Amérique latine : La zone de paix face à l'ingérence yankee
par Ricardo Pose
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Face aux nouvelles menaces impérialistes de Trump, l'Amérique latine et les Caraïbes confirment leur condition de zone de paix.
Dans les premiers jours d'août 2025, le président des États-Unis, Donald Trump, a signé en secret une directive pour que le Pentagone puisse utiliser les forces armées dans le combat contre les cartels considérés comme des organisations terroristes par Washington.
Cette mesure a été prise le lendemain du jour où la Maison blanche a informé qu’elle augmentait à 50 000 000 de dollars la récompense promise à ceux qui apporteraient des informations qui contribueraient à l'arrestation du président du Venezuela, Nicolas Maduro, qu’elle accuse sans preuve d'avoir des liens avec le train d'Aragua et le cartel de Sinaloa, deux organisations déclarées par Washington « organisations terroristes », et elle y a ajouté le cartel des Soleils, une organisation dont l'existence n'a pas été prouvée et qu'elle accuse le président vénézuélien de diriger.
Le ministre de l'Intérieur, de la justice et de la paix, du Venezuela, Diosdado Cabello, à évoquer l'absence de preuve sur cette organisation présumée et considère le cartel de sol, comme une invention : «Je ne sais pas il y a combien d’années qu’ils ont d ont inventé cela, mais pendant ce temps ils lui ont mis comme 300 chefs; chaque fois que quelqu’un les dérange, ils le présentent comme chef du Cartel des Soleils ».
Le département de la Défense des États-Unis (USA) avait ordonné le déploiement de forces aériennes et navales dans le sud de la mer des Caraïbes, soi-disant pour combattre les cartels du trafic de drogue, selon deux sources du Pentagone citées par la presse locale.
Cette mesure, ratifiée par le secrétaire d'État, Marco Rubio, fait partie d'une politique de pression d’une aile du Gouvernement Trump qui autorise l'utilisation de la force militaire contre des groupes désignés comme soi-disant organisations terroristes dans des pays comme le Mexique et le Venezuela.
Mais à cette heure, ni le Pentagone ni le Commandement Sud des États-Unis n’ont donné d'informations concrètes sur ce soi-disant déploiement militaire nord-américain dans les Caraïbes dirigé vers le Venezuela.
Pour l'analyste William Serafino, « tout indique une opération psychologique, galvanisée par Reuters et poussée par Marco Rubio, avec un double objectif de pression. D'un côté, elle cherche à forcer Trump à parler, du Venezuela, exclusivement en terme de force et de l'autre, elle cherche à ce que l'extrémisme profite de l’élan pour déstabiliser le pays, à l’instar des essais armés qui ont été démantelés dans le passé.
Cette nouvelle attaque de guerre psychologique, se produit dans un contexte régional dans lequel la droite triomphe aux élections Bolivie et la droite hondurienne s’achemine vers une campagne de désinformation dénoncée par la présidente Xiomara Castro.
De toute façon, le Gouvernement vénézuélien a confirmé que des troupes du pays de Bolivar sont déployées dans sa mer territoriale dans les Caraïbes, en réponse à l’envoi présumé de forces militaires par les États-Unis, sous prétexte d'une soi-disant lutte contre le trafic de drogue.
«Nous aussi sommes déployés : nous sommes déployés dans toutes les Caraïbes qui nous reviennent, sur notre mer, sur notre propriété, sur notre territoire vénézuélien, » a affirmer le ministre de l'intérieur de la justice et de la paix du Diosado Cabello qui a réfuté les accusations des États-Unis contre le Venezuela disant que c'est un territoire par lequel passe la drogue à destination des États-Unis.
