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Salvador: 40 journalistes  contraints à l’exil

26 Juin 2025, 17:11pm

Publié par Bolivar Infos

 

 

 

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

 

Pendant ces dernières semaines, au moins 40 journalistes, ont quitté le pays pour chercher un refuge, après avoir été victime de menaces et de surveillance par des agents de l'État, à dénoncer l'association des Journalistes du Salvador (APES).

 

L’association des Journalistes du Salvador (APES) enregistrer un déplacement forcée de moins de 40 pendant ces derniers mois et de la plus grosse quantité pendant ces dernières semaines. Les principales raisons en sont « le harcèlement, l'intimidation et les restrictions arbitraires » de la part d'agents ou de fonctionnaires de l'État dans leur travail journalistique.

 

Sur tous les journalistes salvadoriens déplacés, au moins 16 -de 4 médias digitaux et d'un média imprimé- ont quitté le pays entre mai et juin de cette année, selon les registres de l’APES.

 

La plupart travaillait dans des médias indépendants et enquêtaient sur des affaires de corruption, de violation des droits de l'homme, de morts extrajudiciaires dans le contexte du régime d'exception, sur la dégradation de l'environnement par des entreprises immobilière et sur les liens entre des fonctionnaires et des groupes criminels.

 

« Ces journalistes de différents médias ont fait un travail important sur des abus  concernant les droits de l'homme, sur la transparence, et sur d'autres sujets, » affirme l'association dans un communiqué récent.

 

Víctor Peña, photographe et producteur du Phare, a dû abandonner le pays début mai, après avoir appris, de façon officieuse, que le procureur général de la république se préparait à arrêter 7 journalistes de ce média digital.

 

Cet avertissement est survenu après que le Phare ait commencer à publier une série de vidéos sur lesquelles deux chefs de bande affirment qu'il y a eu un accord entre le candidat de l'époque à la présidence Nayib Bukele et des bandes criminelles.

 

Selon les témoignages, ces bandes auraient reçu des instructions pour faire pression sur la population et la menacer pour qu'elle vote pour lui aux élections présidentielles de 2019.

 

Lors de ces élections, auxquelles n'ont participé que 51 % des acteurs inscrits sur les listes électorales, Nayib Bukele a été le président de la république avec 53 % des voix.

 

« J'avais décidé de rester, mais plusieurs sources nous ont averti qu'au bureau du procureur, ils étaient en train de mettre sur pied une affaire. C'est sur mentionner sept or, mandat d'arrêt pour des membres du journal. Quand tu y réfléchis, tu te dis: « Bon, c’est en rapport avec les sept personnes qui ont travaillé sur cette publication, » raconte Peña.

 

Le photographe fait partie par la voie terrestre avec deux collègues au début de mai transportant une partie de son équipement et de ses vêtements dans deux valises.

 

Sa femme et sa fille ont également dû quitter le Salvador, par crainte de représailles. Ils ont abandonné leur maison, leurs possessions, leurs rêves et leur projet de vie ensemble.

 

« Nous avions une vie normale, comme n'importe qui, mais cette situation a fini par tous, nous prendre, maintenant, notre vie est réparti dans quatre valises, », regrette-t-elle.

 

Silence de l’État

 

L’APES a dénoncé le plan présumé d'arrestation des journalistes du média digital  le Phare mais malgré cela, jusqu'à présent, le Gouvernement salvadorien ne s'est pas prononcé à propos de ces mandats d'arrêt et des plaintes concernant des persécutions. Le 6 mai, les avocats de la clinique juridique de cette association ont demandé aux procureur des informations officielles et précises sur l'enquête, présumé contre les journalistes du Phare, une demande qui n'a pas obtenu de réponse. « Nous exerçons en faveur des journalistes, le droit de savoir si il existe des accusations ou des enquêtes criminelles contre eux, » a déclaré Oswaldo Feusier, l’avocat de l’APES. Il a ajouté que l'enquête journalistique, le droit d'informer, la liberté d'expression ne peuvent pas et ne doivent pas être considérés comme des crimes.

