Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Cuba : Panorama historique de la migration et délit de trafic de personnes

29 Juin 2022, 17:14pm

Publié par Bolivar Infos

Les migrations sont aussi anciennes que l’humanité même. Tout au long de l’histoire, elles ont toujours été un élément destiné à garantir la survie ou à améliorer les conditions de vie des sociétés. On considère que les premières migrations ont probablement eu lieu quand les tribus ont eu épuisé les sols du lieu où elles cultivaient leurs aliments et se sont vues forcées à les abandonner et à en chercher d’autres avec un meilleur rendement.

 

Avec l’évolution de la société, la possibilité de trouver de meilleures conditions de vie a déterminé le flux migratoire entre les régions et les pays. Pendant ces derniers siècles, avec le développement des transports, des communications, les effets de la mondialisation et surtout comme conséquence de l’augmentation importante des inégalités entre pays du Nord développés et pays du Sud de plus en plus pauvres, le sujet de la migration est devenu un problème qui inquiète la communauté internationale et les États. Dans la mesure où les pays les plus riches restreignent l’entrée de migrants sur leur territoire, il se produit une augmentation significative des migrations illégales à laquelle participent de plus en plus de bandes de criminels qui ont trouvé cette voie pour obtenir de l’argent facilement.

 

Le motif des migrations qui ont eu lieu tout le long de l’histoire de l’humanité a toujours été le même : trouver un autre pays qui leur donne l’opportunité de jouir de plus de bonheur, de prospérité et de bien-être. C’est à partir de l’avant-dernière décennie du XIXe siècle, en 1881 qu’elle prend la caractéristique de transfert de main-d’œuvre à l’intérieur d’un système économique international.

 

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la migration part des pays en voie de développement vers les pays plus avancés à la recherche d’un niveau de bien-être supérieur ou de meilleurs services sociaux dans les pays de destination. Le processus de mondialisation apporte une nouveauté au problème migratoire : alors que les pays du Nord proposent une totale liberté de circulation des capitaux et des marchandises, ils mettent d’énormes pièges bureaucratiques, militarisent les frontières et les aéroports et construisent des murs pour empêcher la circulation des personnes.

 

La falsification de documents, la violence ordinaire, le trafic de migrants, la traite de personnes, les voyages en moyens de transport qui n’offrent aucune conditions de sécurité sont devenus une partie de la migration et accentuent la perception du migrant comme quelqu’un qui enfreint la loi et cela augmente sa vulnérabilité.

 

Par conséquent, en augmentant la brèche entre riches et pauvres on augmente l’agressivité sociale, on diminue les possibilités d’emploi et en général les possibilités de satisfaire les besoins des habitants des territoires les moins favorisés par le développement économique en même tant que se produit dans les pays les plus développés une croissance de la demande de force de travail qui favorise les flux migratoires et ainsi la mondialisation des migrants.

 

La pénalisation du trafic d’êtres humains a fait l’actualité à partir de la mise en vigueur de la Convention des Nations unies contre la délinquance organisée transnationale adoptée à Palerme en 2020 et en vigueur depuis le 29 novembre 2003 en réponse à la nécessité d’apporter une protection spéciale aux droits de l’homme des migrants face à l’absence croissante de scrupules des bande de criminels et d’autres acteurs qui profitent de la situation de leurs victimes. Mais cet outil devra être destiné aux trafiquants de personnes et ne doit pas être utilisé pour contrôler les flux migratoires car ici il ne s’agit pas de protéger des droits fondamentaux mais de fonctions réellement administratives.

 

Différence entre trafic et traite de personnes

 

On confond fréquemment le trafic et la traite de personnes mais bien que le premier puisse inclure la traite de personnes, les deux délits ont leurs propres caractéristiques c’est pourquoi, dans la communauté internationale, dans les lois pénales et dans la doctrine on a précisé les éléments qui les caractérisent et aussi ceux qui font leur différence.

 

Dans les deux modalités va être présent le mouvement d’êtres humains destiné à obtenir un bénéfice. Dans le trafic, il y a toujours les éléments d’une aide pour passer la frontière et entrer illégalement sur le territoire d’un pays, ce qui le met en relation avec des éléments de caractère transnational comme l’entrée et la résidence de personnes et la source principale de revenus des trafiquants est le prix payé par le migrant. 

 

Dans la traite, ce qui est essentiel, c’est l’intention d’exploiter la victime indépendamment de la façon dont elle arrive à destination : ce peut être légalement ou illégalement et la source principale des revenus est le produit de son exploitation postérieure. La traite peut survenir même à l’intérieur d’un même pays ou d’une même ville.

