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Venezuela: Lettre du Président Nicolas Maduro au secrétaire général de l’ONU

27 Septembre 2022, 22:20pm

Publié par Bolivar Infos

Lettre du Président Nicolas Maduro au secrétaire général de l’ONU

TRADUCTION DE COURTOISIE

Son Excellence
António Guterres
Secrétaire général de l’Organisation des nations unies
Son Excellence
Csaba Kőrösi
Président de l’Assemblée générale de l’Organisation des nations unies

Depuis la République bolivarienne du Venezuela, nous adressons nos salutations fraternelles aux présidents, chefs de gouvernement et premiers ministres des 193 pays qui composent l’Organisation des Nations unies.

De même, nous saluons le Secrétaire général Antonio Guterres et les autres autorités présentes à cette 77e Assemblée générale annuelle, en leur souhaitant le plus grand succès dans le développement de cet important débat d'idées pour une action opportune et collective face aux problèmes communs.

Je profite du temps dont nous disposons pour parler dans ce forum, au nom des 30 millions de Vénézuéliennes et Vénézuéliens, pour adresser une lettre ouverte à l'humanité, car je ne crois pas qu’un autre destinataire ou un autre objectif puisse donner sens aux paroles d'un gouvernant du XXIe siècle. Surtout à un moment aussi crucial pour le monde, où il est nécessaire que les peuples jouent un rôle protagoniste dans la création d'alternatives pour transformer la réalité. Nous n'avons jamais été aussi conscients d'être une communauté unique, une et multiple à la fois, qu'en ce moment où l'on met en péril ce que nous partageons et qui nous rend égaux : la vie.

Cette lettre vient du cœur de la République bolivarienne du Venezuela, un pays dont beaucoup ont entendu parler et dont, paradoxalement, on sait peu de choses sur sa vérité politique, son identité historique et sa réalité concrète. Certes, une pernicieuse campagne mondiale de discrédit et de stigmatisation a été menée contre notre peuple, nos institutions républicaines et notre révolution démocratique pour le simple fait de contester, à la fin du siècle dernier, la pensée unique imposée au monde sous le masque de l'économie de marché et de la mondialisation néolibérale. Un modèle qui, au nom de la liberté, est devenu la version moderne de la colonisation. Le but de cette campagne contre le Venezuela n'est autre que de créer les conditions objectives pour étouffer politiquement et économiquement toute tentative de créer des alternatives à un système impérialiste et prédateur tel que le capitalisme s'est avéré dans toutes ses phases historiques. En imposant leur faux récit, ils nous accusent d'être une dictature et un État en faillite afin de cacher au monde la vérité : au cours des deux dernières décennies, 29 élections libres se sont tenues dans mon pays, qui ont défini notre modèle social, économique et politique, que nous avons appelé le Socialisme bolivarien. C'est la raison pour laquelle nous avons été attaqués de multiples façons. Les peuples du monde doivent savoir qu’au Venezuela ont été mis en œuvre tous les manuels visant à déstabiliser sa démocratie. Sur le plan politique, l'impérialisme a utilisé sans succès la méthode illégale du changement de régime : il a encouragé les tentatives d'assassinat du Chef de l’Etat et d'invasion, il a créé des mouvements séditieux contre la Constitution et il a même inventé un gouvernement parallèle fictif qui frise le ridicule. Sur le plan économique, peu de gens savent que ce pays petit mais digne est soumis à 913 sanctions illégales qui, en résumé, empêchent mon peuple de vendre et d'acheter ce qu'il produit et ce dont il a besoin pour le développement et la jouissance de notre existence individuelle et collective. Concrètement, cela se traduit par des souffrances, des privations et des agressions systématiques qui restreignent la vie et les droits collectifs de mon pays, c'est pourquoi nous n'hésitons pas à dénoncer ces mesures cruelles comme des crimes contre l’humanité. Cette guerre économique, dont les pertes pour ma nation dépassent ces dernières années 150 milliards de dollars, s'est intensifiée pendant la période la plus grave de la pandémie mondiale, nous empêchant d'acheter des équipements médicaux, des médicaments et des vaccins. La stigmatisation a également servi d'alibi à l'Europe et aux États-Unis pour réaliser la spoliation la plus flagrante jamais commise contre nos richesses et nos actifs à l'étranger : plus de 31 tonnes de réserves d'or vénézuélien déposé à la Banque d'Angleterre, estimées à 1,3 milliards de dollars, sont séquestrées. Le vol de l’entreprise Citgo Petroleum Corporation en février 2019 est un autre exemple qui s'ajoute aux plus de dix milliards de dollars de dépôts et de fonds vénézuéliens bloqués illégalement dans des banques étrangères.

