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Venezuela: Impact international du référendum consultatif

9 Décembre 2023, 19:05pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

Après que les résultats du référendum consultatif sur l’Esequibo guyanais, résumés par la forte participation et le soutien écrasant au oui à chacune des cinq questions ont été connus, ses premiers effets ont commencé à se manifester dans le pays et à l'étranger, les mêmes qui ont été niés par des secteurs qui qualifiaient  cette consultation d'inutile et de sans aucun sens car « la souveraineté ne se consulte pas, elle s'exerce. »

 

Ainsi, nous avons vu comment pendant ces dernières heures, après l'annonce du président Nicolas Maduro de la mise en place du mandat contraignant exprimé dans le résultat de la consultation, une série de mesures de fort impact général ont déjà été prises. Nous voulons les approfondir un peu plus.

 

La lecture des médias internationaux et la réalité après le référendum

 

Deux choses, à l’étranger, ont marqué le récit des médias  à propos du processus électoral du 3 décembre dernier après que les résultats du référendum consultatif aient été connus.

 

La première tendait à banaliser cet acte en le qualifiant de non contraignant, et en cherchant ainsi à discréditer la vocation civique et démocratique des plus de 10 000 000 de volonté qui se sont manifestées ce jour-là.

 

Ainsi, alors qu'à l'intérieur des frontières, les détracteurs de cette consultation la considéraient comme inutile et les plus téméraires la qualifiaient les résultats de fraude, à l'étranger, celle-ci était considérée comme sans importance parce qu'elle n'était pas contraignante et était utilisée par le Gouvernement comme diversion des véritables problèmes du pays.

 

Le président Nicolas Maduro a insisté sur ce dernier point dans son allocution du 4 décembre, en disant : « Ce référendum est contraignant et obéit au mandat du peuple, le mandat du peuple est sacré, la voix du peuple est la voix de Dieu et hier, elle s'est exprimée (…) et c'est le tournant qu’en tant que chef de l'État je prendrai dans toutes mes actions et dans toutes nos actions à partir de maintenant. »

 

Le référendum ne donne pas seulement une nouvelle légitimité aux actions de l'État vénézuélien concernant le différent frontaliers il pose les bases de l'ensemble de mesures qui ont été annoncées et qui seront annoncés à partir de maintenant, concernant l’Esequibo guyanais compris comme un sujet fédéral et une partie inséparable de la nation vénézuélienne.

 

La loi organique pour la défense de l’Esequibo guyanais, la désignation d'une autorité unique pour l'état, le plan d'action sociale, l'assignation de concessions pétrolières, gazières et minières sur le territoire et les autres annonces sont la matérialisation du mandat contraignant du référendum qui prend effet immédiatement sur le territoire national.

 

La seconde constante observée vise à déformer les annonces du président sur la création de l'état de l’Esequibo guyanais grâce à la promulgation d'une loi qui a déjà été approuvée par l'Assemblée nationale en première lecture et que les médias internationaux cherchent à présenter comme un acte « d'annexion » d'un territoire « éloigné ».

 

Dans ce récit, on parle de guerre d'annexion dans le style de ce qui s'est passé dans le Dombass, c'est pourquoi les déclarations émises depuis mardi dernier quand Caracas a fait ses annonces sont diverses. Elles assument et répètent le discours qui refuse l'existence de la controverse territoriale d'un côté, et ment effrontément à propos des soi-disant ambitions belliqueuses et territoriales du Venezuela, de l’autre.

 

Même si ce récit a dans les autorités de la République Coopérative du Guyana son principal amplificateur, ce sont les médias internationaux payés par Exxon Mobil, comme le président Nicolas Maduro vient de le dénoncer, qui a créé ce discours.

 

La lecture réelle après le référendum

 

Quand l'escalade entre le Guyana et le Venezuela a débuté, entre le mois d'août et le mois de septembre de cette année, depuis le début, la disposition du président Nicolas Maduro à maintenir un dialogue direct avec son homologue guyanais Irfaan Alí n'importe où dans les Caraïbes en vertu de ce qu’a demandé la CARICOM qui soutiendra cette initiative est apparue clairement.

 

C'est l'Etat du Guyana, pour étrange que cela paraisse, qui a refusé explicitement tout dialogue avec le Gouvernement vénézuélien. Souvenons-nous des déclarations de son premier ministre, le brigadier Mark Philips, qui a, entre autres choses, affirmé : « Le temps de la négociation est terminé. ».

 

La seule l'issue pour cette partie a été de se rendre à la Cour Internationale de Justice et ainsi de refuser de reconnaître l'accord de Genève.

 

Le Guyana a préféré, comme l'a dit son président, aller vers ses alliés pour valider sa position et créer un front contre les actions passées et futures de l'État vénézuélien. Cela explique le soutien sans restriction des États-Unis qui ont annoncé immédiatement le mercredi 6 décembre, une patrouille aérienne conjointe avec le Guyana sur la frontière avec le Venezuela, le soutien britannique, le soutien du Commonwealth et, jusqu'à un certain point, les déclarations de la CARICOM en tant qu’organisation.

 

Ces soutiennent ne surprennent pas et leurs exigences n'attirent pas l'attention : attendre la décision de la Cour Internationale de Justice et, dans les cas les plus osés, exiger que le Venezuela respecte la sentence arbitrale de Paris de 1899. Ce scénario était prévisible et il sera difficile de le faire modifier, mais nous avons assisté à de nouvelles déclarations qui feront pression pour l'établissement entre le Guyana et le Venezuela d'un canal de dialogue bilatéral qui puisse déboucher sur la reprise des conversations dans le cadre de d’accord de Genève.

