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Amérique latine : Intervention du chancelier mexicain Marcelo Ebrard au sommet des Amériques

12 Juin 2022, 18:07pm

Publié par Bolivar Infos

Merci beaucoup, Monsieur le président, distingués représentants, présidents et personnalités qui nous accompagnent aujourd’hui.

 

Merci beaucoup pour nous avoir donné l’occasion de nous exprimer devant vous.

 

En premier lieu, je veux remercier les États-Unis, le Gouvernement du président Biden, son équipe , l’état de Californie et la ville de Los Angeles pour la qualité de leur réception et pour l’excellente organisation de ce sommet.

 

Je veux aussi saluer les avancées, les conclusions qui ont été présentées comme le fruit de ce sommet concernant la prospérité de l’Amérique, l’action climatique, la régulation de la migration et d’autres initiatives très importantes.

 

Mais laissez-moi me concentrer dans un premier temps sur quelque chose qui a été dit à cette tribune : nous avons été... et votre serviteur a fait l’effort de suivre les présentations de chacun des pays et cela a été une grande expérience. J’ai pu entendre 20 pays sur un total de 32, 20 qui nous sommes exprimés sur cette tribune de l’Amérique, qui ont manifesté leur désaccord avec l’exclusion de pays des Amériques qui ne sont pas ici parmi nous.

 

20, 10 ne se sont pas exprimés, se sont abstenus et 2 ont déclaré ou on dit être en faveur de l’exclusion. Je résume : la majorité des pays qui sont ici présents à ce sommet avons manifesté notre opposition au fait que soient exclus des pays du sommet des Amériques.

 

Et ceux qui ne sont pas venus, ceux qui nous écoutent et pour qui nous nous sommes opposés à l’exclusion de pays, se demanderont pourquoi ce problème et si important.

 

Ça a été le problème pendant une décennie, chaque sommet a été un problème c’est la grande différence, c’est l’élément récurrent dans ces sommets qui n’a pas été résolu. Pourquoi sommes-nous contre l’exclusion, tous ces pays ? Évidemment, le Mexique est d’accord avec cette opposition. C’est pourquoi le président Lopez Obrador n’est pas venu pour souligner que nous ne sommes pas d’accord.

 

Je disais, pourquoi ?

 

Pourquoi n’admet-on pas le principe qu’on puisse avoir une intervention légitime, c’est-à-dire que personne n’a le droit d’exclure un autre pays pour quelque raison que ce soit et encore moins parce qu’il y’a un différend politique concernant son régime politique. À qui revient-il de déterminer la forme d’organisation politique de chaque nation? : au peuple de chaque nation, choisir librement sa forme de gouvernement.

 

Alors, on est contre l’exclusion et aussi contre le principe qu’un pays puisse dire à un autre ce qu’il peut faire dans sa vie intérieure.

 

20 contre, 10 abstentions, 2 en faveur, 2, pas plus.

 

Vous me direz « bon, et pourquoi cela est-il si important et si récurrent ? » Parce qu’ici, une critique récurrente sur la nature, les fonctions et le rôle actuel de l’Organisation des Etats Américains a également été exprimée. Sur son épuisement, sur son rôle honteux récemment en Bolivie, sur son obsession des observations électorales au lieu de s’occuper des problèmes qui intéressent toutes les Amériques. Pendant la pandémie, nous ne les avons pas vus, les opérations électorales ou ce qui se passait en Bolivie était plus important que comment obtenir des vaccins ou comment résoudre les problèmes si graves que nous avions. Alors, dans plusieurs des interventions qui ont précédé la mienne, vous avez noté que le problème n’est pas seulement si on exclut ou si on n’exclut pas des pays–. ce qui est très important– ce n’est pas seulement si on admet ou si on n’admet pas le principe d’intervention –qui pour le Mexique est absolument inadmissible comme je l’ai également entendu dire par 20 pays avant nous dans ce sommet– mais aussi un autre élément important, l’architecture, les fondements et la fonction de l’Organisation des Etats Américains sont révolus, c’est ce que nous avons entendu ici.

