Pensée critique : Le Venezuela et les États-Unis ont-ils amélioré leurs relations ?
Par Sergio Rodriguez Gelfenstein
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos
Le gouvernement du Venezuela et celui des États-Unis ont réussi à stabiliser une ligne de communication permanente. Cela est plus dû à des raisons d'ordre interne aux États-Unis qu'à une amélioration réelle des relations entre les deux pays. Enfin, aux États-Unis la proposition pragmatique MAGA (Make American Great Again) s'est imposée face à l'idéologie des néoconservateurs dirigés par Marco Rubio.
La situation internationale et l'acceptation du fait que la Chine et l'ennemi principale d'Washington a gagné des espaces dans les groupes de pouvoir étasunien en amenant une bonne partie de la direction de l'administration à comprendre cette situation en obligeant les néoconservateurs et Marc Rubio à céder.
Sa politique de pression maximale (qu’au Venezuela, aujourd’hui, soutient le groupe de Maria Corina Machado) a échoué. La production et les exportations de pétrole se sont stabilisées et même ont augmenté un peu au-dessus du million de barils par jour. Cela a été possible dans une grande mesure grâce au soutien de la Chine qui semble prendre une position plus active en ce qui concerne ses relations économiques et commerciales avec le Venezuela en augmentant ses achats de pétrole et en remplissant le vide laissé par la suspension des licences spéciales accordées à Chevron pour opérer au Venezuela malgré les sanctions. Alors que la politique des États-Unis orientée vers le renversement du président, Nicolas Maduro, continue à écho au Venezuela, le regard stratégique du président Xi Jinping a fini par s’imposer à la vision à court terme et au véritable intérêt de lucre des patrons chinois.
Dans ce contexte, la libération de 252 migrants vénézuélien, arrêtée aux États-Unis et envoyer dans une prison au Salvador a été l'expression publique d'une amélioration apparente des relations. En réalité, ce qui s'est passé, c'est une amélioration de la communication. Si ce n’était pas le cas, il ne serait pas nécessaire de continuer à lier le gouvernement du Venezuela avec la criminalité organisée et le trafic de drogue qui sont toujours présents dans le regard et la rhétorique politique du département d’État.
Des enfants qui avaient été enlevés aux États-Unis et séparés de leurs parents sont également rentrés bien que 33 d’entre eux soit encore retenu illégalement par Washington. On n’écarte pas l'idée que Marco Roubio, dans son obsession aberrante de renversement du Gouvernement du Venezuela, veuille les utiliser comme monnaie d’échange en faveur de l'une de ses habituelles mauvaises actions. Dans ce contexte, les licences spéciales accordées à Chevron ont été rétablies et l'entreprise opérera à nouveau au Venezuela, bien qu'elle ne soit pas autorisée à payer en liquide au pays.
Par contre, le Venezuela a dû payer le prix fort: il a dû libérer 10 terroristes étasuniens emprisonnés dans le pays et une grosse quantité de terroristes vénézuéliens militants des partis d'opposition radicale qui avait commis des délits sanctionnés dans le cadre de la Constitution et des lois. Marc Rubio lui-même a reconnu qu'il n'y avait aucune raison que les migrants Venezuela soient en prison aux États-Unis, et qu’ils n'étaient que des otages destinés à être échangés avec des compatriotes. On a même appris que l'un d'entre eux est un assassin qui a avoué et qui a déjà été jugé en Espagne.
Enfin, la politique conduite par l'Envoyé spécial Richard Grenell s'est imposée à la position extrémiste de Marco Rubio. L’interlocuteur du Gouvernement du Venezuela a été en communication permanente avec lui. La position de Grenell est que le Venezuela n'a pas eu une position agressive envers les États-Unis et que finalement - dans le cadre d'une vision de pragmatisme absolu – il a affirmé que le Venezuela n'a jamais refusé de vendre du pétrole aux États-Unis, ce qui est tout à fait vrai.
