Communication: La persécution des défenseurs de l’éthique
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
A l’ère impérialiste des écrans monopolistiques omniprésents, quand la rapidité du spectacle s’impose comme critère de vérité, défendre l’éthique dans la communication n’est pas seulement une nécessité théorique: c’est une urgence politique, une tranchée historique. Ceux qui osent élever la voix con être la machinerie sémiotique du capital -ce réseau d’intérêts de monopoles médiatiques, d’agences de renseignement, d’agences de publicité, d’industries militaires, d’industries financières, d’industries culturelles et de pouvoirs judiciaires- sont persécutés, réduits au silence, marginalisés ou embrigadés. Non par erreur mais volontairement. Toute lutte pour la vérité est aussi une lutte contre le fétichisme de la marchandise-conscience. Et aujourd’hui cette façon d’agir a un nom: dictature des monopoles médiatiques.
Il faut comprendre que l’éthique est un outil social dans le domaine de la bataille des limites au capital. Parler d’éthique dans la communication ne revoie pas à des règles abstraites ou à des codes sortis de tout contexte. Il ne s’agit pas de manuels désinfectés déontologiquement, écrits par des bureaucrates au service d’entreprises transnationales. Non. L’éthique, comprise dialectiquement, est action pratique: elle est l’incarnation de la vérité dans des conditions historiques concrètes, c’est la conscience active des peuples qui luttent pour leur droit à se raconter, se penser et se rêver sans la tutelle des maîtres du sens. Et, pour cela même, défendre cette éthique implique une confrontation directe avec les dispositifs de domination symbolique.
Sa bourgeoisie ne se limite pas à expulser le surplus, elle expulse aussi le sens. L’éthique dans la communication est donc insupportable pour le système dominant. Parce qu’elle démasque. Parce qu’elle dissout les fictions rentables. Parce qu’elle organise les consciences. Parce qu’elle dénonce les crimes sémiotiques dans l’usage délictueux de la communication. Les monopoles médiatiques ont perfectionné un art de l’agression symbolique qui n’a pas besoin que de balles et y ajoute des algorithmes, des gros titres, des influenceurs et des caméras. C’est souvent un usage criminel de la communication. Le mensonge planifié, la calomnie sélective, la désinformation massive comme pratiques structurelles servent une stratégie lus large: détruire les individus critiques avant qu’is une coordonnent des forces transformatrices.
Ils sont terrorisés par l’éthique dans la communication développée par les peuples à partir de leurs luttes parce qu’elle devient un programme d’action collective, une menace pour la machinerie du discours dominant. C’est pourquoi ses défenseurs sont caricaturés comme « populistes », « radicaux », « dogmatiques », ou « ennemis de la liberté d’expression. » La tactique est évidente: criminaliser l’éthique pour légaliser le mensonge.
Ils ont réalisé la persécution dans des formes, des étapes et des acteurs très différents.Parfois avec des masques universitaires. La persécution des défenseurs de l’éthique dans la communication revêt de nombreuses formes: censure directe: licenciements, annulation de programmes, sabotages techniques, blocus sur les réseaux sociaux, diffamation systématique: campagnes de discrédit, fabrication de fausses preuves, moqueries publiques. Cooptation symbolique : achat de volontés par le biais de récompenses, prix, postes universitaires. Isolement institutionnel : refus de financement, exclusion des forums, boycott des publications critiques.
Celui qui dénonce le caractère de classe des médias, qui exige des politiques publiques de communication démocratiques, qui propose des médias du peuple et des formes d’éducation médiatique émancipatrices devient une cible. C’est la nouvelle chasse aux sorcières mais médiatique. Les inquisiteurs n ‘utilisent plus de capuchons ni de tortures physiques, ils utilisent les écrans, les sondages et les algorithmes. Cela fait partie d’un Plan condor élargi dans le domaine de la communication.
C’est ce que nous vivons aujourd’hui en Amérique latine et dans une grande partie du monde, ce n’est pas un phénomène isolé. Cela fait partie d’une guerre médiatique transnationale. Une réédition de toutes les persécutions déguisées dans laquelle on organise une architecture d’intervention sémiotique destinée à détruire les processus de conscience et d’organisation du peuple. Toute lutte pour une éthique dans la communication à partir des peuples est attaquée matériellement et symboliquement. Et toute voix éthique qui affronte le capitalisme médiatique sera qualifiée « d’ennemi public. » Est-ce que c’est autre chose que de la persécution, quand on gèle la voix de ses acteurs, on ferme toute communication, quand le châtiment de l’indifférence se développe, quand on ferme les médias communautaires, les espaces de recherche universitaire, quand on criminalise les journalistes du peuple ou quand on diabolise les dirigeants qui parlent le langage des peuples?
A partir de notre philosophie de la sémiotique, nous comprenons que l’éthique véritable naît de la conscience historique de classe. Il n’y pas d’éthique en dehors des relations sociales. Il n’y a pas de communication sans contradiction. C’est pourquoi l’éthique dans la communication doit assumer son caractère militant, combattant. elle n’est pas neutre: elle est du côté des opprimés. La persécution des défenseurs de l’éthique n’est pas accidentelle: c’est une phase du processus capitaliste de contrôle de la subjectivité. Mais c’est aussi un symptôme de sa crise. Quand le système a besoin de plus mentir, de plus persécuter, de plus déformer…c’est que la vérité l’accule.
Il ne suffit pas de dénoncer la persécution. Il faut organiser une contre-offensive à l’échelle du continent. Certaines tâches sont urgentes: renforcer les médias du peuple avec une autonomie organisationnelle et la capacité de formation politique. Former des communicants éthiques qui qui comprennent le rôle historique de la communication en tant que forme de lutte. Développer des pédagogies contre-hégémoniques qui apprennent à lire les médias et leurs dispositifs de façon critique. Promouvoir des lois anti-monopoles qui démocratisent l’accès aux fréquences, aux plateformes et aux ressources. Créer des réseaux internationaux de défense des journalistes, des médias et des communicants populaires persécutés. Militer dans l’éthique en tant qu’action collective, pas en tant que morale individualiste.
La communication ne peut pas continuer à être une marchandise. L’éthique ne peut pas continuer à être un ornement d’érudits ou de soutanes. Ou nous reconstruisons le tissu sémiotique de nos luttes ou le capital continuera à fabriquer des réalités conformes à ses besoins. Défendre l’éthique dans la communication est, aujourd’hui plus que jamais, un acte révolutionnaire. C’est brandir la dignité des peuples face à l’invasion de sens préfabriqués. C’est se réapproprier le langage, la mémoire, les symboles. C’est assumer le fait que la vérité est collective et que le droit de dire ne peut être monopolisé par les corporations du discours. La persécution de ceux qui soutiennent cette éthique -des radios communautaires aux philosophes marginalisés, des jeunes tiktokers à la conscience critique aux enseignants qui apprennent à lire le monde- est la preuve que quelque chose bouge. que le monstre tremble. Nous avons besoin d’une éthique qui ne s’agenouille pas. Une éthique militante. Une éthique organisée. Une éthique combattante.
source en espagnol:
https://www.telesurtv.net/blogs/persecucion-a-los-defensores-de-la-etica-en-la-comunicacion/
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