L'alliance continentale Alba Mouvements a dénoncé le déploiement des forces aériennes et navales annoncé par les États-Unis, en mer des Caraïbes : « Nous dénonçons le fait que cette opération se produit une semaine pendant laquelle Donald Trump intensifie les menaces et la déstabilisation du Venezuela, une des cibles prioritaire des États-Unis dans la région, » souligne l'organisation. Elle lance également un appel aux peuples, aux mouvements et aux organisations du monde à se mobiliser, à dénoncer ce fait et à exiger le retrait immédiat de ces forces.
La lutte pour la paix
Face à la guerre psychologique, les peuples résistent proclament leur autodétermination. L'Amérique latine et les Caraïbes continue à se construire obstinément comme zone de paix.
Dans la situation actuelle, alors que les tambours de guerre résonnent en divers points de la planète et que les néo-fascismes avancent, les Gouvernements progressistes, les mouvement sociaux et les partis politiques de gauche maintiennent leur engagement envers la paix. Ces acteurs ont adopté comme drapeau la proclamation de la CEL AC renforçant une position régionale cohérente, face aux conflits mondiaux.
Le 29 janvier 2014, à La Havane, Cuba, le IIème sommet de la communauté des états latino-américains et caribéens (CELAC)a émis une proclamation conjointe qui ratifie l'engagement de ses pays membres envers les buts et les principes consacrés par la charte des Nations unies et le droit inter international. Cette déclaration réaffirme que l'intégration régionale renforce la vision d'un ordre international juste, fondé sur le droit et sur une culture de paix qui exclue l’utilisation de la force et des moyens illégitimes de défense parmi lesquels les armes de destruction massives et en particulier les armes nucléaires.
Cette proclamation souligne l'importance du traité de Tlatelolco pour la proscription des armes nucléaires en Amérique latin dans la les Caraïbes, qui établit la première zone libre d'armes Nucléaire, dans une zone très peuplée. Cet instrument représente une contribution importante à la paix et à la sécurité régionales et internationales.
Cette déclaration confirme aussi la nécessité urgente du désarmement nucléaire général et complet, en ratifient son engagement envers l'ordre du jour stratégique de l'organisme pour la proscription des armes nucléaire en Amérique latine et dans les Caraïbes (OPANAL). Cet ordre du jour a été adopté par les 33 Etats membres de l'organisme lors de la conférence générale de Buenos Aires, qui a eu lieu en août 2013.
Cette proclamation a été ratifiée par Antigua et Barbuda, l’Argentine, les Bahamas, la Barbade, Belize, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, Cuba, la Dominique, la République Dominicaine, l’Equateur, le Salvador, la Grenade, le Guatemala, le Guyana, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Mexique, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, San Cristóbal et Nieves, Sainte Lucie, Saint Vincent et les Grenadines, le Surinam, Trinité et Tobago, l’Uruguay et le Venezuela.
Les 8 points approuvés dans cette déclaration :
- L'engagement des Etats de la région à continuer à promouvoir le désarmement nucléaire comme objectif prioritaire et à contribuer au désarmement général et complet pour renforcer la confiance entre les nations.
- L'Amérique latine et les Caraïbes comme zone de paix, basée sur le respect des principes et des règles du droit international incluant les instruments internationaux dont les Etats membres font partie et les principes et les buts de la charte des Nations unies.
-Notre engagement permanent envers la résolution pacifique des controverses pour déterrer pour toujours l'utilisation et la menace de l'utilisation de la force dans notre région.
-L'engagement des Etats de la région envers le respect strict de son obligation de ne pas intervenir directement ou indirectement dans les affaires intérieures de tout autre Etat et d'observer les principes de souveraineté nationale, d'égalité des droits et de libre détermination des peuples.
- L'engagement des peuples d'Amérique latine des Caraïbes, à fomenter des relations d’amitié et de coopération entre eux et avec les autres nations, indépendamment des différences existant entre leurs systèmes politiques, économiques et sociaux ou leur niveau de développement, de pratiquer la tolérance et de coexister en paix comme de bons voisins.
