Venezuela: Plus de cinéma que de stratégie
Par William Serafino
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Trump reprend la formule de 2019 contre Maduro
La criminalisation du chef de l'État vénézuélien poursuit un effet calculé : C’est, en même temps, une action punitive et illégale et une opération psychologique destinée à effrayer le Gouvernement vénézuélien et le haut commandement militaire.
La décision du Gouvernement Trump d'augmenter la récompense pour l'arrestation du président Nicolas Maduro à 50 000 000 de dollars peut être comprise depuis deux perspectives : une politique et une autre économique. Les deux dimensions révèlent aussi bien les intentions immédiates que les limites structurelles de cette stratégie.
Retour au point mort
Après l'annonce de la procureur générale des États-Unis, Pam Bondi, apparaissent les refrains et les slogans qui avaient épuisé toute leur efficacité symbolique comme « toutes les options sont sur la table », une expression usée jusqu'à la corde pendant la campagne de « pression maximale » du premier Gouvernement de Trump.
En quelques jours, Washington a essayé de recréer artificiellement l'atmosphère des premiers mois de 2019 avec son ton d’imminence d’une intervention militaire des États-Unis.
L'offensive de criminalisation du chef de l'État vénézuélien poursuit un effet calculé : C’est, en même temps, une action punitive et illégale et une opération psychologique destinée à effrayer le Gouvernement vénézuélien et le haut commandement militaire. L'objectif est aussi vieux que l'anticommunisme de Marco Rubio, aujourd'hui, secrétaire d'État : créer une fracture parmi les principaux dirigeants du chavisme ou provoquer une défection importante dans le monde militaire, un scénario qui faciliterait la reconquête du pays par les États-Unis.
Prévoir les mouvements de Trump est difficile comme cela a déjà été démontré. Mais le patron TACO —acronyme de “Trump Always Chickens Out” (Trump a toujours peur) qui est devenu populaire depuis le « jour de la libération », en avril, semblerait se rapprocher assez de son paradigme tactique.
La récompense augmentée pourrait être un nouveau cas TACO avec une porte de sortie –et une négociation– qu’offre la licence accordée à Chevron. Alors que cet instrument existe, on peut difficilement dire que le magnat républicain va sérieusement dans une direction de pression extrême avec la perspective de déboucher sur un mouvement militaire.
Quand l'arsenal des sanctions est épuisé
Cette récompense constitue aussi un retour au point mort de l'année 2020. Selon le récit de l'ancien chef du Pentagone, Marc Esper, dans son livre A Sacred Oath: Memoirs of a Secretary of Defense During Extraordinary Times, diverses options militaires ont été envisagées par l'équipe la plus proche du républicain.
L'idée d'attaquer militairement un port a été abandonnée parce qu’on a considéré que cela se traduiraient par un soutien du peuple à Maduro. D'autres initiatives comme le fait d’armer et d'entraîner des émigrés n'ont pas eu plus de succès. Interrompre les envois de pétrole et d'armement a aussi été discuté, mais il n'y avait pas de consensus entre le Pentagone, la CIA et le Conseil National de Sécurité sur les actions à entreprendre.
Le retour à ce point mort, amène avec lui les mêmes complexité qui n'ont jamais pu être résolu sous le premier gouvernement de Trump, même quand les faucons constituaient une majorité écrasante face à ce mouvement MAGA encore pas tout à fait constitué. 2025 est très différent de 2020 en ces termes.
Un raccourci pour un nouveau tour de vis
Une autre lecture également plausible de cette récompense est qu’elle constitue une voie alternative, une espèce de raccourci destiné à affermir le blocus économique et financier du Venezuela.
Sur le plan énergétique où les perspective d'avancées ou de recul de l'économie vénézuélienne se résolvent, ce mouvement peut avoir une incidence négative sur les licences accordés aux entreprises nord-américaines et européennes que Marco Rubio a punies en imposant une prime de risques dûs à la réputation pour opérer dans les affaires pétrolières vénézuéliennes.
Pendant les cycles d'Obama, de Biden et le premier cycle de Trump, on n’a rien fait d'autre que de sanctionner illégalement le Venezuela. Les principales entreprises, les institutions publiques et les personnalités les plus représentatives du Gouvernement sont déjà sur la liste de l’OFAC. Le système financier occidental est complètement fermé au pays. L'utilisation du Swift est bloqué et les opérations les plus basiques du commerce international de biens, de services et de matières premières obstruées. Le Venezuela n'a aucune possibilité de renégocier sa dette ou d'accéder à un nouveau financement sur le marché des capitaux. CITGO subit un douloureux processus de démantèlement au ralenti.
Tout l'arsenal des sanctions des États-Unis a été utilisé et couvre complètement les secteurs fondamentaux du pays. Dans cette situation, les options d'escalade sont limitées.
Le problème qui se pose pour Marco Rubio est que le Gouvernement de Nicolas Maduro a réussi à rétablir l'économie et à réactiver le secteur du pétrole. Pour éviter que ce processus ne se renforce, il n'est possible ni de sanctionner à nouveau PDVSA ni d'émettre de nouveaux ordres exécutifs qui intensifieraient les pressions économiques car cela impliquerait de déborder sur des mesures antérieures. C'est le dilemme du secrétaire d’État.
Pour Rubio, cette récompense est un mécanisme de amplification du blocus économique du Venezuela par des voies extra légales avec lequel il cherche à court-circuiter le flux d'investissement international et à décourager le rapprochement économique du pays avec des puissances intermédiaires, des pays alliés et des voisins immédiats sur le continent.
Cette récompense est-elle l'antichambre de l'inclusion du Venezuela dans la « liste des pays qui soutiennent le terrorisme » léonine, arbitraire et discréditée des États-Unis ? C'est hautement probable.
Les effets d’une telle mesure seraient profondément préjudiciables en termes de sur-docilité pour les entreprises vénézuéliennes qui ont leurs comptes à l’étranger et qui dépendent de l’importation de biens d’équipement et de matières premières pour opérer régulièrement.
Le cinéma des opérations psychologiques
Avec cette récompense s'ouvre officiellement une nouvelle saison d'opérations de faux drapeau et de fausses informations dans laquelle le Venezuela mettra à nouveau à l'épreuve ses défenses politiques et cognitives en tant que pays.
On suppose que 20 ans d'agressions extérieures ne sont pas passés en vain et que l'expérience accumulée constitue aujourd'hui le principal actif de défense du pays face à une stratégie qui, dans le fond, reprend des formules déjà connues avec seulement de légères variantes tactiques.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/08/15/venezuela-trump-repite-la-formula-de-2019-contra-maduro-mas-teatro-que-estrategia/
URL de cet article :
https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/08/venezuela-plus-de-cinema-que-de-strategie.html