Cuba : Démonter le mythe d'un Etat défaillant
Par Claudia Simón
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Le terme « Etat défaillant » est apparu dans les années 90 dans le discours politique occidental, principalement pour décrire des Gouvernements qui avaient perdu le contrôle effectif de leur territoire et de la population ou qui ne pouvaient plus fournir de services public de base. Mais ces dernières années, cette étiquette a été stratégiquement transformée en arme à travers des campagnes de guerre cognitive pour saper des Gouvernements souverains qui résistaient à l'alignement sur les intérêts politiques occidentaux.
En aucun cas ce n'est plus évident que dans celui de Cuba qui a supporté plus de 60 ans de guerre économique des États-Unis en maintenant ces institutions d'Etat fonctionnelles et des programme exemplaires de solidarité internationale.
Nous allons examiner comment Cuba défie la classification « d'État défaillant » à travers ses structures de gouvernement résiliantes, ses réussites dans le développement humain et sa coopération internationale permanente bien qu'elle agisse sous le régime de sanction le plus sévère de l'histoire moderne. Il est évident que Cuba ne représente pas un cas de défaillance de l'État mais un exemple extraordinaire de résistance contre des tentatives délibérées de déstabilisation et de renversement de son Gouvernement souverain.
Définition d'« Etat défaillant »
Le concept d'« Etat défaillant » a son origine en 1992, quand les analystes étasuniens Gerald Herman et Steve Ratner ont appliqué pour la première fois, ce terme à des Gouvernements qui avaient perdu la capacité de contrôler et de fournir les biens publics nécessaires à leur population » et sous lesquelles « se commettent des abus massifs des droits de l'homme. » Cette définition même révèle la subjectivité politique inhérente au concept puisque il est centré sur la capacité du Gouvernement sans prendre en compte les facteurs extérieurs qui pourraient saper cette capacité.
Selon les Nations unies, les états défaillants présentent « un vide d'autorité centrale qui provoque des crises humanitaires et la perte de l'ordre public. » (programme des Nations unies pour le développement, 2023.) des exemples évidents sont la Somalie (ou de larges zones sont contrôlées par al-Shabaab) ou le Yemen (ou la guerre civile a fragmenté le Gouvernement).
Ce terme controversé a tendance à être appliqué quand on évoque des nations qui auparavant étaient des colonies et des pays dont les Gouvernements s'opposent aux intérêts occidentaux.
Son utilisation actuelle est très liée aux stratégies de guerre cognitive destinées à construire des perception qui permettent de créer le mécontentement parmi les habitants pour faciliter le renversement des Gouvernements qui représentent une « menace. »
Aujourd'hui, ce terme est utilisé comme arme géopolitique et de façon imprécise dans le discours politique en manipulant les difficultés économiques ou la situation intérieure des pays pour créer une perception de crise systémique. C'est le cas pour Cuba qui, malgré ses problèmes bien connus –sanctions étasuniennes, pénuries chroniques et émigration massive– ne remplit pas les critères empiriques d'un État défaillant.
Selon l'Indice des Etats Fragiles du Fonds pour la Paix, les critères clés pour une défaillance de l’État sont:
–La perte du contrôle physique du territoire
–L'érosion de l'autorité légitime pour prendre les décisions collectives
–L'incapacité à fournir des services publics raisonnables
–L'incapacité à interagir avec d'autres Etats en tant que membre de plein droit de la communauté Internationale.
Sanctionner la solidarité, punir l'humanité : l'obsession maladive de Marco Rubio contre les missions médicales cubaines
En fonction de ses critères, Cuba ne montrent qu'une des caractéristiques d'un État défaillant. Le gouvernement cubain conserve le monopole de l'utilisation de la force sur 99 % de son territoire (à l'exception de la base navale de Guantanamo, occupé illégalement). Elle fournit des soins médicaux et une éducation universelle à tous les citoyens et participative activement aux organisations internationales en tant que membre respecté de la communauté mondiale.
L'application de l'étiquette d'État, défaillant à Cuba représente ce que le ministre de la communication du Venezuela, Freddy Ñáñez, décrit comme une « guerre cognitive »,–une doctrine militaire qui agit dans les domaines psychologiques, linguistique, biologique et neurologique pour «formater les cerveaux » et manipuler la perception publique. Cette stratégie n'est pas vraiment destinée à décrire la réalité, mais à la créer grâce à la manipulation de l’information.
