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Colombie: Washington entre réaction et raccommodements

28 Septembre 2022, 18:10pm

Publié par Bolivar Infos

 

Après que Pétro ait confirmé qu'il avait eu une conversation téléphonique avec Maduro et lui avait demandé que le Venezuela soit « pays garant » pour le rétablissement de la table de négociations avec l’ELN, les réactions des États-Unis ne se sont pas faites attendre.

 

Pendant une audience sur le Venezuela le 15 septembre dernier, devant  la commission de relations internationales du Sénat états-unien, Brian Nichols, le sous-secrétaire d'État pour l'hémisphère occidental, a affirmé que le Gouvernement de Joe Biden apprécie la recherche d'une « paix totale » par Pétro mais a insisté sur le fait qu'il attend que la Colombie « continue à  chercher le rétablissement de la démocratie » au Venezuela. Il a ajouté que la paix dans le pays dépend du retour de l'ordre démocratique de l'autre côté de la frontière et que la présence de membres de l’ELN là peut-être un obstacle.

 

Il faut souligner que le Bureau de Contrôle des Actifs Etrangers (OFAC) qui fait partie du département du Trésor des États-Unis considère l’ELN comme une organisation terroriste étrangère et comme terroriste mondial particulièrement désigné.

 

Quelqu’un de traditionnellement opposé au chavisme comme le sénateur démocrate Bob Mendes a déclaré : « La réalité est que ce que Maduro est en train de garantir en ce moment, c'est de donner refuge à l'ELN, alors je ne considère pas cette position comme quelque chose de positif pour la Colombie. »  Un autre partisan du changement de régime au Venezuela, le sénateur Marco Rubio, a ajouté :

 

« Nous savions qu'il il y avait un nouveau Gouvernement en Colombie qui allait faire un peu plus de cas de ce que dit le régime de Maduro. C’est regrettable mais bon, c'est la décision d'un président élu d'une nation souveraine qui ne doit porter atteinte ou avoir un impact d’aucune sorte sur la politique nord-américaine à propos de ces groupes terroristes. »

 

Les républicains comme Rick Scott, le sénateur de la Floride, ont aussi demandé à Biden « de ne pas soutenir de dictature latino américaine » et ont ajouté que « le président des États-Unis est le chef du monde libre. Il doit commencer à agir en tant que tel. Notre hémisphère est devenu un lieu le plus dangereux à cause de la faiblesse de Biden. »

 

Ces positions impliquent des pressions de Washington sur Bogotá qui, jusqu'à présent, ne semblent pas provoquer d'automatismes du Gouvernement Pétro mais en maintenant une relation directe et constante avec un gouvernement de gauche, ils ont effectué un changement par rapport à Trump.

 

En ouvrant la lentille, face à  l’arrivée de Gouvernements nationalistes ou progressistes, le scénario que Washington affronte ne prévoit pas des affrontements dans tous les cas mêmes différents niveaux de rapprochement ou d’éloignement selon le cas. C'est ainsi qu'on évite d’exercer de plus fortes pressions sur un Gouvernement qui s'est toujours montrée prêt à établir des liens et n'envisage pas, par exemple, de chasser les bases militaires états-uniennes de son territoire.

 

Lors d'une récente visite à Washington avec le ministre de la défense, Ivan Vélasquez, le chancelier colombien Alvaro Leyva a méprisé les critiques des sénateurs, des membres du Congrès et des fonctionnaires du département d'État des États-Unis sur le Venezuela et sur son rôle en tant que garant du processus entre le gouvernement du Colombie et l’ELN en disant : « Certains parlementaires sont différents, ils manquent d’informations parce que je ne les ai jamais vu dans les dialogues que j'ai eus, alors, il arrive des versions qui les trompent mais bienvenue aux observations. »

 

Il a affirmé clairement que le Venezuela est un problème sur lequel la Colombie n'est pas d'accord avec les États-Unis et, face aux questions sur sa position par rapport au Venezuela et aux droits de l'homme, il a déclaré : « je ne vais pas dire quelque chose de différent parce que je ne suis pas l'autorité compétente, j'ai embrassé la défense des droits de l'homme et naturellement, je défends la dignité humaine, » et il a ajouté  que sa mission est de rétablir les relations et « de faire avancer tout ce qui est à sa portée » pour que la frontière soit ouverte et qu'on vive pacifiquement.

 

D'autre part, selon Pétro, la Colombie « a avancé sur certains sujets avec les États-Unis » comme il l’a dit en août dernier lors de la visite de Rahul Gupta, le directeur du bureau de police de contrôle des drogues de la Maison-Blanche. Après cette rencontre qui a servi à tracer des idées, il a été établi que, « nous avons proposé quatre points pour changer la politique concernant la drogue, » l'un d'entre eux, le plus structurel, a été l’extradition.

 

Et il a ajouté que « les trafiquants de drogue qui négocient avec l'État colombien en échange d’avantages juridiques et s’engagent à cesser définitivement le trafic de drogue ne seront pas extradés aux États-Unis. »

 

Lors de la cérémonie d'investiture de l'ancien ministre Luis Gilberto Murillo comme nouvel ambassadeur de Colombie aux États-Unis, il a déclaré qu'il avait parlé avec la chef du Commandement Sud des États-Unis, la général Laura J. Richardson des problèmes de coopération militaire:

 

« La politique qu’on appelle « guerre contre les drogues » du temps de (Richard) Nixon a échoué. Et c’est notre devoir face aux mêmes États-Unis mais aussi face au monde non seulement de le dire mais de proposer d'autres solutions. »

 

« J'ai proposé à la général de construire une force militaire et elle m'a dit qu'elle en avait déjà une ébauche au Brésil avec des hélicoptères etc. mais destinée à éteindre les feux de la forêt amazonienne qui sont le principal problème de sécurité de l'humanité aujourd'hui.  Ce n'est pas le trafiquant de drogue un tel ou un tel mais ce sont les gens qui brûlent la forêt et c'est le point de non retour.»

 

Petro voudrait que l’un des drapeaux de la Colombie concernant les problèmes internationaux soit la lutte contre la crise climatique et il pense que face à « l'incendie de la forêt amazonienne », le meilleur message que peuvent envoyer  son pays et les États-Unis est la « collaboration militaire. » il a proposé que cette force à portée militaire ait pour objectif central de protéger l'Amazonie des incendies qui se répètent de plus en plus souvent dans cette zone de la planète. Cette situation, assure le président, représente un problème de sécurité qui implique l'humanité tout entière.

 

Ainsi, le président colombien a provoqué des points critiques avec le Gouvernement des États-Unis pour lesquelles il faudra un débat et un dialogue. Washington restera souple jusqu'à ce club jusqu'à ce qu'ils touchent les intérêts du complexe industriel et militaire qui a bénéficié de feu le plan Colombie raté.

 

D'autre part, des fenêtres d'opportunités s'ouvrent pour re-envisager la façon d'aborder la complicité du trafic de drogue et le Venezuela en bénéficiera étant donné que les impacts négatifs de cette activité sont tangibles.

 

L'équilibre dynamique que Pétro cherche à maintenir semble demander plus de maturité de certains sujets pour atteindre la stabilité, tout cela est très complexe étant donné la situation de violence qui ne cesse pas en Colombie et les débordements de ce fléau vers le Venezuela.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2022/09/27/colombia-como-se-van-desarrollando-las-relaciones-entre-petro-y-eeuu-hasta-ahora/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/09/colombie-washington-entre-reaction-et-raccommodements.html