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Pensée critique: Jean Ziegler, l'homme qui a révélé les pires secrets de la Suisse

30 Mars 2025, 17:47pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

Par Atossa Araxia Abrahamian

 

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos

 

Ziegler fait plus que montrer du doigt les industries sans scrupule moraux. Il identifie la fameuse neutralité politique de son pays comme un énorme actif créateur de revenus, un avantage commercial et diplomatique structurel qui permet à l'élite suisse de créer des espaces sûrs pour que le capital et les capitalistes prospèrent, peu importe leur origine ou leurs croyances.

 

Depuis que Che Guevara lui a ouvert les yeux, il y a 60 ans, Ziegler a révélé la façon dont le bien-être de la Suisse est financé par la mort, la peur et la faim. Ses détracteurs le considèrent comme un traître.

 

Début 1964, Jean Ziegler, un jeune homme politique suisse, a reçu un appel téléphonique d'un homme qui disait parler au nom du révolutionnaire Ernesto Che Guevara, alors ministre de l'industrie de Cuba. Cet homme disait que le Che envisageait de se rendre à Genève pour assister à la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (UNCTAD) et que certaines camarades avaient suggéré que Jean soit son chauffeur lors de cette visite. Il a demandé à Ziegler s'il était disponible.

 

Ziegler a aujourd'hui 90 ans, c'est l'intellectuel public le plus célèbre de Suisse. Il a publié une trentaine de livres, a été membre du parlement pendant presque 30 ans et, sur son temps libre, a défendu inlassablement les causes de gauche. Sa critique envers son pays natal et l'énorme influence de la Suisse dans le reste du monde est implacable. Mais, dans les années 60, il était simplement un jeune de gauche impatient qui attendait une occasion pour changer le monde.

 

Ziegler, comme le Che, est né dans une famille de classe moyenne haute et comme le Che, ses voyages autour du monde l'ont amenés à prendre une position radicale contre un système qu'il considérait comme capitaliste, impérialiste, colonialiste et raciste. Là où il allait, il était le témoin de l'impact négatif de ce système : au Congo belge, avec le souvenir des enfants mourant de faim qui l’a tourmenté pendant tout le reste de sa vie, dans les guerres sanglantes d'indépendance algériennes contre les colonisateurs français et à Chypre où les Britanniques ont privé les citoyens du droit à l'autodétermination pendant des années.

 

Ziegler a également vu l'écho de l'oppression près de chez lui : dans les bourse de matières premières où les spéculateurs manipulaient le prix des aliments et du combustible extrait à des milliers de kilomètres de distance et dans les caves des banques, seulement à quelque pas de sa maison où les cleptocrates détournaient les ressources naturelles des pays qui les produisaient.

 

Les Suisses se vantaient depuis des siècles d'avoir réussi à séparer le sang de l'argent. Il s'enorgueillissaient  de maintenir les les caves de leurs banques loin des troubles du monde extérieur. Avec Ziegler est apparue une figure iconoclaste qui les a obligés à prendre en compte le coût moral de leurs actions.

 

« Il est possible que le sang ne coule pas dans les couloirs du siège de l'UBS, m’a-t-il dit un soir de juin 2021, mais il semble que oui, le relatif bien-être des Suisses est financé avec la mort, la peur et la faim. C'est la grotte d'Ali Baba : un refuge du monde. Cela ne se produit qu'en Suisse. »

 

Il a toujours eu la sensation qu'il y avait quelque chose d'étrange dans l'endroit où il est né, la ville de Genève, bien que sa situation ne raconte pas toute l'histoire. Genève héberge le second bureau le plus important des Nations unies, le siège de l'Organisation Mondiale de la Santé et des centaines d'organisations internationales et d’O.N.G. qui emploient des milliers de diplomates, de consuls, de travailleurs expatriés et leur famille. Il y a d’énormes entreprises multinationales. Presque la moitié de la population de Genève n'a pas la nationalité suisse. Sans tous ces étrangers, la ville n'aurait pas l'importance qu'elle a.