- L'engagement des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes à respecter pleinement le droit inaliénable de tout Etat à choisir son système politique, économique, social et culturel comme condition essentielle pour assurer la coexistence pacifique entre les nations.
- La promotion dans la région d'une culture de paix basée, entre autres choses, sur les principes de la déclaration sur la culture de paix des Nations unies.
L'engagement des Etats de la région à être guidés par la présente déclaration dans leur comportement international.
Les échos de la proclamation
Le 26 janvier 2024, au Panama, le Parlatino a évoqué la programmation de 2014 et déclaré : « Actuellement, en Amérique latine et dans les Caraïbes, la paix est menacée de l’intérieur par des conflits internes de diverses natures, activés par l'action du crime organisé, la délinquance transnationale et la délinquance de droit commun et de l'extérieur par des forces qui violent la démocratie dans les relations internationales, le droit à l'auto détermination des états et d'autres principes du droit international.
Déclare: qu’il ratifie dans tous ses termes la proclamation de l'Amérique latine et des Caraïbes comme zone de paix.
Qu'il renouvelle sa meilleure disposition à travailler pour surmonter les obstacles à la paix dans la région et dans le monde, en particulier à travers ses organes institutionnels et ses commissions parlementaires permanentes avec le courageux soutien des alliés stratégiques du Parlatino.
Qu'il appelle instamment ses parlement membres à développer toutes les activités nécessaires pour la réussite des principes et des buts du Parlatino et de la CELAC, en particulier, ce qui ont été déclarés dans la Proclamation. »
En avril 2025, lors de l'ouverture de la IXème réunion du sommet de la CELAC qui a eu lieu au Honduras, le président du Brésil, Lula Da Silva, a rappelé la nécessité de renforcer l'union des pays d'Amérique latine et des Caraïbes sous peine de risquer de revenir à la condition de zone d'influence, la liberté et l'autodétermination étant les premiers éléments qui se verraient affectés. Lula a pris comme exemple la préparation d'autres régions face aux transformation en cours comme l'Asie, avec l'association des Nations d'Asie, sud orientale (ASEAN) et l'Uion européenne avec la réorganisation de l'organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).
C'est pourquoi il a insisté sur le fait qu'il est essentiel de maintenir l'Amérique latine et les Caraïbes comme zone de paix en rétablissant leur traduction diplomatique : « Nous ne voulons ni guerre ni génocide. Nous avons besoin de la paix, du développement et du libre commerce. Maintenir l'Amérique latine et les Caraïbes comme zone de paix signifie travailler pour que l'utilisation de la force ne prévale pas sur la résolution pacifique des conflits. Le multilatéralisme s'affaiblit chaque fois que nous gardons le silence face aux menaces envers la souveraineté des pays de la région. »
En juillet 2025, a eu lieu à Caracas le sommet des peuples pour la paix et contre la guerre.
Le secrétaire général de l'Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique–Traité de Commerce des Peuples (ALBA–TCP), Rander Peña, a dénoncé la résurgence du fascisme et les réactions agressives de l'impérialisme pour détruire l’humanité.
Devant des centaines de délégués venus d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et d'Europe, dans la capitale vénézuélienne pour analyser la situation mondiale et coordonner la lutte commune contre l'impérialisme, celui qui est aussi le coordinateur de l'Internationale Antifasciste a déclaré que la droite politique mondiale redouble ses actions contre les peuples sans tenir compte des conséquences et il a souligné que la mission de cette époque est de sauver l'humanité de la guerre et du fascisme.
Un vieux Yankee irascible.
Il est indiscutable que les guerres entre pays d'Amérique latine n'existent plus depuis plusieurs décennies. La région est considérée comme celle qui possède la plus faible quantité de conflits entre les Etats dans le monde. L'une des raisons de cette caractéristique est que les Etats sont attachés à chercher des solutions basées sur le droit international et la diplomatie.
