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Venezuela: Le veto, l’Esequibo et le changement de régime

6 Novembre 2024, 14:40pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

 

Décrets, embargos commerciaux, vetos sur les organismes économiques, gel des avoirs : toutes ces mesures sont regroupées, dans le langage de la politique internationale, sous le terme générique de « sanctions ». Ces actions visent à affaiblir l'économie d'un pays et à limiter son accès aux investisseurs et aux ressources financières.

 

Les Brics, pour leur part, cherchent à promouvoir les investissements et à renforcer l'industrie, l'énergie et l'agriculture dans leurs pays membres. Dans ce contexte, le veto du Brésil à l'entrée du Venezuela dans le bloc représente un coup dur pour son économie, ce qui affecte inévitablement les conditions de vie de sa population et provoque des migrations.

 

DOSE SUPPLÉMENTAIRE

 

Bien sûr, on ne s'attendait pas à ce que les investissements arrivent immédiatement, et la possibilité reste ouverte qu'à l'avenir, le Venezuela puisse bénéficier de la nouvelle architecture financière mondiale qui commence à se mettre en place. Toutefois, à l'heure actuelle, la simple annonce d'un veto économique a un impact négatif sur le pays.

 

En ce sens, le veto n'était pas simplement un geste inamical, mais une action hostile qui érode les espoirs de reprise. C'est comme ajouter une goutte de cyanure à un breuvage déjà empoisonné : même si la dose semble minime, sa présence peut amplifier les effets cumulés des autres sanctions. Chaque milligramme compte.

 

L'ENGRENAGE

 

La décision du Brésil d'imposer un veto préjudiciable au Venezuela et à son peuple a suscité la surprise dans la région et a déclenché une avalanche d'analyses qui tentent de comprendre ce qui s'est passé.

 

Au-delà des différentes explications, qui vont des motivations spécifiques à l'intérêt sous-jacent d'affecter les Brics eux-mêmes, ce qui est certain, c'est que l'action du Brésil fait partie d'un mécanisme stratégique, comme c'est le cas pour toutes les décisions politiques, bien que tous les acteurs ne le fassent pas consciemment ou délibérément.

 

L'OBJECTIF TACTIQUE

 

En 2020, au plus fort de la pandémie, les États-Unis ont opposé leur veto à l'accès du Venezuela aux ressources allouées par le Fonds monétaire international pour mettre en œuvre les mesures sanitaires nécessaires contre le Covid-19. Ce veto s'ajoute à une série de sanctions visant à provoquer un « changement de régime ».

 

Aujourd'hui, dans le contexte d'une situation économique difficile et d'un conflit post-électoral, le veto brésilien, comme toute décision politique, s'inscrit dans une stratégie plus large. Objectivement, à court terme, cette mesure semble n'avoir d'autre but tactique que de faire obstacle à la prestation de serment du 10 janvier et de créer les conditions d'un « changement de régime ».

 

L'OBJECTIF STRATÉGIQUE

 

Lors d'une audition au parlement brésilien, Celso Amorim a exposé ce que l'on pourrait considérer comme l'objectif stratégique derrière le veto sur le Venezuela. Dans son discours, Amorim a déclaré : « L'intérêt principal est d'éviter que le Venezuela ne devienne le centre de rivalités géopolitiques qui menacent la paix en Amérique du Sud et qui se traduisent par des conflits au “cœur” de l'Amazonie ».

 

En désignant le Venezuela comme une menace latente pour la paix en Amazonie, Amorim relie non seulement le veto à l'intérêt du Brésil pour les Guyanes, mais révèle également l'existence d'une stratégie qui va bien au-delà d'un simple désaccord politique. Le veto est donc un outil qui a été utilisé en fonction de cet « intérêt principal ».

 

LA GUINÉE ÉQUATORIALE

 

Lorsque Amorim mentionne le « cœur de l'Amazonie », il est inévitable de penser aux intérêts stratégiques et aux plans d'expansion du Brésil. Pour Brasilia, l'ensemble de la région représente sa « zone d'influence naturelle ». C'est pourquoi le Brésil ne voit pas d'un bon œil les revendications vénézuéliennes sur l'Essequibo et a promu une politique de soutien à la Guyane qui comprend un appui militaire et diplomatique et des projets de liaisons routières.

 

Dans ce contexte, l'armée brésilienne a mobilisé un important contingent de troupes et de chars à la frontière vénézuélienne, où elle a récemment effectué des exercices et des manœuvres militaires.

 

ALIGNEMENT

 

Depuis le début du XXe siècle, la politique étrangère brésilienne a fait preuve d'un alignement stratégique sur les États-Unis, un phénomène que l'historien Bradford Burns a décrit comme une « alliance tacite » entre les deux nations. Cet alignement a permis au Brésil de s'étendre sur les territoires boliviens et péruviens.

 

Le lien a évolué au fil du temps et a consolidé une relation de dépendance. Aujourd'hui, c'est précisément en Amazonie, sur la base aérospatiale d'Alcántara, que se trouve la présence militaire américaine. Cette présence représente non seulement un partenariat, mais aussi une forme de subordination plus large des intérêts brésiliens en matière de sécurité et de défense à ceux des États-Unis, dans le cadre de cette « alliance tacite ».

 

VETO ET ARMES

 

Tant la préservation des intérêts géopolitiques américains dans la région que les projets d'expansion du Brésil nécessitent un Venezuela affaibli, un pays qui ne retrouve pas facilement son économie et son influence sur le continent. C'est le rôle des vetos et des armes : les deux faces d'une même pièce.

 

https://www.eluniversal.com/politica/194336/el-veto-el-esequibo-y-el-cambio-de-regimen