 

Sergio Arauz, président de l’APES, affirme que jusqu'à présent, on ne sait pas quels sont les délais imputé devant les tribunaux aux journalistes, la seule chose qu'on sait, c'est que c’est à partir des informations que Peter Dumas, directeur de l'organe de renseignements de l’État (OIE), a ventilées publiquement.

 

Le fonctionnaire a déclaré publiquement à d'autres occasions sur son compte X : « avec des journalistes », financés par les maras et liés à eux, au trafic de drogue, aux abus sexuels, à la traite de personne et à d'autres lits, nous devrions avoir le double du budget. Ils ne peuvent pas se cacher pour toujours derrière les privilèges invisibles du 'journalisme'".

 

Le président de l’APES ajoute que l'absence d'informations données par les autorités augmentent l'incertitude et l'angoisse des journalistes qui ne connaissent pas leur situation juridique exacte, ce qui leur rend difficile de prendre une décision pour rentrer chez eux.

 

« Ils sont dans une situation d'incertitude, parce que personne n'a la certitude de son avenir proche, des gens qui sont sortis de leur maison, dans beaucoup de cas, sans savoir combien de temps ils allaient en être éloignés, » dit Arauz.

 

La persécution des voix dissidentes augmente

 

Arauz confirme que, pendant ces derniers jours, une augmentation significative des plaintes concernant des « situation anormales » a été enregistrée, ce qui crée un climat de peur généralisé. Parmi ces plaintes, il mentionne la surveillance, le suivi, le profilage et les menaces envers des journalistes, dans beaucoup de cas de la part d'agents et de fonctionnaires de l’État.

 

Il y a des plaintes concernant des policiers, qui prennent des photos de journalistes, des policiers, hors de chez eux, des interrogatoires, de membres, des familles, des journalistes et des rapports concrets et fiable sur des ordres d'arrestation, particulièrement contre le journaliste du Phare, » explique Arauz.

 

Pour le président de l’APES, ces cas ne sommes pas des cas isolés mais les déplacements récents se font dans le contexte d'une « escalade autoritaire », dans laquelle des avocats, des défenseurs des droits de l'homme et des dirigeants communautaires sont également considérés comme des criminels pour exercer le droit à la liberté d'expression et le droit à la protestation.

 

Pendant ces derniers mois, les autorités salvadoriennes on arrêté des personnes critique envers le Gouvernement dans le cadre d'un régime d'exception, qui, depuis trois ans, restreint les garanties constitutionnelles de toute la population.

 

Le 12 mai, le pasteur de l'église Elim José Ángel Pérez a été arrêté pendant une manifestation aux abords de la résidence du président Bukele. Le lendemain, l'avocat défenseur de l’environnement Alejandro Henríquez a été arrêté en relation avec la même protestation. On les a accusés tous les deux du délit de trouble à l’ordre public et de résistance lors de leur arrestation.

 

L'avocate anti-corruption de Cristosal, Ruth Eleonora López, a été arrêtée le 18 mai sur ordre du procureur. Initialement, elle avait été signalée sur les réseaux sociaux de cette institution pour le délit de détournement d'argent, mais devant les tribunaux, elle a été accusée d'enrichissement illicite pendant qu’elle était conseillère de l'ancien président du tribunal suprême électoral (TSE), Eugenio Chicas.

 

Deux semaines plus tard, le 7 juin, elle a été arrêté l'avocat constitutionnaliste du Journal d’Aujourd’hui, Salvador Enrique Anaya, qui a été accusé du délit de blanchiment d’argent.

 

Le procureur affirme que les personnes arrêtées sont liées à la commission de différents délits mais des organisations nationales et internationales ont alerté sur le fait qu'il s'agit d'un schéma de criminalisation des voix dissidentes: des journalistes et des défenseurs, des droits de l’homme.

 

Une vie interrompue

 

Bien que les affaires de déplacement de journalistes soient sortis au grand jour pendant ces dernières semaines, les premiers exodes par crainte de représailles ont été enregistrés l'année dernière.

 

Carolina Amaya, directrice du média digital Malayerba, spécialisée dans le journalisme d'investigation sur l'environnement, est à l'étranger depuis plus d'un an.

 

De l'étranger, la journaliste nous dit combien il est difficile de quitter le pays, vers un autre, où il n’y a pas de stabilité professionnelle, familiale et sociale.

