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Bolivie : El ‘Mallku’, l'acteur inattendu

15 Août 2020, 17:46pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Jorge Richter Ramírez

La Bolivie vivait n 1899 une guerre civile qui, par moments, devenait cruelle et déchirante. José Manuel Pando, un homme aux idées libérales, cherchait à renverser le gouvernement conservateur de Severo Fernández Alonso. Les libéraux et les conservateurs ont été alors les acteurs de cet épisode bouleversant qu'a été la Guerre Fédérale. En cherchant plus de force dans sa lutte, Pando s'est allié au Mouvement Indigène de Pablo Zárate Willka, connu comme le redoutable Willka, une coalition destinée à affronter « l'Oligarchie du Sud » qui représentait le Parti Conservateur. Ils avaient des intérêts différents : pour Zárate Willka, il s'agissait de s'assurer le rôle de l'indigène dans l'avenir de la République libérale qui était en train de se former.

 

Le 28 de mars de cette année-là, sans doute préoccupé par les massacres à Coro et Mohoza, Pablo Zárate Willca écrit la Proclamation de Caracollo dans laquelle il exprime l'idée du respect réciproque nécessaire à la coexistence dans la nouvelle République à venir. « Qu'on doit respecter aussi bien les voisins blancs que les indiens parce qu'ils sont du même sang et fils de la Bolivie et qu'ils doivent s’aimer comme des frères et comme des Indiens. » Ramiro Condarco Morales, auteur du célèbre livre « Zárate, le redoutable Willka, » déclare : « Le respect dû non seulement en tant que personne mais aussi en tant qu'ayant droit à la dignité, à la vie, au progrès matériel et à la terre. »

 

Le roman « Alluvion de feu » d' Óscar Cerruto, publié dans les années 30 du siècle dernier, comme un présage de ce qui allait arriver, contenait une pièce qui décrivait précisément la situation politique de l'époque : le Manifeste des Nationalités Indigènes du Kollasuyo. Dans de longs passages, il résume la cruauté de la relation de l'indien avec le Blanc. « que voulons-nous, nous, les Indiens ? Quelque chose de très logique et naturel, qu'on nous rende notre condition humaine. » Sans respect réciproque, l'égalité reste réduite à une simple annonce réthorique et,par conséquent, la liberté n'existe plus. Sans liberté ni égalité, la Patrie ne peut être régénérée. La régénération du pays équivaut à cette époque-là à l'idée actuelle de Refondation de l'Etat.

 

Après 121 ans, les haines raciales disent que le respect réciproque n'a été qu'un délire momentané. Les forces sociales reviennent se heurter et aujourd'hui et aujourd'hui, le pays extériorise à nouveau la veine irascible d'un racisme qu'on cherche à cacher. Des milliers de Boliviens qui exercent leur citoyenneté et ont des revendications marchent, bloquent et résistent à la date modifiée sans consultation et inopinément par le Tribunal Electoral. Pendant la pandémie et la polarité de haine, la protestation est considérée comme irrationnelle et les insultes remplissent les réseaux sociaux. La mot « indien, » associé aux pires adjectifs et aux plus humiliants est écrit avec de noms de personnes et beaucoup d'autres déguisés en insulte honteuse qui ne permet pas de montrer le visage de son auteur distingué.

 

Surgi de rien, un homme qui avait déjà compris en 2003 l'ampleur de cette haine raciale se manifeste à nouveau : « Il y aura des mobilisations à partir de la base, c'est la seule possibilité, nous nous ferons respecter parce que le Gouvernement piétine tous les hommes et toutes les femmes qui vivent dans les villes et dans les champs. Tous les jours, ils nous insultent, ils nous traitent de sauvages, d'ignorants, d'imbéciles, d'ânes, d'Indiens de merde. Messieurs-dames de la race supérieure, le respect amène le respect. Vous nous respecterez en tant qu'êtres humains. » Aujourd'hui, les mobilisations de Felipe Quispe menacent déjà d'acculer le Gouvernement.

 

Il est important de comprendre que le conflit social est en train de muter en ce moment. Il cesse d'être une revendication concernant les élections et devient un fait social, ethnique et racial. Ils ont offensé à l'extrême un secteur qui cherche, traditionnellement, le respect réciproque. La demande, à présent, est le départ de ceux qui assurent la transition. Dans le cercle rouge du pouvoir, où on ne connaît pas le pays ni les logiques d'incidence des mouvements sociaux ni l'histoire d'une lutte qui revendique l'égalité ethnique, raciale et culturelle de la Bolivie, le MAS et sa direction en endossent toute la responsabilité.

 

Les mouvements sociaux dans l'Altiplano bolivien reçoivent Felipe et l'écoutent attentivement. Comme en 2003, pendant l'erreur politique surveillait un dirigeant de façon maladive, Felipe remplissait les routes de pierres inlassablement, un jour après l'autre. Hier, dans la soirée, el Mallku était nommé commandant des blocages des 20 provinces de La Paz. Il a dit que tant qu'il vivrait, il ne pourrait pas laisser ses frères sans protection. Et les laisser insulter. Il demande, comme en 1899, le respect réciproque.

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2020/08/12/el-mallku-el-factor-inesperado/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2020/08/bolivie-el-mallku-l-acteur-inattendu.html