 

Je suis, je serai toujours une partie de ce monde à part, un endroit qui se définit par une certaine absence de racines. J'ai étudié dans des écoles internationales où l'histoire qu'on nous enseignait n'avait pas grand chose à voir avec les batailles qui se sont livrées à quelque pas du patio de l'école. Mes parents travaillaient à l'ONU : mon père en tant qu'économiste à la conférence du commerce et du développement et ma mère en tant qu'interprète des conférences pour le Secrétariat. Leur profession renforçait ma sensation d'être toujours un peu hors de l'endroit. Mes camarades de classe semblaient déménager après quelques années, ce qui me faisait me sentir comme si j'étais moi aussi toujours en train de partir, sans jamais partir.

 

Mais il y avait une raison moins évidente à ma gêne envers Genève. Elle avait avoir avec les règles : qui les créerait, qui les suivait et les endroits et les personnes à qui elle ne s'appliquait pas. provient de cette économie spectrale dont elle est l'hôte fantomatique, enveloppée de lois sur le secret, la neutralité, le secret bancaire et les exonérations fiscales.

 

Le canton de Genève ne compte qu'un demi-million d'habitants sur lesquels plus de 200 000 vivent dans la ville elle-même, mais plus d'un tiers vivent du commerce mondial des céréales qui se réalise ici. Plus de la moitié des sacs de café du monde « passe » par la Suisse, la plupart d’entre eux par des entreprises de Genève et des environs. Le pays a récemment eu son premier Starbucks en 2001, quelques mois plus tard, l'entreprise a commencé à acheter son café à travers une filiale Suisse.

 

Genève a été pendant longtemps un centre pétrolier stratégique, si on peut appeler « centre » un endroit qui n'a jamais stocké de barils. Jusqu'à il y a quelques années, 40 à 50 % du pétrole brut russe était commercialisé à partir de la Suisse, principalement de Genève, selon l'organisation d'enquête indépendante Public Eye. Quand le Parlement Suisse a décidé à contrecœur de se joindre au régime de sanctions de l'Union européenne contre la Russie après l'invasion de l'Ukraine par Vladimir Poutine, une partie de ces affaires s'est déplacée à Dubaï.

 

La Suisse n'a pas de sortie sur la mer, mais c'est le foyer de certaines des compagnies de navigation les plus importantes du monde qui louent des bateaux à Genève et opèrent de là, tandis qu'elles occultent leurs véritables propriétés sous le rideau du secret des corporations. Cette manière de se situer dans le monde est la plus importante contribution de Genève à la façon de vivre que nous avons aujourd'hui : l'ère des exceptions, dans laquelle le « ou »  et le « quand » importent moins que le « qui » le « combien », et le « pourquoi. » C'est un monde dans lequel la richesse voyage de façon abstraite, comme des chiffres sur un écran ou des opérations sur un terminal. Un monde dans lequel les frontières ne sont pas uniquement tracées autour des lieux mais aussi autour des personnes et des biens.

 

Ziegler s'en rend compte immédiatement et le dénonce sans arrêt, en mettant de plus en plus en danger sa subsistance (et sans doute sa popularité parmi ses compatriotes).

 

Les nuits avec Sartre et l'expérience du Congo

 

J'ai rencontré Ziegler dans sa maison du petit village de Russin, à quelques kilomètres de Genève. Il m'a reçu à la porte, vêtu d'un pantalon de sport gris et d'une chemise blanche tachée. Il m'a offert du whisky, encore du whisky et du vin, avant d'accepter de me servir un verre d'eau pendant qu'il attendait sur un canapé jaune moelleux près de la porte donnant sur la terrasse. Construite sur un vignoble escarpé surplombant le lac, sa maison était spacieuse mais pas ostentatoire. Chaque surface de la pièce est couverte de livres, de vases de fleurs ou de photographies de sa famille. « J'espère que vous ne m'en voudrez pas d'être pieds nus », dit-il. « J'ai récemment eu les yeux crevés », a-t-il ajouté en montrant son front bandé, “et ceci me permet de me sentir plus à l’aise. »

