Mexique: L’élection des juges entre défaite du harcèlement judiciaire et risque d’influence
Par Carlos Fazio
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
L'élection des juges et des magistrats par le peuple, pratiquement une première au Mexique, a relancé le débat sur le rôle politique de la justice.
Le 1er juin, le Mexique a mené à bien une procédure, pratiquement inédite dans le monde : l'élection parle le peuple de 2 681 juge au niveau fédéral et local, dans les magistrats de la cour suprême de justice de la nation (SCJN).
Comme c'était prévisible, les résultats ont montré que la SCJN et le tribunal de discipline (qui agira en tant que commissaire politique) seront presque entièrement composés de candidats soutenus par le Gouvernement de Claudia Sheinbaum et son parti, le Mouvement de régénération nationale (MORENA).
Entre le vide de laisser par la sordide opposition politique -le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) et le Parti Action Nationale (PAN) - qui a appelé à boy ce processus, la très basse, participation des citoyens et la mobilisation efficace de MORENA, les élections ont confirmé que la nouvelle hégémonie du parti au pouvoir s’était étendue au domaine judiciaire. Au niveau politique et médiatique, les escarmouches autour de cette élection entre les partisans de l'ancien régime et ceux d’AMLO, l'ancien président Andrés Manuel López Obrador (un nouveau régime à tendance populiste, nationaliste, axé sur un programme modérément réformiste, extractivişte et intensément néo-développementaliste) étaient basées sur un dilemme manichéen que le Gouvernement a qualifié de conservateurs contre transformateurs.
Sais qu'après la victoire d’AMLO aux élections en 2018, le système judiciaire était devenu une tranchée pour freiner ou atténuer les initiatives venant du pouvoir exécutif. Dès lors, face à la pulvérisation des deux partis traditionnels (le PRI et le PAN), la corporation judiciaire -une entité de classe dirigée par la présidente de la cour Norma Piña, une. Porte-parole de la chambre de commerce Mexique-États-Unis- c'était érigé en basant des pouvoirs factuel et des secteurs conservateur pour essayer de renverser les projets stratégiques de ce qu'on appelle la quatrième transformation (4T) mise en place par AMLO.
À la manière de la guerre judiciaire et médiatique (lawfare) sale à la mode sous d'autres latitudes (en Argentine, au Brésil), la cour suprême a mis en place des protections et a émis des sentence qui suspendue, fait obstacle au plan du parti au Gouvernement. À partir de là, AMLO a proposé une réforme judiciaire destinée à freiner ce qu'il pensait être une tentative de coup d'Etat doux de la part d'une « caste privilégiée. »
Maintenant, ils ont balayé cet obstacle : sur les neuf ministres qui poseront le plus haut tribunal (cinq femmes et quatre hommes à cause de la parité de genre), six ont des affinités publiques avec le projet de la 4T. L'un d'entre eux, Hugo Aguilar Ortiz, ancien coordinateur de l'institut national des peuples indigènes pour les droits indigènes Hugo Aguilar Ortiz, et connu, comme le principal représentant d’AMLO dans les consultations biaisées qui se sont achevées par l'imposition de deux méga projets extractivistes dans le sud du Mexique : le Train Maya et le Corridor Inter-oceánique de l’Isthme de Tehuantepec.
Ce sur quoi il n'y a pas eu de discussion, malgré le bruit fait dans les médias par l’opposition et les dignitaire d'un pouvoir judiciaire érodé par la grande corruption et les liens avec la criminalité (Carlos Fernández Vega l'a appelé dans le journal La Jornada «le cartel de la toge») je le sais sur la légalité de cette consultation. À la rigueur, comme le ressasse maintenant l'opposition, le déficit est un déficit de légitimité: seulement 13 personnes sur 100 ont voté. Ce à quoi Sheinbaum répond que c'est plus que les voix qu'ont obtenu le PRI et le PAN aux élections présidentielles de 2024. Le principal défi des magistrats qui prendront leurs fonctions en septembre sera de démontrer leur autonomie face au Gouvernement et que le parti pris économique qu'il faisait de la justice un instrument ses riches ne soit pas remplacé par le parti pris politique en faveur d'une influence liée à MORENA.
