Mexique: Derrière les cartels mexicains du trafic d’armes en provenance des États-Unis
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Selon le dernier rapport de l'ATF (20-1924), 74 % des armes récupérées à des criminels au Mexique proviennent des États-Unis.
Le trafic illégal d'armes entre les États-Unis et le Mexique est un phénomène de longue date et il est considéré par les autorités mexicaines comme essentiel pour le maintien de la violence liée à la drogue sur une grande partie du territoire national. Cette situation a été signalée à maintes reprises par la présidente Claudia Sheinbaum qui a transformé ce phénomène en une constante dénonciation diplomatique.
Dans ses déclarations les plus récentes, la chef de l'État a exigé que Washington assume la responsabilité du contrôle du trafic d'armes à partir de son territoire, et des arrestations liées au blanchiment d’argent et à la distribution des drogues aux États-Unis. Les États-Unis (sur le fentanyl et les opiacés), basés sur le principe de la souveraineté : « On ne peut pas parler seulement du Mexique, parce que qui vend et lave de l'argent aux États-Unis ? »
Selon le dernier rapport de l'ATF (20-19-2024), 74 % des armes récupérées auprès de criminels au Mexique proviennent des États-Unis et elles étaient légales au moment de leur première vente. En 2023 et 2024, le Texas a apporté 43 % aux armes suivies, l'Arizona 22 % et la Californie à 9 %, c'est-à-dire que ces trois États représentent près des trois quarts du trafic documenté.
Le précédent le plus important est celui d'août 2021, lorsque le Mexique a déposé une plaine contre 11 sociétés d'armes étasuniennes. Les entreprises concernées comprennent certains des fabricants les plus puissants: Smith et Wesson; Barrett Firearms Manufacture; Bereta; International Weapons of the Century; Colt Manufacturing Company; Glock; Sturm, Ruger and Co et Witmer Public Safety Group, entre autres. Les ventes annuelles de ces entreprises à des clients au Mexique, selon le Gouvernement mexicain, dépassent 340 000 armes par an, et ce pour le seul cours légal.
Pendant ce temps, des milliers d'armes entrent illégalement des États-Unis dans différents états mexicains grâce à 11 routes principales identifiées par le Ministère de la défense du Mexique.
Ces routes concentrent 32 % de toutes les armes tracées qui ont ensuite été utilisées par des cartels tels que le GNC ou le GJG ou celui de Sinaloa, et 82 % de ces armes ont été récupérées dans des états dans lesquels ces groupes criminels opèrent avec un contrôle territorial renforcé.
Le Mexique indique qu'entre novembre 2024 et mai 2025, près de 5 900 armes à feu, 31 868 chargeurs, plus de 1,2 million de cartouches et 289 grenades ont été saisis dans les opérations frontalières et sur les routes intérieures. Cette charge offensant représente une ténacité de l'État qui n'a pas encore démantelé le réseau d'armements des criminels.
Les armes les plus récupérées sont les pistolets semi-automatiques (environ 50 % des ratissages) et les fusils semi-automatiques (33 %), suivis par les revolvers (9%) et les fusils de chasse (6%). Il souligne l'utilisation croissante d'armes de fabrication artisanale (armes fantômes) qui n’ont pas de numéro de série parce qu'elles ne sont pas soumises à des contrôles aux États-Unis et sont plus difficiles à suivre.
Les cartels utilisent également des fusils de type militaire (AK-47, AR-15 et des variantes), ainsi que des mitrailleuses de gros calibre (Browning M2.50, FN M240, FN M249), utilisées pour les affrontements violents et pour la protection de leurs routes, de leurs magasins clandestins et des laboratoires de production.
Ces armes, bien que fabriquées légalement aux États-Unis, se tournent ensuite vers le marché clandestin. Une analyse indépendante sur plus de 133 000 armes suivies a conclu que près de 30 % étaient de quatre marques: Glock, Colt, Smith et Wesson et Beretta, des entreprises contre lesquelles le Gouvernement mexicain a également engagé des poursuites devant les tribunaux des États-Unis en 2022 pour négligence en autorisant ce flux vers le Mexique.
Des enquêtes récentes révèlent que les armureries indépendantes concentrent la majeure partie du trafic: 83 % des armes suivies en provenance des États-Unis, venaient pour la plupart de magasins comme l'Utilisation de l'Armory ou de CDNN Sports au Texas et en Arizona.
Certains de ces magasins ont vendu des centaines d'armes accompagnées de chargeurs et de munitions qui ont été directement liées à des cartels mexicains et même utilisés dans des assassinats au Mexique et aux États-Unis. Ces commerces légaux ont été publiquement dénoncés comme des facilitateurs du trafic (bien qu'aux États-Unis, eucune condamnation pénale massive n'ait été prononcée à leur encontre.)
Selon un rapport d'ASIS et de The Trace, l'utilisation d’armes fantômes, d'armes volées de gros calibre ou d’armes non traçables a augmenté, bien qu'elle ait légèrement baissé en 2023. Toutefois, le problème demeure: la demande légale et l'accès permanent aux fabricants font des États-Unis une source irremplaçable d'armes mortelles.