 

Ziegler a commencé sa carrière politique en tant que conservateur. Il a été membre actif d'un groupe d'étudiants fondé en 1819 pour promouvoir l'unité nationale suisse. Il s'est rendu à Berne pour étudier le droit et ensuite à Paris où il a étudié la sociologie à la Sorbonne au milieu des années 50. Pendant ses études, il est devenu ami avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir et pendant les soirées pleines de fumée et de vin, dans l'appartement de la mère de Sartre, le couple l’a initié au marxisme et encouragé à écrire un article sur la Guerre d'Algérie pour la revue Les Temps Modernes qu'il avait fondée.

 

Beauvoir s'est chargée de transformer la prose franco–suisse–allemande de Ziegler en une prose plus raffinée et littéraire. Elle a également insisté pour qu'il abandonne son nom de baptême, Hans, et adopte Jean, qu'elle considérait comme plus digne. Ziegler a changé son nom en Jean quand il a rejoint le parti communiste français et a été expulsé en tant que Jean pour avoir soutenu l'indépendance de l'Algérie. Mais il a fourni un soutien matériel aux causes qu'il défendait sous le nom de Hans: il a transporté des mallettes contenant de l'argent liquide à travers la frontière franco-suisse pour que le Front de Libération Nationale les dépose à Genève et « il a perdu » son passeport (dans l'intention de le prêter à un camarade) tant de fois que ça ne semblait plus être une simple négligence.

 

En 1961, Ziegler a répondu à l’annonce d'un journal qui cherchait des francophones pour accompagner un fonctionnaire britannique dans une mission dans ce qui est aujourd'hui la République démocratique du Congo. Le pays venait de prendre son indépendance met un coup d'Etat soutenu par la Belgique (qui voulait conserver ses concessions minières) et les États-Unis (qui voulaient aplatir le communisme) a renversé le président élu Patrice Lumumba et installé au pouvoir Mobutu Sese Seko. mon Boutou était le type du cleptocrate: mégalomane inhumain férocement anticommuniste, décidé à s'enrichir lui-même et à enrichir ses alliés tandis que le peuple peuple congolais souffrait. Il a nationalisé l'industrie mais il a mis les ressources du pays dans les mains d'amis et de membres de sa famille et privé les citoyens ordinaires des fruits de la vaste richesse du pays en minerais.

 

Ziegler logeait dans un hôtel forteresse de l’actuelle Kinshasa , protégé par de hauts murs entourés de barbelés, où chaque jour des enfants affamés se réunissaient pour demander des restes de nourriture. Un jour, il a vu les gardes du complexe disperser violemment les enfants qui ont été blessés et en sang. Ça lui a brisé le cœur de voir une telle brutalité. Alors qu’il me racontait ce qui s’était passé, sa voix s’est brisée comme si c’était hier.

 

Quand on a découvert que Mabutu avait détourné des sommes inimaginables d'argent de son pays et les avait déposées dans des banques suisses, la politique est devenue personnelle, intensément personnelle. « Pendant mon séjour, j'ai vu des enfants dans des conditions terribles,» m’a-t-il dit. Ce qui m'a motivé a été de savoir que Mobutu, qui est arrivé à Genève avec cet argent taché de sang, qui a causé tant de morts dans son pays, a pu agir ainsi parce que l'oligarchie suisse le lui a permis. »

 

Quand Ziegler a rencontré le Che et ses camarades à Genève –avec leurs bérets et leurs uniformes vert olive–, il partageait déjà leurs idées. Pendant les deux semaines suivantes, il s'est rapproché des Cubains, il les a amené au Mont Blanc, ils leur a traduit le peu d'espagnol qu'il savait et il s'est mis à leur disposition à tout heure du jour. Les révolutionnaires ont amené la forêt à la ville en dormant dans des hamacs dans des chambres partagées, en buvant, en fumant et en discutant toute la nuit. Ziegler s’est joints à eux et, la dernière nuit, il a pris son courage à deux mains pour demander au Che qu'il l'emmène à Cuba pour rejoindre la Révolution. C'était une nuit claire et de sa chambre, au huitième étage de l'hôtel Intercontinental, on pouvait voir le lac de Genève, illuminé alors comme à présent, par les cadrans fluorescents des montres de luxe.

 

Che a montré le lac : « C'est ici que tu es né, et c'est ici que vit le cerveau du monstre, » a-t-il dit. « C'est ici que tu dois livrer ta bataille. Ce fut probablement seulement un prétexte pour dissuader un dilettante maigrichon de se faire tuer. Mais Zigler l’a pris au sérieux. Il savait que la Suisse hébergeait un mécanisme systémique qui la rend particulièrement utile pour les forces du capitalisme non comme protagoniste mais comme faciliteur, derrière la scène.

 

Un pays qui est maître de l’impérialisme

 

Quelques années plus tard, Ziegler utiliserait le terme " impérialisme secondaire " pour définir la façon d'agir de son pays . Il ne s’agissait pas d’un impérialisme de premier ordre, ni français, ni britannique, ni plus tard étasunien: des impérialismes avec une présence militaire sur le sol étranger. L’influence de la Suisse a été plus discrète : une direction d’entreprises multinationales et financières qui ont maintenu les pays pauvres dépendants des biens, armes et argent occidentaux (en particulier des États-Unis ).

 

Les Suisses ont rendu possibles ces pratiques en offrant l’accès à des règles de financement favorables ainsi qu’à un environnement patronal respectable, ordonné et neutre : de bonnes règles, de bonnes lois. C'était, d'une certaine façon, une variante du commerce mercenaire. Les Suisses n'envoyaient plus de troupes se battre dans des guerres de conquête d'autres peuples, comme ils l’avaient fait pendant les siècles précédents mais, selon Ziegler, ils fournissaient la plate-forme de lancement pour une version moderne : « Quand j'ai vu ce qui se passait, a-t-il dit, je n'ai pas pu m'empêcher de le dénoncer. »

 

Son livre « Une Suisse, au-dessus de tout soupçon, »  été publié en 1976. La thèse de Ziegler, qu'il maintient jusqu'à aujourd'hui, est que le rôle de la Suisse dans le monde est celui d'un complice, d'une espèce de servant du capitalisme : « En Suisse, la gestion de l'argent a un caractère presque sacré, » écrit-il. Posséder de l'argent, l'accepter, le compter, le théoriser, spéculer avec lui et le recevoir sont des activités qui, depuis l'arrivée des premiers réfugiés protestants à Genève au XVIe siècle, ont été revêtues d'une majesté presque métaphysique.

 

Ziegler a ensuite attaqué les banques suisses, les entreprises pharmaceutiques, les groupes commerciaux et multinationaux, établissant un lien entre les sociétés et les personnes qui les dirigent et tout ce qui va du trafic de drogue aux violations des droits de l'homme à l'étranger. « Il est difficile d'imaginer une activité humaine qui ne soit pas financée par une institution financière de Genève, Zurich, Bâle ou Lugano », écrit-il.

 

Parmi ceux qui commettent des infractions se trouvent des banques qui reçoivent des mallettes pleines d'argent liquide en provenance des dictatures du Portugal et de la République dominicaine, des agences immobilières qui aident les cheiks du golfe et les colonels guatémaltèques à acheter des appartements près du lac pour se cacher et des filiales des entreprises étasuniennes Dow Chemical et Honeywell qui supervisaient les ventes internationales de napalm et de mines terrestres.

 

Les accusations portées par Ziegler dans ce livre et d'autres, écrits ensuite (« La Suisse se blanchit » et « L’or nazi ») lui va eu eu 9 plaintes en diffamation dans 5 juridiction pendant les années qui ont suivi (la loi sur la diffamation suisse est plus favorable aux plaignants que celle des États-Unis). Au total, on l’a condamné à payer 6 600 000 francs suisses de dommages et intérêts (presque 7 millions d’euros), des sanctions qui l'ont pratiquement mis en faillite, au moins sur le papier.

 

La neutralité Suisse : un actif commercial.

 

Ziegler a fait plus que signaler les industries sans scrupule moraux. Il identifie la fameuse neutralité politique de son pays comme un énorme actif créateur d'argent en lui-même, un avantage commercial et diplomatique structurel qui permet à l'élite Suisse de créer des espaces sûrs pour que le capital et les capitaliste prospèrent, peu importe d'où ils viennent et ce qu'ils croient. À partir de là, les Suisses ont amélioré l'offre avec des concessions spéciales, qui vont au-delà de ce que ses voisins européens peuvent offrir. Aujourd'hui, ces avantages peuvent inclure une déduction fiscale des coûts d'investigation et de développement dans l'industrie pharmaceutique, des entrepôts francs spéciaux dans lesquels les gens riches peuvent garder des articles de grande valeur comme de l'art et du vin, une tendance à ne pas responsabiliser les entreprises qui ont  leur siège en Suisse pour la contamination et les abus dans le travail à l'étranger et, évidemment, les lois strictes du pays contre la divulgation de l'information bancaire.

 

Beaucoup de pays ont utilisé leur capacité en tant qu’États-nations reconnus –la capacité de livrer des guerres (ou non), de collecter des impôts (ou non), d'approuver des lois (ou non) et de surveiller leurs frontières (de façon sélective)–comme moyen de produire de l'argent. Mais l'argument de Ziegler a toujours été que son pays est allé bien au-delà de ses possibilités, au détriment de tous. Cela, écrit-il, fait de la Suisse une « association défensive, pas un Etat nation dans le sens habituel. »

 

Il s'en suit que, bien que la Suisse fonctionne superficiellement comme une démocratie directe, ultra-populiste et basée sur des référendum, le Gouvernement suisse est complètement aux mains du capital international. Il est aussi extrêmement agile. Quand les électeurs ont décidé lors d'un référendum national en 2019 de réviser le système fiscal du pays et d'éliminer les impôts préférentiels pour les multinationales, les cantons individuels ont pris des mesures et ont réduit les impôts au niveau local : à Bâle, les taux d'impôts corporatifs ont baissé de 20% à 13 %, alors que les augmentations d’impôts à Genève ont été dans une grande mesure symboliques, passant d'une base de 11,6 % à 13,9 %

 

Comme aime, le dire, Ziegler : les Suisses ondées « mur pour que leurs richesses soient intouchables. Le mot qu'il utilise et révélateur. En français, comme en anglais, « receleur » et « fence" sont des mots à double sens qui peuvent évoquer aussi bien une barrière physique que quelqu'un qui reçoit des biens volés. Le mur est à la fois frontière et banquier, fossé et intermédiaire.

 

Le mur - pas le coucou, pas la fondue, et encore moins l'amour fraternel - est la contribution de la nation au monde dans lequel nous vivons. Si vous savez où regarder, vous verrez des petites Suisse partout où vous irez.

 

La véritable origine du secret bancaire

 

On suppose communément que la Suisse (et d'autres paradis fiscaux) est le pays dans lequel on a baissé les taux d'imposition pour attirer des entreprises. Au début du XXe siècle, la France et l'Allemagne ont commencé à mettre des impôts progressifs sur les revenus et les héritages de leurs citoyens, grevant la richesse de taux plus élevés, alors que la Suisse ne l'a pas fait. L'information a été diffusée grâce à une campagne publicitaire délibérée destinée aux riches : l'historien de l'université de Lausanne, Sebastien Guex écrit que les Banque ont imprimé « des tracts, des circulaires, des lettres personnalisées et des publicités dans des journaux et ont envoyé des représentants qui se sont rapprochés personnellement de leurs clients. » Guex affirme que cela fonctionné. La moitié du produit intérieur brut de la Suisse est allée aux banques suisses grâce à ces efforts.

