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Venezuela: Rubio et Miller rivalisent pour savoir qui est le plus agressif

6 Octobre 2025, 16:24pm

Publié par Bolivar Infos

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

L'architecture de la sécurité des États-Unis s'appuie sur deux piliers d'origine et de portée différentes : le Conseil de Sécurité Intérieure (HSC) et le Conseil de Sécurité Nationale (NSA). Le premier répond à la logique de la « forteresse intérieure » et le second incarne le cœur de « la grande stratégie globale. »

Tous deux font partie du Bureau Exécutif du Président mais leur poids politique et leur capacité d'influence sur la formulation de la politique étrangère ne sont pas équivalents.

Le HSC, créer le 29 octobre 2001, sur ordre exécutif de George W. Bush dans le contexte du 11 septembre, a été conçu pour coordonner des politiques qui protègent le territoire des États-Unis, de « menace intérieur » : terrorisme, immigration illégale, attaques informatique, infrastructures stratégiques et désastres naturels.

Actuellement, sous la direction de Stephen Miller, le HSC met en place des mesures de contrôle migratoire, de surveillance technologique et de durcissement des frontières qui, bien qu'elles se projettent vers l'extérieur à cause de la nature des « menaces » continuent d’être essentiellement des décisions de politique intérieure. Sa fonction n'est pas de négocier des traités ou de concevoir des alliances militaires mais de détecter les risques et de recommander des actions pour blinder l'espace domestique.

Par contre, le NSA, officiellement Assistant du Président pour les Affaires de Sécurité Nationale, occupe un lieu privilégié dans la prise des décisions stratégiques des États-Unis. Créé en 1953 pour conseiller directement le président sans qu'une confirmation du Sénat soit nécessaire, il est entre les mains, depuis mai, de façon intérimaire, du secrétaire d'État, Marco Rubio.

Depuis la Maison Blanche, le NSA, il définit des priorités de défense, des alliances militaires, des sanctions économiques et même des opérations secrètes. Son accès direct au président lui permet de modeler la politique extérieure en temps réel, sans les contrepoids que d'autres institutions affrontent.

Bien que le HSC ne conçoive pas la politique étrangère dans le sens classique du terme, l'interconnexion de ce qu’il considère comme des menaces intérieures et extérieures l'oblige à travailler avec le Conseil de Sécurité Nationale (NSC) et avec le NSA lui-même.

Ce que dit The Guardian

L'épisode connu sous le nom de Signalgate a ouvert une brèche inattendue dans la structure du cabinet de Trump. En mai, un soi-disant « accident » a mis à jour la fragilité des communication internes quand le conseiller à la Sécurité Nationale de l’époque, Mike Waltz, a ajouté par erreur un journaliste à un groupe de messagerie bar. composé par de hauts fonctionnaires du Gouvernement sur la plate-forme Signal.

Le scandale a obligé à le destituer et un poste clé à la Maison-Blanche est devenu vacant, ce qui a déchaîné une féroce compétition.

Parmi les noms qui ont circulait immédiatement figuraient Stephen Miller, Richard Grenell et Sebastian Gorka. Bloomberg considérait Miller, l'architecte des politiques migratoires les plus extrémistes de l'ère Trump, comme l'un des principaux candidats.

Mets un lui-même là, écarter sans le discréditer lors d'une interview accordée à NBC News: « Stephen est beaucoup plus haut dans la hiérarchie, ce poste serait une rétrogradation pour lui. »

Ce commentaire confirme que Miller n'avait pas besoin d'un poste officiel pour exercer une influence décisive dans le premier cercle du pouvoir présidentiel.

Un reportage du Guardian apporte de nouveaux éléments sur l'échiquier de Washington : selon certaines sources internes du Gouvernement, Stephen Miller, dans son rôle de conseiller à la Sécurité Intérieure et de sous-chef du cabinet, a été le véritable architecte des attaques contre les bateaux dans les Caraïbes au cours desquelles ont été assassinés au moins 14 civils, des actions que Washington justifie avec la mascarade d'opérations anti drogue.

L'article précise que, sous sa direction, le HSC a atteint un degré d'autonomie inédit et opère de fait comme un centre de commandement parallèle au NSC. 

C'est Miller qui a donné au HSC la capacité d'agir en tant qu’entité propre pendant ce second mandat de Trump en coordonnant des missions militaires comme l'attaque d’un « bateau vénézuélien », le 15 septembre, avec des missiles Hellfire, sans que tous les hauts fonctionnaires de la Maison-Blanche n'en aient eu connaissance jusqu'à quelques heures avant son exécution, indique l’article. 

Le reportage expose aussi les fissures légales de ces opérations. La Maison Blanche a tenté de justifier ces actions en se retranchant sous les pouvoirs de l'article 2 de la Constitution en alléguant  une « légitime défense » face à la désignation du groupe vénézuélien du train d'Aragua comme « organisation terroriste étrangère. »

C'est la posture typique de victimisation pour excuser ses actions qui violent les droits essentiels du droit international sous la couverture de « l'urgence » perpétuelle. L'exceptionnalisme en action.

Mais un tribunal d'appel fédéral a déjà considéré comme illégales les déportations des Vénézuéliens qui s'appuient sur cette désignation, le fait que le Train d'Aragua agit comme bras du Gouvernement de Miraflores, n'étant pas démontré.

