Argentine : Le Gouvernement dans son pire moment et l'opposition aussi
Par Daniel Campione
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos
Le monde du grand capital et ses représentants sont sortis pour soutenir Javier Milei après le dur faux pas de l'escroquerie à la crypto-monnaie. Lors de son passage par la Conférence d’Action Politique Conservatrice (CPAC) aux Etats-Unis, le président argentin a pu se montrer avec Elon Musk, accompagné par le cadeau grotesque d’une tronçonneuse, le symbole de la destruction aveugle qu’utilise le "libertaire".
Il a aussi montré l’aval de Trump, qui l’a félicité pour ses "succès" et dit être fier de lui. Crystalina Giorgieva a entériné l’attitude élogieuse du Fonds Monétaire International (FMI) alors que l’accord est toujours en suspens.
Même après le sérieux coup, subi par notre pays, l'ancien panéliste de télévision a pu flirter une fois de plus avec ses aspirations de dirigeant mondial de l'extrême droite. Et se vanter de n’avoir aucun complexe lorsqu'il s'agit de mettre en évidence son adhésion sans faille aux indications de la grande entreprise internationale, des États-Unis et d’Israël.
Dans ces domaines et en particulier dans le domaine de la finance transnationale, personne ne veut manquer la bicyclette financière et d'autres opportunités commerciales faciles et rapides que la gestion de Milei garantit à travers Luis Caputo, star du capitalisme de casino.
Il convient de citer la remarque précise de Diego Genoud dans une toute nouvelle note du site El Destape : "...face au scandale de la crypto-monnaie $Libra, les grandes banques d'investissement ne cessent de recommander à leurs clients de parier sur l'Argentine « libertaire". JP Morgan, Bank of America et Goldman Sachs insistent sur le fait que (La Liberté Avance) LLA est la meilleure chose qui puisse leur arriver.
Une question qu’on est forcé de se poser est de savoir quelle sera l'attitude des grands magnats et du FMI dans un avenir proche. Le degré et l'étendue des complications judiciaires que subit Milei, en Argentine et surtout aux États-Unis, et le niveau et la variété des protestations suscitées par l'affaire en cours, seront sans aucun doute le thermomètre de la mesure dans laquelle le soutien peut être soutenu.
Pendant ce temps, sur les rives du Plata
En Argentine, le sujet de la crypto-monnaie reste au sommet de l'information. Il suit la voie classique de ce type de scandales : Jour par jour, parfois heure par heure, des enquêtes journalistiques et des "fuites" de différents types ajoutent de nouveaux détails et intègrent plus de personnages à ce qui s'est passé.
Il y a déjà des références au groupe familial complet de Hayden Mark Davis. Et des révélations sur la quantité et la qualité des entretiens que les créateurs de $LIBRA ont eus avec le chef de l'État ou avec le secrétaire général de la présidence. À cela s'ajoute une vidéo sur laquelle un frère de Davis, nommé Gideon, affirme que Milei a signé un accord pour le lancement de la crypto-monnaie quelque temps avant qu'il ne devienne effectif.
Les experts locaux dans le développement des crypto-monnaies ont déjà déclaré qu'ils informeront les commissions du Congrès sur le mécanisme de mise en œuvre de la crypto-monnaie "diffusée" par le président. Les choses se compliquent.
Même des détails infimes mais drôles sont diffusés, comme l'occasion où Davis s'est caché dans les toilettes d'un restaurant pour forcer un financier indien à payer la note élevée du dîner qu'ils avaient partagé. Signe tragi-comique du sérieux du personnage.
Ce qui est important, c'est que les preuves de l'implication consciente et active du président et au moins d'une partie de son entourage dans l'escroquerie financière ont augmenté en quantité, en clarté et en précision.
Ces vérifications n'ont pas fait de mal aux intrigues de ceux qui devraient être l'opposition, mais qui , au contraire, ménagent permanence les désirs et des intérêts du parti au pouvoir.
Le plus grand événement dans ce sens la semaine dernière a été la volte-face des sénateurs de l'Union civique radicale (UCR, à droite) qui ont voté contre la formation d'une commission parlementaire destiné à enquêter sur les illégalités du président et ont ainsi empêché sa formation.
Six législateurs radicaux ont voté ainsi, même un couple qui avait soutenu la déclaration précédente pour discuter de la création de la commission, dont le président du bloc. Et juste au nombre nécessaire pour contrecarrer l’initiative a retourné sa veste puisque 48 voix étaient nécessaires pour la constituer et 47 ont été obtenues. Une précision qui interpelle.