L'appareil d'État fonctionnel de Cuba : gouvernance et services sociaux
Stabilité institutionnelle et contrôle administratif:
Contrairement au récit d’« État défaillant » , Cuba conserve un appareil d'État totalement fonctionnel avec des institutions administratives et de sécurité présentes dans tout le pays. Le processus de réforme de la Constitution de 2019 a démontré la capacité du Gouvernement à mettre en place des changements légaux importants grâce à des processus démocratiques dont l'adoption d'un code des familles approuvé par référendum populaire en 2022.
L'État cubain fournit :
Des soins, médicaux, universels et gratuits au point de service, une espérance de vie comparable à celle des États-Unis, malgré ses ressources limitées.
Un système éducatif incluant avec des études gratuites jusqu'au niveau du doctorat.
Des réseaux de sécurité sociale qui garantissent des rations d'aliments de base à tous les citoyens malgré les pénuries sévères.
Des infrastructures publiques qui comprennent les systèmes d'électricité, d'eau et de transport qui continuent à fonctionner malgré deux énormes défis logistiques.
La Banque Mondiale reconnaît « les solides infrastructures de capital humain » de Cuba, malgré ses limites économique. À la différence des Etats défaillants, les institutions cubaines fournissent des services bien que ce soit de façon inefficace. Les pénuries découlent des sanctions des États-Unis (qui ont coûté 130 000 000 000 de dollars depuis 1962, selon les estimations du Gouvernement cubain) et d'erreurs de gestion, pas d'une désintégration économique totale.
La cause réelle des défis de Cuba : le blocus des États-Unis, en tant que guerre économique :
Les difficultés économiques actuels, de Cuba (dont les pannes d'électricité périodiques et la pénurie de biens de base) soit on fréquemment cité comme preuve de la défaillance de l'État, mais ces défis sont plus les conséquences directes de facteurs extérieurs que de l'incompétence du Gouvernement ou de l'effondrement des institutions.
La principale cause des difficultés économiques de Cuba est le blocus des États-Unis, décrit par des experts de l'ONU comme « le régime de sanction le plus long de l'histoire moderne. » Plus qu'un simple embargo, cette politique constitue une guerre économique délibérée, conçue pour créer la misère, les pénurie et le mécontentement parmi la population cubaine.
Impact multidimensionnel des sanctions :
Les effets du blocus s'étendent bien au-delà des restrictions commerciales et englobent :
–La persécution financière qui déconnecte Cuba des systèmes bancaires internationaux.
–L'application Exté territoriale qui punit les pays tiers qui font du commerce avec Cuba.
–L'obstruction des importations médicales, y compris des médicaments et des équipements d’urgence.
–Le ciblage du secteur de l'énergie qui empêche l'importation de combustibles et la génération d’électricité.
En 2022, la désignation de Cuba comme « État qui soutient le terrorisme », sous le premier Gouvernement de Trump a aggravé encore plus ces restrictions en faisant obstacle à l’accès de Cuba aux service bancaires occidentaux réguliers et, enfin, en rendant difficile les paiements à des pays tiers. Le fait que le Gouvernement Biden ne soit pas revenu sur cette mesure jusqu'au dernier jour de son mandat met en évidence le consensus des deux partis à maintenir la pression maximale sur Cuba.
Calculer le coût humain :
L'impact humain de ces politiques est quantifiable :
–5 000 à 6 000 000 000 de dollars par an de dommages économiques directs, selon les estimations cubaines.
–Des pannes d'électricité quotidiennes de 4 à 12h consécutives, en particulier dans les zones rurales, à cause des pénuries énergétiques.
–Pénurie aiguë de médicaments qui affecte des traitements pour des maladies chroniques.
–Pénurie de produits alimentaires de première nécessité résultant des restrictions des importations d’aliments.
Malgré ces défis, le Gouvernement cubain a maintenu son engagement envers le bien-être social avec plus de 30 programmes sociaux destinés à aborder les inégalités et l'angoisse sociale.
Internationalisme médical :
Malgré ses ressources limitées, Cuba conserve le programme d'internationalisme médical le plus important du monde :
–La Brigade Internationale Henry Reeve déployer dans les zones de désastres et de pandémies mondiales.
–Formation médicale dans les universités cubaines pour des milliers d'étudiants étrangers.
–Innovation en biotechnologie produisant des vaccins et des traitements innovants.
Pendant la pandémie de COVID–19, Cuba a envoyé ses brigades médicales dans des douzaines de pays et en même temps, développé ses propres vaccins pendant que des pays riches accaparaient les vaccins et donnaient la priorité aux bénéfices pharmaceutiques sur l'égalité en terme de santé mondiale.
Engagement diplomatique :
Cuba conserve des relations internationales diverses avec des partenaires et des Gouvernements du monde entier et des relations diplomatiques et économiques avec toutes les régions. En 2024, l'Assemblée Générale de l'ONU a voté par 187 voix contre 2 la condamnation du blocus des États-Unis, démontrant ainsi le soutien du monde à Cuba.
