Chili : Comprendre les protestations au Chili
Le Chili, un exemple d'une économie néolibérale qui marche bien depuis des décennies, en seulement quelques jours, a montré son véritable visage après que le mécontentement social ait explosé dans tout le pays avec des scènes qui rappellent les années de la dictature du général Augusto Pinochet.
Après une fin de semaine d'intenses manifestations, de dénonciations sur les réseaux sociaux et de violence policière, lundi, le Chili s'est réveille avec une grève nationale et des exhortations du président Sebastián Piñera à trouver une solution au conflit par la négociation.
Ce week-end, le président Piñera a décrété l'Etat d'Urgence et un couvre-feu mais lundi, rien ne semblait pouvoir arrêter les manifestants, pas même le retrait de la mesure qui a été à l'origine des protestations : la hausse du prix du service public de transport, le Metro.
Ces manifestations, sévèrement réprimées par les Carabiniers ont fait 15 morts pour le moment et ont mis à jour le fait que les raisons qui sont derrière cette mobilisation ont à voir avec le long et profond mécontentement du peuple chilien.
L'origine des protestations
Santiago, la capitale, a été le siège des premières manifestations contre la hausse du prix du transport public, lundi 13 octobre, alors que les nouveaux tarifs étaient en vigueur depuis 1 semaine.
Le métro de Santiago est géré par une compagnie privée dans laquelle l'Etat a une participation. Les tickets ont augmenté de 1,13 $ aux heures de pointe – entre 7:00 et 8:59 et entre 18:00 et 19:59 – à 1,17 $. Le ticket d'autobus Red qui fait la liaison avec le métro, a aussi augmenté.
Selon le Gouvernement, le tarif est fixé par « un groupe de techniciens » ou « un panel d'experts » qui prend en copte des indicateurs comme l'inflation, le prix de revient de la fourniture du service, le taux de change par rapport au dollar, le prix du pétrole, la valeur du diesel, entre autres choses et la mesure a été approuvée par le Ministère des Transports.
Mais les étudiants, non convaincus par l'argument que les choses avaient été faites « selon les règles, » ont pris l'initiative d’une action qu'ils ont appelée « évasion massive » : ils ont sauté les barrières, évité la police et sont entré dans le métro sans payer.
La réponse du Gouvernement de Sebastián Piñera a été d'augmenter le nombre d'agents dans les stations de métro après quoi, on a enregistré les premiers actes de violence dans le métro. Alors ont commencé les dommages immobiliers et les affrontements avec les Carabiniers qui ont fait les premières arrestations.
Mais les protestations en se sont pas aggravées avant vendredi dernier quand toutes les stations du métro de Santiago ont été fermées après que des troubles aient eu lieu das plusieurs stations. En conséquence, la circulation dans la capitale s'est effondrée.
La réponse du Gouvernement
Vendredi, le Gouvernement chilien a invoqué la Loi sur la Sécurité de l'Etat pour durcir les peines des personnes arrêtées pour troubles à l'ordre public.
« Nous avons invoqué la Loi sur la Sécurité de l'Etat pour tous ceux qui sont responsables de dommages aux biens du métro de Santiago et en même temps d'avoir empêché son fonctionnement normal comme nous avons tous été témoins des violences qui se sont déroulées dans plusieurs stations du métro, » a dit ce jour-là le ministre de l'Intérieur, Andrés Chadwick.
Par conséquent, la décision du Gouvernement de Piñera a aggravé les protestations qui, à partir de ce moment-là, se sont radicalisées : affrontements avec la police, pillages de commerces, incendie d'autobus, destructions dans les stations du métro de Santiago, entre autres choses. Le Gouvernement a décrété l'Etat d'Urgence dans une grande partie de la Région Métropolitaine de Santiago.
Cette mesure a permis le déploiement de l'Armée dans les rues, restreint la liberté de circulation et de réunion dans les espaces publics pendant 15 jours et a été renforcée par le couvre-feu à Santiago, Valparaíso, Concepción, dans la Région Métropolitaine et dans les communes de Rancagua, Coquimbo et La Serena.
Malgré les actions du Gouvernement, les manifestants sont restés dans la rue samedi et les protestations se sont étendues à d'autres régions.
Ce jour-là, le président chilien a annoncé la suspension de la hausse du prix du ticket du métro de Santiago, ce qui a été confirmé ce lundi après l'approbation à l'unanimité du projet de loi à ce sujet par le Sénat. Bien que cette hausse ait été le détonateur de cette violente explosion sociale, les protestations n'ont pas cessé.
Pourquoi les protestations n'ont pas cessé
« Les raisons qui sont derrière cette mobilisation ont un rapport avec le long et profond mécontentement social du peuple chilien qui se reflète dans les rues de Santiago grâce à l'exercice du droit de manifestation et de rébellion, » a écrit dans un communiqué l'Union des Dockers du Chili.
Les manifestations se poursuivent pour condamner les inégalités. Selon un rapport de l'Organisation pour la Coopération et le Développement Économique, les 10% les plus riches de la population gagnent 27 fois ce que touchent ceux qui ont les plus bas revenus.
Le système d'éducation chilien est l'un des plus chers du monde, le service de l'eau privé ainsi que le système de retraites, en crise. Les salaires sont bas, le système de santé a des problèmes et les Chiliens ont du mal à acheter un logement.
L'un des slogans des manifestations est : « Ce n'est pas pour 30 pesos, c'est pour 30 ans".
« Depuis 30 ans le Chili n'avait pas vécu une telle explosion de rage populaire, » a déclaré à Spoutnik le dirigeant de la Confédération Nationale de Santé Municipale, Esteban Maturana, représentant de l'un des syndicats qui a organisé une grève générale contre la répression policière qui s'est déchainée dans les rues.
Selon ce dirigeant syndical, les manifestants demandent à présent « la réforme d'une Constitution qui vient de la dictature » et « une santé et une éducation publiques et de qualité » car il considère que la issue à la crise est que Piñera convoque un "pacte social" dans lequel les revendications des secteurs populaires seraient analysées.
La situation après 6 jours de manifestations
Ce lundi, il y a l'Etat d'Exception « d'urgence » dans 5 régions et on a décrété un couvre-feu à plusieurs endroits. Alors que la situation ne semble pas se calmer, la Mairie de la Région Métropolitaine de Santiago du Chili a fait savoir que les protestations ont fait 11 morts confirmés dans laRégion Métropolitaine (données officielles) et qu'il y a eu 2 151 arrestations.
Pour sa part, l'Institut National des Droits de l'Homme (INDH) a dénoncé des abus dans l'action de la police et fait savoir lundi que 11 plaintes ont été déposées pour violences policières divisées en 8 affaires sur lesquelles 7 sont dirigées contre des carabiniers et 1 contre des militaires et en 3 recours en protection de la sécurité des personnes.
Après avoir parcouru plusieurs commissariats de Santiago et avoir parlé avec les détenus, « beaucoup portent des accusations d'usage démesuré de la force au moment de l'arrestation, vexations injustes envers des enfants,mauvais traitements, coups au visage et aux cuisses, tortures, déshabillage de femmes, vexations sexuelles, entre autres violations, » rapporte l' INDH.
De même, des dizaines de vidéos qui montrent comment les Carabiniers ont donné des coups, arrêté des gens et tiré. Malgré ce qui s'est passé auparavant, dimanche soir, on a annoncé que 1 500 hommes de pus seraient déployés, ce qui porte à 9 000 le nombre de policiers et de militaires dans les rues.
traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos
Source en espagnol :
https://www.telesurtv.net/news/claves-entender-protestas-chile-20191021-0030.html
URL de cet article :
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