 

On me dira : est-ce que vous n’exagérez pas ? Non, je rappelle seulement ce que j’ai entendu et ce qui est aussi notre position, nous nous joignons à cela.

 

Le président de l’Argentine Alberto Fernandez a dit à cette tribune, au nom de la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens qu’on devrait renouveler immédiatement la direction de l’Organisation des Etats Américains et engager une autre étape dans la façon de nous organiser dans les Amériques. C’est de cela qu’il s’agit. Si nous ne résolvons pas cela et continuons dans ce différend concernant tout ce que je viens de vous décrire, si nous ne faisons pas un pas en avant, probablement, au prochain sommet, nous allons continuer à discuter de la même chose, c’est-à-dire que nous avons des accords, nous avons des initiatives mais les différends de principes que je viens de commenter et la façon que nous avons de nous organiser aujourd’hui continueront à prédominer.

 

Il me semble qu’il est temps, que c’est le moment de résoudre ce différend. Je comprends, bien sûr, que pour les États-Unis, il n’est pas facile de prendre certaines de ces décisions mais il est évident que nous devons le faire.

 

Comment est-il possible que dans un sommet, la plupart des assistants manifestent leur désaccord et qu’ensuite il ne se passe rien ? Car il doit se passer quelque chose. C’est ce que nous proposons, en suivant ce que nous avons vu dans ce sommet. Bon, nous proposerons que pour le prochain sommet ceci soit résolu, parce que sinon, il va être difficile de satisfaire les attentes de nos peuples. C’est très difficile quand on a des différends de cette importance.

 

Que propose-t-on aux États-Unis ? Et ici, je prends note de ce qui a été dit tout au long du sommet. On propose aux États-Unis un nouvel accord et de commencer une nouvelle étape dans la relation entre les Amériques.

 

Je remercie le président Biden pour son intérêt, d’avoir été ici, de nous avoir écouté, que son équipe ait pris note de ce que nous proposons, d’avoir travaillé une semaine pour arriver à une déclaration conjointe sur des sujets aussi complexes que la migration ou d’autres. Évidemment, c’est un grand mérite que nous reconnaissons tous, les Amériques l’intéressent, sinon il ne serait pas ici car nous ne serions pas ici probablement. Nous sommes heureux qu’il en soit ainsi, nous reconnaissons tous que nous sommes dans une nouvelle réalité géopolitique, ce n’est pas le même monde dans lequel nous vivons aujourd’hui que celui du dernier sommet que nous avons célébré. Maintenant, il y a eu une guerre en Ukraine à cause de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il y a une instabilité alimentaire, énergétique, une nouvelle réalité géopolitique qui conseillent de chercher l’unité mais pour chercher l’unité, nous devons résoudre ce que je vous ai décrit parce que sinon les différends vont continuer à prédominer dans ces sommets comme cela a été le cas au moins pendant les 10 dernières années. Et pour cela, il faut prendre des décisions.

Par exemple, tous les pays qui sommes ici, en juin 2021, avons voté contre le blocus de Cuba : 29 pays, 2 abstentions et 1 voix pour à l’assemblée générale des Nations unies. Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous devons le résoudre. C’est un blocus contre le droit international, contre les droits de l’homme que nous voulons protéger. On a voté ainsi. Maintenant? Non, je le répète, à l’assemblée générale de l’ONU mais je répète, nous avons voté 28 fois. Le moment n’est-il pas venu de changer cela ? Le moment n’est-il pas venu de commencer une nouvelle étape dans les relations entre les Amériques dans leurs différentes expressions ? Entre les États-Unis et l’Amérique latine et les Caraïbes, que l’unité dont nous avons tous parlé nous caractérise ? Bon, car je demande cela.

 

Amis, camarades, le Mexique souhaite souligner que cela a été exprimé dans une vision positive, constructive, il n’y a pas un pays qui n’ait pas déclaré à cette tribune qu’il aimerait avoir une relation proche, respectueuse, avec les autres pays qui composent les Amériques et en premier lieu, évidemment, en évoquant l’hôte de ce sommet des Amériques, les États-Unis.

 

Alors, il me semble que nous avons les éléments pour pouvoir avancer, pour pouvoir faire les pas importants qui nous conduiront à cette nouvelle union. Plus l’Organisation des Etats Américains, plus l’interventionnisme électoral, plus les missions qui veulent nous certifier parce que nous affirmons que personne ne nous certifie, nous sommes des pays souverains, indépendants, fiers, et je viens d’un pays démocratique, respectueux des libertés des personnes, nous avons été pendant des années dans l’opposition avant d’être au Gouvernement, alors, plus cet interventionnisme électoral, nous sommes en train de perdre le plus pour le moins en vivant dans le passé, dans le siècle dernier. Alors, nous avons tout pour faire ces pas importants, former une équipe qui prépare cela, qui se mette d’accord sur cela, pour que ce qui a été dit ici par nos chefs d’Etat, nos chefs de Gouvernements et nos chanceliers se traduise par ce pas en avant, que ça ne reste pas une manifestation de nos sentiments et rien de plus mais que ça devienne un programme politique, changeons l’Organisation des Etats Américains qui est révolue. Que le blocus de Cuba soit levé, qu’on discute avec tous et qu’on se respecte tous.

 

Et c’est le sentiment général que j’ai observé dans cette assemblée.

 

Signaler aussi qu’il faut reconnaître le travail qu’ont dirigé le président Biden et la vice-présidente des États-Unis pour faire des investissements en Amérique latine pour s’occuper de ce que nous avions envisagé, plusieurs pays qui sont ici présent, leur intérêt pour qu’il puisse y avoir des possibilités pour les personnes, que nous évitions la migration forcée, cela doit être reconnu, c’est un grand point de rencontres, nous le soutenons, C’est le cas du Mexique et de beaucoup de pays qui ont utilisé cette tribune. Je vais aussi dire que le Mexique soutient complètement l’engagement du président Biden de régulariser 11 000 000 de Mexicains qui sont ici, certaines depuis 40 ans, ils n’ont pas pu rentrer au Mexique parce qu’ils n’ont pas de droits reconnus et le président Biden s’est proposé de modifier cela, depuis, nous le voyons avec une profonde sympathie et une profonde gratitude.

 

Donc, il ne s’agit pas d’une controverse contre les États-Unis. Nous, nous avons une très bonne relation avec les États-Unis et nous respectons profondément le président Biden et le courage qu’il a eu pour envisager beaucoup des éléments que j’ai décrits, comme par exemple, le changement de la contribution fiscale des grandes corporations ou d’autres problèmes qu’il a eu le courage d’affronter.

 

Il ne s’agit pas de cela, au contraire, comme nous le reconnaissons, comme nous avons ce rapprochement avec les États-Unis, ce que nous disons, c’est que le moment de changer est venu comme vous tous l’avez dit quand vous avez fait usage de votre droit de parole pendant ces deux derniers jours.

 

Merci beaucoup pour votre attention je suis certain que ce point de vue va faire que ce soit le dernier sommet où nous discutons à propos d’une organisation révolue comme l’Organisation des Etats Américains, le dernier sommet dans lequel nous devons discuter du blocus de Cuba et le dernier sommet lors duquel nous manqueront Cuba, le Nicaragua, le Venezuela ou n’importe quel autre peuple.

 

Merci beaucoup.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2022/06/11/que-esta-sea-la-ultima-cumbre-donde-nos-falten-los-pueblos-de-cuba-nicaragua-y-venezuela/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/06/amerique-latine-intervention-du-chancelier-mexicain-marcelo-ebrard-au-sommet-des-ameriques.html