le troisième et après 2002, ma première candidature, j’étais aussi pour la troisième avec Fidel. Et il a commencé à parler à 17h et il a fini à minuit.Pour la troisième fois, je regardais, les gens dormaient , se réveillaient mais personne ne s’en allait, Fidel continuait à parler.

 

Fidel a fini son discours à presque minuit et : « Evo, allons manger. » Il m’emmène manger, nous commençons à manger à minuit et, révolution, la révolution, c’est d’éducation, la révolution, c’est la santé, les campagnes, la solidarité. Il expliquait et il était presque 5h du matin. Un frère entre et dit « commandant, le Bolivien doit s’en aller. » Et là, je vous raconte quelque chose : il a parlé tellement d’heures, je voulais savoir comment on fait la révolution, où on achète des armes et des balles. Finalement, je le lui ai demandé parce qu’il ne nous restait pas beaucoup de temps. Fidel me dit : « Evo, ce n’est plus la même époque. Maintenant, la révolution se fait avec le bulletin de vote et la conscience du peuple comme Hugo Chávez. »

 

J’ai attendu tellement d’heures en vain pour qu’il me dise où on achète des armes, des balles, pour faire la révolution. Et il était tellement sage en réalité, Fidel ! Et souvenez-vous, nous en avons tellement d’exemples, vous savez qu’il a été dans beaucoup de réunions en tant que dirigeant, et ensuite en tant que président.

 

Au dernier anniversaire de Fidel, nous sommes venus avec Hugo, non, pardon, avec Maduro, alors, là, on m’a dit que Fidel n’était plus président. Et il me dit vous devez partir à 11h, et moi, j’étais tout prêt à prendre un mojito avec Fidel, prêt, j’étais là à attendre, l’oreille tendue, et Fidel est à la porte. Que Fidel vienne m’accueillir, moi... J’étais effrayé, un peu nerveux, et Maduro marchant par là, venant de la petite Venise. Là, nous sommes monté dans une seule voiture, tous les 3 et nous sommes partis.

 

Je pensais que nous allions prendre un mojito, trinquer, prendre une petite tarte, manger, non ? De moringa1 en moringa, il nous a fait travailler ! A 11 heures du matin, nous étions dans une plantation de moringa, de moringa africaine, je crois, que ceci, que cela, à comprendre, à apprendre une leçon. Après, de 15 heures à 16 heures, nous sommes allés un peu chez lui, nous avons trinqué, bon souvenir. Ça, c’est Fidel !

 

Fidel était vraiment tellement, tellement solidaire. Ça, c’est Cuba. Et je me souviens toujours, pour toute la vie, qu’un jour, il m’a dit : « Evo, il faut partager le peu que nous avons. » Alors, je lui ai demandé : Quand Hugo Chávez a eu une grève, je crois, d’1 mois, de 2 mois, du secteur du pétrole, il n’y avait plus de nourriture et j’entendais la presse dire : « Fidel envoie des bateaux d’aliments au Venezuela. »  et je me suis dit :Comment, un pays sous blocus économique envoie des aliments au Venezuela ? Cela a attiré mon attention.

 

Randy Alonso : Maintenant, le Venezuela l’a aussi fait pour nous dans les moments difficiles et d’autres pays l’ont fait. Le président Lucho l’a fait aussi pour le peuple cubain dans ces moments.

 

Il me reste quelque minutes mais j’aimerais en savoir plus sur l’Evo Morales d’aujourd’hui. Je me souviens de l’Evo président : 5 heures du matin, déjà en pleine activité, donnant rendez-vous à ses ministres, organisant des activités, l’Evo dirigeant politique de maintenant continue-t-il à se lever aussi tôt ? Est-il aussi actif qu’il y a 1 an ou 2, continue-t-il à faire un peu de sport ?

 

Evo Morales : Eh bien oui, j’ai changé. Au début, ça m’a coûté de changer de vie. Vraiment, ça m’a pas mal coûté parce que j’étais habitué à me lever à 5 heures du matin, réunion. Regarde, je veux te dire quelque chose : la Bolivie a 5 départements, 5 départements et après 5 jours de gouvernement, je suis allé en un seul jour dans les 5 départements.

