Venezuela: Le far-west de l’information
Par Geraldina Colotti
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
L'information est déjà connue : le mois dernier, Trump a signé une directive encore secrète dans laquelle il donne des instructions au Pentagone pour qu'il utilise la force militaire contre certains cartels de la drogue que son Gouvernement a qualifiés d'organisations terroristes.
Presque en même temps, les États-Unis ont déclaré que l'une de ses organisation s'appelle le Cartel des Soleils et qu'elle est dirigée par le président du Venezuela, Nicolas Maduro. Un président illégitime, selon les États-Unis qui, par la bouche de leur secrétaire d’Etat, l’anti-communiste, enragé Marco Rubio, ont déclaré qu'ils avaient augmenté la « récompense » pour sa tête à 50 000 000 de dollars. La récompense antérieure, de 15 000 000, avait été décidée par Trump en 2020, lors de son premier mandat.
Un jeu sale immédiatement, repris et gonflé par l'extrême droite, vénézuélienne (qui fait pression pour que Trump « y aille sérieusement »), et par les journaux grand public, qui avalisent l’accusation « d’Etat trafiquant de drogues » et le far-west trumpista comme ils ont approuvé précédemment le cirque de « l’autoproclamation » d’un Gouvernement fictif : pour s’approprier un butin bien réel, lui, comme les biens du pays à l’étranger (soit dit en passant, les Européens font la même chose avec les fonds russes). Montrer des preuves du contraire, c’est comme convaincre un terrassier que la terre est ronde.
Le mécanisme des fausses formations est un cercle vicieux qui s’auto-alimente lui-même et occulte la non-existence d'une source fiable. Il en a été ainsi depuis la mise en marche de cette folie spéciale sur le Cartel des Soleils grâce à laquelle, initialement, l'un des principaux journaux d'opposition, El Nacional, a calomnié le vice-président du PSUV, Diosdado Cabello, aujourd'hui ministre de l'intérieur et de la paix du Venezuela.
Dans le livre, « La communication libératrice » que nous publions avec l'université internationale de la communication (LAUICOM), la journaliste et députée, Tania Diaz, aujourd'hui recteur de l'université, raconte comment une équipe de reporters bien entraînée a découvert que ce « scoop » était basé sur une fausse information de départ : celle selon laquelle on avait déposé devant un juge de New York une soi-disant plainte contre Diosdado en tant que chef du Cartel des Soleils. Mais, pendant ce temps, comme une balle de ping-pong, plusieurs grands journaux ont donné leur aval à la fausse information, sans se préoccuper des démentis.
Huit ans plus tard, les tribunaux ont reconnu que Cabello avait raison, ils ont condamné le propriétaire d’El Nacional, Miguel Henrique Otero, le dédommager pour le préjudice subi. Otero, ayant fui en Espagne, les locaux du journal ont été expropriés et Diosdado ne les a pas gardés pour lui mais les a rendus au peuple pour qu'ils deviennent le siège de l’université.
Mais pourquoi une dictature qui contrôle tous les pouvoirs attendrait-elle 8 ans pour avoir raison devant un tribunal ? Et dans quel pays du monde un « trafiquant de drogue », décide-t-il de ne pas garder pour lui le fruit d'une indemnisation judiciaire juteuse mais de le rendre au au peuple pour qu'il en fasse un usage différent de celui des mensonges impérialiste ?
Et il va de soi qu'aucun des journaux qui ont calomnié du Diosdado Cabello n'a accepté de droit de réponse, selon les critères mythiques du « pluralisme de l'information. » Au contraire, le mensonge a été de nouveau mis en circulation après un certain temps, comme si de rien n'était. En 2020, sous le premier Gouvernement de Trump, il a servi de prétexte pour mettre une première « récompense » sur la tête du président vénézuélien Nicolas Maduro. Et aujourd'hui il sert de prétexte pour que cette récompense soit élevés de 15 000 000 de dollars à 50000 000 et pour qu'une nouvelle menace soit mise en marche contre le Venezuela.
Et il va sans dire qu’aucun journaliste de renom ne s’arrêtera pour enquêter sur les éléments réels qui conduisent les États-Unis à établir que Nicolas Maduro est le chef du fantomatique Cartel des Soleils, un groupe mafieux qui ne figure dans aucune des informations, certainement pas impartiales, qui proviennent périodiquement des agences spécialisées dans la "lutte contre la drogue".
À ce sujet, Gustavo Petro, président d’un pays – la Colombie – dans lequel le trafic de drogues a encore un grand poids en politique, a déclaré : « Le Cartel des Soleils n'existe pas, c'est un récit utilisé par l'impérialisme pour criminaliser le Venezuela et mener à bien une intervention militaire pour contrôler ses ressources ; c'est l'excuse fictive de l'extrême droite pour renverser les Gouvernements qui ne lui obéissent pas. » Une invention à laquelle ne croient ni les Nations Unies ni l'Union européenne ni même la DEA.