 

Le trafic illicite de personnes peut contenir des éléments de la traite mais avec une portée plus large qui présuppose la libre volonté des victimes du trafic et le consentement des migrants pour passer les frontières sans faire les démarches migratoires correspondantes alors que dans la traite, les victimes ou n’ont jamais donné leur consentement ou si elles l’ont fait, il manque de valeur juridique à cause de la présence de tromperie, de l’utilisation de la force, de la violence ou d’autres formes de coercition qui s’exercent sur elles pour les exploiter.

 

Cuba, de pays récepteur de migrants à pays émetteur 

 

Cuba, qui dans les premières décennies du XXe siècle avait été un pays qui recevait des migrants en provenance essentiellement des États-Unis et d’Europe, à partir de ce qu’on appelle la « grande dépression économique », entre 1929 et 1933, est devenu un pays émetteur de migrants à cause de l’incidence négative de la crise du système capitaliste dans notre pays. Ensuite, cette tendance s’est maintenue à cause de la persécution politique et de la répression déchaînées par la dictature de Fulgencio Batista entre 1952 et 1958.

 

Au triomphe de la révolution cubaine, le 1er janvier 1959, le pays a gardé sa condition d’émetteur de migrants pour raisons politiques et essentiellement économiques à cause des difficultés qu’elle a eues à affronter à partir de la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 et de l’Union soviétique le 25 décembre 1991, de la recrudescence du blocus économique, financier et commercial imposé par le Gouvernement des États-Unis depuis plus de 60 ans malgré le rejet de la communauté internationale et de l’application d’une politique destinée à restreindre l’émigration légale depuis notre pays et à favoriser l’émigration illégale. Comme dans la plupart des pays émetteurs de notre région, les Cubains émigrent pour des raisons économiques, familiales et pour d’autres raisons personnelles associées à des facteurs historico-culturels liés à la tradition migratoire cubaine qui est la racine même de la formation de notre nation.

 

Dans les conditions particulières de Cuba, la migration illégale, essentiellement vers les États-Unis, à partir de 1959, a été liée à l’agressivité du Gouvernement étasunien envers la révolution Cubaine et à sa politique de stimulation et d’assistance à l’immigration illégale à partir de Cuba qui est le reflet d’une manipulation politique étroitement liée aux intérêts des organisations contre-révolutionnaires du sud de la Floride.

 

Pendant plus de 45 ans, on a signé des accords entre les deux Gouvernements pour essayer de normaliser le trafic migratoire entre les deux pays mais les intérêts de l’extrême-droite conservatrice et fondamentalistes des Etats-Unis, un alliance étroite avec des groupes terroristes et annexionnistes d’origine cubaine résidant aux États-Unis ont provoqué des suspensions, des interruptions répétées qui sont devenues des nouveaux encouragements pour les départs illégaux.

 

Au second semestre 1960, on a organisé avec la participation de l’église catholique à Cuba et à Miami, l’une des agressions le plus criminelles contre notre peuple dans un sujet aussi sensible que la protection de l’enfance, ce qu’on appelle « l’opération Peter Pan » pour sauver les enfants cubains du communisme. Sous le prétexte absurde que le Gouvernement cubain allait enlever à leurs parents l’autorité parentale, ont été transportés aux États-Unis 14 000 enfants dont un pourcentage important est resté de longues années avant de revoir leurs parents et d’autres ne les ont plus jamais revus.

 

Fin 1962, le Gouvernement des États-Unis a suspendu les vols normaux et les départs légaux vers leur territoire, ce qui a immédiatement encouragé l’émigration illégale. Le premier accord entre les deux pays pour organiser le flux migratoire Intitulé « mémorandum d’entente » a été signé en 1965 suite à la décision de notre Gouvernement d’habiliter, cette année-là, le port de Camarioca, au nord de la province de Matanzas, pour que les émigrés puisse aillent chercher leurs familles sur l’île. Près de 2900 personnes ont émigré par cette voie. 2014 autres sont restées à Camarioca jusqu’à ce que elles soient recueillies sur des bateaux loués par le Gouvernement des États-Unis.

 

Le Port de Boca de Camarioca a été ouvert pour tous les émigrés qui voulaient recevoir leur famille du 28 septembre, date à laquelle on a annoncé la décision du Gouvernement révolutionnaire, au 15 novembre 1965.

 

Avec la signature du mémorandum d’accord entre le ministère des relations extérieures du Gouvernement de Cuba et l’ambassade de Suisse à la Havane qui représentait les intérêts du Gouvernement des États-Unis concernant le transfert aux États-Unis des Cubains qui souhaitaient vivre dans ce pays, on a organisé un pont aérien pour que plus de 268 000 personnes émigrent jusqu’en 1973, date à laquelle le président Nixon a décidé de suspendre le pont aérien et les accords qui avaient été à son origine.