 

A 5 heures du matin, nous avons rencontré un secteur social, une autre réunion, après, aller dans un autre département, j’entrai dans un édifice et aller dans un autre département, un chantier ou prendre connaissance des projets et un autre département. A 7 heures, 8 heures du soir, j’arrive à Cochabamba et on m’attendait pour une réunion.

 

Souvent, à l’aéroport, réunion et ça finissait à minuit.

 

Evidemment, après tant de temps, changer de rythme est difficile. C’est vrai, frère Randy, l’année dernière, pendant presque 6 mois, j’ai souffert, j’ai compris. Maintenant, je ne veux plus aller à La Paz, je reste au Tropique de Cochabamba, je me lève de bonne heure de temps en temps, je fais des exercices.

 

Ma dernière partie de football, je veux dire l’année dernière, le 6 juin, les professeurs m’avaient défié dans mon syndicat agricole, je les ai battus avec 15 buts, je me souviens, 15 à 4, je crois que j’ai battus à plate couture 6 ou 7, c’était bien. Après, j’ai un peu cessé de travailler sur le terrain, j’ai plus fait des exercices comme toujours, du vélo, du trot ou des abdominaux, le matin, le soir.

 

Parfois, il faut se lever tôt, j’ai rarement une réunion à 5 heures du matin avec les différents secteurs sociaux, 6 heures du matin, aller sur le terrain, sur la parcelle ou avec des « chacos » ou alors plus de parcelles. Là, nous produisons un peu de riz, un peu de manioc, nous parlons du poisson Tambaquí, un poisson qui doit vivre de quelque chose et retour au Chaco, la terre d’où je viens. Pour moi, le Tropique de Cochabamba, c’est mon âme, c’est ma vie, je suis né ici en tant que dirigeant syndical, ils ont fait de moi un dirigeant syndical.

 

Je suis arrivé au Tropique de Cochabamba pour survivre avec mes parents en 1980. Mon père a acheté un Chaco, c’était pour améliorer notre situation financière. Je ne comprenais rien au syndicalisme paysan et ils me l’ont enseigné au syndicat, dans les fédérations, c’est de là que vient l’instrument politique.

 

Par hasard, nous sommes arrivés à la Présidence, je le répète, je suis allé au tropique pour survivre, pas pour être dirigeant ni Président. On m’a donné cette opportunité et je suis convaincu, sans aucune formation universitaire, Président.

 

Si la vérité et l’honnêteté ont été tellement importantes pour moi ? Tant d’années de dirigeant et comment m’ont traité les camarades de la base ! Je l’ai toujours dit, s’ils ne m’avaient pas ratifié comme dirigeant syndical, Evo n’aurait pas été président. Quelle sagesse de mes camarades ! C’est de la sagesse. Et beaucoup d’histoire.

 

Maintenant, l’histoire de la Bolivie ne s’écrit plus sans le Tropique, sans la feuille de coca, sans cette lutte parce que là, nous, nous avons vécu comme on vit avec des militaires nord-américains, la DEA, la répression, ils nous tuaient, nous fusillaient, nous tiraient dessus, l’hélicoptère, ça, nous ne l’oublierons jamais.

 

Et cet enseignement qui vient de la base est tellement important pour garantir la dignité, la liberté et en particulier la souveraineté du peuple bolivien.

 

Randy Alonso : Bon, merci beaucoup, Evo, d’avoir été avec nous, d’être venu à la Table Ronde avant de quitter Cuba et j’espère que nous pourrons nous revoir et continuer à partager vos enseignements, votre regard et aussi vos batailles, votre lutte de chaque jour pour la Bolivie et pour l’Amérique Latine. Merci beaucoup.

 

Evo Morales : Merci beaucoup.

 

(Interview d’Evo Morales par Randy Alonso pour la Table Ronde enregistrée le 25 avril 2022 et diffusée le 2 mai 2022.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

NOTE de la traductrice: