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Amérique latine : Le Commandement Sud s’intéresse au lithium

7 Août 2022, 17:34pm

Publié par Bolivar Infos

La commandant de l’armée du commandement Sud, la Général Laura Richardson, a déclaré au forum sur la sécurité d’Aspen au Colorado que les Étasuniens au moins s’impliquent dans les préoccupations Est-Ouest mais que le sud c’est-à-dire l’Amérique latine « est notre voisin. » 

 

Elle a également dit au sixième au sommet Concorde des Amériques 2022 qui a eu lieu à Miami il y a quelques jours que la région « est très riche en ressources, en minerais rares, en lithium ; le triangle du lithium est dans cette région et il y a beaucoup de choses qu’elle a à nous offrir, nous devons… être en alerte… »

 

Ses déclarations correspondent à celles émises devant le comité des services armés du Sénat des États-Unis en mars dernier ainsi que la « préoccupation » pour les alliances stratégiques intégrales qui existent entre beaucoup de pays en Amérique latine et des Caraïbes et l’axe Chine–Russie. Cela n’est rien d’autre que le rappel des ressources existantes dans certains pays de la région qui « contient 60 % du lithium du monde et 31 % de l’eau douce du monde. » 

 

Ensuite, le document indique :

 

« L’ambition de la République Populaire de Chine de revoir l’ordre mondial essentiellement pour servir ses objectifs autoritaires et étendre son influence globale a déchaîné une nouvelle ère de compétition stratégique avec les États-Unis. »

 

Ensuite, il relie la présence d’investissements et d’entreprises chinoises à « des formations militaires. »

 

La dispute pour « l’or blanc »

 

Aussi connu comme « le nouveau pétrole » ou « l’or blanc », le lithium est utilisé pour fabriquer des batteries à ions qui alimentent les véhicules électriques, les téléphones intelligents et les dispositifs portables. C’est pourquoi sa demande a augmenté de manière significative pendant ces derniers mois.

 

Les prix au comptant du lithium pour les batteries en Chine où se trouvent les trois quarts de toute la capacité de fabrication des batteries ont augmenté de plus de 600 % depuis le début de l’année, D’environ 10 000 $ la tonne métrique en janvier à 62 000 en juin, selon Benchmark Market Intelligence. D’autres part, Citigroup a prédit que les prix continueraient à monter tant qu’il y aura une « pénurie structurelle » du métal, ce qui signifie qu’il n’y a pas assez de capacités dans l’industrie pour satisfaire la demande.

 

L’agence internationale de l’énergie prévoit que la valeur des ventes mondiales de lithium pourrait se multiplier par 20 entre 2020 et 2030 et cela exerce une grande pression sur le prix de beaucoup de produits électroniques dont les véhicules électriques. Le lithium est une composante importante des plans de transition « d’énergie verte » de pays comme la Chine, l’Union Européenne (UE) et les États-Unis. L’année dernière, la vente de véhicules électriques a doublé et est passée à 6 300 000 unités. Pour 2030, on s’attend à ce qu’il s’en vende 26 700 000.

Le déclin des États-Unis dans la région est évident même s’ils arrivent à retourner ce qu’on appelle « le cycle progressiste » avec des Gouvernements alignés qui ont cherché à assiéger le Venezuela, le Nicaragua et Cuba parce qu’ils ne sont pas des pantins de Washington. L’hégémonie étasunienne perd des espaces dans le domaine économique, financier et commercial mais aussi politique. De plus, les décisions politiques du Gouvernement Biden pour essayer de briser la Russie et la Chine ont cherché à toucher l’Amérique latine et les Caraïbes non sans raison.

 

La dispute mondiale a aussi pour but de s’assurer l’approvisionnement en lithium et, pour le moment, la Chine est en train de gagner largement parce que :

 

Elle est déjà le raffineur numéro un du métal blanc traité et le fabricant numéro un de batteries, selon l’institut de sondage énergétique Bloomberg NEF.

 

Elle raffine 60 % du lithium du monde, contrôle 70 % de la capacité globale de cellules de batterie et 60 % de la fabrication de composantes de batterie du monde, signale un rapport récent de Gavekal Research.

 

Sur les 200 méga usines de batteries qui sont prévues jusqu’à en 2030,148 se trouvent en Chine. Bien qu’elle possède seulement 5,1 tonnes ou 7 % des réserves prouvées de lithium du monde, la Chine est à présent le quatrième plus important producteur. Elle a aussi la compagnie minière de lithium la plus importante du monde, Ganfeng lithium co, qui possède les droits de dépôt du métal les plus importants du monde à Sonora, Mexique.

