International: Qui contrôle réellement la politique étrangère des Etats-Unis?
Par Alejandro Marco del Pont
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Un labyrinthe de pouvoir impénétrable entre la Maison Blanche, les agences de renseignement et les groupes de pression sionistes et patronaux.
Dans le tableau géopolitique complexe d’aujourd’hui, où chaque mouvement militaire ou diplomatique des États-Unis génère des ondes de choc, il reste une question: qui prend vraiment les décisions à Washington? La rhétorique du président, les rapports du renseignement et les actions sur le terrain semblent souvent discordants et révèlent un système de pouvoir fragmenté dans lequel les influences vont des faucons de la sécurité aux lobbies avec leurs propres ordres du jour. Cet article met en évidence les forces occultes qui modèlent la politique étrangère des Etats-Unis, depuis les attaques coordonnées contre des alliés de l’Iran jusqu’aux ombres derrière la guerre en Ukraine.
Pendant des années, l’Iran a tissé un réseau d’influences au Moyen Orient grâce à des acteurs intermédiaires: le Hezbola au Liban, le Gouvernement révolutionnaire du Yemen, les milices chiites en Irak et un Gouvernement allié en Syrie. Cette « ceinture de sécurité » a permis à Téhéran d’étendre son pouvoir sans affronter directement Israël ou les Etats-Unis. Mais l’opération Tempête d'Al-Aqsa du Hamas en 2023 a marqué un tournant. Cet événement a permis que les alliés de l’Iran, qui maintenaient Tel-Aviv sous pression, soient systématiquement attaqués.
Ce nettoyage des pays protecteurs de l’Iran a pris du temps. La neutralisation de ces acteurs a demandée de la patience et des opérations secrètes d’espionnage, rien n’étant laissé au hasard. Suivant la logique des événements, la participation coordonnée du département d’Etat des Etats-Unis, de la CIA, du MI6 britannique et du Mossad israélien est évidente.
En juin 2025, tandis que les délégués des Etats-Unis et de la Russie discutaient d’un fragile cessez-le-feu à Genève, des drones ukrainiens étaient tirés contre des aérodromes et des lignes de chemin de fer en territoire russe. Presque en même temps, Israël lançait une attaque sans précédent contre des installations nucléaires iraniennes bien que Téhéran et Washington aient des discussions secrètes concernant l’énergie.
La similitude est inquiétante: dans les deux cas, les Etats-Unis ont nié y avoir participé directement bien que des documents révélés montrent que la Maison Blanche avait autorisé l’attaque israélienne 72 heures avant. En ce qui concerne l'Ukraine, la version officielle insiste sur le fait qu’elle avait « agi pour son propre compte » mais les experts militaires et les gens qui ont une tête ne le croient pas.
« L’Ukraine n’a pas la capacité, à elle seule, de réaliser des opérations de cette précision, » explique la général étasunienne à la retraite Laura Richardson. » elles nécessitent des satellites, une intelligence des signaux et une coordination avec l’OTAN. » Mieux encore: selon des sources du Comité de Renseignement du Sénat, le président Trump, à l’époque, n’en avait pas été informé.
Ignorance délibérée ou faille dans le pouvoir réel?
Ce qu’on sait, c’est que cela reflète un intérêt stratégique des Etats-Unis dans les deux conflits dans lesquels l’échec de la diplomatie précède des actions militaires. Le récit officiel -promouvoir la paix- contraste avec des résultats qui indiquent une préparation secrète de l’escalade.
La structure officielle attribue au président, conformément à l’article II de la Constitution, la plus haute autorité en matière de politique étrange!re en tant que commandant en chef. Mais la réalité est plus complexe:
- Un réseau d’influences
Le président dépend d’agences comme le département d’Etat (Marco Rubio), le Pentagone (Pete Hegseth), la CIA (John Ratcliffe) et le Conseil de la Segurité Nationale.
- Division des intérêts
Alors que le Trésor gère les sanctions, le Congrès contrôle (soi-disant) le budget et a déclaration de guerre.
