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Cuba: Le facteur électoral dans la politique de Biden : la peur de la Floride

11 Septembre 2022, 17:10pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

Dans le processus d'affrontement de la politique de Biden envers Cuba, il existe deux facteurs très évidents :1) il a décidé de maintenir la politique de plus forte pression héritée du Gouvernement de Trump et 2) il n’a adopté aucun assouplissement pendant les 16 premiers mois qui  ont coïncidé avec l'étape la plus complexe de la pandémie à Cuba. Plusieurs enseignants et spécialistes qui étudient ce sujet ont dit qu'une des raisons clés qui expliquent cette situation est le facteur politico-électoral. Ils en sont arrivés à le qualifier de « peur de la Floride. »

 

Ce point de vue conduit essentiellement à envisager que le Gouvernement de Biden, pendant plus d'un an, a estimé que réaliser tout assouplissement dans la politique envers Cuba, si minime soit-il, impliquerait un coût politique face aux électeurs cubano-américains. C'est une vision qui tente d'expliquer la tendance à l'affrontement du Gouvernement étasunien en partant de l'intérêt stratégique que représente pour la Maison-Blanche le fait que le Parti Démocrate gagne les charges publiques soumises à élection aux prochaines élections de mi-mandat : le poste de gouverneur de la Floride, le siège de sénateur en jeu et des postes de représentants au Congrès fédéral. Dans l'accomplissement de ces buts, on attribue un rôle clé aux électeurs cubano-américains.

 

En partant de cette logique, il semble que la position « la plus intelligente » qui ait prévalu à Washington a été la nécessité de préserver intacte la politique de Trump envers Cuba comme élément clé pour atteindre ces objectifs.En réalité, « ne rien faire » constituait une décision très étrange et suspecte si le but était d'influencer et d'attirer vers le Parti Démocrate un électorat de tendance républicaine et en particulier les partisans du trumpisme. Toute stratégie électorale avec un niveau basique d'information pourrait conclure que ce point de vue ne conduirait à aucun résultat. L'immobilisme en tant que stratégie face à un processus électoral ne fonctionne pas et manque de base logique. Ce qui est habituel dans cette situation, c'est d'essayer de se distinguer en proposant une politique différente qui contribue à se connecter avec l'électorat et qui soit capable de se refléter dans les urnes.

 

En ce sens, il faut se poser une première question : à quelles mesures d'assouplissement dans la politique envers Cuba les électeurs cubano-américains seraient-ils favorables ? Selon un sondage de l'université internationale de la Floride (FIU) réalisé en pleine campagne électorale de 2020, la plupart de ces électeurs étaient d'accord pour lever temporairement les sanctions imposées par le blocus (60 %) pendant la pandémie, pour rétablir l'émission de visas à l'ambassade des États-Unis à La Havane (62 %), pour reprendre le programme de réunification familiale (60 %) pour promouvoir des stratégies conçues pour améliorer le bien-être économique du peuple cubain (78 %) et pour rétablir les vols vers la province (65 %).

 

Une évaluation intégrale de ces données indique que le Gouvernement de Biden avait le soutien de la plupart des électeurs cubano-américains pour adopter des mesures d'assouplissement dans sa politique envers Cuba dès le début de son mandat présidentiel, fin janvier 2021. Bien que beaucoup de ces électeurs aient voté pour Trump et aient soutenu son ordre du jour de politique intérieure, ils étaient aussi d'accord pour qu’il prenne des mesures ponctuelles qui profitent à leurs familles à Cuba étant donné leur solides liens qui se reflétaient dans le fait que plus de 50 % de ces électeurs se rendaient à Cuba et que 48 % envoyaient de l'argent à leurs familles.

 

Par conséquent, les forts liens du sang et les liens affectifs étaient un motif suffisant pour expliquer l’apparente contradiction qui consistait en ce que les Cubano-américains qui se déclaraient ouvertement trumpistes soient favorables à ces mesures. Si on tient compte de ces éléments, il n'était ni logique ni cohérent que Biden et son équipe « aient peur » de l'impact de ces assouplissement sur la majorité de l'électorat cubano-américain.

 

Le Gouvernement étasunien ne courrait aucun risque politique s'il avait accepté de faciliter l'accès aux médicaments, à l'oxygène, au matériel médical et pris d'autres mesures de caractère humanitaire pendant le pic de la pandémie à Cuba. Pourquoi Biden n'a-t-il pas profité de cette opportunité et ne l' a-t-il pas transformée en bénéfice électoral ?

 

Le fait de ne pas adopter ces mesures à ce moment-là n'était pas lié à une logique électorale mais à l'idée que tout allégement de la situation du peuple cubain pourrait être contre-productif pour sa politique d’asphyxie et de plus forte pression dans une situation qu’ils considéraient comme très avantageuse pour leurs intérêts. Le long processus de révision de la politique et l'absence de détermination de la Maison-Blanche dans son projet envers Cuba ne répondait pas à des calculs d’éventuels  coûts politiques électoraux en vue des élections de 2022 et de 2024 mais à une appréciation sur ce qu'elle considérait comme la manière la plus efficace d’influer sur la situation intérieure de Cuba et de déchaîner des processus qui conduiraient au soi-disant « changement de régime » comme objectif final. C'était une sorte « d'occasion unique. »

 

Les résultats du sondage de la FIU mettent également en évidence qu'il n'était pas nécessaire de repousser l'annonce de mesures jusqu'au 16 mai de cette année. Dès l'instant où Biden a pris possession de sa charge, toutes les conditions ont été créés pour que la plupart de l'électorat cubano-américain soutienne le rétablissement du programme de réunification familiale, la reprise des vols vers les provinces, le rétablissement de l'émission de visas à La Havane ainsi que la mise en œuvre d'un mécanisme officiel pour envoyer de d'argent à leurs familles et au secteur privé à Cuba. Par conséquent, ces annonces tardives n'ont pas répondu non plus à une logique électorale mais étaient associées en première instance à des raisons de sécurité nationale à cause de l'augmentation sans précédent du flux de migrants cubains vers les États-Unis pendant six mois.

