Argentine: Cristina Kirchner obtient la détention à domicile dans un climat tendu
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Le juge Jorge Gorini, membre du Tribunal Oral Criminel Féédéral No 2, a décidé ce mardi 17 d’accorder la détention à domicile à l’ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner. Cette mesure sera mise en place à son domicile situé dans le quartier de Constitution à Buenos Aires, où depuis une semaine des centaines de militants campent pour l’accompagner.
La notification du tribunal a été réalisée de façon virtuelle et avait pour but de désactiver les mobilisations convoquées par les secteurs du kirchnérisme pour ce mercredi devant le tribunal de Comodoro Py devant lequel Cristina devait se présenter.
Les organisateurs s’attendaient à ce que ce soit une manifestation de masse. Depuis lundi, des groupes de province se rendaient dans la capitale pour accompagner l’ancienne présidente qui a accompli deux mandats. L’image éventuelle d’une multitude de gens accompagnant Cristina Fernández de Kirchner inquiétait le Gouvernement de Javier Milei qui, dans le but de dissuader les kirchnéristes de manifester, a annoncé pendant ces dernières heures une série de mesures de répression.
Ce mardi 17, lao ministre de la Sécurité a autorisé la Police Fédérale à réaliser des cyberpatrouilles ainsi que des perquisitions et arrestations sans mandat, afin d’arrêter les personnes qui approchaient de la manifestation.
Restrictions
L’assignation à domicile imposée à Fernández de Kirchner comprend une série de restrictions strictes. Elle devra rester dans le domicile qu’on lui a fixé et ne pourra sortir qu’avec une autorisation préalable du tribunal sauf en cas de force majeure dûment justifiée. Elle devra aussi s’abstenir « de provoquer des troubles de voisinage », une disposition qui vise à empêcher l’important flux de personnes qui s’est approché de cette zone ces derniers jours pour l’accompagner.
En. outre, dans un délai de 48 heures ouvrables, elle devra présenter une liste des membres de sa famille, du personnel de surveillance, des médecins et des avocats qui pourront entrer chez elle sans avoir à demander une autorisation au tribunal. Toute autre personne devra faire une demande motivée pour pouvoir y entrer.
Le tribunal a également ordonné à la Direction de l’assistance aux personnes sous surveillance électronique d’installer un dispositif de contrôle électronique et a chargé la Direction du contrôle et de l’assistance en matière d’exécution des peines de surveiller tous les trimestres l’exécution de la peine.
Climat politique
Cette sentence est tombée dans un contexte de fortes tensions politiques. Selon les révélations des journalistes, le Gouvernement de Javier Milei serait intervenu indirectement pour que la demande d'assignation en résidence, soit approuvée dans l'intention d'éviter une mobilisation massive de soutien à l'ancienne présidente. Le chef du cabinet, Guillermo Francos, avait déclaré dimanche qu'il « serait logique que Cristina n'ait pas besoin d'aller devant les tribunaux. »
La défense de Fernández de Kirchner avait basé sa demande sur différents facteurs parmi lesquels son âge -elle a 72 ans- , la tentative d'assassinat dont elle a été victime en septembre 2022 et la protection policière permanente qui lui revient en tant qu'ancienne chef d’État.
C'est pourquoi l'avocat de Cristina, Carlos Beraldi, avait soutenu que la mettre en prison signifierait l'isoler pour des raisons de sécurité, ce qui pourrait être considéré comme un traitement inhumain selon les standards internationaux.
Mais les procureurs Diego Luciani et Sergio Mola -qui ont des relations fluides avec l'ancien président Mauricio Macri- s'étaient opposés à cette mesure en disant que la détention à domicile était une mesure exceptionnelle, et que, dans ce cas, il n'y avait pas de raison de santé ou de sécurité qu'il la justifient.
Bien qu'en Argentine, il n'y ait aucune femme de plus de 70 ans dans une prison ordinaire, les procureurs ont prétendu que l'article 10 du code pénal n'obligeait pas le juge à accorder cet avantage seulement en raison de l’âge.
Les relations entre les deux procureur et le macrisme sont plus qu’étroites. Luciani jouer au football avec l'ancien président dans la propriété Los Abrojos -appartenant à Macri- dans une équipe qu'ils appelaient "La Liverpool". Pour sa part, Mola figure sur les registres de la maison Rose -siège du Gouvernement- comme visiteurs, fréquent sous le gouvernement de Macri.
La décision du tribunal pourrait avoir un impact sur la manifestation prévue par le Kirchnérisme et d'autres organisations politiques et sociales pour accompagner l'ancienne présidente.
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