 

La Suisse a adopté une stratégie d'obstruction active, que ce soit un adoptant des politiques fédérales qui empêchent des négociations avec d'autres Gouvernements qui auraient pu exiger d’agir contre ceux qui fraudaient le fisc en permettant que les banques Suisse, « s’auto-régulent » ou simplement en refusant de prendre des mesures énergiques contre cette pratique. Les Suisse ont aussi bénéficié d'un système fédéral qui encourageait les cantons à entrer en compétition non seulement avec des entités étrangères mais aussi  entre eux en offrant à leurs clients une large gamme d'options.

 

En 1934, la Suisse adoptée, son actuel législation informe sur le secret bancaire.

Il est probable que vous ayez entendu parler de ses origines (que même Ziegler répète souvent) : elle a été conçue pour protéger les étrangers des persécutions pour avoir retiré de l'argent de leur pays d'origine. Certains Juifs allemands, pressentant les difficultés à venir, ont agi de la sorte, et l'Allemagne avait déjà commencé à punir cette fuite de capitaux par la peine de mort. Mais l'historien Peter Hug a découvert que cette explication n'était rien d'autre que de la propagande révisionniste créée dans les années 1960 par le Credit Suisse. En fait, la loi sur le secret bancaire était le résultat d'un énorme scandale.

 

En 1932, la police française a été avisée qu’une réunion secrète dans laquelle le directeur de la banque commercial de Bâle donner des conseils fiscaux sans aucun doute douteux à des membres de la haute  société française se tenait dans un appartement des Champs-Élysées. Parmi les environ 2000 clients français de la banque de Bâle réticents à payer des impôts, se trouvaient des évêques, des généraux, des directeurs de journaux, une douzaine de sénateurs, un ministre, la femme d'un parfumeur célèbre et l'industriel Armand Peugeot. Leur richesse, toute non déclarée, représentés non moins d'un cinquième du PIB Suisse.

 

Les banquiers ont rendu des centaines de millions de francs aux Français, conscients que de telles incidents feraient perdre la confiance à leurs clients et qu’ils amèneraient leurs affaires autre part. Moins de deux ans plus tard, le Parlement suisse a transformé en délit fédéral le fait de révéler le nom du titulaire, d'un compte numéroté, cachant ainsi son industrie bancaire naissante pendant la plus grande partie du siècle suivant. Selon la nouvelle loi, il n'est pas nécessaire qu'il y ait une victime pour présenter une plainte pénale. En l'absence de plainte, les charges pourrait être présentées par l'État lui-même.

 

En 2014, 47 Gouvernements du monde entier ont signé un accord qui exige l’échange automatique d'informations sur le compte des clients. Sous la pression internationale, la Suisse s’y est finalement unie mais elle avait déjà gagné. Tout au long du XXe siècle, le pays a anticipé, s'est adapté à la nature de plus en plus délocalisée de la richesse, et s'est transformé d'un Etat non étatique en une espèce de trou noir entre la mondialisation et la réglementation. L'argent liquide, l'or, les bons et d'autres objets de valeur qui arrivaient à Berne ou à Genève jouissaient de l’avantages d'être en lieu sûr et, en même temps, invisible. Même le fait qu’en Suisse, l'évasion fiscale, c'est-à-dire le fait de présenter délibérément  de fausses déclarations de patrimoine ou de revenus soit considéré comme un délit civil et non pénal, ne leur portait même pas préjudice. Et pendant que le malaise s'étendait dans toute l'Europe, les banquiers suisses pouvaient toujours compter sur leur meilleur actif commercial: leur neutralité politique.

 

L'astuce de la Suisse c'est 50 10 sur deux pays neutre lui ont permis de survivre à la seconde guerre mondiale avec relativement peu de revers. Mais ce calme a eu un coup moral et élevé dont Ziegler se souvient très bien et auquel il a consacré une grande partie de sa carrière. Son livre « L’or nazi » dresse un portrait accablant de la complicité des banques suisses avec le nazisme.