Mais ces sanctions illégales n'ont jamais pu faire plier la volonté d'un peuple, mais plutôt la renforcer comme elles ont renforcé la conscience et la détermination d'être libres. Ils ne nous ont pas non plus détournés de notre chemin vers la justice sociale. Même dans les pires circonstances, notre modèle protège et donne la priorité aux êtres humains dans leurs droits sociaux : l’accès au logement, à l'éducation, à la santé, au travail et à la culture. Cet acte de piraterie contre notre patrie a cependant laissé des blessures profondes dans la société. Parmi elles, la migration induite exhibée dans les médias à des fins politiques et propagandistes par ceux qui l'ont encouragée et promue par de fausses promesses et le blocage des conditions de vie. Rien n'est dit sur le fait que 60% de la population vénézuélienne qui a migré est retournée volontairement dans son pays, fuyant les conditions d'esclavage et d'exploitation, ainsi que les mauvais traitements et les persécutions dont elle fait l'objet dans de nombreux pays du monde. On cache également au monde que l'État vénézuélien est le seul à avoir une politique de rapatriement par le biais de sa compagnie aérienne Conviasa, qui est sans cesse boycottée par des sanctions illégales. Nous demandons aux organisations multilatérales: Où sont passées les ressources, les millions de dollars censés être destinés à soutenir les migrants vénézuéliens ? Il serait utile d’en rendre compte afin de clarifier l'opacité avec laquelle ces attributions ont été effectuées. De la même manière que nous exigeons aux organisations multilatérales de garantir les droits de tous les migrants dans le monde, nous le faisons avec l'autorité morale d'être un pays qui depuis plus de 100 ans a été récepteur de bonnes pratiques envers la population migrante.

Dans cet esprit, nous alertons les peuples du monde sur la résurgence de la xénophobie et de l'aporophobie, des discours et des crimes haineux et de l'intolérance en général, incubés par les mouvements néo- fascistes et néo-nazis qui trouvent refuge dans les partis et les gouvernements ultra-conservateurs et d'extrême droite.

L'humanité qui nous voit et nous écoute aujourd'hui a le droit de savoir que, dans les conditions les plus extrêmes résumées ici, notre peuple n'a pas baissé les bras, bien au contraire, il a construit son chemin vers la consolidation de la paix sociale, la reprise économique et le renforcement de la démocratie. Nous connaissons dans notre chair l'adversité et les miracles que notre volonté, nos efforts peuvent accomplir. C'est pourquoi, sur la base d'expériences concrètes, nous avons construit un consensus autour de la paix sociale et politique, nous avons mis en œuvre un plan économique pour faire face au blocus en créant de nouvelles sources de richesse telles que le tourisme, l'industrialisation nationale, l'entrepreneuriat et le développement agricole. Pour la première fois en 120 ans, nous produisons 80 % de ce que nous consommons, ce qui signifie que nous sommes en mesure d'unir nos forces pour faire face aux grandes menaces qui pèsent sur le monde.

Le Venezuela étant l'une des principales puissances pétrolières et gazières du monde, peut et veut être utile, en tant que membre de l'OPEP, dans cette situation d'urgence énergétique qui dure depuis une décennie et qui affecte profondément le système des prix et de l'approvisionnement, touchant les pays les plus pauvres comme les plus riches. La pandémie de Covid-19 et le conflit entre l'Ukraine et la Russie aggravent la situation de façon dramatique. Mais au-delà de cette position historique de garantir, en tant que producteur irremplaçable, l'équilibre énergétique que demande la communauté internationale, nous sommes préoccupés par l'impact des différents conflits mondiaux sur la sécurité alimentaire. Le Venezuela possède 30 millions d'hectares cultivables et nous sommes convaincus que seul le retour à une agriculture durable peut aider à vaincre la faim et la pauvreté dans le monde. Nous mettons sur la table notre potentiel et notre ferme conviction de travailler activement à la recherche de solutions mondiales.

