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Venezuela: Corina Machado et la trahison de la patrie

10 Juillet 2023, 15:56pm

Publié par Bolivar Infos

Par Atilio A.Boron

 

Supposons qu'Alexandria Ocasio-Cortez, membre de la Chambre des représentants des États-Unis, se soit lassé des bravades irresponsables de Joe Biden (qualifier Xi Jinping de dictateur, par exemple, après le voyage de Blinken pour « améliorer » les relations avec la Chine) et ait demandé l'aide d'une puissance étrangère, par exemple la Russie ou la Chine pour qu’elle envoie une expédition militaire aux États-Unis, ou applique des sanctions à ce pays dans le but d'obtenir un « changement de régime, », c'est-à-dire la destitution de fait de Biden, que lui serait-il arrivé ?

 

Imaginons autre chose : Si l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021 s'était terminé avec succès par la nomination d'un nouveau président - disons Bob Menéndez, pour mettre n’importe quel grotesque de la politique nord-américaine - et que les membres les plus distingués de l'establishment parmi lesquels se trouvait Ocasio-Cortez aient participé à la prestation de serment et que tous aient signé un livre affirmant la légitimité du nouveau président, qu'elle aurait été la réponse de la justice étasunienne ?

 

Certainement, sa situation juridique s'aggraverait de manière significative, car il ne s'agissait plus seulement de demander l'intervention étrangère contre son pays pour, en revenant au Venezuela et dans le cas de María Corina Machado, déposer un Gouvernement légitime comme celui d'Hugo Chávez. Elle a également participé activement à la légitimation d'un usurpateur.

 

Mais si Menendez n'avait pas pu rester en fonction parce qu'une immense mobilisation populaire avait remis Biden à son poste et qu'Ocasio-Cortez à partir de ce moment-là avait commencé à se rendre fréquemment à Moscou ou à Pékin pour demander aux autorités russes ou chinoises de collaborer aux manifestations violentes qu’il organisait avec ses camarades (comme les violentes “guarimbas” 2014 et 2017) et s'il demandait également à ces dirigeants étrangers de décréter un blocus complet des activités économiques des États-Unis de sorte que plus rien ne puisse être exporté ou importé et qu'ils désignent également un « président en charge » des États-Unis, mettons l’imprésentable Marco Rubio, et avaient décidé, à la demande d'Alexandria, d'exproprier les actifs de deux gigantesque entreprises comme CITGO et PDVSA, que pensez-vous qu’il lui serait arrivé ? Réponse : Il aurait été immédiatement appréhendé et emprisonné et presque certainement condamné par les tribunaux de ce pays à la peine capitale ou à une peine de prison à perpétuité.

 

Revenons maintenant au Venezuela : Maria Corina est allée encore plus loin : elle a rencontré le président George W. Bush, le 31 mai 2005, et demandé un soutien pour mettre fin au « régime » d'Hugo Chávez Frías. En 2014, elle s'est présentée à une Assemblée de l'OEA avec le poste fantaisiste « d’ambassadrice alternative du Panama » pour exiger de cette institution discréditée qu'elle durcisse son opposition au Gouvernement vénézuélien. Pendant ces années, des Gouvernements successifs des Etats-Unis ont soutenu financièrement diverses formations politiques que Machado a créées au fil du temps, ainsi que plusieurs ONG avec lesquelles elle est liée ou qu’elle dirige dans les coulisses tout en sollicitant une action plus énergique de Washington pour attaquer le Venezuela et en finir avec Maduro.

 

Sur la ligne de cet activisme intense de Machado et du lobby anti-chaviste, le 8 mars 2015, Barack Obama a publié un décret insolite déclarant « l'urgence nationale face à la menace inhabituelle et extraordinaire » que le Gouvernement bolivarien représentait pour les États-Unis, posant les bases juridiques pour imposer des mesures punitives très sévères contre le pays. Cette décision infâme a été prorogée par Joe Biden et depuis lors, les États-Unis et d'autres pays ont appliqué 929 « mesures coercitives unilatérales » au Venezuela.

 

Le coût économique de ces sanctions est effrayant : 7 000 000 000 de dollars gelés dans des banques ; 5 000 000 000 de dollars retenus par le Fonds Monétaire International ; 2    000 000 000 de dollars représentés par 31 tonnes d'or déposées à la Banque d’Angleterre et confisqués par le Gouvernement britannique ; 10 000 000 000 de dollars de CITGO Corp. confisqués par les États-Unis plus le pillage de PdVSA. L’effondrement des exportations à cause de ces sanctions a été extraordinaire : en 2012, le pays exportait pour une valeur de 75 762 800 000 000 d'euros, en 2021, à peine 3 005 000 000 d'euros.Et le coût en vies humaines au cours des deux premières années de gouvernement de Trump s'élève à 40 000 selon une étude réalisée par Mark Weisbrot et Jeffrey Sachs.

 

La conduite de María Corina Machado (et celle de Leopoldo López, de Julio Borges et de Juan Guaidó) demandant au Gouvernement des Etats-Unis ces politiques contre le Venezuela s'inscrit clairement dans la figure juridique de la « trahison de la patrie ». C'est ce qu'exprime le Code pénal des États-Unis en établissant dans son titre 18, paragraphe 2381 que : « Celui qui, devant être loyal envers les États-Unis, se déclare contre son pays ou adhère à ses ennemis en leur apportant aide et réconfort aux États-Unis ou ailleurs, est coupable de trahison et subira la peine de mort, ou sera emprisonné et l'objet d'une amende, et il lui sera interdit d'occuper n'importe quelle charge aux États-Unis. »

 

Par conséquent, ce qui a été fait par Corina Machado et ses acolytes aurait été sanctionné aux États-Unis par la peine capitale ou, au moins, par une condamnation à vie et une interdiction d'exercer des fonctions publiques. Le code pénal de l'Argentine sanctionne cette conduite par des peines allant de 10 ans à la prison à vie, avec une interdiction absolue à perpétuité d'exercer toute fonction publique. Le code pénal de l'Uruguay, qu'il serait bon que le président Lacalle Pou lise, sanctionne des comportements comme ceux de Machado par « dix à trente ans de prison, et deux à dix ans d’interdiction absolue. » Au Venezuela, en revanche, la justice de ce pays (pas le président) lui a appliqué la sanction la plus bénigne : à peine une interdiction de quinze ans pour des actes flagrants de trahison de la patrie. Aux États-Unis, Machado serait déjà dans le couloir de la mort  d'une prison de très haute sécurité. Pendant ce temps, la presse hégémonique latino-américaine bat le tambour pour l'exclusion de la compétition électorale d'une personne qui, dans n'importe quel autre pays, serait en prison depuis longtemps.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2023/07/09/venezuela-corina-machado-y-la-traicion-a-la-patria/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2023/07/venezuela-corina-machado-et-la-trahison-de-la-patrie.html