Venezuela: L’opposition à la croisée des chemins
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
L’opposition politique. vénézuélienne se fracture entre ceux qui parient sur les urnes et ceux qui encouragent l’abstention alors quelle pays se dirige vers les élections du 25 mai et révèle de profondes failles dans ses rangs face à une nouvelle stratégie renforcée de la Révolution Bolivarienne.
Les opposants se trouvent à nouveau face à une alternative imposée qui semble cyclique: participer ou s’abstenir. A mesure que les élections du 25 mai se rapprochent, le spectre politique de l’opposition révèle des fractures qui, plus que stratégiques, deviennent existentielles.
D’un côté, les extrémistes comme María Corina Machado défendent avec véhémence l’abstention en qualifiant tout processus électoral de « farce » tant que Edmundo González n’est pas reconnu comme président. De l’autre, une constellation de dirigeants région aux et nationaux comme Luis Eduardo Martínez, Henrique Capriles, Manuel Rosales et Antonio Ecarri, entre autres, considèrent la voie électorale comme la seule viable pour le changement.
Cette division n’est ni superficielle ni due aux circonstances. C’est le reflet d’une crise profonde dans l’opposition vénézuélienne qui se débat depuis des années entre la confrontation radicale et la participation à l’intérieur de la légalité institutionnelle. La récente habilitation de Capriles Radonski, après huit ans de disqualification politique, réintroduit sur le plateau un acteur qui cherche à capitaliser l’usure évidente de la stratégie abstentionniste promue par Machado.
Le défi n’est pas sans importance. L’abstention est une ressource récurrente pour ôter toute légitimité aux processus électoraux vénézuéliens à l’étranger mais ses résultats, dans la pratique, ont plutôt été discutables. Comme l’indique un rapport du groupe d’investigation. « Mission Vérité », le dégonflement de Maria Corina Machado après des mois d’inactivité et la faible capacité à imposer sa ligne abstentionniste au reste des acteurs de son propre camp a laissé un abîme qui revient comme un fantôme cyclique ». Un vide de dirigeants que des figures comme Capriles tentent de combler.
Cette politique pragmatique de Capriles n’est pas nouvelle. Déjà, en novembre 2021, quand le Grand Pôle Patriotique Simón Bolívar avait obtenu une victoire écrasante aux élections régionales et municipales, le parti D’abord la Justice (PJ) - historiquement lié à Capriles jusqu’à son expulsion au milieu du mois d’avril dernier - avait conquis 12 mairies sous la bannière de la Table d’ l’Unité Démocratique (MUD), laissant derrière lui ses condamnations antérieures au CNE désigné cette même année.
Ce retournement tactique a a renforcé les failles à l’intérieur de PJ et ouvert une brèche de plus en plus insurmontable entre le secteur de Capriles et celui représenté par les frères Guanipa, Tomás et Juan Pablo, qui restent sur des positions plus intransigeantes.
La participation réelle
Jorge Rodríguez, président du Parlement et chef du commandement de campagne VEN25+ signale avec force que « celui qui gagne sera investi par la direction de la majorité en tant que député avec les droits qu’établit la Constitution. » Une déclaration qui s’oppose à ce qu’il considère comme un « déficit démocratique » de certains secteurs d’opposition qui « ne reconnaissent (les résultats) que quand ils gagnent mais pas quand ils perdent. »
C’est précisément cette accusation d’instrumentalisation des résultats des élections qui provoque une guerre ouverte entre les opposants. Tandis que certains sont qualifiés de « scorpions » parce qu’ils sont supposés être proches du Gouvernement du président Maduro, d’autres dénoncent le purisme inacceptable de ceux qui, à partir de positions maximalistes, rendent difficile toute avancée institutionnelle.
Ce qui échappe peut-être à l’analyse superficielle, c’est l’importance du processus électoral qui s’approche. Nous ne sommes pas devant des élections de plus.
Le 25 mai, les Vénézuéliens n’éliront pas seulement les gouverneurs -et pour la première fois, celui de l’Esequibo guyanais en litige- mais aussi les représentants aux conseils législatifs régionaux et, ce qui est très important, les 277 députés qui composeront la nouvelle Assemblée nationale. Un événement politique d’une ampleur extraordinaire qui, paradoxalement, coïncide avec l’un des moments de plus grande fracture de l’opposition.
La participation politique officielle au Venezuela est loin de s’éteindre. Le Conseil National électoral a reçu 36 986 demandes correspondant à 6 687 candidats soutenus par 54 organisations politiques (36 nationales, 10 régionales et 8 indigènes).
L’augmentation par rapport au processus de 2021 est encore plus significatif: 33,73% de plus pour les candidatures pour la liste nation ale à l’Assemblée, 28% de plus pour la liste régionale et un 24,30% pas du tout négligeable pour les candidatures individuelles au Parlement.
Comment concilier cette ferveur participative avec la fable de l’abstention qui prédomine dans certains espaces politiques et médiatiques? Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans le fait que le Venezuela, comme toute réalité complexe, n’admet pas de lectures à une seule dimension? La stratégie de « non participation » coexiste -mal- avec un écosystème politique qui, au niveau local et régional, continue à parier sur les institutions comme véhicule de la transformation.
Les dilemmes ne sont pas uniquement idéologiques, ils ont des conséquences pratiques immédiates. Actuellement, l’opposition a 4 postes de gouverneur plus 60 mairies et une présence importante au Parlement. Tous ces postes seront en jeu le 25 mai prochain. La question est inévitable: ces dirigeants régionaux sont-ils prêts à sacrifier leurs postions de pouvoir réel pour adhérer à une stratégie abstentionniste dictée par Caracas?
Daniel Ceballos, l’un des candidats d’opposition, identifie avec précision ce problème quand il dit: « Il existe une crise dans la façon dont les acteurs politiques et les partis communiquent avec les citoyens. » Un diagnostic qui vise non seulement la fracture de l’opposition mais aussi la déconnexion entre les élites politiques traditionnelles et « l’homme de la rue. »
Source en espagnol:
https://www.telesurtv.net/venezuela-elecciones-encrucijada-oposicion/
URL de cet article: