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Brésil : Recul du progressisme et permanence du bolsonarisme

16 Octobre 2024, 17:30pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

 

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos

 

Le dimanche 6 octobre 2024 s'est achevé avec certaines victoires et de nombreuses défaites de la gauche et/ou du progressisme brésilien qui se sont vus obligé à combiner la compétition du second tour avec le bilan des résultats. Sans aucun doute, le premier tour fut une défaite pour les partis progressiste, et pour le gouvernement de Lula Da Silva.

 

Les partis conservateur, seulement, avec le résultat du premier tour, obtenez déjà la majorité absolue des préfecture du pays. Peut-être, ce n'est pas un cas désespéré ou une défaite pour le camp progressiste : Guilherme Boulos arrive au second tour à São Paulo, même en mauvaise posture, le PT est présent au second tour dans quatre autres capitales et s'en est déjà assuré 252, dans un léger rétablissement après les pertes accumulée qui ont fait baisser de 638 en 2012 à 182 en 2020.

 

Dans le cadre général du pays, les grands vainqueurs ont été les partis de centre-droite. Fondé en 2011, le PSD est devenu le parti de centre-droite le plus fort du pays, dépassant le MDB après 20 ans.

 

Le PSD a gagné 867 préfectures contre 656 en 2020. Le MDB en a gagné 832 contre 793 il y a quatre ans. En troisième position arrive le PP avec 734 mairies conquises au premier tour. En 2020, il en avait 682. Le parti républicain est passé de 213 préfectures à 419. Le PL a augmenté en obtenant quelques 500 mairies c'est pas vrai mais s'est éloigné de son objectif de 1500 préfectures. Le PT de Lula est passé de 182 municipalités conquise en 2020 à 238 au premier tour.

 

Il y a plusieurs sortes de défaites, il y a de nombreux aspects et de nombreuses variables à considérer qui comprennent les tactiques adoptées et les pronostics erronés. Maintenant, il s'agit de tirer les leçons du premier tour et de gagner le second tour. La bataille continue, la première attaque vient de se terminer.

 

Y aura-t-il une autocritique ? Les élections municipales sont une chose, les élections présidentielles en sont une autre, disent les politiciens. Mais quand les partis qui soutiennent le Gouvernement fédéral mènent à pire dans une élection municipale, quelque chose ne fonctionne pas. Ou la population n'est pas contente des résultats du Gouvernement ou le Gouvernement a très mal communiqué avec la population.

 

Mais le pays affronte un autre phénomène que la gauche n'a pas évalué comme déterminant dans son recul de popularité : l'ordre du jour moral, aussi connu sous le terme d'hypocrisie conservatrice, la propagande d'une alliance entre l'extrême droite et le fondamentalisme évangélique.

 

La panique morale qui s’est établie dans la société à travers l'appel à une lutte du bien contre le mal, considérant le communisme comme le diable qui corrompt les petits enfants et les encourage à changer de sexe, à consommer des drogues et à voter à gauche, le pauvre individu qui gagne peu oublie que ce qui lui manque principalement, c'est l’argent, embrasse la cause divine de la défense morale de la société et des valeurs chrétiennes.

 

C’est un fait que les conseillers qui ont obtenu le plus de voix dans les principales villes du pays sont d'extrême droite. 3 600 000 voix. C'est le total des voix obtenues par la droite et l’extrême-droite à Sao Paulo. Ce chiffre représente plus du double des voix obtenues par Guillerme Boulos au premier tour.

 

Alors qu'une grande partie du camp progressiste continue à traiter la population brésilienne et celle de la périphérie comme intellectuellement pauvre, l’extrême-droite est en train d'obtenir que cette même population se sente de plus en plus participative et décisive dans les processus électoraux du pays. La capacité de coordination politique du fascisme brésilien  fait que la gauche perd des voix, et des voies importantes, à chaque suffrage universel.

 

Dans un pays où l'éducation est délibérément abandonnée pour que les plus pauvres ne développent pas un esprit critique et une capacité d'évaluation de la situation dans laquelle ils se trouvent, tout cela leur semble arrogant et présomptueux. et il s'exprime dans les yeux, sans comprendre les messages « académique » du progressisme. Alors que le bolsonarisme, l’extrême-droite, s'assoit et veut tout le pouvoir.

 

Le bolsonarisme

 

Dès que le bosonarisme a émergé au Brésil, il a été assez évident que le phénomène politique allait au-delà de l'individu qui lui a donné son nom. Inéligible jusqu'en 2030 pour avoir commis des délit électoraux, bien qu'on ne sache pas s’il ira en prison, l'ancien président Jair Bolsonaro commence à craindre que le bolsonarisme puisse même se passer de lui. L'avertissement est venu d'une nouvelle figure appelée Pablo Marçal, qui a fait irruption dans la dispute pour la mairie de São Paulo.