Les autorités estiment qu'entre 200 000 et 750 000 armes fabriquées aux États-Unis entrent illégalement au Mexique chaque année, un montant impensable sans infrastructure juridique telle que l'ATF et des armureries habilitées par les licences fédérales qui ne bloquent pas les achats qui semblent suspects d'être pour la contrebande.
Déclarations et stratégie du Président Sheinbaum
La présidente a été catégorique: la coopération avec les États-Unis n'implique pas de soumission et la souveraineté du Mexique doit être respectée. Elle a rejeté les offres d'intervention militaire des États-Unis (comme une éventuelle envoi de troupes de Trump) et a réaffirmé que toute assistance devait fonctionner à partir des limites légales de la Constitution mexicaine et avec une coordination complète (non unilatérale) de l’État.
Sheinbaum a annoncé qu'elle étendrait la plainte contre l'industrie de l'armement des États-Unis, ainsi que les réformes constitutionnelles visant à imposer des peines plus sévères contre les trafiquants d'armes, en l’incluant dans les délits soumis à la détention provisoire et en limitant les interventions étrangères non autorisées par l'État mexicain.
En outre, elle a estimé qu’il y avait eu des progrès concrets : par exemple, une importante saisie d'armes et de munitions interceptées au Texas - 16 armes à destination du Mexique- sur le pont international Del Rio. Elle a reconnu que la collaboration avait fonctionné tout en avertissant que sans une meilleure réglementation et un meilleur contrôle, le problème continuerait à produire les cycles de violence et de mort au Mexique et aux États-Unis.
Les États-Unis ont finalement approuvé, en juin 2025, la«ATF Data and Anti-Trafficking Accountability Act» qui exige la publication annuelle de données sur le suivi des armes démantelées, y compris les grands marchands et les villes de récupération.
De plus, le programme de l'Initiative Mérida a commencé à financer la formation, le la technologie de suivi et les opérations mixtes avec le Mexique pour intercepter les routes de trafic, bien que son exécution ait été limitée et remise en question par le Mexique faute de bons résultats sur la réduction de la violence armée (dépenses prévues: 74 millions de dollars, mais impact peu perçu).
Le Mexique, pour sa part, a déployé 10 000 éléments de la Garde nationale à la frontière nord dans l'opération Frontière et maintient des canaux de coordination quotidienne avec les autorités étasuniennes pour intercepter les armes, l'argent et les drogues. Cependant, il affirme que les États-Unis doivent assumer leur part du problème car de nombreuses opérations criminelles se concrétisent en territoire étasunien (la vente et le blanchiment d’argent du fentanyl et les ressources économiques qui en découlent).
« Notre pays est également touché par ce côté, a déclaré la présidente mexicaine vendredi lors de sa conférence matinale habituelle et c’est une position que le Mexique a soutenue lors de multiples réunions avec le cabinet de sécurité des États-Unis et l'ambassadeur des États-Unis.
À l'occasion de la Journée internationale de la destruction des armes à feu, nous défendons le programme Oui au désarmement, oui à la paix, qui éloigne le risque de la rue pour protéger la vie. Le chemin du bonheur, c’est la fraternité.
Coûts pour le Mexique
La violence résultant du trafic de drogues a entraîné un taux chronique d'homicides, de massacres dans les villages et une population déplacée. Bien que la stratégie de Sheinbaum ait réussi à réduire les homicides quotidiens d'environ 25%, des structures violentes subsistent.
La consommation de fentanyl augmente aux États-Unis et au Mexique, la circulation des armes augmente l'intensité des tirs et des massacres (comme à Guanajuato, Zacatecas et Sinaloa). Les chiffres montrent que les groupes criminels ont accès à des armes militaires modernes et que les pertes civiles en ont payé le prix.
74 % des armes récupérées au Mexique proviennent des États-Unis, une chose reconnue par les deux parties et démontrée par le suivi de l'ATF et les rapports officiels.
La présidente Sheinbaum exige que les États-Unis assument leur responsabilité et agissent: non seulement le Mexique ne devrait pas être le point de mire du discours anti-drogue mais les États-Unis doivent s'occuper de leurs propres canaux de trafic et de consommation.
Les routes de trafic en provenance du Texas, de l'Arizona et de la Californie vers des zones dominées par des cartels comme celui de Sinaloa ou de Jalisco sont bien identifiées mais continuent à être opérationnelles.
- Les armes vont des pistolets civils légaux aux fusils de gros calibre, aux fusils automatiques et aux armes fantômes, utilisés dans les attaques directes et les affrontements.
Bien qu'il y ait coopération des institutions (voies bilatérales, Initiative Mérida, échange d'informations), le flux ne ralentit pas encore: le Mexique estime que les États-Unis n'appliquent pas une réglementation suffisante et n’assainit pas assez le marché intérieur.
- L’exigence politique de force exécutoire et de souveraineté du Mexique (en résistant à la présence militaires Etats-Unis) marque une nouvelle étape du dialogue bilatéral.
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