L'élection de Cuba au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU pour la sixième fois en octobre 2023 contredit le récit « d’Etat défaillant » et montre le respect de la communauté internationale pour le Gouvernement cubain malgré les campagnes de propagande contre lui.
Le récit « d’Etat défaillant » en tant que dimension de la guerre cognitive :
Le fait de qualifier Cuba « d’Etat défaillant » doit être compris dans le contexte des stratégies conçues pour saper les Gouvernements souverains qui résistent à l'hégémonie des États-Unis. Des officiers vénézuéliens ont identifié cette stratégie comme l'une des trois récits clés :
1.L’ « Etat défaillant » incapable de garantir l'Etat de droit.
2. La « crise humanitaire complexe » dans laquelle les nécessités de base ne peuvent être satisfaites.
3. La nécessité « d'une intervention humanitaire » pour justifier le changement de régime.
L'information comme arme de guerre
Comme l'explique le ministre de la communication du Venezuela Freddy Ñáñez, la guerre cognitive représente « la militarisation de l'opinion publique et le formatage des cerveaux » en utilisant des technologies avancées, capables de changer les paramètres de notre cerveau. » Cette guerre opère ainsi :
–Manipulation des algorithmes, des plates-formes de réseaux sociaux
–Amplification stratégique des événements négatifs sans tenir compte du contexte
–Création artificielle de réponses émotionnelles grâce à un contenu biaisé
–suppression systématique des réussites et des récits opposés.
Le docteur en psychologie, professeur à l’université Manuel Calciño explique que les jeunes sont particulièrement atteints par cette guerre cognitive destinée à « épuiser psychologiquement les individus et à les incorporer en tant qu'armes à la lutte pour le pouvoir et la domination du monde. »
La déformation de l’émigration
En aucun endroit, la manipulation n'est plus évidente que dans les discussions sur l'émigration cubaine. Bien que fréquemment citée comme preuve de la défaillance de l'État, l'émigration reflète de multiples facteurs dont :
––Les politiques des États-Unis, qui encouragent l'émigration cubaine
–La guerre économique délibérément conçue pour encourager la migration illégale
–Des facteurs démographiques dont le vieillissement de la population de Cuba.
Cuba est un Etat assiégé, pas un Etat défaillant.
Les preuves contredisent largement l'étiquette d’ « État défaillant » appliquée à Cuba. Plus qu'un cas d’effondrement intérieur, Cuba est l'exemple d'un État assiégé qui a conservé une fonctionnalité remarquable malgré 60 ans de guerre économique permanente.
Les réussites de Cuba dans le domaine de la santé, de l'éducation et de la solidarité internationale contrastent énormément avec les conditions qu'on trouve dans lesquelles beaucoup de pays riches qui promeuvent le récit d’ « État défaillant. » Comme l'explique le professeur d'université canadien Isaac Saney: « Aux États-Unis.–le pays le plus riche du monde–plus de 40 000 000 de personnes vivent dans la pauvreté, des millions de plus vivent de l'aide aux indigents. Les enfants souffrent de la faim. Des communautés entières sont considérées comme criminelles. L’ accès aux soins médicaux est rationné en fonction des revenus. »
La différencie essentielle se trouve dans la philosophie politique : alors que les états capitaliste abandonnent de plus en plus leur responsabilité sociale, l'éthique révolutionnaire de de Cuba englobe des solutions collectives aux défis collectifs. Comme l'affirme le président Miguel Díaz-Canel: « La révolution ne cache pas ses problèmes. Elle les affronte avec éthique et justice sociale, même dans des circonstances extrêmes. »
La communauté internationale a constamment rejeté le point de vue des États-Unis sur Cuba en votant de façon écrasante contre le blocus année après année. Ce consensus diplomatique confirme que le récit d’ « État défaillant » trouve peu de résonance hors des chambres d’écho des cercles de la politique étrangère des États-Unis.
Plus qu'un « Etat défaillant, » Cuba représente une nation résiliante qui a défendu sa souveraineté contre une pression écrasante. Le véritable échec ne se trouve pas à La Havane mais à Washington–l'échec d'une super puissance à respecter l'autodétermination des petites nations et l'échec moral d'un système politique qui donne la priorité à la domination sur la dignité humaine.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/09/05/cuba-bajo-asedio-deconstruyendo-el-mito-de-un-estado-fallido/
URL de cet article :
https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/09/cuba-demonter-le-mythe-d-un-etat-defaillant.html