Sous le gouvernement de Trump 2025, des figures clefs comme Ratcliffe (CIA) donnent a priorité à des menaces comme celles de la Chine et de la Russie et utilisent le renseignement avancé (IA, opérations secrètes) mais la politisation du renseignement et les conflits internes instaurent des doutes sur qui dicte réellement les décisions.
Des documents internes révèlent que 40% des décisions importantes sont bloquées ou modifiées par le Conseil de la Sécurité Nationale (NSC) où des bureaucrates de carrière et des lobbyistes exercent un droit de veto silencieux. « Il y a deux Gouvernements: celui qui est visible et celui qui signe les chèques, » déclare un conseiller présidentiel.
Mais si quelqu’un a le pouvoir, c’est le Comité américano-israélien des affaires publiques (AIPAC), l’un des groupes d’intérêt les plus influents des Etats-Unis, avec un pouvoir important sur le Congrès et la Maison Blanche.
AIPAC utilise plusieurs moyens de pression dont la large diffusion d’informations à travers des publications comme «The Near East Report», distribué à tous les membres du Congrès, aux gouverneurs et à la Maison Blanche. Cette publication donne des informations importantes sur la prochaine législation, la position de l’AIPAC et les personnes perçues comme une menace pour la législation pro-régime de Netanyahu.
Cette organisation a toujours profité de la peur d’être qualifié « d’antisémite » pour faire pression sur les membres du Congrès et conserve une « liste d’ennemis », des individus qui se sont opposés à son ordre du jour, ce qui peut causer d’importants dommages à leur carrière politique.
Ce ‘lobby’ dicte la politique au Moyen Orient. Alors que Trump annonçait en 2025 « un accord de paix historique » Israël et l’Arabie Saoudite, l’AIPAC mobilisait 32 000 000 de $ pour des campagnes contre des législateurs critiques. Son influence est un secret de Polichinelle:
- Contrôle législatif: 80% des projets de loi sur le Moyen Orient sont rédigés et publiés par ses avocats.
- Armes et veto: elle bloque la vente de F-16 aux Emirats Arabes et accélère les envois d’armes à Israël.
- Liste noire: des personnalités politiques comme Betty McCollum (démocrate) ont été qualifiées « d’antisémites » pour avoir demandé un audit de l’aide militaire.
« C’est simple: si tu veux survivre au Congrès, ne critique pas Israël, » affirme un ancien sénateur républicain.
La visite de Trump à Riad en 2025 s’est achevé par la signature de contrats concernant les armes pour 142 000 000 000 de $ comprenant la vente de F-35 fabriqués par Lockheed Martin -une entreprise dont les actionnaires comprennent 3 membres du NSC- Parallèlement, des fonds d’investissement liés à Jared Kushner (gendre de Trump) ont acquis des terrains dans des zones stratégiques du Qatar. Même si le ‘lobby’ israélien est celui qui gère la politique, à certaines occasions, les affaires s’imposent.
La politique étrangère des Etats-Unis est un champ de bataille entre le président (théoriquement, le décideur), les agences de sécurité (CIA, Pentagone) avec leurs propres ordres du jour, les groupes de pression (AIPAC) et les élites économiques.
La « déconnexion » apparente -comme l’ignorance des attaques ukrainiennes de la part de Trump- suggère deux hypothèses:
-Une manoeuvre calculée: une négation plausible pour éviter les responsabilités.
-Un chaos interne: des fractures dans le cabinet où des agences ou des « lobbies » agissent de façon autonome.
Dans les deux cas, le résultat est une politique étrangère fragmentée dans laquelle la rhétorique pacifiste cache une machinerie de guerre poussée par les faucons, les intérêts politiques et l’argent.
La politique étrangère des Etats-Unis n’est plus un jeu d’échecs mais un poker dans lequel ode nombreux acteurs jouent sans montrer leurs cartes. Le président a le micro mais qui écrit le scénario? Dans l’ombre, une alliance de faucon de la sécurité, de lobbies et de corporations semble avoir pris en otage le processus de décision.
Comme le dit un ancien directeur de la CIA: « Ici, personne ne commande…mais tout le monde tire. »
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