Les agences qui publient régulièrement des rapports détaillés sur les routes du trafic de drogue, sur les marchés et sur les dynamiques criminelles mondiales indiquent, en effet, que seulement 5 % de la drogue cherche à passer par le Venezuela et qu’elle est régulièrement saisie.
C'est même agences, financer par les États-Unis, que Trump utilise pour organiser un nouveau Far-West contre le Venezuela, disent que l'Europe a dépassé les États-Unis en tant que principal, consommateur de cocaïne pendant ces 20 dernières années et est devenu le nouvel « eldorado. » de route en surgit qui traverse l'Afrique occidentale ( la Guinée-Bissau, le Sénégal, la Sierra Leone, le Ghana), transformant ces pays en plaques tournantes pour le détournement de la drogue vers l’Europe.
Pour avoir une idée de ce négoce : 1 kg de pâte de coca coûte 300 $ dans la forêt et se revend 60 000 € en Europe. Cette nouvelle géographie du trafic de drogue a renforcé les alliances entre les cartels latino-américains et les mafias européennes comme la ‘ndrangheta et les organisations albanaises, qui se présentent comme « des réseaux stable ». La drogue est la base de la « pyramide du crime », qui finance d'autres activités illégales comme le trafic d'armes, l'émigration clandestine, le trafic d'êtres humains et l'exploitation des ressources naturelles.
Les routes du trafic de drogue se sont diversifiées. La Colombie, la Bolivie et le Pérou restent les principaux pays producteurs mais selon les données de l'UNODC, les saisies de drogue en Europe ont atteint des niveaux record, dépassant effectivement ceux des États-Unis. Les principaux point d'entrée maritimes sont les ports des Pays-Bas, de la Belgique et de l'Espagne. Si la demande européenne est le véritable moteur, pourquoi alors la discussion politique ne se concentre-t-elle pas sur Rotterdam ou Anvers et sur les mafias européennes?
La réponse est que cela exigeait d'admettre que le problème réside dans les sociétés capitalistes elles-mêmes qui génèrent les inégalités et le désespoir qui alimentent aussi bien la dépendance que le crime. Le récit de « l'État trafiquant de drogue », vénézuélien apparaît alors comme une tactique destinée à occulter la véritable nature du conflit : une lutte des classes entre l'impérialisme occidental (qui veut le contrôle des ressources du Venezuela) et un Gouvernement qui s’y oppose au nom du peuple. En même temps, le refus de reconnaître le rôle central du marché européen dans le trafic de drogue sert à occulter les contradictions internes du capitalisme qui, avec sa demande de stupéfiants, alimente la criminalité qu’il condamne ensuite, mais seulement quand cela sert ses intérêts.
Et là, le journaliste sérieux devrait rappeler les précédents. Dans l'histoire, les États-Unis ont justifié de façon répétée leurs interventions militaires ou leurs politiques de sanctions contre d'autres pays par le prétexte de combattre le trafic de drogue. Ces interventions se font dans le cadre de la stratégie plus large de la « guerre contre les drogues ».
L'exemple le plus connu est l’opération « juste cause », l'invasion du Panama menée à bien par le Gouvernement de George H. W. Busch. L'objectif déclaré était l'arrestation du dictateur panaméen Manuel Noriega, accusé de trafic de drogue, de protéger les citoyens étasuniens et de « rétablir la démocratie. » Noriega, ancien informateur de la CIA, était devenu gênant pour les intérêts nord-américains quand il avait manifesté des velléités nationalistes. Il a été arrêté et juger aux États-Unis pour trafic de drogue.
On doit aussi se souvenir du plan Colombie, un programme d'aide militaire et financière engagé en 2000, sous le Gouvernement Clinton. L'objectif officiel était de combattre les cartels de la drogue et les groupes de guérilléros comme les FARC, considérés par les États-Unis comme responsables du trafic de cocaïne. Un plan qui a militarisé le conflit, provoqué l'expulsion de paysans de leurs terres et renforcé les forces armées colombiennes, responsables de violations des droits de l'homme. Une intervention qui a servi à sauvegarder les intérêts géopolitiques impérialiste et à protéger les flux de pétrole et d'autres ressources.
De plus, il faut rappeler l'initiative Mérida, lancée en 2007. Un accord de coopération en sécurité entre les États-Unis, le Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale. Dans ce cas aussi, la justification était la lutte contre les cartels de la drogue. Ce programme fournissait des milliers de millions de dollars en équipement militaire et en entraînement aux forces de sécurité mexicaines. Malgré ces énormes dépenses, cette initiative a provoqué l'augmentation de la violence au Mexique, grâce au réarmement et à l'entraînement de groupes militaires et de groupes de police qui, à leur tour, ont été accusés de corruption et de crimes contre les droits de l’homme.
Un journaliste sérieux devrait également reconstituer l'origine de cette fable : qui l’a faite circuler et pourquoi et qui l’a alimentée avec des déclarations fournies aux États-Unis en échange d’avantages judiciaires comme les déclarations faites par l'ancien chef des services secrets vénézuéliens, Hugo Carvajal, après qu’il soit passé dans le camp de Guaido et des autoproclamés, selon lesquelles le Cartel des Soleils aurait envahi les États-Unis avec la cocaïne en provenance du Venezuela.