Il n’a pas non plus refusé de rapatrier les migrants, même en utilisant des avions vénézuéliens pour aller les chercher, libérant ainsi Washington du paiement de ces opérations qui sont maintenant presque quotidiennes et qui ont ramené un petit nombre de migrants dans le pays mais ont eu un énorme impact médiatique, émotionnel et symbolique en tant expression de la volonté du Gouvernement de faire face à cette situation qui a eu son origine dans la désignation du Venezuela par Washington comme menace pour la sécurité nationale des États-Unis avec les conséquences qui en découlent depuis plus de dix ans.
D'autre part, les mensonges de Rubio ont été mis en évidence. Il a dit que la « libération » des dirigeants terroristes qui avaient trouvé refuge à l'ambassade d'Argentine à Caracas avait été une opération des forces spéciales des États-Unis, alors qu'en réalité elle a été le produit d'une négociation avec Grenell. Maintenant, il dit qu'il a fait pression sur Maduro pour libérer les Etasuniens alors qu'en réalité, leur libération a également été l'œuvre d’un autre accord avec l'Envoyé spécial de Trump. Ainsi, la position de Maria Corina Machado, principale alliée de Rubio au Venezuela s’est encore plus affaiblie et discréditée.
À l’heure actuelle, dans la logique de Trump, le Venezuela a cessé d’être un problème et il est en train de s’attaquer à ceux qui le sont (selon sa logique) pour différentes raisons : le Mexique et la Colombie pour le trafic de drogue et l’envoi de drogues aux États-Unis et le Brésil parce qu’étant une puissance industrielle, il concurrence les entreprises étasuniennes.
Quand les circonstances ont obligés de Trump à remettre le département d'État aux néoconservateurs et à nommer Roubio à ce poste contre sa volontén il l’a contrecarré en nommant 24 envoyés spéciaux qui n'ont pas de compte à rendre à Rubio mais à lui. Avec ces envoyés qui s'occupent des aspects les plus importants et les plus stratégiques, Trump gère l'essentiel de la politique étrangère des États-Unis. De fait, face à la perte d'importance du département d'État, Rubio s’est vu obligé de réduire son personnel en mettant dehors des centaines de diplomates de carrière et d'autres fonctionnaires.
En échange, Trump a remis à Rubio la gestion de la politique envers l'Amérique latine et les Caraïbes qui ne sont pas d’un grand intérêt pour Trump, et qui est gérée, en réalité, par le Pentagone à travers le Commandement Sud des forces armées. C’est pourquoi la région reçoit le plus fort impact de la haine de celui que Trump a appelé "le petit Marco". Dans le cas du Venezuela, étant donné qu’il s’agit d’un pays pétrolier, l’ordre du jour bilatéral dépasse ses possibilités et le pouvoir de décision est de plus en plus transféré à Trump par l’intermédiaire de Grenell.
En réponse aux avancées dans la communication entre le Venezuela et les États-Unis et face au désespoir de Rubio et à sa perte d'importance, le département d'État, à travers le bureau des affaires de l'hémisphère occidental, a déclaré que le « cartel de los soles », une création artificielle des États-Unis soi-disant composée par de hautes autorités du Venezuela, était une organisation terroriste. Il a ensuite accusé le président Maduro d’être à la tête de cette chose, l’accusant sans aucun fondement d’avoir des liens avec le train d’Aragua, une autre organisation criminelle détruite au Venezuela par l’action résolue du Gouvernement mais que Washington maintient en vie avec sa rhétorique afin d’avoir des arguments en faveur de sa politique envers le Venezuela.
De même, et pour donner une portée internationale à l’idée, le Département d’État a ajouté une faction du cartel de Sinaloa, accusée d’être l’une des principales organisations qui introduit la drogue aux États-Unis, comme faisant partie du triumvirat imaginaire de pouvoir mafieux qui n’existe que dans l’esprit fiévreux et pervers de l’extrême droite terroriste des États-Unis.
L’acceptation de cette aberration ne répond qu’au besoin de Trump de maintenir les équilibres et de soutenir ensemble les groupes contradictoires qui se sont réunis, "collés avec des chewing-gums" dans son Gouvernement.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/07/31/pensamiento-critico-venezuela-y-estados-unidos-han-mejorado-las-relaciones/
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