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Venezuela : Gagner du terrain face aux hésitations de Biden

16 Mai 2022, 18:09pm

Publié par Bolivar Infos

Le 22 avril, le Gouvernement des États-Unis a interdit à ses entreprises d’importer du pétrole russe. Plusieurs compagnies pétrolières, y compris la compagnie étasunienne Chevron, ont demandé conjointement au Gouvernement de Joe Biden une autorisation pour reprendre leurs activités d’exploration et de production de pétrole au Venezuela. Depuis, les hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche ont pris des contacts avec le Gouvernement du président Nicolas Maduro au Venezuela bien que de manière erratique et diffuse.

 

Par contre, le président vénézuélien reste sur la position qu’il a adoptée depuis des années et qui est d’établir des canaux de dialogue solides pour mettre fin à la guerre économique, commerciale et financière.

 

Qui bénéficiera du nouveau scénario ? C’est une question rhétorique mais on n’a pas l’habitude de mettre des preuves sur la table. À cette occasion, nous sommes revenus sur l’article récent de Steve Ellner, professeur à la retraite de l’université d’Orient au Venezuela et éditeur gérant associé de Latin American Perspectives. Dans le texte, il examine les hésitations du Gouvernement de Biden et les points sur lesquels le Gouvernement de Maduro a gagné du terrain.

 

Les contradictions de la Maison-Blanche

 

Le premier contact officiel avec le Venezuela réalisé par Washington cette année a eu lieu au mois de mars dans le cadre de ce que nous mentionnions au début, le conflit militaire en Ukraine, les sanctions envers la Russie et leur impact sur le secteur pétrolier étasunien. La décision d’envoyer une délégation de haut niveau à Caracas a causé un violant rejet du lobby anti vénézuélien au Congrès de Floride. Les sénateurs Marco Rubio et Rick Scott, secondés par le sénateur Bob Menéndez, ont dirigé la réaction, dit Steve Ellner.

 

Plusieurs semaines après cet événement, The Economist a affirmé que le Gouvernement de Biden envisage d’avoir une réunion avec des représentants du Gouvernement vénézuélien à Trinidad.

 

« Peu après, le secrétaire d’État des États-Unis Brian Nichols a démenti ce rapport et affirmé que le seul sujet qui a été discuté lors de la réunion de mars à Caracas était en relation avec la démocratie vénézuélienne. Ce commentaire contredit une déclaration antérieure de la Maison-Blanche disant que dans la réunion de mars, on avait discute de la « sécurité énergétique du monde », dit Ellner.

 

Il signale que l’aile centriste des politiciens étasuniens voit le chemin que prend Joe Biden comme quelque chose de bénin et de correct étant donné qu’en apparence, il s’éloigne des « menaces et des actions militaires employées par Trump. » Cette perception est renforcée par les attaques qu’a reçu Biden de la part du bloc du Congrès de Floride qui allègue que le Gouvernement actuel utilise les sanctions comme monnaie d’échange « avec une dictature illégitime pour produire plus de pétrole. » Les membres du Congrès remettent aussi en question Biden pour la reconnaissance tacite du Gouvernement de Maduro que cela implique et l’abandon consécutif du projet de Gouvernement artificiel de Juan Guaidó.

 

Qu’est-ce que Biden a dans la tête avec ce chargement de politique envers le Venezuela ? Il est difficile de le savoir avec précision, ajoute Ellner. À la différence d’Obama avec les négociations avec Cuba, le président Biden n’a pas mis ses cartes sur la table soit par manque de volonté soit par incapacité.

 

Ellner donne raison à Brian Winter, vice-président du Congrès des Amériques qui, au moment où la première délégation s’est rendue au Venezuela, a dit : « Jusqu’à ce que nous sachions avec précision ce que le Gouvernement de Biden est en train d’essayer d’obtenir, il sera difficile d’évaluer jusqu’à quel point de détente cela peut aller. »

 

Ce qu’a fait le reste de la région 

 

Le tournant dans la stratégie politique des États-Unis au Venezuela a permis à plusieurs pays de la région latino-américaine de pouvoir relâcher les pressions contre Caracas ou de ne plus se sentir menacés en la défendant. C’est le cas du Brésil, de l’Argentine, de l’Équateur et du Mexique.

