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Cuba : Américaniser Cuba

5 Août 2025, 16:44pm

Publié par Bolivar Infos

 

Marlene Vázquez Pérez

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

En mars 1889 a eu lieu une campagne médiatique contre Cuba, dans le sens actuel du terme, qui ne s’est pas plus développée alors à cause de l'intervention énergique, intelligenet et opportune de José Marti.

The Manufacturer, de Philadelphie, a publié, le 16 mars de cette année-là, un article plein d'outrages et de mépris envers les Cubains, et son adversaire politique, The Evening Post, de New York, a répété l'offense quelques jours plus tard, car ils étaient tout à fait d'accord sur un point : l’infériorité des natifs de l'île et leur incapacité à se gouverner eux-mêmes. Les deux textes abondaient en adjectifs méprisants envers les êtres humains parmi lesquels « paresseux », « lâches », « efféminés », et qualifiaient la Guerre de 10 ans de « farce » entre autres offenses.

L’inquiétude des deux journaux à cause de « l'influence nocive » que Cuba pourrait avoir sur les États-Unis en cas d’annexion était telle qu’ils la déclaraient inadmissible car cette « infériorité », corromprait le peuple « supérieur » du Nord. Tous deux étaient d'accord sur le fait que la seule possibilité d'union avec Cuba, indépendamment du côté attractif du territoire, (…) « serait de l’américaniser complètement en la couvrant avec des gens de notre propre race (…) ».

La réponse de Marti fut immédiate, rédigée en anglais et publiée dans le journal new-yorkais. Avec modération et de bons arguments, il cherchait à atteindre le lecteur moyen, ignorant de la réalité cubaine, et à ce que ses critères atteignent les sphères du pouvoir.

Parmi les questions que le Cubain a dû se poser, il y avait : de quelle façon se ferait ce processus « d’américanisation » ? Le mot en lui-même, en 1889, n’exprimait pas sa composante destructrice et criminelle. Une décennie plus tard, les choses se disaient autrement.

Après la fin de la guerre, quand les soldats et les officiers yankees prévenaient que les Cubains avaient leurs propres opinions et que beaucoup s'étaient aperçus que les États-Unis étaient intervenus très opportunément, en attendant le moment où les deux combattants seraient les plus faibles, commença à courir le bruit de « l'ingratitude. » Louis A. Pérèz junior rapporte dans son livre « Cuba dans l'imaginaire des États-Unis » l'une des manifestations les plus pures de ces opinions négatives:

La réaction des Etasuniens fût  parfois viscérale (…) « Les cubains eux-mêmes ne valent pas un demi-litre du bon sang américain qui a coulé pour eux, disait la dénonciation stridente du New York Evening Post. Eux (les Cubains) sont évidemment un groupe de misérables (…) ingrats au plus haut point envers la condescendance dont les États-Unis ont fait preuve en venant les soulager. »

On doit tenir compte du fait que la citation a été publiée dans The Evening Post, le même journal, avec le même rédacteur en chef, Edwin L. Godkin, à qui Marti avait adressé sa « Revendication de Cuba », le même, évidemment, qui était totalement d’accord  avec The Manufacturer dans les jugements insultants qui avaient motivé la réponse du Cubain.

À mesure que la république néocoloniale s’implantait, l'agressivité des critères sur « l'américanisation », de l'île devenait de plus en plus aiguë. Revenons au livre de Pérez qui l'illustre de façon exemplaire :

Il était très malheureux qu'un endroit aussi désirable soit peuplé de gens aussi indésirables (…) De temps en temps ils avaient des fantasmes génocidaires pour résoudre le problème des Cubains, comme celui qu’Albert Memmi suggérait, et qui était la conclusion logique de l’imagination impériale : « imaginer la colonie sans les colonisés ». « Cuba serait désirable, commentait le sénateur du Nevada Francis Newsland, si pendant une demi-heure, elle pouvait être engloutie dans la et émerger quand tous ses habitants auraient péri. » Le sénateur du Dakota du Sud, Richard Pettigrew, envisageait une solution similaire : « L'île n'aura de valeur pour nous que si elle est engloutie avec toute sa population. »

Plusieurs journaux bien connu parmi lesquels The Chicago Tribune on diffusé fréquemment des appréciations similaires. Et la vague d'opinion négatives en est venue à atteindre même le président Théodore Roosevelt, qui, lors de l'insurrection de 1906, écrivait :

« Je suis tellement furieux à cause de cette infernale petite république cubaine (…) que j'aimerais effacer son peuple de la surface de la terre. »

Les ressemblances entre les circonstances de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle et ce qui est en train de se passer aujourd'hui dans ce turbulent XXIe siècle, ne peuvent être niées. La même guerre des droits de douane, le même appétit d'annexion de l'empire et de ses laquais nationaux, l'aggravation extrême du racisme qui en arrive à sa variante fasciste sont les dénominateurs communs de cette époque et de la nôtre.

Aujourd'hui, nous sommes confrontés au même dilemme: d'un côté le peuple nord-américain et les facettes honnêtes des intellectuels progressistes de ce pays. De l'autre, les forces terribles, partisanes de la guerre, ancrées dans un discours annexionniste et fasciste, qui cherchent à soumettre l’humanité. Il faut dire, alors, que ce texte de Marti, pensé en fonction de Cuba, peut-être lu aujourd'hui en toute justice comme Revendication de Notre Amérique ou, mieux encore, de tous les peuples qui luttent pour leur souveraineté et pour un idéal de paix et de justice sociale.

Au milieu de la crise mondiale, contemporaine, Marti se dresse comme une forteresse en faveur de la paix, du dialogue, de la concorde et du respect entre les peuples. Pour lui, la dignité et la souveraineté ne seront jamais négociables et cela dépasse les limites de Cuba. Quand il est tombé au combat, le 19 mai 1895, c'était dans une guerre qu'il avait préparée non seulement pour libérer sa terre d'origine mais pour équilibrer un monde. Approprions-nous son héritage et faisons de notre quotidien, à partir de nos espaces de travail et d'exercice citoyen, une lutte pour atteindre cet objectif.

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/especiales/2025/08/05/americanizar-a-cuba-breve-historia-de-un-anhelo/
URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/08/cuba-americaniser-cuba.html