 

D'autre part, il existe un « mythe » et un récit qui essaie d'établir comme un fait indiscutable que le vote des Cubano-américains est conditionné et directement lié à la position des différents candidats sur la politique envers Cuba. Cette affirmation est très loin d'être certaine et n’est basée sur aucune preuve au-delà de la reproduction d'une croyance encouragée par les secteurs les plus extrémistes qui ont réussi à tromper et à créer cette perception parmi les politiciens qui ont besoin de participer à des élections au sud de la Floride. Cela se réduit à ce que la seule façon de gagner ce segment de l'électorat est de « promouvoir la ligne dure » et d'avoir des accords avec les secteurs extrémistes.

 

Le Parti Démocrate a été victime de cette espèce de « syndrome » pendant longtemps. Les enquêtes et les résultats du sondage réalisé par le professeur de la FIU, Guillermo J. Grenier, ont démontré que les Cubano-américains, quand ils votent, ne placent pas la politique envers Cuba parmi les sujets les plus importants dans leurs motivations. Ces électeurs se centrent principalement sur des problèmes de politique intérieure, ce qui est la tendance qui prévaut parmi les électeurs au niveau national. Dans le sondage réalisé en 2018, quand on demande aux personnes interrogées d'identifier leurs problèmes par ordre de priorité, la réponse est la suivante : l'économie et l'emploi, les soins médicaux, le contrôle des armes, les impôts et les dépenses, la migration, la politique extérieure et la politique envers Cuba.

 

Dans le sondage réalisé fin 2020,  l’ordre était le suivant : l'économie, les soins médicaux, les relations raciales, l'immigration, la politique envers la Chine et la politique envers Cuba. En tenant compte de ces résultats, le professeur Grenier affirme : « iI semble peu probable qu'un Cubano-américain individuel vote pour un candidat ou suive un parti simplement parce qu'il est d'accord avec la politique des États-Unis envers Cuba. D'autres préoccupations politiques semblent être des motifs plus importants. »

 

Dans les sondages réalisés par ce professeur, il a été démontré que pendant les 15 dernières années, il existait une relation directe entre la politique de la Maison-Blanche envers Cuba et la position des Cubano-américains sur les relations entre Washington et La Havane. L'exemple le plus frappant a été sous la présidence de Barack Obama. En 2007, 64 % des Cubano-américains soutenaient le blocus et en 2016, seulement 39 % avaient toujours cette position. La leçon est que l'autorité du président a la capacité d'influer sur le comportement politique de cette communauté du sud de la Floride en ce qui concerne les relations envers Cuba.

 

Actuellement, les tendances politiques qui prévalent parmi les électeurs cubano-américains mettent en évidence le soutien de la majorité à la politique de plus forte pression de Trump. Le dernier sondage réalisé parmi ce segment électoral en mars 2021 par Bendixen & Amandi International révèle que 66 % soutiennent le blocus, ce qui représente un recul significatif des positions, à nouveau semblables à celles de la présidence de George W. Bush. 65 % soutiennent également plus de mesures unilatérales pour « forcer un changement de régime à Cuba. »

 

L'ambiance politique dans le sud de la Floride et en particulier dans ce micro-monde complexe des électeurs cubano-américains, le facteur Trump et l'incapacité du Parti Démocrate à trouver une stratégie qui lui permette de renverser les tendances qui prévalent parmi ces électeurs ne donnent pratiquement aucune possibilité à Biden d'influer sur le vote cubano-américain.

 

Pratiquement, c'est un électorat qu'ils ont perdu et aucune mesure de la Maison-Blanche n'aura la capacité de modifier son comportement électoral au moins jusqu'aux prochaines élections de novembre.

 

Si Biden et son équipe souhaitent modifier cette situation, cela ne dépend pas seulement du problème de Cuba mais ils devront bouger les ciments d'un Parti Républicain qui chaque jour lance plus de racines en Floride. Il y a un débat bien argumenté disant que cet état traditionnellement balancier pourrait devenir à partir des résultats des élections de novembre un territoire républicain.

 

Dans toute arithmétique électorale liée au sud de la Floride, la problème de Cuba sera nécessairement présent. Pour cette raison, il est important de prendre en compte ces mots écrits par le professeur Grenier : « il est extrêmement improbable qu'une grande partie de l'électorat cubano-américain se déplace vers le Parti Démocrate simplement parce qu'il conserve une attitude belliqueuse envers Cuba. Jusqu'à ce que Biden établisse et mette en place sa propre vision, il continuera à soutenir un ordre de choses définies par Trump. »

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/opinion/2022/07/25/el-factor-electoral-en-la-politica-de-biden-hacia-cuba-el-miedo-a-la-florida/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2022/09/cuba-le-facteur-electoral-dans-la-politique-de-biden-la-peur-de-la-floride.html