 

Le chancelier du Brésil, Carlos França, a dit : « A un moment où les États-Unis considèrent qu’ils peuvent faire une exception à l’embargo sur les exportations pétrolières vénézuéliennes, il me semble que nous pouvons penser à reconsidérer le problème des relations diplomatiques. »

 

Les présidents de l’Argentine et de l’Équateur, Alberto Fernandez et Guillermo Lasso, ont donné une conférence de presse conjointe lors de laquelle ils ont abordé le problème du Venezuela. Fernandez a défendu la décision de son Gouvernement de rétablir les relations diplomatiques avec le Gouvernement de Maduro et invité le reste des pays à faire de même. Lasso a salué les négociations entre les États-Unis et le Venezuela et a dit que son Gouvernement est en train d’envisager de rétablir les relations diplomatiques avec Caracas.

 

Après que le département d’État ait déclaré qu’il ne pensait pas que le Venezuela, Cuba et le Nicaragua pourraient participer au neuvième sommet des Amériques, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a appelé instamment Biden à ce que « tous les pays des Amériques reçoivent une invitation sans exclure personne. »

 

Steve Hellner écrit à ce sujet :

 

« Cette vague d’opposition à l’ostracisme envers le Venezuela va être difficile à contenir pour Washington, en particulier à la lumière des victoires électorales de la gauche et du centre gauche depuis 2018 au Mexique, en Argentine, en Bolivie et plus récemment au Chili et au Honduras. Les candidats progressistes sont programmés pour gagner les prochaines élections présidentielles en Colombie et au Brésil. »

 

Plus que le pétrole : les raisons pour discuter avec le Venezuela

 

Aujourd’hui, il y a deux objectifs que le Gouvernement de Biden veut atteindre avec la levée de certaines des plus de 500 « sanctions » contre le Venezuela. L’un d’eux concerne l’accès au pétrole vénézuélien, nécessaire au milieu de la montée des prix des produits de ce secteur à l’échelle internationale et l’autre, est en relation avec la possibilité d’influer sur la politique étrangère du Gouvernement de Maduro.

 

Juan Gonzales, le conseiller de Washington qui était à la tête de la délégation étasunienne qui s’est rendue à Caracas le disait déjà, les sanctions contre la Russie sont conçues pour avoir un impact économique sur les nations liées économiquement au pays euro-asiatiques. À propos du Venezuela, Washington propose une négociation qui fasse diminuer l’impact en échange de la suspension de sa coopération avec la Russie.

 

Dans son article, Ellner cite la BBC et le Financial Times pour confirmer la stratégie. Le premier conclut que les espaces de dialogue établis sont une « tentative pour changer les loyautés politiques du Venezuela » et le second dit que la raison de ceci est « d’embobiner Maduro pour qu’il s’éloigne de Moscou » et qu’il prenne une position « neutre » face à l’opération russe en Ukraine.

 

De la même façon, Ellner montre un extrait des déclarations du congressiste Grégory Meeks, président du comité des affaires étrangères de la chambre des représentants des États-Unis, qui coïncide avec ce que disent les deux médias britanniques : « Revenir à s’engager avec le Venezuela (…) Sert à éloigner le Venezuela de l’influence maligne de Vladimir Poutine. »

 

Bloomberg News a proposé que chaque pas vers la levée du blocus et la normalisation des relations entre les deux pays soit conditionné à la disposition du Venezuela à suspendre sa collaboration militaire avec la Russie et « à accélérer les réformes économiques orientées vers le marché. » En échange, selon le média, Washington n’aurait plus de raison de reconnaître Guaidó.

 

Plus loin, Bloomberg note que s’engager avec le Gouvernement de Maduro, « pour désagréable que ce soit, » est essentiel pour protéger les intérêts des États-Unis et détruire l’influence russe dans la région.

 

À la fin de son article, Hellner conclut :

 

« La stratégie de marchandage de Biden a beaucoup en commun avec les menaces et les actions de Trump en faveur du changement de régime geâce à la force militaire. Dans les deux cas, on ignore la volonté des Vénézuéliens et leurs souffrances. Ce qui fait que la situation actuelle est encore plus ignoble, c’est que les négociations, auparavant, étaient conçues pour obtenir que le Venezuela révise sa politique économique et maintenant il y a un objectif supplémentaire, à savoir, un changement dans sa politique étrangère. »

 

Mais le marchandage n’a pas donné les résultats espérés. Jusqu’à présent, le Venezuela ne s’est vu obligé de sacrifier aucun de ses principes en tant que République et même ainsi, perçoit certaines avantages dans la diminution des hostilités dans le domaine économique et diplomatique.

 

Traduction de Françoise Lopez pour Bolivar infos 

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/05/12/venezuela-ganando-terreno-ante-las-vacilaciones-de-biden/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/05/venezuela-gagner-du-terrain-face-aux-hesitations-de-biden.html