 

En 1966,1 an après le début du pont aérien créé après le mémorandum, a été signée aux États-Unis la loi d’ajustement cubain réinstaurant un traitement particulier pour les migrants cubains en leur accordant l’asile politique de façon presque automatique, en les dispensant des quotas par pays fixés par les lois migratoires depuis 1965 et en leur donnant la possibilité d’ajuster leur statut migratoire un an et un jour après leur arrivée en territoire étasunien s’ils optaient pour la résidence sans devoir sortir des États-Unis comme la loi l’établît pour le reste des migrants.

En 1980, le Gouvernement cubain a fait savoir aux émigrants cubains résidant aux États-Unis qu’ils pouvaient recevoir leur famille qui voulait quitter l’île et a ouvert le port de Mariel à cette fin. Les États-Unis ont décidé d’admettre 125 000 Cubains qui ont été transférés en Floride dans des bateaux privés, de la même façon que cela avait été fait depuis Camarioca en 1965.

 

En décembre 1984, suite à la crise migratoires provoqué en 1980, des accords migratoires ont été signés à un moment où la composition de la famille et le degré de relation des émigrés cubains avec ses membres résidant aux États-Unis avait changé radicalement.

 

En 1986 et 987, l’accord a été suspendu par décision de notre Gouvernement en réponse à la création par le Gouvernement Reagan de la mal nommée « radio Marti. » En 1988, il a été à nouveau mis en vigueur et jusqu’à 1994, le niveau de respect par le Gouvernement des États-Unis a été très inférieur à ce qui avait été décidé, suivant la politique provocatrice de toujours de réduire l’émigration légale et ordonnée et de continuer encore à encourager l’émigration illégale. Entre 1991 et juillet 1994, quand a éclaté ce qu’on appelle la « crise des balseros, » les États-Unis ont reçu 13 275 migrants illégaux cubains et n’ont accepté que 3794 demandes d’entrées légales.

 

La cause de essentielle de cette grave crise migratoires était en relation avec le non-respect réitéré des visas promis, la loi d’ajustement cubain, la grave crise économique qui affectait notre pays, provoquée par la chute du socialisme en Europe de l’est et la disparition de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, le durcissement du blocus économique, financier et commercial et l’absence de mesures efficaces prises par le Gouvernement des États-Unis pour éviter la migration illégale et éliminer la contrebande de personnes. Contrairement à ce qui s’est passé en 1965 et en 1980 avec les départs depuis Camarioca et Mariel, en 1994, 2 semaines après le début du flux, le Gouvernement de Clinton a révoqué l’admission des balseros cubains aux États-Unis et ordonné à la marine et au service des garde-côtes de les transférer sur la base navale de Guantanamo et dans des camps de réfugiés au Panama.

 

Le 9 septembre 1994 ont été signé de nouveaux accords migratoires entre les deux pays, accords qui, à la différence des précédents, étaient orientés vers le contrôle de l’émigration illégale et cette fois, on est arrivé à une entente pour normaliser la migration légale c’est pourquoi, à partir de ce moment-là, les émigrants illégaux qui étaient capturés en mer étaient renvoyés à Cuba. Cet accord migratoire du 9 septembre 1994 a été complété ensuite par les mesures adoptées dans le cadre de sa mise en œuvre avec la déclaration conjointe du 2 mai 1995 où étaient établies les conditions propices à une migration sûre, légale et ordonnée entre les deux pays. En vertu de ces engagements contractés par les deux parties, les États-Unis allaient cesser d’accorder l’admission provisoire à tous les migrants cubains qui arrivaient sur leur territoire par les voies illégales et Cuba allait prendre des mesures efficaces dans tout ce qui était à sa portée pour empêcher les sorties non sûres en utilisant essentiellement des méthodes de persuasion.

 

Bien que cela soit inclus dans les accords migratoires signé entre Cuba et les États-Unis en 1994, le Gouvernement de ce pays, à cause de pressions et de facteurs de politique intérieure, a laissé en vigueur pendant des années la loi d’ajustement cubain et encouragé, de cette façon, les départs illégaux en recevant sans condition ceux qui touchaient terre ou arrivaient par la voie aérienne avec de faux papiers.