 

Un premier mouvement et survenu avec l'annonce que les chanceliers du Venezuela et du Guyana avaient  eu une conversation téléphonique sur les derniers évènements. Sans spéculer sur le fait de savoir qui a demandé ou non cette réunion, car cela n'est pas important, ce qui est important, c'est que la voie diplomatique continue à être ouverte malgré les déclarations de non négociations et de non dialogue que faisait le Guyana avant le référendum consultatif.

 

Ainsi, des acteurs reconnus comme ayant une importance internationale, après le 3 décembre, se sont prononcés clairement en faveur de l'organisation d'un dialogue bilatéral entre les parties qui permette de faire baisser les tensions et  surtout de calmer les spéculations qui se sont créées à partir d'un secteur concernant une  « guerre d'annexion » imminente.

 

Le porte-parole de la chancellerie chinoise, Wang Wenbin, a déclaré que son pays pariait sur « la résolution amicale des problèmes de démarcation de frontières grâce aux négociations entre le Venezuela et le Guyana. » Une déclaration d'une importance capitale car la République Populaire est l'un des cinq Etats qui peuvent mettre leur veto au Conseil de Sécurité où, le vendredi 8 décembre, sera abordé la question de l’Esequibo à la demande du Guyana.

 

Le président du Brésil, Lula Da Silva, dans le cadre de la réunion présidentielle du MERCOSUR, a proposé que la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens (CELAC), par l'intermédiaire du premier ministre de Saint-Vincent et les Grenadines, Ralph Gonsalves qui assume la présidence tournante de l'organisme, serve de médiateur et organise un dialogue entre les parties. Et il a proposé le Brésil comme siège de ces conversations.

 

Sans savoir ce qui sortira des consultations respectives à Caracas et à Georgetown, le fait que ce soit la CELAC la scène sur laquelle ce processus pourra se réaliser et que le médiateur ou le faciliteur soit Ralph Gonsalves, membre de la CARICOM et de l’Alba-TCP qui possède une certaine crédibilité aux yeux des deux parties, pourrait ouvrir une fenêtre d'opportunité pour rétablir les négociations bilatérales.

 

Ainsi, le fait que quelques heures après l'annonce faite par Lula à la réunion du MERCOSUR, le chancelier vénézuélien Ivan Gil ait annoncé qu'il avait une réunion « avec le premier ministre Ralph Gonsalves pour lui exposer les résultats du référendum consultatif du 3 décembre, attire l’attention. Nous avons réaffirmé l'engagement du Venezuela envers la paix et le dialogue diplomatique et direct pour résoudre la controverse avec le Guyana concernant le territoire de l'Esequibo guyanais sans l'ingérence de puissances étrangères. »

 

Dans cet esprit se trouve aussi la rencontre annoncée aujourd'hui par la chancellerie vénézuélienne entre le chancelier du Venezuela et le premier ministre de la Dominique, Roosevelt Skerrit, qui assume la présidence tournante de la CARICOM et dont on sait qu'il a été informé des dernières actions engagées par le Venezuela. La CARICOM a annoncé pour le 8 décembre, une réunion d'urgence dans laquelle serait abordé l'impact du référendum.

 

Conclusion,

 

Bien que nous ne puissions affirmer qu'il y a une synchronisation entre les dires du président Lula, le voyage du chancelier Ivan, Gill à Saint-Vincent et les Grenadines et la rencontre informelle du président cubain Diaz-Cannel discutant avec le président guyanais Irfaan Ali à Doha, Qatar, durant la Coop 28, en compagnie du premier ministre de Saint-Vincent et les Grenadines Ralph Gonsalves, tout semblerait indiquer que la région est en faveur de l'organisation d'un dialogue bilatéral entre les parties comme le président Maduro le demande depuis six mois.

 

C'est pourquoi l'annonce d'une réunion entre les présidents du Venezuela et du Guyana ne devrait surprendre personne. La dynamique que va prendre la controverse entre les deux pays et les implications géopolitiques mondiales–il y a du pétrole et du gaz en cause– exigent qu'on évite les escalade et que les tensions diminuent. La région semblerait parier sur cela.

 

Mais il faut partir du fait que le Gouvernement guyanais est coopté par la transnationale pétrolière Exxon Mobil (États-Unis) et ne se comportera pas nécessairement avec la logique d'un État-nation indépendant et souverain. C’est pourquoi le retour au dialogue et aux négociations bilatérales n'est peut-être pas sa première option malgré les pressions que la région pourrait exercer.

 

Ce qui est sûr, c'est que nous sommes dans une situation volatile dans laquelle l'information va changer et les scénarios se modifier presque en temps réel, c'est pourquoi on ne peut rien donner pour certain. Ce qui est sûr, c'est que le référendum consultatif place dans le domaine régional et international la nécessité que les parties de la controverse reprennent le sentier du dialogue et des négociations bilatérales. Ce scénario permettrait au Venezuela d'établir son récit concernant ce différend à l'étranger où la communication avec les pays alliés sera essentielle, surtout avec ceux qui sont présents aujourd'hui au Conseil de Sécurité des Nations unies, en particulier l'Algérie, la Chine et la Russie– (où le président Maduro aura à la mi-décembre une rencontre avec son homologue, Vladimir Poutine) –ces derniers ayant le droit de véto.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2023/12/09/venezuela-el-impacto-internacional-del-referendum-consultivo/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2023/12/venezuela-impact-international-du-referendum-consultatif.html