 

On ne sait pas s'il y aura un bolsonarisme au-delà de Jair Bolsonaro, car l'espace pour un changement d’autorités ou un processus d'héritage dans sa base sociale et son capital électoral n'a pas été ouvert. La forme d’organisation de l'extrême droite au Brésil est la combinaison d'une écologie d'entrepreneurs politiques qui s'entrecroise avec la logique de la politique institutionnelle pour devenir pyramidale. Au sommet, la figure de proue sert d'intermédiaire entre l'écologie et la logique des institutions.

 

Y a-t-il une gauche ?

 

Ce qu'on appelle les gauches n’ont pas de programme alternatif à la théologie de la prospérité des évangéliques et au discours de l’entreprenariat dans les périphéries. Ils ont perdu le vote captif des pauvres.

 

La gauche ne s’est pas encore aperçue des impacts des changements technologiques dans le monde du travail et dans la vie quotidienne des citoyens. Ces changements culturels ont produit de nouvelles subjectivités et de nouvelles demandes parmi les travailleurs ubérisés  dont les discours avec de vieilles recettes des candidats de gauche ne s'occupent pas.

 

La gauche n'a même pas capté le potentiel que peuvent apporter des technologies digitales en termes d'innovation dans les services publics, la coordination des économies locales dans les quartiers et les périphériques, dans la coordination d'une économie collaborative et pour le bien commun et dans la structuration de nouveaux services de santé décentralisés.

 

Les gauches présentent leurs propositions comme des recettes au  contenu formaliste et vide. Elles ne sont plus les mères des programmes sociaux compensatoires des Gouvernements de Lula : n'importe quel parti les adoptent et les appliquent dans leurs administrations. Elles n'ont pas non plus avancé dans le nouveau point de vue de santé publique, en coordonnons la vie urbaine avec l'écologie, dans la vie des espaces communs pour de multiples activités et des connexions dans l'offre de produits et de service locaux, dans l'offre d’espaces.

 

À São Paulo, la logique n'a pas été respectée : on prévoyait un second tour entre le « candidat de gauche », Guillermo Boulos et le bolsonariste Pablo Marçal. Le candidat de droite Ricardo Nunès a fait une gestion médiocre et les habitants de Sao Paulo voulaient un changement. Mais Marçal lui-même s'est marginalisé du second tour en publiant un faux rapport sur Boulos et a été l'objet de nombreuses attaques de toute part. La différence entre Boulos et Marçal a été de 80 000 voix…

 

Tout au long des années, la gauche a donné de plus en plus d'importance au marketing et de moins en moins aux stratégies. Cela a produit des campagnes médiocres et de mauvais résultats. Pour changer ce panorama, elle a besoin de campagnes plus incisives, plus combatives, plus agressives et plus mobilisatrices.

 

Les gauches ont perdu la capacité de produire de nouveaux dirigeants en cohérence avec notre nouvel époque. De la même façon qu'elles ignorent les impacts de la transition digitale, peu d'application ont été centrées sur la crise climatique et la transition écologique, des questions qui touchent tout le monde, signale Aldo Fornazieri, professeur à l'école de sociologie et de politique.

 

Les gauches ne connaissent même pas la notion de technopolitique comprise comme un ensemble d'activités qui projette de nouvelles formes de faire de la politique grâce aux technologies digitales, qui impliquent des stratégies de persuasion grâce à l'utilisation de la psychologie politique et de la neurosciences, de nouvelles formes et de nouveaux langages discursifs pour optimiser la persuasion et la construction de récits qui prennent en compte les impacts de la politique d’affectations.

 

La technologie permet de concevoir, de nouveaux dirigeants et de nouveaux acteurs politiques et sociaux, grâce aux moyens digitaux. Ce n'est pas seulement sur le territoire, ni dans le social ou syndical particulier que ce projette, l'autorité et le pouvoir. La droite a pris en compte les potentialités de projection des technologies digitales depuis depuis longtemps.

 

C'est vrai : il n'y a pas de relation directe entre les résultats des élections municipales, le problème des élections générales et la succession présidentielle de 2026, quand certainement, Lula ne se représentera pas.

 

Mais la perte de substance des programmes et des récits de la gauche est préoccupante surtout à cause de son incapacité à communiquer avec le peuple. Le Gouvernement fédéral aux mains de Lula Da Silva aurait même pu profiter du bon moment économique que vit le pays… mais n'a pas su en profiter.

 

Peut-être le problème est-il plus grave : le Gouvernement de Lula n'a pas de projet d'avenir pour le pays alors que la dissonance entre ce que le Gouvernement et le progressisme pensent et la façon dont dont ils agissent avec l'esprit de notre temps est patente.

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2024/10/15/brasil-caida-del-progresismo-brasileno-y-permanencia-del-bolsonarismo/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2024/10/bresil-recul-du-progressisme-et-permanence-du-bolsonarisme.html