International: La méthode des vols de la mort actualisée par Trump et Bukele
par Ricardo Pose
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos
La disparition de personnes a été utilisée par les dictatures militaires des années 70 et elle est actualisée maintenant par le Gouvernement de Trump en coordination avec le président Bukele.
Pendant les années 70, la dictature militaire argentine a mis en place une pratique de terrorisme d'État, qui fonctionnait comme une chaîne de « production industrielle », une sorte de système « fordien » de la terreur. Les militaires étaient poursuivis par les forces de la Police et de l’armée qui, agissant en civil, procédaient à l'arrestation illégale, sans ordre judiciaire. Ensuite, les personnes enlevées étaient transférées dans des centres clandestins de détention, une ressources employée systématiquement sous toutes les dictature du Cône Sud sous la coordination du plan Condor.
Le but était de faire « disparaître », la personne de son environnement social, de rendre sa recherche impossible et d'effacer toute trace de son existence. Ni les membres de sa famille, ni ses camarades de militantisme ni ses collègues de travail ne savaient où elle se trouvait tandis que les autorités collaboraient activement avec cette politique d'enlèvements dans ce qui constituait l'orchestration du terrorisme d’État.
Comme destination, finale de cette machinerie de la terreur, certaines personnes arrêtées ont été droguée et jetés d’un avion dans la mer. Cette méthode a été progressivement « perfectionnée » : les premiers prisonniers ont été lancés habillés, ce qui a parfois alerté des autorités qui, même faisant partie de la dictature, préféraient ne pas recevoir de corps de prisonniers politique sur les côtes sous leur juridiction. Cette pratique était connue sous le nom de « vols de la mort. »
On pense qu’environ 5000 militants, aussi bien argentins qu’uruguayens, ont été victimes de ces pratiques terroristes. Ils étaient logés à l'école de mécanique de la Marine (ESMA), l'un des principaux centres clandestins de Buenos Aires. Ils font sans doute partie de la liste des 30 000 disparus en Argentine ou des 200 disparus en Uruguay.
Mets la pratique de la disparition forcée, c'était tendu dans la plus grande partie du continent latino-américain dans le cadre d'un plan tracé, stimulé et supervisé par la CIA.
La pratique de l’horreur
Les vols avaient lieu une à deux fois par semaine, principalement en 1976 et 1977. Des groupes de 20 à 30 personnes enlevées étaient conduits dans une salle à l'écart de l'ESMA, où on leur injectait du pentotal ou du ketalar pour les endormir. Après que les premiers cas découverts aient été sur le point d'être identifiés, les opérateurs ont perfectionné leur méthode : pour ne pas laisser de traces, ils déshabillaient complètement les victimes avant leur transfert.
Corps étaient empilés dans des camions et transportés à l'aéroport métropolitain Jorge Newbery. Là, on les chargeait dans des avions de l'armée qui, en plein vol, les jetaient dans le Rio de la Plata au début et, ensuite, sans doute dans la mer.
Il n'y a aucun survivant des vols qui partaient de l'ESMA, et on pense aussi d'autres centres clandestins de détention, avec des personnes enlevées.
Les cercles de Dante
L'humanité assiste, horrifiée, aux politiques d'extermination qui se développent dans de multiples endroits. À la campagne menée à bien par Israël contre le peuple palestinien et à la cupidité impérialiste qui dévaste certains peuples africains s’ajoute à présent la politique de déportation massive de migrants mise en place par Donald Trump et le camp de concentration du CECOT sous le gouvernement de Bukele. Ces stratégies convergent vers un objectif commun : l'élimination systématique de ceux qui sont différents, de ce qui est irrévérencieux, de ce qui est incontrôlable ; l'agression délibéré contre une altérité éloignée des secteurs dominants de la société et de leurs intérêts.
La disparition forcée est à nouveau utilisée comme méthode de terreur et de discipline. Comme si être transféré au CECOT n'était pas déjà un tourment suffisant, les agents coercitifs du Gouvernement de Trump enlèvent des hommes, des femmes et des enfants. Dans beaucoup de cas, après les arrestations, on ne sait pas avec certitude si les victimes sont montées à bord des avions vers le Salvador ou si elles sont effectivement arrivées au CECOT.
Selon Nicky Reid: « Depuis sa création dans le cadre du département de la sécurité nationale orwellien de Busch après le 11 septembre, I’ICE est devenu une association d'au moins 21 000 personnes qui ont adopté l'identité d'un escadron de de ravisseurs militants payés, lourdement armés et bien organisés».
