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Amérique Latine: Entre méfiance et besoin d'intégration bi-régionale que peut-on attendre du sommet UE-CELAC

18 Juillet 2023, 17:25pm

Publié par Bolivar Infos

Par Zhandra Flores

 

 

Malgré l'urgence de renforcer les liens, une combinaison entre des objectifs opposés, des réticences de Bruxelles et des tensions politiques, font douter du succès de cette rencontre.

 

Des deux côtés de l'Atlantique, on attend beaucoup de ce IIIe Sommet des chefs d'État et de Gouvernement entre l'Union européenne (UE) et la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), prévu pour les 17 et 18 juillet à Bruxelles, en Belgique.

 

Cette rencontre, qui sera la première réunion de haut niveau depuis 2015, vise à relancer les relations bi-régionales dans un contexte particulièrement impératif pour le bloc européen, qui s'efforce de regagner les positions perdues au cours de la dernière décennie face à d'autres acteurs, en particulier la Chine.

 

Pour leur part, l'Amérique latine et les Caraïbes tentent de se frayer un chemin dans les hautes sphères internationales entant que bloc unifié, avec sa propre voix et en marge des diatribes entre les puissances mondiales.

 

Reconquête tardive

 

Bien qu'au cours du dernier semestre, l'UE se soit lancée dans une offensive diplomatique dans la région latino-américaine et caribéenne et ait ouvertement exprimé son intérêt à resserrer les liens et à prendre des mesures concrètes vers l'intégration, les choses ne semblent pas se passer comme prévu.

 

Au contraire, les rapports les plus récents rendent compte d'importants écueils dont la solution ne semble ni simple ni rapide, mais qu'il est de toute façon impératif de traiter, car ne pas le faire compromettrait sensiblement le succès de la rencontre et des plans de l'UE.

 

La cause ultime des désaccords semble résider dans le fait que, en dépit de Bruxelles, les pays de la CELAC ne sont pas disposés à être traités comme un interlocuteur de second ordre ni à subordonner leur ordre du jour aux priorités des pays européens dans quelque domaine que ce soit.

 

L'accord commercial qui n’en finit pas d’être signé

 

L'accord commercial entre le MERCOSUR et l'UE figure comme l'un des points les plus visibles du différend dans la relation bi-régionale, car 20 ans de négociations n'ont pas amené une fin satisfaisante.

 

Le pacte, qui a été défini comme prioritaire par les deux parties, traverse une nouvelle crise après les remarques des présidents Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil) et Alberto Fernández (Argentine) sur des aspects de fond des prétentions de l'UE qui constitueraient des inconvénients pour les pays d'Amérique du Sud.

 

« Je suis fou si je signe l'accord avec l'UE, mais ce n'est pas possible : le protocole supplémentaire fait par l'UE ne permet pas de conclure l’accord, » a déclaré Lula lors d'une récente visite à Paris. Il faisait allusion aux revendications de la France qui impliquent la modification du chapitre sur le commerce et le développement soutenable pour y incorporer de nouvelles réglementations environnementales, sous peine de sanctions.

 

Pour sa part, Fernández a tenu l'UE pour responsable des retards dans la signature de l'accord, parce qu’elle a imposé en 2019 des pratiques qui, selon lui, sont « inégales », « protectionnistes » et sont au détriment du secteur alimentaire, un secteur stratégique d'exportation au sein du MERCOSUR.

 

Ainsi, bien que Da Silva ait promis d'utiliser sa présidence « tournante » - elle s’achève en décembre 2023 - pour revoir intégralement les conditions du pacte et conclure avec succès le processus, il y a encore du chemin à parcourir qui ne dépend pas des désirs sud-américains mais des décisions dans l’UE.

 

Divergences autour de l’Ukraine

 

Le conflit en Ukraine est un autre point de tension entre l'UE et la CELAC car alors que le premier bloc a soutenu militairement, diplomatiquement et financièrement Kiev, le second a décidé de rester neutre.

 

En particulier, plusieurs nations - dont le Mexique, la Colombie et le Brésil - ont refusé d'envoyer des armes au front, même si les États-Unis l’ont demandé publiquement, et la CELAC a plaidé à l'unanimité pour une solution pacifique et satisfaisante pour les parties concernées, quel que soit le niveau de la relation de certaines nations avec la Russie.

 

Néanmoins, Bruxelles a voulu profiter du fait qu'elle accueillera le sommet entre les dirigeants des deux continents pour promouvoir un programme favorable aux intérêts ukrainiens, ce qui a provoqué un rejet parmi les délégations latino-américaines et caribéennes.

 

Selon le portail Euroactiv, en juin dernier, l'UE a envoyé à la CELAC une proposition de déclaration finale comprenant des passages de soutien à l'Ukraine basés sur des résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies.

 

Cependant, la tentative a été rejetée et renvoyée avec une contre-proposition précisant que les deux blocs devraient parier sur des « solutions diplomatiques sérieuses et constructives du conflit actuel en Europe » par des « moyens pacifiques » qui garantissent la souveraineté, la sécurité des personnes impliquées et favorisent la « paix régionale et internationale. »

 

Par la suite, le président ukrainien, Vladimir Zelenski, a confirmé dans une interview dans des médias espagnols que plusieurs membres de la CELAC s'étaient opposés à sa participation au sommet bi-régional avec l'UE auquel il avait été invité par l'actuel président du bloc, Pedro Sánchez.