Dictature en germe?
Dans ce contexte, les secteurs, conservateur, rechercher à placer comme schéma d'opinion, l'idée que l'élection a été un montage grotesque, un coup d'Etat, technique, une farce. Ou, comme l’a déclaré à la journaliste d’information Carmen Aristegui le constitutionnaliste argentin Roberto Gargarella, docteur de l’Université de Chicago, «1 des plus grandes tragédie juridique de notre temps, sinon la pire. »
Avant les élections, pour faire peur aux acteurs, ils ont sorti un attrape-nigaud rebattu : si la réforme gagne, le Mexique, deviendra une nouvelle Cuba ou un nouveau Venezuela. L'un de ces prédicateurs était Héctor Aguilar Camín, un éditorialiste du journal Milenio et l'un des principaux créateurs de « l'opinion publique » à partir du consortium Televisa, qui a qualifié le Gouvernement de Sheinbaum de « dictature en germe. » « avec l'expression « en germe », je veux dire que toutes les semences d'une dictature et même d’un Etat policier sont semées au Mexique mais que tous les arbres n'ont pas encore poussé et ne sont pas présents dans tous ses jardins. »
En vérité, votez, a été un processus complexe, confus et écrasant pour le citoyen ordinaire, à cause des multiples bulletins, couleurs et numéro, d'une connaissance, insuffisante des caractéristiques des candidats et de l'utilisation « d'accordéons » ( antisèches ou aide-mémoire) pour les électeurs dans les isoloirs, suggérés ou induits et même imprimés industriellement par de puissantes instances.
Pour que la cale se resserre
La grande surprise a été l'apparition sous les feux des projecteurs de Hugo Aguilar Ortiz, qui a obtenu 6 700 000 voix, ce qui en fera, selon les règles électorales, le prochain président du plus haut tribunal du Mexique. Strictement parlant, Aguilar -qui a été mis en avant par les héritiers de la Quatrième Transformation comme le deuxième indigène à présider la Cour suprême après Benito Juárez en 1858- est reconnu comme un bon avocat d’origine mixtèque qui défendait les droits des communautés membre des Services du peuple Mixe, mais qui, quand Gabino Cué est devenu gouverneur d’Oaxaca (2010-2016), a soutenu les intérêts de l’Etat et affronté les mouvements indigènes. Une tâche qui a poursuivi après au gouvernement fédéral sous López Obrador, au INPI, ou, avec son directeur, Adelfo Regino, a donné une légitimité au vol de terres et à l'imposition du Train Maya et du Corridor Interocéanique. C'est ce que disent les témoignages de dirigeants, indigènes de Morelos, d’Oaxaca et de la péninsule du Yucatán, qui l'accusent d'avoir « bureaucratisé » le vol de territoire communautaire avec des consultations fasttrack imposer avec le consentement forcé des autorités indigènes. Les mêmes sources signalent le « nouveau Benito Juárez » de la propagande du parti au Gouvernement comme un partisan de l'État, un instrument de légitimation du Gouvernement de la 4T et il soutiennent qu’Aguilar représente MORENA, pas les peuples originaires. À la chasse aux voix, en tant que candidat à une charge à la course suprême, Aguilar a fait campagne en se présentant comme conseiller du mouvement zapatiste aux accords de San Andrés (1995-1996), ce qui est faux : il n'est jamais figuré sur la liste des conseillers de la guérilla indigène maya. Une chose est sûre : le vote du peuple a vaincu le harcèlement judiciaire et le pouvoir judiciaire ne sera plus un obstacle au processus de changement des gouvernement de la 4T. Tout le reste est une inconnue.
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