Il ne fait aucun doute que toutes les nations sont confrontées à des différents problèmes d'une complexité et d'une gravité telles qu'il serait difficile de les hiérarchiser. L'un des plus urgents est peut-être celui de la paix et de la sécurité dans le monde, aujourd'hui gravement mise à mal, un événement qui a été mentionné par tous ceux qui se sont exprimés avant moi. Indépendamment des positions idéologiques, nous devons nous accorder sur la nécessité de privilégier le rétablissement de la voie diplomatique, du dialogue politique, par rapport à la confrontation militaire. L'humanité ne survivra pas à une guerre mondiale, donc personne n’a intérêt à une escalade de la guerre n'importe où dans le monde. Pour mon pays, un peuple qui n'a jamais participé à un conflit armé international, il n'y a pas d'autre voie que la paix, la justice, la confiance et le respect du droit international. Nous approuvons donc la proposition du président Andrés Manuel López Obrador de créer une commission internationale pour faciliter le dialogue souverain entre la Russie et l'Ukraine et nous sommes prêts à en faciliter les conditions. Nous rejetons toutes les provocations militaires et les sanctions économiques ingérantes prises à l'encontre de la Russie, ainsi que la campagne de haine déclenchée contre le peuple slave, considérant que ces actions, loin de contribuer à la paix, attisent le feu de la guerre. Aux yeux de ma patrie, et je suis sûr de partager l’avis des peuples, il n'y a pas de bonnes et de mauvaises guerres. Depuis l'invasion américaine de l'Afghanistan en 2001, la confiance internationale a été brisée et les contradictions d'une logique impérialiste et suprématiste sont devenues plus aiguës. Depuis lors, nous avons vu couler le sang impunément en Irak, au Yémen, en Haïti, en Somalie, en Libye et en Syrie, pour ne citer que quelques jalons de cette tragédie honteuse qui met à mal l'indispensable droit international.

Néanmoins, au Venezuela, nous avons des raisons d'être optimistes, car nous avons appris à avoir confiance dans les peuples, dans leur intelligence, dans leur bienveillance, dans leur attachement à la justice et à la vraie vie.

Mais il faut reconnaître que l'ordre mondial dominant est confronté à des crises multiples qui rivalisent dans leur potentiel meurtrier, convergent et s'articulent entre elles : la crise climatique aggrave la crise alimentaire, la crise sanitaire approfondit la crise sociale, la crise énergétique intensifie la crise économique, et cette dernière met en danger la paix mondiale. Et transversale à tout cela, la non moins pernicieuse crise de la vérité, qui est aujourd'hui exacerbée par la pollution de l'information et les fakenews. Nous sommes confrontés à un régime de représentation, de tergiversation et de suppression de la réalité imposé par l'algorithme des nouvelles technologies de communication, à la convenance des plus puissants. La manipulation des informations et des émotions n'est qu'une partie du problème. Nous assistons à un état mondial de surveillance et de contrôle numérique qui viole les droits des citoyens à la vie privée et à l'information véridique, transformant nos démocraties en "infocraties", comme l'affirme le philosophe sud-coréen Byung Chul-Han dans son dernier livre. La mort de la vérité est le symptôme le plus clair du déclin d'une civilisation et le préambule à un conflit perpétuel. Ne laissons pas la vérité succomber au moment de l'histoire où nous avons les meilleures chances de l'appliquer, avec la raison et la sensibilité, comme antidote à l'effondrement.

Nous, les peuples d'Amérique, d'Europe, d'Asie, d'Afrique et d'Océanie, savons que cette crise multidimensionnelle, en raison de son caractère transcendant et définitif, doit être affrontée en tant qu'humanité en allant au cœur du problème. Où se trouve la faille tellurique qui ébranle l'édifice de l'ordre dominant ? Dans la crise du modèle civilisationnel occidental suprématiste et impérialiste, qui nie, attaque et tente de supprimer l'autre, la différence. Et qui ne reconnaît pas d'autres modèles, d'autres paradigmes politiques, économiques, religieux ou culturels en dehors du sien.