Les guerres en Amérique latine au XXe siècle :
argentine.–Royaume-Uni : conflit de l'Atlantique Sud, des îles Malouines (avril–juin 1982)
Bolivie–Paraguay : guerre du Chaco Boreal (1932-1935)
Équateur–Pérou : conflit de 1941, de janvier 1981 et de janvier 1995
Salvador.–Honduras : guerre du football ou des 100 heures (juillet 1969)
Par contre, une étude récente révèle que les États-Unis ont lancé près de 400 interventions militaires depuis leur indépendance en 1776. La moitié de celles-ci ont été menées à bien entre 1950 et 2019 et 25 % après la fin de la guerre froide.
Cette étude, intitulée “Introducing the Military Intervention Project: A New Dataset on US Military Intervention, 1776-2019”, a été réalisé par la chercheuse Sidita Kushi, du département des sciences politiques de l'université d'État de Bridgewater et donne de nouveaux éléments qui élargissent l'univers des interventions étasuniennes.
On ne peut pas oublier le rôle de l'empire nord-américain dans la politique intérieure des pays latino-américains, organisant, finançant et exécutant des coups d'État, en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, à Cuba, au Salvador, au Guatemala, en Haïti et en Uruguay. La CIA justifiait ses actions en disant qu'elles étaient nécessaires pour protéger les intérêts nationaux des États-Unis et prévenir la propagation du communisme.
Les veines ouvertes
Pour la cupidité des empires, les richesses naturelles de l'Amérique latine ont été un précieux butin comme le dit Eduardo Galeano. L'auteur montre comment tout au long de l'histoire, essentiellement les États-Unis, depuis le siècle dernier, ont soumis les peuples latino-américains aux inégalités et au sous-développement, ont imposé aux peuples qui ont défié leur politique interventionniste et celle des oligarchies collaboratrices des blocus économiques criminels et ont constamment attaqué leurs souveraineté comme c'est arrivé à Cuba, au Nicaragua et au Venezuela.
L'Amérique latine et les Caraïbes concentrent plus d'un quart des réserves mondiale de minerais métalliques stratégiques et héberge presque un cinquième des réserves d'hydrocarbures, un peu moins d'un sixième de la terre agricole mondiale et un quart de la superficie forestière mondiale. La région possède également presque un tiers des zones de pêche et un tiers de l'eau douce du monde. De plus, dans ce territoire se trouve un tiers des pays qui ont la plus grande diversité de la planète.
Selon la CEPAL, l'Amérique latine aura une croissance économique modérée en 2025 qui oscillera entre 2 % et 2,4 %. Cette croissance sera simulée par des facteurs comme la consommation intérieure et le rétablissement des économies clé mais limitée par la décélération mondiale, le faible investissement et la persistance de défis structurels comme la dette extérieure et la volatilité économique.
La souveraineté sur les ressources naturelles et l'industrialisation de celles-ci en dépassant la primarité économique constituent des voies essentielles pour renforcer l'Amérique latine et les Caraïbes comme zone de paix.
Le 2 décembre 2011, le commandant Hugo Chávez présidait le premier sommet de la CELAC à Caracas et déclarait : « nous voulons que la CEL AC, dans sa vocation de coopération, aide à alimenter un cercle vertueux que nous devons concevoir et qui apporte des bénéfices à tous. Nous aussi, sommes une région de paix et nous devons en être fiers parce que, en fait, nous constituons une zone de paix, une zone libre d'armes de destruction massive. Une région qui cultive la voie de la compréhension et du consensus et qui ne se laisse pas tenter par des solutions imposées par un pays à un autre. Nous, nous apprenons à résoudre nos différends par la voie du dialogue, et ce n'est qu'un ainsi que nous réussirons à maintenir ce processus, en continuant à suivre la voie du dialogue. »
Source en espagnol :
https://www.telesurtv.net/zona-de-paz-america-latina-y-el-caribe-frente-al-injerencismo-gringo/
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