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Honduras : Ingérence de l’ambassade des Etats-Unis

6 Mai 2022, 17:02pm

Publié par Bolivar Infos

 

Les premières actions de l’ambassadrice des États-Unis au Honduras, Laura Dogu, ont provoqué une gêne dans des secteurs de la société qui exigent la non-ingérence et le respect des décisions souveraines de la nation en politique intérieure. Sur Twitter, la diplomate s’est prononcée sur la réforme de l’énergie qu’envisage de mettre en place le Gouvernement de Xiomara Castro en déclarant l’énergie électrique bien public et droit de l’homme et en récupérant l’entreprise nationale d’énergie électrique (ENE) actuellement en banqueroute.

 

Dogu a exprimé son inquiétude pour les répercussions sur l’investissement étranger en évoquant le fait que si dans la renégociation des contrats avec les producteurs d’énergie, on n’arrive pas à un accord avec le Gouvernement, la règle permet leur achat par l’État à un prix fixé par estimation.

 

« La réforme énergétique est mauvaise pour le développement économique. Nous sommes en train d’analyser la proposition et en tant qu’écrit, l’effet qu’elle aura sur l’investissement étranger et l’indépendance de l’agence de régulation nous inquiète, » déclaré Dogu.

 

Le chancelier de la République, Eduardo Enrique Reina, a remis en question la position de l’ambassadrice et affirmé à nouveau que les décisions du Gouvernement en politique intérieure sont des décisions souveraines.

 

« Il y a des problèmes très ponctuels de la politique nationale dont s’occupe la présidente et qui nous affectent énormément… L’ENEE est un problème de souveraineté, c’est un moment tellement délicat qu’on est en train de définir une nouvelle politique. En ce moment et dans cette situation, nous considérons que les déclarations de l’ambassadrice sont une erreur et qu’elles peuvent avoir un impact. C’est un problème de véritable souveraineté intérieure, de souveraineté de l’État du Honduras, » a-t-il déclaré à une chaîne de télévision.

 

Le député du parti au pouvoir Parti Liberté et Refondation (LIBRE), Ramon Barrios, condamne la position qui contient des schémas d’ingérence que cherche à mettre en place l’ambassadrice des États-Unis et il confirme que le Honduras est une nation souveraine.

 

«La réforme énergétique sauve la souveraineté du peuple hondurien sur un bien public de sécurité nationale et un droit de l’homme de nature sociale. C’est une affaire strictement hondurienne et nous condamnons toute ingérence étrangère dans cette affaire. »

 

Barrios a aussi protesté contre les États-Unis parce qu’ils pratiquent l’ingérence envers le Gouvernement de Xiomara Castro et parce qu’ils ont donné leur aval dans un passé récent à la fraude électorale qui a maintenu au pouvoir l’ancien président Juan Orlando Hernández extradé aux États-Unis le 21 avril dernier pour trafic de drogue. De même, le célèbre avocat expert en droit de l’homme, Joaquin Mejia, a appelé instamment l’ambassadrice et le conseil hondurien de l’entreprise privée (COHEP) à « lire la Constitution » étant donné que les articles 332 et 340 stipulent que l’État peut se réserver certaines industries et certains services quand ils sont d’intérêt public et assurer la gestion technique et rationnelle des biens naturels en fonction d’une utilité et d’une nécessité publiques. »

 

Une réunion avec un procureur lié à la corruption et au trafic de drogue

 

Après avoir lancé sur Twitter ce message qui a embarrassé le Gouvernement, Dogu a publié sur ce même réseau social l’annonce d’une réunion qu’elle a eue avec le procureur général de la république, Oscar Fernando Chinchilla, qu’elle a dit soutenir dans ses actions et avec qui elle a abordé les problèmes en relation avec la lutte contre la corruption et la défense des droits de l’homme.