Malgré l'arrogance de l'Occident, nous vivons un changement d'époque post-impérial et le Nord du monde doit reconnaître que l'ordre unipolaire et colonialiste régnant n'est pas capable de répondre de manière satisfaisante aux problèmes et aux besoins qu'il a créés au détriment de l'humanité, de la vie animale et de la planète, cette dernière étant, selon notre vision originelle du monde, l'être vivant le plus exploité, violé et détruit par le capitalisme dans toutes ses phases historiques. Il ne s'agit pas seulement d'une réflexion idéologique, la crise climatique, qui est déjà irréversible, pourrait être la confirmation de l’imminence de changer de modèle.

Le Nord du monde doit accepter l'émergence incontestable de nouvelles puissances et de nouveaux leaderships tels que la Chine, la Russie, l'Inde, l'Iran, la Turquie. Il doit s'ouvrir à la possibilité de faire partie d'un monde multipolaire, pluricentrique et délivré des hégémonismes.

Il est urgent d'opérer un changement éthique chez les anciennes puissances en faveur de la construction d'un nouveau monde commun, sans colonisés ni colonisateurs, où nous travaillons ensemble aux solutions que nos peuples exigent de nous. Il n'y a pas de temps pour l'arrogance, pas de temps pour les confrontations et les escarmouches inutiles. Il y a 207 ans, dans des circonstances très singulières, le Libertador Simón Bolívar, dans sa prophétique Lettre de la Jamaïque, invoquait la sagesse de l'Occident : « Et l'Europe civilisée, commerçante et amoureuse de la liberté, permet à un vieux serpent (...) de dévorer la plus belle partie de notre globe, juste pour satisfaire sa rage empoisonnée ? Et il poursuivait : L'Europe est-elle sourde à la clameur de son propre intérêt ? » Les dirigeants européens et américains sont-ils sourds ? nous demandons-nous aujourd'hui au bord d'une crise qui pourrait être la dernière pour l'humanité.

Le Venezuela espère que la raison, la sagesse et la prudence seront entendues dans cette assemblée. Que les droits des peuples du monde soient reconnus et respectés et que soit réparée l'injustice commise à l'encontre des peuples sahraoui et palestinien en leur refusant le droit d'avoir une patrie. Nous demandons la fin des sanctions économiques illégales et des persécutions politiques contre le Nicaragua, contre Cuba, notre sœur, contre l'Iran et la Russie. Nous Faisons des vœux pour des réparations en faveur du peuple argentin et la restitution de ses droits sur les îles Malvinas, enlevés par le sang et le feu par la logique impériale que nous avons dénoncée.

Seul le dialogue le peut. Seuls la parole et la raison partagés entre égaux peuvent construire et bâtir les ponts dont nous avons besoin pour guérir les blessures et laisser derrière nous les abîmes qui donnent le vertige et la peur à l'humanité. C'est avec cette foi que j'écris ce message, non pour me conformer au protocole du Sommet. Car mes yeux sont dans les rues où des hommes et des femmes ordinaires à New York, Istanbul, Londres, Damas, Ramallah, Téhéran, Le Cap, Moscou, Pékin, Managua, La Havane, Caracas et bien d'autres attendent non pas des réponses, mais l'appel à participer à la construction d'une nouvelle humanité. Et parce que je crois au pouvoir de la parole, et parce que je crois en ces hommes et ces femmes qui refusent de perdre espoir, je suis sûr que cet appel ne tombera pas dans le vide : Ayons le bon sens de reconnaître la fin de ce modèle mondial hégémonique et armons-nous de l'enthousiasme nécessaire pour fonder un nouveau monde multicentrique, pluripolaire, interculturel et équilibré.

Changeons ce qui doit l'être et ayons le courage de renaître face aux temps nouveaux et aux nouveaux défis. Un autre monde, une autre vie, n’est pas seulement possible, mais il est aujourd’hui plus urgent que jamais.

À Caracas, le 24 septembre de l’année 2022. QUE VIVE L’HUMANITÉ!

Nicolás Maduro Moros

Source: Ambassade de la République bOlivarienne du venezuela en France

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