L'espoir que le régime de Bukele arrive à sa fin par la voie du vote populaire affronte à présent un nouveau défi : le Congrès a une seule chambre du Salvador, où le parti au pouvoir conserve une large majorité, a approuvé jeudi la réélection indéfinie du président pour garantir que Nayib Bukele reste au pouvoir.
« Ce jour-là, la démocratie est morte au Salvador, » a déclaré la députée d’opposition Claudia Ortiz, du parti Arena, et elle a ajouté : « Seul le peuple sauve le peuple et, finalement, la souveraineté réside toujours dans les gens même si les gouvernants autoritaires ou les députés serviles placent tous les cadenas, changent la Constitution et s'approprient toutes les institutions… Seul le peuple sauve le peuple. »
40 personnes non identifiées
Les personnes déportées par le Gouvernement de Donald Trump vers le centre de confinement du terrorisme du Salvador ont été victimes d'une méthode caractéristique des dictatures des années 70 : la dissimulation de l'identité des personnes arrêtées.
Selon le site 404 Media, en se basant sur des informations obtenues des manifestes de vol, « trois déportations judiciairement controversées du Texas vers le Salvador contiennent des dizaines de noms qui n'apparaissent pas sur la liste des personnes déportées sur ces vols publiée auparavant par le département de la sécurité nationale (DHS).
Ce même médias signale que « ces noms supplémentaires n'ont jamais été reconnus publiquement par le Gouvernement des États-Unis », tandis que des experts en immigration qui suivent de près la campagne de déportation de Trump affirment qu'ils n'ont aucune idée de l'endroit où peuvent être ces personnes ni ce qu'on a fait d’elles.
Michelle Brané, directrice exécutive de « ensemble et libres » –une organisation qui travaille avec les familles de personnes déportées– à déclarer à ce média alternatif : « Nous avons cette liste de personnes que le Gouvernement des États-Unis n'a reconnu d'aucune manière officielle et nous n'avons aucun moyen de savoir si elles sont au CECOT ou ailleurs, ou si elles ont reçu une sorte de procès correct. C'est une autre preuve que le Gouvernement des États-Unis fait disparaître des gens. Ces personnes ont été arrêtées et personne ne sait où elles sont ni dans quelle situation… Dans presque tous les cas, il n'y a aucun enregistrement. Il n'existe pas de dossiers judiciaires, rien. »
La dénonciation de Brané rappelle inévitablement les protestations des familles de disparus des années 70 : « Le Gouvernement des États-Unis n'a donné aucune information, elles ont soi-disant été envoyées dans une prison ou dans un endroit en avion… Et depuis, on ne sait rien d’elles. Nous n'avons eu aucune nouvelle de la famille et il est possible qu'elle ne le sache pas non plus. » Si elles sont effectivement montées à bord des vols, ajoute Brané, on ne sait pas où elles se trouvent actuellement. » Cette incertitude est aggravée par le refus du Gouvernement de donner des informations.
Alors que l'endroit où se trouve la plupart de ces personnes et leur situation, continuent à ne pas être connus, l'organisation de Brané a utilisé des données de ressources publiques pour chercher à connaître leur identité et a réussi à identifier certains détails concernant des personnes spécifiques mentionnées dans les manifestes.
Certaines des personnes qui apparaissent sur les manifestes et ne figurent pas sur la liste de CBS News avaient déjà été identifiées auparavant parce que leur famille avait engagé des démarches judiciaires ou les cherchait activement sur les réseaux sociaux.
Disparition forcée
La convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées définit ce crime comme « l'arrestation, la détention, l'enlèvement ou tout autre forme de privation de liberté qui soit l'œuvre d'agents de l'État ou de personnes ou de groupes de personnes qui agissent avec l'autorisation, le soutien ou l'accord de l'État, suivi du refus de reconnaître cette privation pôle ou du fait de cacher le sort ou l'endroit où se trouve la personne disparue en la soustrayant à la protection de la loi. »
Ce délit constitue aussi une forme de torture psychologique. La disparition d'un être cher provoque une souffrance permanente dans les familles : une incertitude qui ne cesse pas, une impuissance face à l'absence de réponse, une tristesse profonde, une angoisse constante et un douloureux sentiment d'abandon par l'État. La disparition forcée se présente comme une torture à cause du malaise émotionnel, psychologique et spirituel qu'elle inflige à ceux qui ont été soumis à ce traitement cruel, dégradant et inhumain.
En juin de cette année, des experts de l'ONU, prévenu le président du Salvador, Nayib Bukele, que son Gouvernement était en train de commettre les délits de torture et de disparition forcée.
Source en espagnol :
https://www.telesurtv.net/metodo-actualizado-por-trump-y-bukele/
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