Venezuela: Pétrole et élections
Par Carlos Fazio
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos
Dans le cadre d'une guerre hybride multiforme et asymétrique conçue à Washington et au Commandement Sud du Pentagone et coordonnée par des figures de l’extrême-droite locale (comme Maria Corina Machado et Leopoldo Lopez), des réseaux criminels, des groupes para-militaires et des mercenaires étrangers, et reprise par des opérateurs régionaux comme l'ancien président colombien Álvaro Uribe aujourd'hui condamné– les élections municipales du 27 juillet dernier au Venezuela, se sont déroulées dans la paix et tout à fait normalement contrairement aux élections présidentielles du 28 juin 2024 qui avaient été suivies par des actes de vandalisme de déstabilisation. Cela est dû, en partie, aux contradictions, apparentes du Gouvernement Trump, qui, à cause des réalités énergétiques, économiques et géopolitiques mondiales, ont obligé pour l'instant, le président à assouplir les mesures coercitives extra-territoriales et illégales imposées au Venezuela et à donner la priorité aux négociations pragmatiques de son envoyé spécial Richard Grenel, au-dessus des politiques de « pression maximale » politisées mise en place par son secrétaire d'État, Marco Rubio.
Ainsi, deux jours avant les élections, en moins de 48 heures, le Gouvernement de Donald Trump a fait deux pas apparemment contradictoires dans sa politique envers le Venezuela. D'un côté, le département du Trésor a autorisé la compagnie étasunienne Chevron (ex Standard Oil du groupe Rockefeller) à reprendre ses opérations d'extraction, de commercialisation et d'exportation du brut vénézuélien et à rétablir sa collaboration stratégique avec la compagnie d’État Petróleos de Venezuela SA (PDVSA). Et le lendemain, par l'intermédiaire du bureau des affaires de l'hémisphère occidental, Marco Rubio a lancé une attaque médiatique et accusé le président Nicolas Maduro de diriger ce qu'on appelle le cartel de Los Soles, une création de propagande des services de renseignement des États-Unis, qualifié à présent, « d'organisation terroriste » et prétendument lié au train d' Aragua (une bande délictueuse détruite au Venezuela que Washington utilise comme prétexte pour persécuter et criminaliser les migrants vénézuéliens, et comme alibi pour imposer des sanctions économiques et financières comme outils de guerre par des moyens non militaires) et à une faction du cartel de Sinaloa, un triumvirat fantôme de pouvoir mafieux utilisé comme diversion mais qui a été repris depuis sa « clandestinité », auto-proclamée par Maria Corina Machado, qui a redéfini au vol la « nature du régime » vénézuélien en le qualifiant de « système qu'on ne qualifie plus de dictature conventionnelle mais de structure criminelle transnationale. » (sic!)
Ces deux événements, la veille des élections municipales -auxquelles la plate-forme unitaire démocratique (PUD) autrefois dirigée par Machado n'a pas participé après son appel à l'abstentionnisme et au boycott des élections et est en phase d’extinction- entraîne une contradiction apparente : comment peut-on renouveler la licence qui permet à Chevron d'opérer dans une entreprise mixte avec PDVSA (avec des bénéfices évidents pour l’économie et les finances publiques du Venezuela), ce qui implique une reconnaissance de fait de Maduro comme interlocuteur valable pour des accords énergétiques, et l’accuser en même temps de diriger une organisation criminelle transnationale?
La réponse a à voir avec la nécessité pour Trump de conserver l'unité et l’équilibre entre les différentes factions de son Gouvernement : l'aile pragmatique, liée aux méga corporations de la branche de l'énergie qui cherche la stabilité et les gros bénéfices et a un œil fixé sur le pétrole du Venezuela (en plus du fait que les raffineries étasuniennes de la côte du Golfe du Mexique sont adaptées au traitement du pétrole lourd vénézuélien qui contient deux au niveau de souffre) et l'aile idéologique des néoconservateurs républicains dirigée par Rubio et les membres du congrès de Floride, avec la complicité du lobby cubain de Miami qui exploite l'industrie de la contre-révolution et finance ses campagnes. Bien que ces deux ailes répondent strictement à l'impératif géopolitique majeur de la doctrine Monroe renforcée : empêcher le Venezuela de négocier avec la Chine, considérée comme l'ennemi numéro un de Washington. Alors, en pleine discussion sur les droits de douane avec les États-Unis, la Chine a augmenté ses achats de brut vénézuélien, remplissant le vide qu'avait laissé la suspension des licences spéciales accordées à Chevron pour opérer au Venezuela malgré les sanctions. Ainsi, le clin d'œil de Trump à Chevron répond aux véritables intérêts en jeu : le contrôle du pétrole, les contrats de plusieurs millions en litige et l'hégémonie régionale, menacée par leur principal rival dans un contexte de tension mondiale et de risque de récession.
Dans cette situation, la politique de pression maximale de Rubio a échoué et l'envoyer spécial de la Maison-Blanche, RICHARD, Grenell, qui travaille dans l’ombre et sans bruit, a récolté des triomphes dans ses conversations avec le palais de Miraflorès. Grenell, qui rend des comptes directement à Trump, a négocié la libération de 252 migrants vénézuéliens envoyés illégalement par Trump au camp de concentration du CECOT, au Salvador ( où ils ont été humiliés et torturés) et le retour d'enfants, qui avait été séparé de leurs parents était sous la surveillance du gouvernement des États-Unis. Même si Caracas à payer le prix fort en devant libéré 10 mercenaires étasuniens et plusieurs vénézuélien liées à la conspiration de coup d'état, selon Sergio Rodríguez Gelfenstein, cet échange a eu un énorme impact médiatique, émotionnel et symbolique, comme étant l'expression de la volonté de Maduro d'affronter cette situation créée par la désignation du Venezuela comme « menace » pour la sécurité nationale des États-Unis.
Ainsi, les élections municipales du 27 juillet ont teinté encore plus de rouge la carte du pays, élargissant l’ hégémonie chaviste au sein des classes subalternes du Venezuela. Grâce à une sensibilisation continue, le Grand Pôle Patriotique a obtenu 285 mairies sur les 335 en jeu (85%) et a gagné dans 23 capitales sur les 24 du pays, plus le District de la capitale. Face aux promesses vides des émissaires de la ploutocratie internationale et avec le slogan du président Hugo Chavez « la commune ou rien ! » comme horizon stratégique, le processus de participation du peuple vénézuélien fait penser qu'il est possible de donner plus de pouvoir aux municipalités en tant que pièces essentielles de la construction d'une nouvelle sorte d'Etat depuis la base ainsi que de la conception de la démocratie en tant que mécanisme qui va au-delà des urnes : la construction quotidienne de la collectivisation du pouvoir.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/08/04/venezuela-petroleo-y-elecciones/
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