 

À ce jour, il est évident qu'il sera pratiquement impossible de parvenir à un consensus sur une position qui englobe deux positions aussi antagonistes que celles qui règnent autour de la question ukrainienne bien que la situation puisse certainement se prêter à ce que le bloc latino-américain et caribéen présente une initiative de paix intégrale qui recueille les préoccupations et les impulsions avancées par certains de ses États depuis le début des hostilités.

Environnement et énergies renouvelables

 

La liste des sujets d'intérêt commun entre l'UE et la CELAC comprend les questions environnementales car la région latino-américaine et caribéenne accueille les plus grandes forêts tropicales de la planète, d'importantes réserves d'eau douce et de nombreuses espèces animales et végétales, qui sont d'une grande valeur dans le contexte du changement climatique.

 

D'autre part, s'il est vrai que les États-Unis avancent des stratégies de militarisation en Amazonie dans le but déclaré de protéger le poumon végétal. Avec des nations comme le Brésil ou la Colombie, on travaille également au niveau régional pour mettre un frein à l’abattrage et à arrêter l'exploitation minière et d'autres pratiques illégales grâce à la présence active de l'État dans les régions reculées.

 

À ce sujet, un sommet des pays amazoniens se tiendra en août prochain à Belém do Pará (Brésil) pour rechercher des « solutions partagées » aux problèmes communs bien que certains objectifs aient déjà été définis, comme l'élimination de la déforestation d'ici 2030.

 

Cette question est l'un des drapeaux du président colombien Gustavo Petro, qui, d'autre part, a été sélectionné à l'unanimité comme président « tournant » de la CELAC pour 2025.

 

Parallèlement, se développent les objectifs de décarbonisation progressive et de production d'énergies propres qui permettent de remplacer le combustible fossile à moyen et long terme dans les pays de l’UE.

 

La région d'Amérique latine et des Caraïbes dispose, comme aucune autre région du monde, des deux types de ressources : les hydrocarbures et les sources d'énergie alternatives, et est donc clairement dans la ligne de mire de Bruxelles en vue de la transition, qui, selon les experts, prendra au moins cinq décennies pour  se concrétiser.

 

Dans cette ligne s'inscrit l'exploitation du lithium et de l'hydrogène vert, deux des sujets abordés par la présidente de la Commission européenne, Úrsula von der Leyen, à la mi-juin dernier, lors de sa visite officielle à Santiago du Chili.

 

« Le Chili est un fournisseur de lithium très important pour le reste du monde, y compris l'Europe. La demande de lithium augmentera de manière significative car nous travaillons à la décarbonisation de l’économie," a déclaré Von der Leyen à l’époque.

 

Le Chili, l'Argentine et la Bolivie constituent ce qu’on appelle le « triangle du lithium » qui abrite 60 % des réserves de minerai, mais n'ont pas de politique commune d'exploitation, ce qui rend difficile d'adopter des positions partagées dans le cadre de rendez-vous tels que le prochain sommet UE-CELAC et ouvre la voie à ce que les associations bilatérales soient privilégiés par rapport aux associations bi-régionales.

 

Tensions politiques

 

Les frictions entre l'UE et la Celac s'étendent également au plan politique. Les Gouvernements de Cuba et du Venezuela ont dénoncé le fait que Bruxelles a un comportement opaque et « manipulateur » qui met en « sérieux danger » le succès du rendez-vous commun, selon des déclarations faites par le chancelier cubain Bruno Rodríguez qui ont été soutenues par les autorités vénézuéliennes.

À cela s'ajoute le fait que, récemment, Caracas a rejeté et qualifié de « rhétorique colonialiste » les déclarations attribuées au haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et la sécurité, Josep Borrell, concernant l’interdiction de se présenter aux élections de l’opposante  María Corina Machado pour actes de corruption.

 

Ce 12 juillet, le Parlement européen a appelé à des sanctions contre le président Miguel Díaz-Canel et d'autres hauts fonctionnaires pour la commission présumée de violations des droits de l'homme, une décision qui a été condamnée par l'Assemblée nationale du pouvoir populaire de Cuba qui l'a qualifiée « d’ingérence » et de diffamatoire.

 

De même, le Parlement européen a voté le lendemain une résolution condamnant  le    Venezuela à cause  des disqualifications politiques. L'Assemblée nationale a répondu par une résolution de rejet de l'ingérence et a averti que, par la suite, aucune invitation ne sera adressée à la mission d'observation électorale du bloc pour ingérence dans les affaires intérieures du pays.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2023/07/17/nuestramerica-entre-la-desconfianza-y-la-necesidad-de-integracion-birregional-que-esperar-de-la-cumbre-ue-celac/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2023/07/amerique-latine-entre-mefiance-et-besoin-d-integration-bi-regionale-que-peut-on-attendre-du-sommet-ue-celac.html