Un autre exemple parmi tant d'autres que la direction politique argentine patauge dans la boue. Il est évident pour qui veut le voir que la soi-disant représentation politique non seulement souffre d'une absence de convictions mais ne se donne même plus la peine de dissimuler son manque de scrupules.
Les observateurs et les analystes ont été presque unanimes à souligner la mort du radicalisme en tant que parti digne de ce nom. Il ne reste que quelques tribus provinciales prêtes à vendre leur âme pour préserver les contributions budgétaires nationales qu’elles touchent. Et en passant, se montrer actifs comme de sérieux prétendants à partager avec La Liberté Avance les faveurs du grand capital.
Que dire de PRO (droite) ? Là, personne ne s'attend à ce qu'ils soient des opposants. Le fait est qu’il y a de plus en plus d’intrigants sur le point de passer à LLA, y compris des dirigeants aussi importants que Cristian Ritondo et Diego Santilli, qui sont sortis pour défendre Milei avec plus d'emphase et de rapidité que les partisans de Milei eux-mêmes.
Et quant au leader de cet espace, Mauricio Macri, il semble concentré sur la conduite d'une guerre autour du grand commerce de l’Aqueduc. Et il ne peut toujours pas résoudre ses dilemmes sur la question de savoir si le PRO va aux élections de mi-mandat avec sa propre liste. Ou bien il parvient à se placer dans une position de négociation forte face à Karina Milei et son frère. Il ira et reviendra tant que cette inconnue continuera et qu'il y aura des affaires dans lesquelles battre.
Union ? Patrie ?
En ce qui concerne l'Union pour la Patrie (péroniste), celle qui aspire le plus à un profil d'opposition parmi les forces majoritaires, souffre des désertions sélectives de certains gouverneurs et des législateurs qui leur sont subordonnés. Ce qui les conduit à des défaites répétées dans les votes législatifs qu'ils auraient pu gagner sur le papier. La règle qui prévoit la suspension des primaires PASO était la dernière, cette semaine.
Il convient de souligner que ces faux-pas parlementaires successifs constituent l'une des expressions de la pauvreté franciscaine du péronisme au moment de brandir un récit crédible comme alternative au Gouvernement actuel.
Celui qui pourrait aller dans cette direction avec quelques chances de succès, le gouverneur de Buenos Aires Axel Kicillof vient de lancer son propre groupe, "Droit à l'avenir". Il a obtenu un large éventail de soutiens parmi les maires, les syndicats, les organisations sociales, les partis alliés au PJ, etc.
Ces soutiens semblent très importants. Cependant, ils ont le contrepoids des espaces dirigés par Cristina Fernández de Kirchner. CFK semble pour l'instant prête à barrer la route à celui qui était son favori jusqu'à il n'y a pas si longtemps.
Elle semble céder sur ce terrain aux impulsions de son fils Máximo, qui a joué à contrecarrer la carrière de celui qui était ministre de l'économie de sa mère. Que le fils aîné des Kirchner continue à promener sa médiocrité sur la scène politique est un indice de plus de la dégradation de la direction argentine et de la direction péroniste en particulier.
Quant à son groupe, La Cámpora, ses dirigeants courant le risque de subir le même sort que le Conseil de coordination du radicalisme il y a quelques décennies : Passer de jeunes espoirs à des vétérans sans importance sans presque solution de continuité.
Une opportunité parmi tant de peines
Les sondages d'opinion toujours volatils ont tous reflété ces derniers jours la détérioration de la figure du président.
Indépendamment de la question de savoir si c'est exactement le cas, et si c'est durable, il est certain que l'aura de l'actuel chef de l'État en tant que rénovateur politique et nettoyeur de « nids de rats » a subi un coup dur.
Face à cette évidence et aux entourloupettes et aux égarements des espaces d'opposition supposée ou réelle, une possibilité et un besoin urgent se dessinent. Qu'une alternative qui se situe à gauche des partis traditionnels en cours de décomposition ou du moins menacés par un fort déclin émerge.
Ce n'est pas une tâche mesurable en jours ou en mois. Oui, il devrait s'agir de la réassurance pour qu'une éventuelle crise du gouvernement Milei ne soit pas capitalisée par certains de »ceux de toujours ». Ou par un « rénovateur » orienté vers un « changement » qui ne modifie rien d’important. L'un ou l'autre ne ferait que confirmer la domination du grand capital. L’alternative dont nous parlons, il est toujours bon de la répéter, ne peut ni découler de négociations entre quatre murs, ni reposer sur des individualités établissant des verticalités étrangères à la volonté peuple. On a besoin de la lutte dans les rues pour défendre et soutenir les intérêts du peuple et la confluence de différentes traditions et vocations intégrées dans la construction collective.
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