 

Rompre avec le caractère national a toujours un prix. Ziegler a 90 ans et est toujours en train de le payer : en 1990, il a été l'objet de six plaintes différentes pour de soi-disant déclarations diffamatoires dans son livre « La Suisse se veut plus  blanche » dans lequel il accuse les banques suisses de recevoir de l'argent de trafiquants de drogue et d'autres criminels.

 

Ziegler, qui a été membre du Parlement fédéral suisse de 1981 à 1999, a été finalement dépouillé de son immunité parlementaire –qui protège les  fonctionnaires élus de certains types de procédures –et on lui a ordonné de payer des centaines de milliers de francs d'amende. Pendant des années, il a eu besoin de gardes de sécurité pour protéger sa maison. « Les menaces sont très vraies, » a-t-il déclaré au Los Angeles times : « Ils me disent toujours des choses comme « hier, ton fils était ici, tu étais là. » C'est une espèce de déstabilisation psychologique. » Sa maison est au nom de sa femme Erica, historienne de l'art, raison pour laquelle ils ne peuvent pas la mettre sous embargo, mais les droits d'auteur sur ses livres sont toujours sous embargo.

 

Le prix à payer pour aller à contre-courant

 

En 1998, Ziegler a été appelé à témoigner devant le Congrès des États-Unis sur le rôle que jouaient les banques suisses pendant la seconde guerre mondiale. « Les Suisses ordinaires éprouvaient une profonde antipathie envers les assassins de masse de Berlin. Ils haïssaient Adolf Hitler et  rejetaient tout traité avec lui, et ses complices, », a-t-il affirmé. « Malheureusement, cette hostilité n'était pas partagée par certains membres de la classe dirigeante, à savoir les directeurs de la Banque Nationale Suisse, les membres des conseils d’administration des banques commerciales et certaines membres du Gouvernement Suisse, », a-t-il ajouté.

 

À cause de ses déclarations, un groupe de conservateurs suisse, l’a accusé de trahison criminelle en affirmant que ses « mensonges malveillants, ses faussetés, ses calomnies et ses exagération sans limite » menaçaient la sécurité de l'État. L'accusation  affirmait qu'il « provoquait ou collaborait avec des activités contre la sécurité de l'État réalisées par des organisation étrangères ou leurs agents. »

 

J'ai été surpris que, après avoir passé toute sa vie à observer le fonctionnement du capitalisme, Ziegler, soit encore fasciné par l'ingéniosité, le cynisme et la malveillance de ses promoteurs. « Le fait que ce petit pays d'à peine 42 000 km² sur lesquels 60 %, seulement sont habitables, avec une population de moins de 10 000 000 d'habitants, soit un centre extra-territorial si puissant, et que 27 % des fortunes extra-territoriales du monde soient gérées en Suisse, ou depuis la Suisse, est tout simplement stupéfiant, », me dit-il. Son indignation morale semble être accompagnée de stupéfaction. On pourrait le comprendre.

 

J'ai demandé à Ziegler si ça lutte en valait la peine, et s'il sentait qu'il avait marqué une différence dans le système contre lequel il avait lutté pendant si longtemps. À la fin des fins, le secret bancaire n'est déjà plus le même, le blanchiment d'argent, bien que loin d'être éradiqué, est aujourd’hui au moins un pénal et les banques suisses sont sur la défensive.

 

L'importance de cette sorte d'histoires est une preuve que des activistes de gauche comme Ziegler ont eu une influence sur les débats publics concernant la justice, l'équité et les inégalités et que la conscience du monde concernant les par fiscaux est en train d’augmenter. Mais l'impact futur de ces campagnes sur les inégalités de la richesse réelle et sur les personnes les plus pauvres du monde n'est pas encore clair.

 

Ziegler pense que son pays suivra la lettre de la loi, mais pas son esprit.

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/03/18/pensamiento-critico-jean-ziegler-el-hombre-que-revelo-los-peores-secretos-de-suiza-inspirado-por-el-che-guevara/

URL de cet article :

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