Malgré cela, les attaques continuent sous une couverture juridique diffuse, approuvée par le Pentagone, par le département de la justice et par les conseillers juridiques de la Maison-Blanche.

Même si le reportage semble déplacer Rubio du centre de cette nouvelle poussée contre le Venezuela, la réalité est plus complexe car Miller et l'actuel secrétaire d'État partagent le même discours idéologique d'agression et soutiennent, sans preuve, le récit du « trafic de drogue. »

Même ainsi, ils ne travaillent pas en équipe mais tous deux s'agitent dans une compétition souterraine, chacun avec ses propres intérêts et des positions différentes à partir de chaque cercle d'influence dont les ordres du jour peuvent être dissimulés, ce qui rend la situation plus dangereuse pour le Venezuela, s’il s'agit de complaire complaire au magnat président.

Miller en tant qu'électron libre

Rubio, baptisé par Trump, « petit Marco », lors des primaires républicaines de 2016, représente l'orthodoxie du parti républicain en politique étrangère, prise par les néoconservateurs et les faucons de la guerre éternelle. Il n'appartient pas au noyau MAGA du cabinet de coalition trumpiste, c'est pourquoi il a du manœuvrer pour s'assurer des espaces d'influence qui lui permettent d'avoir une incidence sur les décisions clés sans provoquer le rejet du cercle le plus extrémiste et, en conséquence, de poursuivre son propre ordre du jour.

Miller, par contre, est un pur produit de l'ordre du jour MAGA, formé dans l'aile dur anti immigration et avec un accès direct à Trump depuis sa première résidence. En effet, pendant les primaires républicaines, Miller n'a pas seulement agi pour affaiblir Jeb Bush, il a fait de Rubio sa cible de prédilection, et l’a attaqué férocement pour son rôle dans ce qu'on appelle « la bande des huit », le projet bipartite de réforme migratoire de 2013.

« Marco Rubio est, dirions-nous, son meilleur ennemi, » a affirmé à l'époque un agent républicain. 

Des courriers électroniques, révélé par NBC News montre comment Miller s’est coordonné avec Breitbart News pour publier des articles qui présentaient Rubio comme un « extrémiste » pro-immigration et l'accusée même de « légaliser des délinquants sexuels étrangers ».  Des meeting  en Floride jusqu'aux révélations de la presse conservatrice, Miller a cultivé une campagne systématique destinée à détruire la crédibilité de Rubio parmi la base trumpiste.

Même à la Maison-Blanche, Miller n'est pas exempt de résistances. En 2018,17 organisation juive dont l’ American Jewish World Service et J Street ont exigé publiquement sa destitution sur la base de dénonciations de ses « points de vue extrêmistes » et de sa défense de politiques racistes.

Ces critiques, loin de l'affaiblir, ont renforcé le style de pouvoir que Trump lui a donné, c'est-à-dire une influence de premier cercle, sans avoir besoin de poste visible, ce qui le rend moins vulnérable aux pressions publiques et lui permet d'opérer dans l’ombre.

Rubio, pour sa part, a dû s'adapter à cette réalité. Bien qu'il conserve un discours interventionniste classique et cherche à se projeter comme une figure indispensable dans les problèmes de l'Amérique latine, sa position hors du noyau MAGA l'oblige à tisser des alliances tactiques pour ne pas perdre de terrain face à Miller.

Dans le cas du Venezuela, les deux acteurs partagent la même ligne de coercition mais diffèrent par leur place dans l'entourage de Trump.

Miller, qui n'a pas besoin de se renforcer comme figure politique dans le cabinet, exerce son influence structurelle depuis son poste, alors que Rubio dépend du fait de se rendre visible et de sa présence dans ce cercle proche pour conserver de l'oxygène. C'est-à-dire que Miller n'a pas besoin d'attirer l'attention de Trump alors que Rubio, par contre, doit survivre politiquement dans cet environnement.

Rubio est l'organisateur central de l'ordre du jour de changement de régime contre le Venezuela et nous rappelons qu'il a été le principal promoteur du régime de sanctions illégales.

Ce n'est pas un hasard si la nouvelle escalade d'agressions a commencé quand Rubio a obtenu l'intérim du NSA. Miller, pour sa part, semble tirer profit de la queue de cette dynamique en alignant ses codes extrémistes avec l'opportunité politique que représente sa position.

Il est même plausible que Rubio manœuvre pour convaincre Miller de canaliser son style radical en fonction des objectifs qu'il encourage en profitant de l'influence et du tempérament extrémiste du pupille de Trump.

Ces initiatives montrent non seulement leur vision autoritaire de la migration en tant que menace, mais aussi un schéma de comportement extrémiste que Rubio a su canaliser pour insérer ses propres intentions et maximiser l'impact de la pression sur le Venezuela.

En l'absence d'une politique cohérente, cette bataille ou cette absence de  concorde interne transforme la prise de décisions en un processus erratique, imprévisible et potentiellement plus agressif.

Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/10/03/venezuela-rubio-y-miller-compiten-por-quien-es-mas-agresivo/
URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/10/venezuela-rubio-et-miller-rivalisent-pour-savoir-qui-est-le-plus-agressif.html