Pensée critique : pour une sémiotique de l'expression Etat trafiquant de drogue
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Que se cachent-t-il derrière le signifiant « Etat trafiquant de drogue » ? À partir des dispositifs de l'impérialisme et de ses machineries de guerre des symboles, l’expression « Etat trafiquant de drogue » a pris un nouveau sens, instrumentalisé. Il ne s'agit pas simplement d'une catégorie qui décrit une façon de gouverner pénétrée par des circuits de trafic de drogue, elle a été reconfigurée comme arme sémiotique stratégique.
Ce celui qu'on accuse d'être un « Etat trafiquant de drogue » dans des contextes démocratiques, populaires et anti-impérialistes répond à une architecture de manipulation dans laquelle le signe, le symbole et la sémiose sont utilisés pour justifier la déstabilisation, l'intervention ou la destruction politique.
Il ne s'agit pas de nier l'existence du trafic de drogue ni d'occulter ses liens avec les structures de l'État. Il s'agit de ne pas permettre que l'impérialisme transforme ce phénomène complexe en arme de transfert et de dissimulation de soi. On ne peut pas l'affronter seulement avec des arguments, mais avec une organisation politique, une formation critique et une bataille symbolique.
Cette opération ne naît ni d'une analyse rigoureuse ni d'une volonté réelle de lutte contre le crime transnational mais de la dictature géopolitique et communicationnelle de l’empire qui a intérêt à fabriquer des ennemis qui lui conviennent. C'est une catégorie dont la performance ne réside pas seulement dans son contenu empirique mais dans sa capacité à créer des effets dans la subjectivité publique : installer la suspicion, discréditer les Gouvernements populaires, justifier les blocus économiques, promouvoir des sanctions internationales et aplanir le chemin pour des coups d'Etats doux, durs ou hybrides.
Un tel usage de l’expression « Etat trafiquant de drogue » exige que nous montions ses structures de production, de circulation et d'interprétation. Ce signe n'est pas un reflet passif d'une réalité, c'est une construction active, intentionnel, fondée sur des relations de pouvoir. C'est une forme idéologique créée par des intérêts de classe qui interviennent dans la production symbolique, c'est un négoce qui dispute également le sens de façon rentable.
Il faut comprendre que la bourgeoisie impérialiste non seulement produits des marchandises, contrôle les marchands et fixe les prix mais qu’elle produit également des concepts, des images, des récits : elle produit des signifiants. Et l’ « Etat trafiquant de drogue » est l'un d'entre eux. Sa construction sémiotique obéit aux nécessités concrètes du capital financier transnational dans sa phase de décadente, désespérée, pour contrôler des territoires, des ressources naturelles et des subjectivités.
L'offensive sémiotique « Etat trafiquant de drogue » ne flotte pas dans un vide idéologique. Sa signification est déterminée par la position à partir de laquelle on l’émet et la fin qu'on poursuit. Quand cette catégorie est activée par des centres de pouvoir comme Washington, l’OTAN ou des conglomérats médiatiques transnationaux, elles ne désigne pas seulement un phénomène criminel objectif et induit mais une cible politique. C'est une sémiotisation de la guerre, qui est un négoce de l’empire.
C'est une guerre sémiotique qui accuse le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et même le Mexique d'être des « Etats trafiquant de drogue ». Ceux qui les accusent ne sont pas motivés par le soin de la légalité, mais par une ingénierie sémiotique belliqueuse destinée à justifier des invasions. Il s'agit de créer un « consensus fabriqué » (Chomsky) dans lequel les Etats qui résistent à l’ hégémonie de l'empire apparaissent comme des entités criminelles, en déshérence ou directement mafieuses.
Cette stratégie est fondée sur une mutation sémantique et dépouille le concept d’ « Etat trafiquant de drogue » de sa complexité historique et des faits concrets qui ne cessent pas d'exister mais qu'on vide de leur contenu matériel. Jamais le financement du trafic de drogue n’est dévoilé. Ainsi, le signe reste flottant, disponible pour être appliqué à tout Gouvernement qui gêne le capital.
De cette façon, la sémiose impériale fonctionne comme une machine d'adhésion signifiante : le signifiant « Etat trafiquant de drogue » peut s'appliquer à n'importe qui, il suffit d'un rapport sans preuve, d'un témoignage fabriqué, d'une information amplifiée. Une fausse scène préfabriquée et diffusée en boucle. La fabrication de l'ennemi sémiotique répond à la logique de polarisation. D'un côté, les « Etat démocratiques et civilisés » qui luttent contre les drogues, de l'autre, les « Etats trafiquants de drogue » populistes qui les encouragent. Cette dichotomie, avec une base empirique falsifiée, reconfigure la cartographie politique du continent.
Une femme qui veut sémiotique d'« Etat trafiquant de drogue » non seulement intoxique le monde entier grâce à des préjugés mais elle est performante. Elle a des effets matériels terribles : elle permet de geler des actifs, de bloquer des comptes, d'empêcher des accords commerciaux, d'interdire des vols, de justifier des invasions. L'empire ne décrit pas une réalité, il la crée. Il construit un monde dans lequel l'action coercitive semble légitime.
Le fétiche d’« Etat trafiquant de drogue » et une marchandise sémiotique, prête pour la consommation de masse. Elle a des enveloppe médiatique, une distribution transnationale et une consommation garantie. Et une sémiosphère de tous les maux violents largement réchauffée dans les fourneaux médiatique, soumis à l’empire.
Son plan comprend le fait d'injecter la crainte, la méfiance envers ses propres dirigeants, la démobilisation, la fragmentation de la conscience collective. Démanteler le lien symbolique entre le peuple, l'État, entre le projet national et la volonté populaire.
C'est pourquoi l’« Etat trafiquant de drogue » est aussi un coup d'Etat symbolique, soutenu par les sujets de la tendance impériale déguisés en r »apport sur les droits de l'homme », des reportages journalistiques, des documentaires, des réseaux sociaux, des mèmes. Ce sont les canaux par lesquels le signifiant circule. Ils infeste tout avec de fausses données manipulées, des témoignages de déserteurs, des listes de sanctions, des rapports « techniques », sans rigueur méthodologique. Des dispositifs d'ancrage pour donner une réalité au montage.
Jamais, on ne l'applique qu'aux États-Unis, le plus important, consommateur et marchand de drogues de la planète et l'un des principaux blanchisseur d'argent, sale par l'intermédiaire de ces banques, en plus de trafic, deux personnes et du fait d'infeste la planète avec ses armes. Pourquoi n'appelle-t-on pas « Etat trafiquant de drogue » l'État qui a conçu le plan Condor, qui a organisé l'Iran Contras-Gate? Celui qui a protégé Los Zetas, entraîné des paramilitaires, financé des cartels pour déstabiliser des Gouvernements?
À l'époque de la guerre cognitive, le signe et le premier champ de bataille. Nous devons construire des épistémologie qui démasque les stratégies de l’« Etat trafiquant de drogue » et montre la façon dont elles manœuvrent.
C'est une tâche urgente de toute révolution dans le domaine de la communication et des consciences, d'être capable d'assumer, avec un sérieux scientifique, l'état actuel des agressions de l'empire et d'être capable aussi de voir avec objectivité comment l'offensive médiatique contre toute souveraineté tend à empirer.
Et alors qu'il existe d'excellents commentateurs du désastre qui s’approche. On ne bouge pas ?
Source en espagnol :
http://www.cubadebate.cu/opinion/2025/09/04/para-una-semiotica-del-epiteto-imperial-narcoestado/
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