 

Tensions et avenir dans le « triangle du lithium »

 

La région frontalière entre la Bolivie, le Chili et l’Argentine, qu’on appelle « le triangle du lithium » concentre 68 % des réserves mondiales du métal. Selon des études, la Bolivie possède 30 % des réserves mondiales de lithium, suivie par le Chili avec 21 % et l’Argentine avec 17 % et son marché met un évidence la façon dont les relations de pouvoir au niveau géopolitique se sont modifiées pendant les 20 dernières années puisque les puissances économiques centrales du 20e siècle (États-Unis, Allemagne, Japon, France) « se voient de plus en plus laissées en arrière et éclipsées face au fort dynamisme sud-asiatique, un particulier celui généré par la Chine. »

 

Le Chili a été le plus important exportateur de lithium : en 2017 et 2018, il a exporté presque 10 fois plus de lithium que n’importe quel autre pays du monde ( 642 000 000 de dollars) et entre 2020 et 2017, 50 % et 65 % de tout le lithium au niveau mondial depuis Antofagasta, près du désert d’Atacama.

 

L’Argentine est passée d’une participation sur le marché mondial de 1,18 % du marché en 2002 à 19,54 % en 2016, ce qui a provoqué des changements dans sa géopolitique du lithium en la plaçant au deuxième rang en tant qu’exportateur du minerai.

 

Pour leur part, les principales puissances industrielles d’Asie sont les pays qui ont enregistré les plus importantes importations de lithium entre 2017 et 2018, avant la pandémie mondiale :

 

Chine : 723 000 000 de dollars

Corée-du-Sud : 705 000 000 de dollars

Japon : 511 000 000 de dollars 

Belgique: 240 000 000 de dollars 

États-Unis : 229 000 000 de dollars.

 

La revue « Dialogue », éditée par le Commandement Sud des États-Unis, a publié trois jours avant le coup d’Etat contre Evo Morales en 2019 un article intitulé « Des entreprises chinoises exploiteront le lithium bolivien » dans la section « Menaces Transnationales » et bien que le titre suggère que l’accord avait été signé récemment, en réalité il l’a été au début de cette année.

 

Les accords avec la Bolivie ont renforcé la position de Pékin en tant que principal contrôleur du marché mondial du lithium et de l’Allemagne dans sa recherche d’autonomie énergétique hors de l’influence des Etats-Unis.

 

Des entreprises chinoises comme TBEA Group et China Machinery Engineering sont arrivées à un accord avec Gisements de Lithium Boliviens (YLB) alors que Tianqui Lithium Group de Chine, qui opère en Argentine était sur le point d’arriver aussi à un accord avec YLB. Aussi bien les investissements chinois que la compagnie bolivienne de lithium avaient de l’expérience dans les nouvelles façons d’extraire le lithium et d’en partager les bénéfices. L’actuel Gouvernement de Luis Arce ouvrira la première usine de lithium l’année prochaine au bord de la saline d’Uyuni, la saline la plus grande du monde.

 

La Chine ou la souveraineté ? Quel est « l’anniversaire » des États-Unis ? 

 

La politique de nationalisation du Gouvernement de Morales en 2008 et la complexité géographique de la saline d’Uyuni on fait que les compagnies minières transnationales comme Eramet (France), FMC (États-Unis) et POSCO (Corée-du-Sud) n’ont pas fait d’alliance avec la Bolivie et on a opté pour opérer dans l’Argentine de Macri.

 

TESLA et Pure Energy Minerals (Canada) ont montré toutes les 2 un grand intérêt à avoir une participation directe dans le lithium bolivien mais n’ont pas pu arriver à un accord avec le Gouvernement étant donné que tout le développement du lithium devait se faire avec la compagnie minière nationale (COMIBOL) et avec YLB comme partenaire paritaire. D’où le fameux tweet d’Elon Musc, directeur exécutif de TESLA : « faisons un coup d’Etat contre qui nous voulons ! Occupons-nous-en. »

 

C’est arrivé lorsque un usager du réseau social lui a répondu en évoquant le renversement d’Evo Morales et supposé que cet événement avait eu lieu pour qu’Elon Musc puisse bénéficier du lithium bolivien.

 

Récemment, Ganfeng Lithium a annoncé des plans pour acheter la compagnie argentine Lithea Inc. qui a des actifs dans le lac salé de l’ouest de la ville de Salta, dans le nord de l’Argentine. On s’attend à ce que la première phase de production de Lithea atteigne une capacité de 30 000 tonnes de carbonate de lithium par an.

 

La compagnie Zijin Mining, l’une des plus importantes productrices de cuivre et d’or de Chine, a acquis pour 770 000 000 de dollars la totalité de la compagnie canadienne Neo lithium corp. centrée sur l’exploitation du lithium à Tres Quebradas, une province argentine de Catamarca, comme l’ont dit les deux compagnies dans un communiqué publié à la mi octobre 2021.