 

« Prendre la décision de partir est très difficile, vous transforme complètement. Je ris quand les gens disent que nous cherchons seulement l’exil. Ils ne savent pas vraiment ce que cela signifie de repartir de zéro dans un nouveau pays sans réseaux, sans travail, sans stabilité, » regrette-t-elle.

 

Carolina a quitté le Salvador 15 mai 2024 après que son père, Benjamín Amaya, été libéré, après avoir passé 10 mois en prison, accusé par le procureur du délit de menaces.

 

Quelques mois avant l'arrestation du père de la journaliste et d'autres paysans, ils avaient été menacés par le personnel d'une entreprise d'énergie solaire pour qu'ils quittent un terrain de l'État que les agriculteurs utilisaient depuis plusieurs années pour cultiver du maïs, des haricots, des légumes et des fruits.

 

Après la libération de son père, la journaliste s'est rendue en Espagne avec une bourse, mais pendant qu'elle se trouvait à l'étranger, elle a été attaquée par une entreprise de construction après que Malayerba et publier une enquête sur la destruction environnementale d'une zone protégée sur le lac de Coatepeque, dans l'ouest du pays.

 

« Ça a été le moment auquel j'ai su que tout allait être pire. Quel sens a de rester dans un pays où pour avoir fait une enquête environnementale et touché des intérêts économiques et politiques, tu es plus vulnérable ? »

 

Augmentation des agressions

 

Le dernier rapport de l’APES sur la liberté de la presse révèle une augmentation alarmante de 150 % des attaques de journalistes en 2024 par rapport à l'année précédente.

 

Selon le document, en 2023,311 plaintes ont été enregistrés alors qu'en 2024, ce chiffre a atteint les 789. Sur ceux-ci, 70 % auraient été commis par des fonctionnaires publics, des employés du secteur public, des institutions de l'État, des corps de sécurité et des personnes exerçant des fonction de l’État.

 

Parmi les agressions les plus fréquentes, on trouve la restriction de l'exercice du journalisme, les déclarations discriminantes qui s'aggravent quand les victimes sont des femmes et le blocage de l'accès à l’information.

 

L'association a enregistré des agressions contre les journalistes, depuis 2018, parmi lesquelles l’arrestation du communicant communautaire Víctor Barahona.

 

Barahona a été arrêté chez lui, au nord de San Salvador, le 7 de juin 2022 et ensuite accusé d’association de malfaiteurs, un délit en relation avec les groupes criminels.

 

Après avoir été libéré, après 11 mois de prison, Barahona, avec le soutien de l’APES, à dénoncer le fait que son arrestation était arbitraire. En décembre de l'année dernière, il s'est rendu au Bureau du Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits humains des Nations unies (ONU).

 

Dans un communiqué, l’APES affirme que le but de la plainte et de donner une visibilité à cette affaire et de demander des mesures de protection spécifique pour garantir la protection intégrale du journaliste. » Etant donné qu'il est en liberté avec des mesures de prisons alternées, son affaire reste ouverte.

 

L’APES signale que la situation de censure et d'hostilité s'aggrave avec la loi sur les agents étrangers récemment approuvée par l'assemblée législative partisane du Gouvernement qui impose un impôt de 30 % à tout transfert d'argent, à tout don ou à tout paiement en provenance de l'étranger vers des organisations ou des individus qui travaillent avec un financement international.

 

Dans un communiqué, la société inter-américaine de presse (SIP) préviens que cette règle « est une menace directe pour la liberté de la presse et le travail des organisations indépendantes. »

 

Pour l’APES, c'est une mesure de plus pour criminaliser la corporation des journalistes et, face à cette situation, elle exige du Gouvernement salvadorien des garanties qui permettent aux journalistes de faire leur travail sans craindre d'être considérés comme des criminels et poursuivis devant les tribunaux pour avoir fait leur travail.

 

« On leur demande de cesser la répression et l'abus de pouvoir et d'ouvrir un dialogue réel pour restituer les droits, », conclut le président de l’APES.

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/06/26/el-salvador-el-regimen-de-nayib-bukele-provoca-el-exilio-de-40-periodistas/

URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/06/salvador-40-journalistes-contraints-a-l-exil.html