 

« Une bonne réunion avec le procureur général Chinchilla dans laquelle nous avons discuté des problèmes de notre collaboration parmi lesquels la lutte contre la corruption et la défense des droits de l’homme. Protéger l’indépendance et le travail du ministère public est important pour la justice. »

 

La réunion avec chinchilla a provoqué l’indignation des Honduriens à cause des accusations qui pèsent sur lui pour ses liens présumés avec le crime organisé et le trafic de drogue et le fait que, lors du procès aux États-Unis du trafiquant de drogue hondurien Geovanny Fuentes Ramirez, il a été révélée que Chinchilla a été imposé par l’ancien président Juan Orlando Hernández pour protéger les activités du trafic de drogue.

 

Des députés du Congrès national ont envisagé de soumettre Chinchilla à un procès politique pour négligence dans le combat contre les réseaux de corruption et de trafic de drogue et les procureurs étasuniens ont déclaré que cela faisait partie de la structure délictueuse qui a transformé le Honduras en narco-État.

 

« Avec tout le respect que je lui dois, la position de l’ambassadrice concernant un fonctionnaire hautement remis en question par divers secteurs de la société est préoccupante. Reconnaître le travail d’un procureur hors de notre justice, c’est accepter que l’ambassade prenne ses distances avec des organismes qui défendent les droits de l’homme, » lui a reproché le père jésuite, directeur de Radio Progreso et de l’équipe de réflexion, d’investigation et de communication « ERIC », Ismaël Moreno.

 

Pour le député de LIBRE, Sergio Castellano, le ministère public n’a pas été indépendant, « pendant les dernières années, il a été au service du trafic de drogue et du crime organisé » et il a indiqué que, sous la gestion de Chinchilla, Hernández n’a jamais été une seule fois inquiété par la justice.

 

Conversation avec des patrons

 

Le 28 avril dernier, Dogu a eu une réunion avec de puissants patrons dont l’actuel président du conseil hondurien de l’entreprise privée (COHEP) Mateo Yibrin, qui est contre l’abrogation de la loi sur le travail à l’heure contraire aux droits des travailleurs, à la Constitution et au Code du travail.

 

« J’ai été très heureux de partager une réunion avec Juan Carlos et d’autres patrons. Le secteur privé joue un rôle essentiel dans la création d’opportunités économiques pour les Honduriens. J’espère que nous allons continuer à discuter de la façon d’améliorer le climat des investissements, » a-t-il déclaré.

Le secrétaire à la planification stratégique du Gouvernement de Castro, Ricardo Salgado, a demandé que les actions de Dogu le respectent et a qualifié d’inacceptable son intrusion dans des affaires intérieures.

 

« Il est impératif qu’ils comprennent que l’époque coloniale est terminée, que l’ingérence dans nos affaires intérieures est inacceptable. Madame l’ambassadrice, imaginez un peu comment fonctionnent les ambassadeurs dans votre propre pays. Le respect envers le Honduras est essentiel pour que nous ayons des relations. »

 

Après les remises en question la concernant, Dogu a eu une réunion avec le ministre de l’énergie, gérant de l’ENEE, Erick Tejadas, pour connaître les défis du Gouvernement du Honduras concernant le problème de l’énergie et aussi avec le ministre de la sécurité, Ramon Sabillon, pour aborder les efforts dans la lutte contre le crime transnational.

 

Laura Dogu a derrière elle une longue carrière diplomatique qui a débuté comme consul officiel au Salvador (1991–1994). En mai 2015, elle a été nommée par Barack Obama ambassadrice des États-Unis au Nicaragua et confirmée par le Sénat en août, une charge qu’elle est occupée jusqu’en 2018 après des frictions avec Daniel Ortega, suite à la crise politique dans le pays à cause de réformes controversées de la sécurité sociale qui s’est élargie jusqu’à exiger la démission du Gouvernement nicaraguayen.

 

Avant d’être nommée ambassadrice à Tegucigalpa, elle a été conseillère en relations internationales de l’état-major de l’armée. Avant d’occuper cette charge, elle était directrice de la cellule fusion de récupération des otages du FBI, un groupe qui réunit des experts en application de la loi, des diplomates, des militaires et des membres du renseignement, responsable de la récupération des Étasuniens retenus comme otages à l’étranger.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos 

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/05/05/honduras-exigen-no-injerencia-y-respeto-de-ee-uu-a-politica-interna/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/05/honduras-ingerence-de-l-ambassade-des-etats-unis.html