Il faut rappeler que le terme « Cartel des Soleils » est apparu pour la première fois en 1993. Il a été créé par deux journalistes vénézuéliens, Juan Carlos Issa et Rafael J. Poleo, lors d'une enquête sur les généraux de la garde nationale Ramón Guillén Dávila et Orlando Hernández Villegas. Ce nom vient des insignes en forme de soleil que les généraux vénézuéliens de haut rang portent sur leurs uniformes et qui sont devenus le symbole de ce soi-disant réseau de trafic de drogue dans les forces armées. Quel époque était 1993 ?
C'était la IVe République. L'année précédente, le 4 février, avait eu lieu la rébellion civique et militaire du lieutenant-colonel Hugo Chávez Frías, également contre la corruption des forces armées dont la doctrine et la pratique étaient dictées par les doctrines et les pratiques nord-américaines et dont la corruption était aussi évidente que celle de la société de l’époque.
Rafael J. Poleo, fondateur et directeur de la revue hebdomadaire vénézuélienne Zeta, l'une des voix de l'opposition les plus influentes dans le panorama médiatique du pays, l’a transférée après sa découverte pour faire son propre jeu politique contre le chavisme au service des États-Unis. Au contraire, depuis 1998, et ensuite avec l'approbation de la Constitution bolivarienne de 1999, Chavez a mené à bien une profonde réforme des appareils militaires en les unifiant en une seule Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) inspiré de l'armée de tout le peuple d'Ho Chi Minh.
Ce peuple qui, organisé également dans la milice populaire, se déploie à nouveau ces jours-ci, dans les rues, sur les places et sur les frontières du Venezuela dans une puissante campagne de recrutement (« je m'engage ») qui promet de transformer en un nouveau Vietnam une éventuelle invasion militaire des États-Unis.
Pour l'occasion, Maduro a repris le discours prononcé par Cipriano Castro en 1902, quand les puissances européennes, en particulier la Grande-Bretagne, l'Allemagne, et l'Italie, encerclaient le Venezuela grâce à un blocus naval pour l'obliger à payer la dette extérieure. Celui-ci s’y était opposé était devenu le symbole de la défense de la souveraineté et de la dignité nationale contre l'ingérence étrangère.
Certainement, face à un génocide comme celui qui est en cours en Palestine, le plus télévisé de l’histoire mais aussi le plus occulté, en ce qui concerne la responsabilité et le contexte dans lequel il s'est produit, faire filtrer des éléments de vérité journalistique sur d'autres expérimentations dans le monde peut sembler un effort de Sisyphe.
Mais on ne doit pas se taire : ouvrir au moins une brèche dans le mur de caoutchouc qui nous opprime est un devoir face à tous ceux qui ont donné leur vie pour résister et témoigner. L'assassinat de journaliste à Gaza, la tentative du régime d'occupation pour les qualifier de « terroristes » se veulent aussi un assassinat symbolique. Le message est clair : le « véritable », journalisme –le seul permis et encensé– est celui qui se consacre à l'assassinat par tueur à gages médiatique et idéologique ou est complice, ou qui regarde ailleurs. C'est ce qui nous habitue à croire qu'il existe une équivalence possible entre les « raisons » de celui qui exploite et celles de celui qui est exploité et qu'il est possible de « se réconcilier » avec l'ennemi sans éliminer les causes de l’oppression.
La classe dominante nous dit aujourd'hui avec arrogance que la guerre des symboles provoque un choc de conceptions fermement déterminé par la position dans le conflit de classe sous-tend un choc de conceptions fermement déterminées par la position dans le conflit de classe, quand elle s’érige en "race maîtresse" autour du nouvel élu Trump, puis humilie le bloc subalterne, vassal et complaisant, comme dans le cas des droits de douane et de l’Union européenne. Et quand elle revendique avec impudence le fait que les Palestiniens doivent être soumis ou éliminés, pour qu’un complexe de luxe puisse surgir des décombres de Gaza.
Celui qui résiste à n'importe quelle sorte de violation et de privation comme Cuba, le Venezuela, le Nicaragua, doit être ridiculisé, discréditer, mis au pilon grâce a l'imposition de rhétorique qui représente la quintessence de « l'ennemi » à détruire : le « terroriste », le « dictateur », le « trafiquant de drogue. » Qui oserait défendre un "méchant total" de ce type au cas où on déciderait de l’attaquer? Après avoir vu des centaines de gros titres qui le dépeignent d’une manière sinistre, et des centaines de nouvelles qui soulignent ses prétendues "méfaits", cela provoquerait même un soupir de soulagement.
Les communistes ne mangeaient-ils pas des enfants? Qu’ensuite, le chien enragé de l'Occident les fasse réellement mourir de faim et les utilisent comme cible en Palestine ne suffit pas pour les qualifier de « terroristes » : les terroristes, ce sont ceux qui s’y opposent, ceux qui résistent à l'hécatombe de l'humanité que nous avons sous les yeux.
Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/08/27/venezuela-el-far-west-de-la-noticia/
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