 

Selon Bloomberg, l’Argentine a le dossier de projets concernant le lithium le plus important du monde avec une estimation de 19 000 000 de tonnes métriques de ressources encore à exploiter sur lesquelles les compagnies chinoises et étasuniennes se livrent à une guerre d’offres.

 

Le Gouvernement d’Argentine qui a un niveau record de dette de 370 000 000 000 de dollars équivalant à six fois la dette totale qu’elle a envers le FMI a désespérément besoin d’argent. Comme les autres membres du « triangle du lithium » elle veut s’assurer que sa population bénéficie de cette fièvre croissante. Ceci fait partie d’une tendance plus large de nationalisme croissant concernant les ressources dans la région qui préoccupe extrêmement les compagnies minières mondiales et leurs investisseurs.

 

En avril de cette année, le Mexique qui a les neuvièmes réserves les plus importantes de la planète a nationalisé l’industrie du lithium bien que depuis lors il n’ait engagé aucun projet minier. On parle de créer une association des pays producteurs de lithium qui fonctionnerait comme l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) dont la création en 1960 a arraché une grande partie du contrôle des prix mondiaux du pétrole à ce qu’on appelle les « 7 sœurs », des d’entreprises pétrolières multinationales étasuniennes et européennes.

 

L’Argentine a signé des accords de coopération aussi bien avec la Bolivie qu’avec le Chili. Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, a également envisagé d’organiser un sommet pour « recueillir les expériences » de ces pays qui pourraient fixer dans l’avenir le prix du lithium sur les marchés internationaux. Le problème de la propriété est différent: son exploitation au Chili est dans des mains privées alors qu’en Bolivie elle est aux mains de l’État et qu’en Argentine les provinces ont la souveraineté sur les ressources de leur territoire. Les dégâts sur l’environnement et la consommation intensive d’eau qu’amène la production de lithium est un autre problème essentiel.

 

Le fait que les États-Unis utilisent une porte-parole de son commandement militaire pour annoncer sa position face à l’avancée de la Chine dans le secteur de ressources comme le lithium n’est pas fortuit. Surtout parce que ces pays visent une plus forte influence et un contrôle plus important sur ce marché en expansion rapide ainsi que sur la mine, source de nombreux conflits socio-environnementaux.

 

Vers un « OTAN des métaux » ?

 

Richardson est allée au sommet des Amériques de la Concorde 2022 qui a eu lieu à Miami accompagnée par l’ambassadeur de Colombie aux États-Unis, Juan Carlos Pinzón, et du faux ambassadeur en fuite devant la justice vénézuélienne, Carlos Vecchio, pour témoigner sur la Chine et la Russie :

 

« Je crois qu’ils sont en train de jouer aux échecs. La Russie aussi prévaut dans cette région et je pense qu’ils sont en train de jouer aux dames. Je pense qu’ils sont là pour saper les États-Unis, Ils sont là pour saper les démocraties et ils sont tous sérieux. Qu’ils jouent aux échecs ou aux dames, ils sont là pour saper la démocratie. Et honnêtement, avec toute la désinformation et Russia Today en espagnol, Spoutnik Monde, plus de 30 000 000 d’abonnés de Russie sont sur les réseaux sociaux (sic). Je veux dire que cela est très préoccupant… »

 

En juin dernier, Washington a signé discrètement une « association de sécurité sur les minerais » (MSP) avec l’Union Européenne, le Canada, l’Australie, le Japon, la Corée-du-Sud et le Royaume-Uni (qui a participé au coup d’Etat de 2019 en Bolivie) pour « garantir que les minerais importants soient produits, fournis et recyclés d’une manière qui soutienne la capacité des pays à obtenir le bénéfice total du développement économique de leur dotation géologique. »

 

L’initiative du département d’État baptisée par l’agence Reuters elle-même « OTAN des métaux » est décrite comme une coalition de pays engagée dans « des chaînes de fourniture de minerais importants responsables pour soutenir la prospérité économique et les objectifs climatiques. »

 

Le contrôle des biens communs de la nature ou ressources naturelles est la clef du capitalisme mondial et l’Occident sait que l’ordre mondial ne sera plus jamais le même. C’est pourquoi des voix comme celle de Richardson sont des trompettes de la même guerre auto convoquée qui ne s’arrête jamais.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos 

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/07/25/nuestramerica-las-preocupaciones-del-comando-sur-entran-en-la-orbita-del-litio/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/08/amerique-latine-le-commandement-sud-s-interesse-au-lithium.html