 

Après ces accords, dans les deux premières décennies du XXIe siècle, les opérations illégales de trafic de personnes à partir du territoire étasunien ont augmenté et sont devenues plus complexe avec l’utilisation de vedettes rapides immatriculées aux États-Unis et aussi à travers d’autres pays comme le Mexique. Il ne s’agit plus de l’activité isolée de personnes qui venaient chercher des membres de leur famille face à l’absence de réponse à leur demande de visa mais d’une activité délictueuse organisée qui rapporte d’importants bénéfices à ceux qui la pratiquent et qui a conduit notre pays à adopter des mesures législatives avec la pénalisation, à partir de mars 1999, du trafic de personnes et l’arrestation et le jugement de plus d’une centaine de trafiquants résidant aux États-Unis.

 

Cette situation justifie la pénalisation de ces conduites par le législateur de 1999 qui ensuite a été reportée dans le protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, par mer et par air qui complète la Convention des Nations unies contre la délinquance organisée transnationale et qui a été actualisée dans le code pénal de 2022, conformément aux manifestations actuelles du délit dans le pays.

 

En octobre 2012, le Gouvernement cubain a donné une autre preuve de bonne volonté dans sa politique migratoire en réalisant d’importantes modifications à la loi sur la migration par lesquelles la politique migratoire de Cuba a été actualisée et, tout au long de ces années de révolution, elle a été basée sur la reconnaissance du droit des citoyens à voyager, à émigrer ou à résider à l’étranger et sur la volonté de favoriser les relations entre la nation et sa migration.

 

Avec les mesures adoptées dans les dernières années de la présidence d’Obama, le Gouvernement des États-Unis a continué à refuser de suspendre l’application de la politique des pieds secs–pieds mouillés mais, face a la crainte de ce qui pourrait se passer à un certain moment, le nombre de Cubains qui sont entrés sans visa aux États-Unis sous la protection de la loi d’ajustement s’est multiplié entre 2014 (24 000) et 2016 (56 000) essentiellement par la frontière du Mexique (2/3 du total). Pendant les deux dernières années du Gouvernement d’Obama, il y a eu aussi une augmentation des tentatives d’entrée par la voie maritime : le nombre de ceux qui ont été interceptés est passé de 3500 (2015) à plus de 5000(2016).

 

Ce n’est pas avant le mois de janvier 2017 que le président Barack Obama a décidé de mettre fin à la politique des « pied sec–pied mouillé », à peine une semaine avant de quitter la Maison-Blanche. Donc, pendant plus de 20 ans, pratiquement tout Cubain qui atteignait le territoire étasunien pouvait rester dans le pays même s’il était entré de façon illégale. Grâce à cela, il y a eu une diminution significative des tentatives de quitter le pays, surtout par la voie maritime.

 

L’arrivée du nouveau Gouvernement républicain à la Maison-Blanche a gelé l’accord migratoire obtenu avec le Gouvernement précédent sous le faux prétexte de ce qu’on appelle « les attaques acoustiques » du personnel diplomatique à La Havane, ce qui a provoqué une chute importante du nombre de migrants illégaux comme conséquence de l’effet combiné de la fin de la politique des pieds secs–pieds mouillés et de l’interruption des services consulaires à La Havane.

 

Dans les années 2021 et 2022, les difficultés économiques provoquées par la pandémie de COVID-19, les nouvelles mesures imposées par le Gouvernement Trump et maintenues, pour l’essentiel, par l’actuel président démocrate, jointes aux difficultés existantes dans des secteurs clés comme le secteur de l’énergie et de la production d’aliments ont provoqué pendant les derniers mois de l’année 2021 et pendant le premier semestre de 2022 une augmentation significative des migrations par différentes voies, la plupart aériennes et par le Nicaragua qui a décidé d’exempter les Cubains de visa, à quoi s’est ajouté l’existence d’une certaine tolérance de la police frontalière des États envers les Cubains sur la frontière mexicaine depuis les derniers mois de 2021.

 

Selon différents rapports, en six mois, d’octobre 2021 à avril de cette année, près de 115 000 Cubains sont entrés en territoire étasunien illégalement par la frontière du Mexique, trois fois plus que pendant l’année fiscale précédente (entre le 1er octobre 2020 et le 30 septembre 2021, quand 38 500 Cubains sont arrivés aux États-Unis par la même voie ), des chiffres excessivement élevés qui provoquent l’inquiétude de ceux d’entre nous qui défendent le projet social cubain et qui pensent aux possibilités de construire avec l’effort de tous un pays meilleur.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos 

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2022/06/28/panoramica-historica-de-la-migracion-cubana-y-el-delito-de-trafico-de-personas/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/06/cuba-panorama-historique-de-la-migration-et-delit-de-trafic-de-personnes.html